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LE MONDE TRAGIQUE 85

panier de cerises sauvages, elle marchait sous les sapins. Elle avait noué, de primevères, sur son dos, les deux nattes brunes de ses cheveux à la taille de son corselet de velours. De temps à autre elle caressait un grand épagneul tout blanc qui sautait autour d’elle, joyeux ! Oh ! comme elle était jolie ! — Ses yeux étaient doux comme le soir !

MlKLAUS, souriant

Ah ! ha ! déjà le jeune Ukko…

Gotthold lui clôt la bouche avec la main.

UKKO

Pendant quelque temps, je la suivis, caché dans la longue clairière. Soudain, j’écartai les ronces et je vins à elle. A peine nos regards se furent-ils rencontrés que nous échangeâmes un sourire ami. Cependant, nous ne nous étions jamais vus. Nous nous tendîmes la main sans y penser. Son blanc compagnon me regarda fixement ; il eut l’air, aussi, de me reconnaître : l’instant d’après, lui et Holf, mon grand lévrier, étaient de vieux amis. En silence, elle et moi, l’un auprès de l’autre, nous fîmes le chemin qui conduit à ce torrent où commencent les chênes. Là, c’est la maisonnette de son père, Hans Glück, le garde forestier. J’entrai. Celui-ci leva les yeux ;