Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/18

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honorablement des affaires un jour. — Rangées, elles fermaient le dimanche. En filles sages, elles ne prêtaient point l’oreille aux propos des jeunes muguets, qui ne sont bons qu’à détourner les jeunes filles de la voie rigide du devoir et du travail. Elles pensaient qu’aujourd’hui la lune seule est gratuite en amour. Leur devise était : « Célérité, Sécurité, Discrétion » ; et, sur leurs cartes de visite, elles ajoutaient : « Spécialités. »

Un jour, la plus jeune, Olympe, tourna mal. Jusqu’alors irréprochable, cette malheureuse enfant écouta les tentations auxquelles l’exposait plus que d’autres (qui la blâmeront trop vite peut-être) le milieu où son état la contraignait de vivre. Bref, elle fit une faute : — elle aima.

Ce fut sa première faute ; mais qui donc a sondé l’abîme où peut nous entraîner une première faute ? Un jeune étudiant, candide, beau, doué d’une âme artiste et passionnée, mais pauvre comme Job, un nommé Maxime, dont nous taisons le nom de famille, lui conta des douceurs et la mit à mal.

Il inspira la passion céleste à cette pauvre enfant qui, vu sa position, n’avait pas plus de droits à l’éprouver qu’Ève à manger le fruit divin de l’Arbre de la Vie. De ce jour, tous ses devoirs furent oubliés. Tout alla sans ordre et à la débandade. Lorsqu’une fillette a l’amour en tête, va te faire lanlaire !

Et sa sœur, hélas ! cette noble Henriette, qui maintenant pliait, comme on dit, sous le fardeau ! Parfois, elle se prenait la tête dans les mains, doutant