Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/34

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de lui, qu’il la prit dans ses bras : mais ce mouvement la dissipa.

— Enfant ! murmura-t-il en souriant.

Et il se rendormit comme un amant boudé par sa maîtresse rieuse et ensommeillée.

Le jour de sa fête, il plaça, par plaisanterie, une immortelle dans le bouquet qu’il jeta sur l’oreiller de Véra.

— Puisqu’elle se croit morte, dit-il.

Grâce à la profonde et toute-puissante volonté de M. d’Athol, qui, à force d’amour, forgeait la vie et la présence de sa femme dans l’hôtel solitaire, cette existence avait fini par devenir d’un charme sombre et persuadeur. — Raymond, lui-même, n’éprouvait plus aucune épouvante, s’étant graduellement habitué à ces impressions.

Une robe de velours noir aperçu au détour d’une allée ; une voix rieuse qui l’appelait dans le salon ; un coup de sonnette le matin, à son réveil, comme autrefois ; tout cela lui était devenu familier : on eût dit que la morte jouait à l’invisible, comme une enfant. Elle se sentait aimée tellement ! C’était bien naturel.

Une année s’était écoulée.

Le soir de l’Anniversaire, le comte, assis auprès du feu, dans la chambre de Véra, venait de lui lire un fabliau florentin : Callimaque. Il ferma le livre ; puis en se servant du thé :

Douschka, dit-il, te souviens-tu de la Vallée-des-Roses, des bords de la Lahn, du château des Quatre-Tours ?… Cette histoire te les a rappelés, n’est-ce pas ?