Page:Wilde - Le Crime de Lord Arthur Savile, trad. Savine, 1905.djvu/37

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Tout ce temps-là, lord Arthur Savile était demeuré debout près de la cheminée avec le même sentiment de frayeur qui pesait sur lui, la même maladive préoccupation d’un avenir mauvais.

Il sourit tristement à sa sœur comme elle glissa près de lui au bras de lord Plymdale, fort jolie dans son brocard rose garni de perles, et il entendit à peine lady Windermere, quand elle l’invita à la suivre. Il pensa à Sybil Merton et l’idée que quelque chose pourrait se placer entre eux remplit ses yeux de larmes.

Quelqu’un qui l’aurait regardé eût dit que Némésis avait dérobé le bouclier de Pallas et lui avait montré la tête de la Gorgone. Il paraissait pétrifié et son visage avait l’aspect d’un marbre dans sa mélancolie.

Il avait vécu la vie délicate et luxueuse d’un jeune homme bien né et riche, une vie exquise affranchie de tous soucis avilissants, une vie d’une belle insouciance[1] d’enfant, et maintenant, pour la première fois, il eut

  1. En français dans le texte.