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INTENTIONS

quelle qu’elle soit, appartient à la sphère de l’éthique ; le but de l’art est simplement de créer un état d’âme. Un tel mode de vie est-il sans applications pratiques ? Ah ! il n’est pas si facile d’être impratique que l’imaginent les ignorants Philistins. 11 serait heureux pour l’Angleterre qu’il en fût ainsi. 11 n’est pas un pays au monde qui n’ait autant que le nôtre besoin de gens impratiques. Chez nous, la Pensée est dégradée par sa constante association avec la pratique. Qui donc parmi ceux qui s’agitent dans l’effort et le tumulte de l’existence réelle, bruyant politicien ou socialiste braillard ou pauvre prêtre à l’esprit étroit aveuglé par les souffrances de cette négligeable partie de notre société où lui-même a fixé sa place, peut sérieusement se dire capable de formuler un jugement intellectuel désintéressé sur n’importe quoi ? Chaque profession comporte un préjugé. La nécessité d’avoir une carrière force chacun à prendre parti. Nous vivons dans une époque de gens accablés de travail et d’une éducation rudimentaire, une époque où les gens sont si laborieux qu’ils en deviennent absolument stupides et, si dur que cela paraisse, je ne puis m’empêcher de dire que de tels gens méritent leur sort. Le moyen certain de ne rien savoir de la vie c’est d’essayer de se rendre utile. Ernest. — Une doctrine charmante, Gilbert. Gilbert. — Je n’en suis pas sûr, mais elle a, du moins, le mérite assez mince d’être vraie. Le désir