Page:Zola - La Confession de Claude (Charpentier 1893).djvu/245

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cesse, elle a toute une vie qui n’a pas été la mienne, elle n’est pas moi. J’aime et je me déchire ; je sanglote devant cette créature que je ne possède pas, que je ne peux plus posséder en entier.

La chandelle fumait, la chambre s’emplissait d’un air épais, jaunâtre. J’entendais le râle de Marie, plus saccadé. J’écoutais le cœur de Laurence et je ne savais en comprendre le langage. Ce cœur parlait sans doute une langue inconnue ; je retenais mon souffle, je tendais mon intelligence ; le sens m’échappait toujours. Peut-être me racontait-il le passé de la misérable, son histoire de honte et de misère. Il battait, lent, ironique, laissant tomber les syllabes avec effort, il ne se hâtait pas de finir, il paraissait se complaire dans le récit de l’horrible aventure. Je devinais par instants ce qu’il pouvait dire. J’ignorais le passé, j’avais refusé de le connaître, tâché de l’oublier ; mais, de lui-même, il s’évoquait, il apparaissait