Page:Wilde - La Maison de la courtisane, trad. Savine, 1919.djvu/14

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tournoyer aux sons du cornet-à-piston et du violon, comme des feuilles noires que le vent fait tourbillonner.

Ainsi que des automates mis en mouvement par des fils, ces minces squelettes dessinés en silhouettes, allaient glissant, se formant en lent quadrille.

Ils se prenaient par la main et dansaient une ronde grandiose, et parfois éclatait l’écho grêle et aigu des rires.

Parfois une poupée à mouvement d’horlogerie pressait contre sa poitrine un amant-fantôme ; on eut dit parfois qu’ils se disposaient à fredonner et à chanter.

Parfois une horrible marionnette se détachait et fumait une cigarette sur les degrés du perron : on eut dit une chose qui vivait.

Alors me tournant vers mon aimée, je lui dis : « Ce sont des morts qui dansent avec des morts ; c’est de la poussière qui tourbillonne avec de la poussière. »