Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/48
38 NOTES SUR UNE LETTRE
avait fait abjuration de la religion catholique à Genève pour aller vivre en France ; c'est une basse ingratitude mêlée d'une envie secrète contre M. Helvétius, l'un de ses bienfaiteurs ; c'est une calomnie infâme : car jamais M. Helvétius n'enseigna le ma- térialisme ; il se déclara hautement contre cette opinion ; il désa- voua comme le grand Fénelon, archevêque de Cambrai, tout ce qu'on avait trouvé de répréhensible dans son ouvrage. Il se rétracta avec la simplicité d'une âme respectable, il força ses persécuteurs à l'estimer. C'était une atrocité abominable au sieur Jean-Jacques de rouvrir des plaies qui saignaient encore, et de se rendre l'accusateur d'un homme qui avait eu pour lui les plus grandes bontés. Peut-il s'étonner après cela d'avoir été détesté, et mcmcUi?
Page iO. — Les petits garçons et les petites filles lui jetèrent des pierres.
Il est vrai qu'on jeta quelques pierres à Jean-Jacques Rous- seau et à la nommée Levasseur, qu'il traîne partout avec lui, et qui était apparemment la confidente de M'"^ de Volmar. Cela pou- vait avoir causé du scandale à Moutiers-Travers, et avoir été l'occasion de cette grêle de pierres, qui n'a pourtant pas été con- sidérable, et dont aucune n'atteignit le sieur Jean-Jacques ni la Levasseur. Il est naturel que l'extrême laideur de cette créature, et la figure grotesque de. Jean-Jacques déguisé en Arménien, aient induit ces petits garçons à faire des huées et à jeter quel- ques cailloux ; mais il est faux que Jean-Jacquçs ait couru le moindre danger.
La requête que le sieur Jean-Jacques Rousseau présenta pour être enfermé ne fut point adressée précisément à Leurs Excel- lences du conseil de Berne, mais à monsieur le bailli, gouver- neur de l'île Saint-Pierre, où Jean-Jacques était alors caché ; il prie ce magistrat d'obtenir pour lui cette grâce. Il aurait été en effet très à plaindre d'être réduit à cette extrémité, si ses fureurs orgueilleuses et extravagantes ne l'avaient pas rendu indigne de toute pitié.
La condamnation des Lettres de la montagne, qualifiées de calom- nies atroces i^rt les seigneurs plénipotentiaires, estdu 25 juillet 1766.
Ces Lettres de la montagne sont un ouvrage encore plus insensé, s'il est possible, que la profession de foi qu'il signa entre les mains
�� �