Page:Villiers de L’Isle-Adam - Derniers Contes, 1909.djvu/102

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ces blessures ! et goûter, depuis ton sein jusqu’à ta ceinture, leurs faibles gouttelettes ! Que ne puis-je boire tes veines comme du vin et manger tes seins comme du miel !… Que ta chair n’est-elle ensevelie dans ma chair ! »


— Ainsi, conclut-il, l’énorme, l’immense succès de ces vers dans toutes les classes de la société anglaise prouve — comprenez-le, de grâce ! — que ces images sont les préférées de nos sens, de notre imagination, de notre tempérament national : en d’autres termes, c’est ainsi que nous… aimons, que nous comprenons principalement les plaisirs de l’amour, et par conséquent c’est ainsi que nous les RÉALISONS, quand notre fortune nous le permet.

— Hein ? m’écriai-je.

— Mais, sans doute ! acheva paisiblement le jeune gentleman : pourquoi pas ? Ces milliers d’enfants et de toutes jeunes filles enlevés, achetés et exportés chez nous, servent, je vous l’atteste, à nous procurer le genre de délices voluptueuses dont parle notre poète national ; nous épuisons, parfois, sur leurs personnes, la série des plus douloureux raffinements, faisant succéder aux tortures des tortures plus subtiles. Et si la mort survient, nous savons faire disparaître ces restes inconnus.

L’enivrant spectacle de leurs souffrances et de leur beauté nous procure des ravissements qui vous sont lettre close, et, lorsqu’on les a goûtés