Page:Wharton - Sous la neige, 1923.djvu/20

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La réponse d’Harmon Gow accrut encore ma sur­prise :

— Je ne sais pas s’il le ferait pour vos beaux yeux, mais il ne sera certainement pas fâché de gagner un dollar…

On m’avait bien dit que Frome était pauvre, et que sa scierie, jointe aux quelques arpents pierreux de sa ferme, suffisait à peine à faire vivre son monde pendant les mois d’hiver. Toutefois je n’avais pas supposé qu’il en fût là, et je ne pus m’empêcher d’exprimer mon étonnement à Harmon, qui reprit :

— Dame, ses affaires ne vont pas fort. Quand un homme se mange les sangs depuis plus de vingt ans, faute de suffire à sa besogne, il perd courage, que diantre ! La ferme de Frome a toujours été à peu près comme une terrine de lait quand le chat a passé, et vous savez ce que rapporte aujourd’hui une de ces vieilles scieries… Lorsque Ethan pouvait encore peiner sur les deux de front, on avait juste de quoi vivre chez lui. Même à cette époque, son monde lui dévorait tout, et aujourd’hui je ne sais pas comment il arrive à s’en tirer… Ça commença avec son père, qui attrapa un coup de pied de cheval en faisant les foins. Le pauvre bonhomme tomba en enfance, et il jetait l’argent par les fenêtres comme si de rien n’était. Puis ce fut la mère Frome qui devint maboule… Elle