Page:Zola - Vérité.djvu/80

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partis ; et même, comme sanction publique, afin que personne n’en ignorât, Sébastien fut mis à l’école laïque, avec le juif Simon, tandis que Victor restait à l’école des frères. Ainsi réglée, menée avec une adresse supérieure, l’association prospéra, ces dames Milhomme eurent une des boutiques les plus achalandées de Maillebois.

Marc s’était arrêté dans la rue Courte, où il n’y avait que deux maisons, la papeterie et le presbytère, et il regarda un instant cette papeterie, avec sa vitrine où les images de sainteté se mêlaient à des tableaux scolaires, exaltant la République, tandis que des journaux illustrés, pendus à des ficelles, barraient presque la porte. Il allait finir par entrer, lorsque justement Mme Alexandre parut sur le seuil, grande et blonde, l’air très doux, le visage déjà fané à trente ans, mais éclairé toujours d’un faible sourire. Et elle avait dans ses jupes son petit Sébastien, qu’elle adorait, un enfant de sept ans, doux et blond comme elle, très beau, les yeux bleus, le nez fin et la bouche aimable.

Elle connaissait Marc, elle lui parla la première du crime abominable, dont elle semblait hantée.

— Ah ! quelle histoire, monsieur Froment ! Et dire que ça c’est passé là, si près de nous ! Ce pauvre petit Zéphirin, je le voyais sans cesse passer, aller et revenir de l’école, et il entrait si souvent, pour ses cahiers et ses plumes !… Je n’en dors plus, depuis que j’ai vu le corps, une des premières.

Puis, elle parla de Simon, de la peine où il était, en femme compatissante. Elle le jugeait très bon, très honnête, à cause du grand intérêt qu’il portait à son petit Sébastien, un de ses élèves intelligents et dociles. Jamais on ne lui ferait croire qu’il fût capable d’une action si affreuse. Le modèle d’écriture dont on parlait tant, n’aurait rien prouvé, même si on avait trouvé le pareil à l’école.