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A M. HUME. 43
Mais l'imitation est si mauvaise que ce roman est aujourd'hui entièrement oublié. Il n'y a ni exposition, ni nœud, ni dénoûmont, ni aventures intéressantes, ni raison, ni esprit. C'est un précepteur lâche et insolent qui fait un enfant à sa pupille, et qui en reçoit de l'argent ; qui veut se battre contre un pair d'Angleterre, et qui en reçoit l'aumône. La pupille, grosse du précepteur, épouse un Russe dans un village de Suisse; et, pour se tirer d'affaire, elle accouche d'un faux germe.
Comme les auteurs se peignent assez dans leurs ouvrages, le précepteur va fréquenter à Paris les mauvais lieux. C'est de ces honnêtes retraites qu'il insulte les dames de la cour, c'est de là qu'il écrit à sa Julie des invectives contre la musique de Rameau, et qu'il dit que ses airs ressemblent h la course d'une oie grasse , ou à une vache qui galope.
Le héros de ce roman moral prononce devant sa chaste Suis- sesse de ces mots trop usités par la canaille ; et sa maîtresse lui dit qu'elle a entendu quelquefois ces paroles dans la bouche des portefaix. Il peint noblement des valets qui polissonnent dans une cour. Il dit que les âmes humaines veulent être accouplées; qu'onmesure à Paris ses maximes a la toise, que les dîners de Paris ne diffèrent pas beaucoup des tables d'auberge. Ce n'était pas sur ce ton que M"'^ de La Fayette écrivait la Princesse de Cleves et Zaïde.
Jean- Jacques conseille ailleurs au dauphin de France, au prince de Galles, et à l'archiduc, d'épouser la fille du bourreau si elle est belle et honnête, car c'est toujours l'honnêteté qui dirige Jean-Jacques.
Ce qu'on peut remarquer dans ce roman, c'est le commence- ment de la préface. « Il faut, dit l'auteur, des spectacles dans les grandes villes, et des romans aux peuples corrompus. J'ai vu les mœurs de mon temps, et j'ai publié ces Lettres. »
Il est assez étrange qu'un homme qui s'avoue publiquement un corrupteur ait voulu faire ensuite le législateur ; mais il in- struit les hommes comme il dirige les filles.
Ce maître fou quitta, en 1762, les lieux honnêtes où il allait penser à Julie avec des officiers suisses, pour enseigner à l'Eu- rope les Principes du droit politique, ou Contrat social, qu'on a nommé le Contrat insocial. C'est un ouvrage obscur, mal digéré, plein de contradictions et d'erreurs. Les satires mêmes, dont il fourmille, n'ont pu lui donner de la vogue. Il a beau dire (page 163) que ceux qui parviennent dans les monarchies ne sont le plus souvent que de petits brouillons, de petits fripons, de petits intrigants, à qui les petits talents, qui font parvenir aux grandes
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