Page:Vidocq - Mémoires - Tome 3.djvu/47

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y allaient perdre leurs appointements du mois, au lieu de payer le traiteur ou le tailleur qui leur donnait des vêtements. En vain faisais-je en sorte de leur laisser le moins de loisirs possibles, ils en trouvaient toujours assez pour s’entretenir dans de vicieuses habitudes. Obligés de consacrer dix-huit heures par jour à la police, ils se dépravaient moins que s’il eussent été des sinécucistes ; mais toujours est-il que de temps à autre ils se permettaient des incartades : et quand elles étaient légères, ordinairement je les leur pardonnais. Pour les traiter avec moins d’indulgence, il aurait fallu que je ne connusse pas ce vieil adage qui dit qu’il est impossible d’empêcher la rivière de couler. Tant que leurs torts n’étaient que de l’inconduite, je devais me borner à la réprimande ; souvent les mercuriales que je leur adressais étaient autant de coups d’épée dans l’eau, mais quelquefois aussi, suivant les caractères, elle produisaient de l’effet. D’ailleurs tous les agents sous mes ordres étaient persuadés qu’ils étaient de ma part l’objet d’une continuelle surveillance, et ils ne se trompaient pas, car j’avais mes mouches, et par elles j’étais instruit de tout ce qu’ils faisaient : enfin, de loin comme de près, je ne les perdais