Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome35.djvu/354
344 CORRESPONDANCE.
1213. — A MADEMOISELLE QUINAULT.
Paris, 19.
Je me sers plus, mademoiselle, d'une plume que d'un crayon; j'ai déjà fait une partie des choses que vous avez voulues ; plus je réfléchis, plus je suis de votre avis, et plus je suis honteux de ne m'être pas rendu tout d'un coup sur hien des choses.
Je pars soumis plus que jamais à vos conseils, charmé plus que jamais de vos bontés. J'ai laissé aux deux frères les deux pièces sur lesquelles vous avez, comme sur moi, autorité abso- lue. Adieu, mademoiselle, adieu ; l'Afrique, l'Arabie et moi, nous sommes à vos pieds.
1214. — A FRÉDÉRIC, PRINCE ROYAL DE PRUSSE.
(Paris), novembre '.
Brûlez votre vaisseau, vagabond Baltimore-, Qui, du détroit du Sund au rivage du Maure, Du Bengale au Pérou, fendez le sein des mers ; A^ous, jeune citoyen de ce plat ^ univers, Vous, de nouveaux plaisirs et de science avide, Élève de Socrate, et d'Horace, et d'Euclide, Cessez, Algarotti, d'observer les humains. Les phrynés de Venise, et les gilons de Rome, Les théâtres français, les tables des Germains, Les ministres, les rois, les héros, et les saints; Ne vous fatiguez plus, ne cherchez plus un homme; Il est trouvé. Le ciel, qui forma ses vertus,
Le ciel au haut du mont Rémus A placé mon héros, l'exemple des vrais sages; Il commande aux esprits, il est roi sans pouvoir; Au pied du mont Rémus finissez vos voyages. L'univers n'est plus rien, vous n'avez rien à voir. Ciel! quand arriverai-je à la montagne auguste Où règne un philosophe, un bel esprit, un juste. Un monarque fait homme, un Dieu selon mon cœur? Mont sacré d'Apollon, double front du l'arnasse; Olympe, Sinai, Thabor, disparaissez; Oui, par ce mont Rémus vous ôtes effacés,
1. Cetfp rt-ponso à la lettre 1207 est du premier ou du second jour de novembre au plus tard.
2. Milord I5altimore, nommé plus haut, lettre 1207.
3. Alhision au voyage de Maupcrtuis et do Clairaul au pôle.
�� �