Page:Wilde - Le Crime de Lord Arthur Savile, trad. Savine, 1905.djvu/54

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sa pose et dans son attitude quelques traits de la grâce grecque.

Pourtant, elle n’était pas petite[1].

Elle était simplement parfaitement proportionnée, chose rare à un âge où tant de femmes sont ou plus grandes que nature ou insignifiantes.

En la contemplant en ce moment, lord Arthur fut rempli de celle terrible pitié qui naît de l’amour. Il sentit que l’épouser avec le fatum du meurtre suspendu sur sa tête serait une trahison pareille à celle de Judas, un crime pire que tous ceux qu’ont jamais rêvé les Borgia.

Quel bonheur y aurait-il pour eux, quand à tout moment il pourrait être appelé à accomplir l’épouvantable prophétie écrite dans sa main ? Quelle vie mènerait-il aussi longtemps que le destin tiendrait cette terrible fortune dans ses balances ?

A tout prix, il fallait retarder le mariage. Il y était tout à fait résolu.

  1. En français dans le texte.