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LE MONDE TRAGIQUE 111

ses ordres rapides, chacun des chariots, — qui défile, à son tour, devant la béante ouverture.

Aux lueurs des grosses lanternes sourdes subitement allumées, les trois hommes de chaque attelage, habitués aux manœuvres des canons, ont très vite accroché aux arrière-trains de leurs prolonges l’incliné plan de fer sur lequel — toutes amarres tranchées à coups de hache — glissent les barils de métal, latéralement maintenus par les montants. Ils roulent, précipités, sur la pente souterraine, et, d’eux-mêmes ainsi entraînés, vont s’engouffrer violemment jusqu’aux limites perdues de la longue caverne. Et le chariot s’éloigne, continuant la route forestière, bientôt rejoint par le suivant, — et ainsi jusqu’au dernier.

Deux heures ont suffi. Les deux autres chefs ont repris en silence les extrémités du détachement — auquel viendra, sur un point convenu, se rallier le comte d’Auërsperg. Lui, demeuré seul dans la nuit noire, a bientôt fait retomber sur l’entrée défendue, les mouvants rochers terreux qui s’en étaient écartés ou soulevés. C’en est fait ! Le vertigineux trésor est bien enfoui en d’impénétrables ténèbres.

Maintenant, monseigneur, étant donnée, d’a bord, cette persuasion profonde et toute naturelle que les quatre cents tonneaux de fer ne conte-