Page:Vidocq - Mémoires - Tome 1.djvu/96

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l’armée roulante était devenu si considérable dans les pays conquis, que le gouvernement, ouvrant enfin les yeux, donnait les ordres les plus sévères pour la répression de ces abus. On mit alors bas les uniformes, croyant n’avoir plus ainsi rien à craindre ; mais les recherches devinrent tellement actives, que le Général dut quitter brusquement la ville pour gagner Namur, où il croyait être moins en vue. J’expliquai ce brusque départ à la baronne, en lui disant que le Général était inquiété pour m’avoir fait obtenir du service sous un nom supposé. Cet incident lui inspira les plus vives inquiétudes pour moi-même, et je ne pus la tranquilliser qu’en partant pour Breda, où elle voulut absolument m’accompagner.

Il me siérait mal de jouer la sensiblerie, et ce serait compromettre la réputation de finesse et de tact qu’on m’accorde assez généralement, que d’étaler les beaux sentiments. On doit donc me croire lorsque je déclare que tant de dévoûment me toucha. La voix des remords, à laquelle on n’est jamais entièrement sourd à dix-neuf ans, se fit entendre ; je vis l’abîme où j’allais entraîner l’excellente femme qui s’était montrée si généreuse à mon égard ; je la vis repoussant bientôt