Page:Zola - Vérité.djvu/27

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Le père Philibin se taisait toujours, l’air calme ; mais le frère Fulgence ne put se contenir davantage, et il posa des questions.

— Minuit moins vingt, le crime alors devait être commis… Et vous n’avez rien vu, rien entendu ?

— Absolument rien. La place était déserte, l’orage grondait déjà au loin… Je suis rentré sans rencontrer âme qui vive. Toute la maison était plongée dans un profond silence.

— Vous n’avez donc pas eu l’idée d’aller voir si ce pauvre Zéphirin était bien revenu de la chapelle, s’il dormait ? Vous ne lui faisiez donc pas une petite visite, chaque soir ?

— Non. Le cher enfant était déjà un petit homme très avisé, nous lui laissions le plus de liberté possible. Puis, tout paraissait si calme, que l’idée ne pouvait me venir de le déranger dans son sommeil. Je suis monté directement à notre chambre, en faisant le moins de bruit possible. J’ai embrassé les enfants qui dormaient, et je me suis couché tout de suite, heureux de trouver ma femme un peu remise, causant doucement avec elle.

Le père Philibin eut un hochement de tête approbatif, en disant enfin : — Évidemment, tout cela s’explique très bien.

Et les personnes présentes parurent convaincues, la version du rôdeur faisant son coup vers dix heures et demie, entrant et se sauvant par la fenêtre, semblait de plus en plus certaine. Ce que racontait Simon confirmait les renseignements donnés par Mlle Rouzaire. Et il n’était pas jusqu’aux dames Milhomme, les papetières voisines, qui prétendaient avoir vu, dès la tombée de la nuit, un homme de mauvaise mine rôder sur la place.

— Il y a tant de mauvaises gens par les chemins ! conclut le père jésuite. Espérons que la police mettra la