Page:Villiers de L'Isle-Adam - Nouveaux Contes cruels.djvu/237
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— Ce soir n’est pas demain.
— Tais-toi.
Un silence.
— Tu es belle. Tu épouseras quelque jeune seigneur... espère, ma fille.
A cette parole, Déborah Milton se leva froidement et se tint debout, glacée et sévère.
— Un jeune seigneur ! Ah ! je ne veux pas rire entre ces murs couleur de sang ! Quel d’entre eux voudrait pour femme de la fille d’un vieux rimeur sans pain, qui vota pour la mort de son roi ? Je n’espère pas même... un pauvre ministre de Dieu... que le péril d’encourir la froideur du dernier des sujets de Charles II détournerait de ma main...
— Ton père a fait son devoir selon sa conscience !
— Les hommes austères devraient se passer d’enfants ! murmura la jeune fille.
— Déborah !... tu es cruelle pour d’autres que lui !