Page:Vidocq - Mémoires - Tome 3.djvu/38

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


Et si cette occasion fait une victime ! le voleur ne peut-il pas devenir assassin ? Sans doute celui qui travaillerait à démoraliser un être faible et à lui inculquer des principes pernicieux, pour se ménager l’atroce plaisir de le livrer ensuite au bourreau, serait le plus infâme des scélérats. Mais quand un individu est perverti, quand il s’est déclaré en état d’hostilité contre ses semblables, l’attirer dans un piège, l’allécher par la proie qu’il convoite, mais qu’il ne pourra saisir, lui donner à flairer l’appât auquel il doit se prendre, n’est-ce pas rendre un véritable service à la société ? Ce n’est pas la brebis que l’on montre au loup qui crée son instinct déprédateur. Il en est de même du penchant au vol ; il est préexistant à l’action, et l’action s’accomplira infailliblement ; car, dans un temps ou dans l’autre, le voleur sera à portée de l’accomplir. Ce qui est important, c’est qu’il entreprenne de nuire dans des conditions telles qu’il y ait commencement d’exécution sans préjudice pour personne ; ainsi le fait est contracté, et la société, par un attentat surveillé, est préservée d’une foule d’attentats, dont l’auteur, longtemps ignoré, aurait peut-être joui d’une impunité fatale. En définitive, on ne me persuadera jamais que ce