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LE PHILOSOPHE IGNORANT. 49

mon cerveau, qui les conserve dans ma mémoire? Ceux qui sont payés pour le savoir Tout inutilement cherché; nous sonmies tous clans la même ignorance des premiers principes où nous étions dans notre Lerceau.

III. — Comment puis-je penser 9

Les livres faits depuis deux mille ans m'ont-ils appris quelque chose ? Il nous vient quelquefois des envies de savoir comment nous pensons, quoiqu'il nous prenne rarement l'envie de savoir comment nous digérons, comment nous marchons. J'ai interrogé ma raison, je lui ai demandé ce qu'elle est : cette question fa toujours confondue.

J'ai essayé de découvrir par elle si les mêmes ressorts qui me font digérer, qui me font marcher, sont ceux par lesquels j'ai des idées. Je n'ai jamais pu concevoir comment et pourquoi ces idées s'enfuyaient quand la faim faisait languir mon cori)s, et comment elles renaissaient quand j'avais mangé.

J'ai vu une si grande diflerence entre des pensées et la nour- riture, sans laquelle je ne penserais point, que j'ai cru qu'il y^ avait en moi une substance qui raisonnait, et une autre substance L qui digérait. Cependant, en cherchant toujours à me prouver que nous sommes deux, j'ai senti grossièrement que je suis un seul; et cette contradiction m'a toujours fait une extrême peine.

J'ai demandé à quelques-uns de mes semblables, qui cultivent la terre, notre mère commune, avec beaucoup d'industrie, s'ils sentaient qu'ils étaient deux, s'ils avaient découvert par leur pbi- losophie qu'ils possédaient en eux une substance immortelle, et cependant formée de rien, existante sans étendue, agissant sur leurs nerfs sans y toucher, envoyée expressément dans îe contre de leur mère six semaines après leur conception; ils ont cru (jue je voulais rire, et ont continué à labourer leurs champs sans me répondre.

IV. — M'cst-il nécessaire de savoir?

Voyant donc qu'un nombre prodigieux d'hommes n'a^ait i)as seulement la moindre idée des difflcultés qui m'inquiètent, et ne se doutait pas de ce qu'on dit, dans les écoles, (ki l'être en gêîiéral, de la matière, de l'esprit, etc.; voyant même qu'ils se mo^quaient souvent de ce que je voulais le savoir, j'ai soupçonné (pril n'était point du tout nécessaire que nous le sussions. J'ai pensé (|ne la

20. — Mki.a\gks. V. 4

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