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94 AXEL

Après un silence : — Oh ! ma vieille ambition, toujours déçue jusqu’à présent ! Sombre et regardant autour de lui : C’est une sorcière aussi, celle-là.

Son regard s’arrête sur la table :

Voici le souper de mon départ. Une table qui réjouit l’œil ! — Ces jolies fleurs forestières… c’est au mieux et de fort bon goût. Silence.

Le singulier air qu’on respire ici ! Je ressens une impression d’inconnu dans cette vieille demeure. — Voyons ; je crois avoir pris, sur mon jeune cousin, quelque ascendant : ces sortes de natures sont d’une faiblesse d’enfant, en vérité. — Je suis en avance sur lui d’une vingtaine d’années, ce qui, joint à ma parenté, m’a permis une certaine aisance devenue vite familière, un tour protecteur en nos causeries, bref une de ces apparentes insouciances de propos, dont la bien calculée rondeur finirait, pour peu qu’on la graduât, par faire tolérer, insensiblement, jusqu’à l’impertinence… Il faut que j’essaye, ce soir, de combattre l’influence de ce maître Janus. Je veux lui démontrer, au dessert, que le Grand-œuvre est de faire son chemin dans le monde et d’y prendre, de gré ou de force, la place en laquelle on désire s’asseoir. Pensif : Comme si toutes les fantasmagories de la terre et toutes les sentences des philosophes valaient, en réalité, le regard d’une jolie femme ! — Et la jeunesse, hélas !