Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/43

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Le gouverneur passait, adressant à tous maints sourires et guidé par l’amble-trotteur de son fin cheval. Le peuple, rassuré par cette confiance que lui inspire toujours une tenue irréprochable, alternait de chants patriotiques les applaudissements tout militaires dont il honorait la présence de ce soldat.

Mais les syllabes de l’ancien vivat furieux s’étaient modifiées : le peuple, éperdu, proférait ce vœu du moment :

— « Vive la République ! »

Et, là-bas, du côté du seuil sublime, on distinguait toujours la voix solitaire de Lazare. Le Diseur de l’arrière-pensée populaire ne modifiait pas, lui, la rigidité de sa fixe plainte.

Âme sincère de la fête, levant au ciel ses yeux éteints, il s’écriait, entre des silences, et avec l’accent d’une constatation :

— « Prenez pitié d’un pauvre aveugle, s’il vous plaît ! »


Grande revue aux Champs-Élysées, ce jour-là !

Voici neuf ans de supportés depuis ce soleil trouble !

Oh ! mêmes rumeurs ! mêmes fracas d’armes ! mêmes hennissements ! Plus assourdis encore, toutefois, que l’année précédente : criards, pourtant.

— « Vive la Commune ! » clamait le peuple, au vent qui passe.

Et la voix du séculaire Élu de l’Infortune redisait, toujours, là-bas, au seuil sacré, son refrain rectifica-