Patriotisme et christianité

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Patriotisme et christianisme


XIII. (…) Mais quel est ce sentiment élevé qui, selon l’opinion de la classe dirigeante, doit être inculquer aux gens ? Le sentiment [patriotique], dans sa définition la plus simple, est seulement la préférence pour son propre pays ou sa nation sur le pays ou la nation de n’importe qui d’autre; un sentiment parfaitement exprimé dans la chanson patriotique allemande, « Deutschland, Deutschland über Alles, dans laquelle on peut seulement substituer les premiers deux mots , « Russland », « Frankreich, » « Italien, » ou le nom de n’importe quel autre pays, pour obtenir une formule du sentiment élevé de patriotisme pour ce pays.

Il est tout à fait possible que les gouvernements voient ce sentiment comme à la fois utile et désirable, et au service de l’unité de l’État; mais on doit voir que ce sentiment n’est en rien élevé, mais, au contraire, qu’il est très stupide et immorale. Stupide, parce que si chaque pays devait se considérer supérieur aux autres, il est évident qu’il n’y en a qu’un seul qui ne serait pas dans l’erreur; et immoral parce qu’il mène tous ceux qui le possède à chercher le bénéfice de leur propre pays ou nation au dépend de celui ou celle de tous les autres – une envie qui est à l’exacte opposée de la loi morale fondamentale, que tous admette, « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’ils te fassent. »

La patriotisme a pu être une vertu dans le monde ancien quand il obligeait les hommes à servir l’idée la plus élevée de ce temps-là, - la patrie. Mais comment le patriotisme peut-il être une vertu de nos jours alors qu’il demande des hommes un idéal exactement opposé à celui de notre religion et de notre moralité, - une acceptation, non de l’idée de l’égalité et de la fraternité de tous les hommes, mais de la prédominance du pays ou de la nation de l’un sur les autres ? Mais non seulement ce sentiment n’est pas une vertu de nos jours, mais c’est indéniablement un vice; car ce sentiment de patriotisme ne peut pas exister maintenant, parce qu’il n’y a aucune fondation matérielle ou morale pour sa base.

Le patriotisme pourrait avoir eu quelque signification dans le monde ancien, quand chaque nation était de composition plus ou moins uniforme, professant une seule foi nationale, et sujette à l’autorité suprême de son grand et adoré souverain, représentant, comme il se doit, une île, dans un océan de barbares qui cherchaient à s’y répandre.

Il est possible que dans de telles circonstances le patriotisme – la protection désirée des assauts des barbares, prête non seulement à détruire l’ordre social, mais le menaçant de pillage, de massacre, captivité, esclavage, et le viol de ses femmes – était n sentiment naturel; et il est concevable que les hommes, afin de se défendre eux-mêmes ainsi que leurs compatriotes, pouvaient préférer leur propre nation à celle de n’importe quel autre, et chérir un sentiment de haine pour les barbares environnant, et les détruire par protection.

Mais quelle signification ce sentiment peut-il avoir dans les jours chrétiens ?

Sur quelles bases et pour quelles raison un homme de notre temps – un russe, par exemple, tue des français; ou un français des allemands ? – alors qu’il est parfaitement conscient, aussi peu éduqué qu’il soit, que les hommes du pays ou de la nation contre lequel son animosité patriotique est stimulée ne sont pas des barbares, mais des hommes, des chrétiens comme lui, souvent de la même foi que lui, et comme lui, désireux de paix et de l’échange paisible du travail; et, en plus, liés à lui, pour la plus grande part, soit par l’intérêt ou par un effort commun, ou par des entreprises mercantiles ou spirituelles, ou même les deux ? Ainsi bien souvent les gens d’un pays sont plus près et dans un plus grand besoin de leurs voisins que sont ces derniers les uns des autres, comme dans le cas d’un travailleurs au service d’employeurs étrangers, de maisons commerciales, scientifiques, et disciples de l’art.

De plus, les conditions mêmes de la vie sont maintenant si différente, que ce que nous appelons patrie, ce qu’on nous demande de distinguer de tous le reste, a cessé d’être clairement défini, comme il en était avec les anciens, quand les hommes du même pays était d’une seule nationalité, d’un seul état et d’une seule religion. Le patriotisme d’un égyptien, d’un juif ou d’un grec est cpmpréhnsible car en défendant son pays il défend sa religion, sa nationalité, sa patrie et son état.

Mais en quels termes est-ce que quelqu’un de nos jours peut exprimer le patriotisme d’un irlandais des Etats-Unis, qui par religion appartient à Rome, par sa nationalité à l’Irlande, et par sa citoyenneté aux Etats-Unis ? Dans la même position se trouve un bohémien en Autriche, a Polonais en Russie, Prusse, ou Autriche; un hindou en Angleterre; un tatar ou un arménien en Russie ou en Turquie. Sans mentionner les gens de ces ["particular conquered"] nations, les gens des pays les plus homogènes, la Russie, la France, la Prusse, ne peuvent plus avoir le sentiment de patriotisme qui étai si naturel aux anciens, parce que bien souvent le principal intérêt de leurs vies – de leurs familles, par exemple quand un homme est marié à une femme d’une autre nationalité; commercial, quand son capital est investit à l’étranger; spirituel, scientifique ou artistique – ne sont plus limités dans les bornes de son pays, mais en dehors de celui-ci, peut-être contre lequel son animosité patriotique se trouve provoquée.

Mais le patriotisme est principalement impossible aujourd’hui parce que, quoiqu’on puisse avoir tenté de caché la signification du christianisme pendant dix-huit cents ans, il a néanmoins infiltré nos vies à un tel degré que le plus ordinaire et le moins raffiné des hommes peut voir l’incompatibilité la plus complète entre le patriotisme et la loi morale par laquelle il vit.

XIV. Le patriotisme était une nécessité dans la formation et la consolidation d’états puissants composés de différentes nationalités et agissant en défense mutuelle contre les barbares. Mais dès que l’éclaircissement chrétien a transformé ces pays de l’intérieur, donnant à tous un statut d’égal, le patriotisme est devenu non seulement inutile, mais le seul empêchement d,une union entre les nations pour laquelle, en raison de leur conscience chrétienne, ils étaient préparée.

Le patriotisme d’aujourd’hui est la cruelle tradition d’une époque dépassée, qui existe non seulement par son inertie, mais parce que les gouvernements et la classe dirigeante, conscient que non seulement leur pouvoir, mais leur existence même, en dépend, provoque continuellement et le maintienne chez les gens, par la ruse et la violence.

Le patriotisme d’aujourd’hui est comme un échafaudage qui était jadis nécessaire pour élever le mur d’un bâtiment, mais qui, quoiqu’il présente le seul obstacle à l’occupation de la maison, est néanmoins conservé, parce que son existence profite à certaines personnes.

Depuis longtemps il n’y a plus ni ne peut y avoir de raison de dissension entre les nations chrétiennes. Il est même impossible d’imaginer, comment et pourquoi les travailleurs russes et allemands, œuvrant paisiblement et ensemble aux frontières et dans les capitales devraient se quereller. Et encore moins facilement serait-il possible d’imaginer l’animosité entre quelque paysans Kazan qui fournit le blé aux allemands, et un allemand qui lui fournit des faux et des machines.

Il en est de même entre les travailleurs français, allemand et italien. Et il serait même ridicule de parler de la possibilité d’une querelle entre les hommes de science, d’art ou des lettres des différentes nationalités, qui ont les mêmes buts d’intérêts communs indépendant des nationalités ou des gouvernements.

Mais les gouvernements ne peuvent pas laisser les nations en paix, parce que la principale, sinon la seule justification de l’existence des gouvernements est la pacification des nations, et le règlement de leurs relations hostiles. En conséquence, les gouvernements évoquent de telles relations hostiles sous la bannière du patriotisme, afin de montrer leurs pouvoirs de pacification. Un peu comme un gitan qui, ayant mis du poivre en dessous de la queue d’un cheval, et l’ayant battu dans sa stalle, le sort dehors, se cramponnant à ses rennes, prétend qu’il peut difficilement contrôlé l’animal énervé.

On se fait dire que les gouvernements sont très prudents de maintenir la paix entre les nations. Mais comment la maintienne-t-elle ? Les gens vivent en relation paisible les uns avec les autres dans le Rhin. Soudainement, à cause de quelques querelles et intrigues entre les rois et les empereurs, une guerre commence; et nous apprenons que le gouvernement français a considéré cela nécessaire de voir ces gens paisibles comme des français. Les siècles passent, la population devient habituée à leur statut, quand l’animosité recommence encore entre les gouvernements des grandes nations, et une guerre débute sur la base des prétextes les plus vides, parce que le gouvernement allemand considère cela nécessaire de considérer les gens comme allemands : et entre tous les français et tous les allemands est allumé un sentiment mutuel de mauvaise volonté.

Ou encore les allemands et les russes vivent de manière amicale à leurs frontières, échangeant pacifiquement le fruit de leur travail; quand tout d’un coup, ces mêmes institutions, qui existent seulement pour maintenir la paix, commence à se quereller, se rendent coupables d’une stupidité après l’autre, et sont finalement incapable d’inventer autre chose que la méthode la plus puéril d’autopunition afin d’arriver à leurs fins, et de jouer un mauvais tour à leurs adversaires, - ce qui dans ce cas est spécialement facile, comme ceux qui organisent une guerre de tarifs ne sont pas ceux qui en souffrent; ce sont les autres qui souffrent, - et ainsi ils organisent une guerre de tarifs comme celle qu’il y a eu récemment entre la Russie et l’Allemagne. Et ainsi entre les Russes et les Allemands un sentiment d’animosité est favorisé, qui est encore plus envenimé par les festivités franco-russes, et peur mener tôt ou tard à une guerre meurtrière.

Je dois mentionner ces deux derniers exemples de l’influence d’un gouvernement utilisée sur les gens pour exciter leur animosité contre d’autres gens, parce qu’ils sont arrivés à notre époque; mais dans toute l’histoire il n’y a pas de guerre qui n’a pas été tramé par les gouvernements, les gouvernements seuls, indépendamment des intérêts des gens, pour qui la guerre est toujours pernicieuse même si elle est victorieuse.

Le gouvernement assure les gens qu’ils sont en danger d’être envahi par une autre nation, ou d’ennemis en leur sein, et que la seule façon d’échapper à ce danger est l’obéissance servile des gens à leur gouvernement. Ce fait est mis le plus en évidence durant les révolutions et les dictatures, mais il existe toujours et partout où le pouvoir du gouvernement existe. Chaque gouvernement explique son existence, et justifie ses actions par la violence, par l’argument que s’il n’existait pas l’état des choses serait de beaucoup pire.

Après avoir assuré le peuple de sa menace le gouvernement le subordonne à la commande, et quand il se trouve dans cette condition, le force à attaquer quelque autre nation. Et ainsi l’assurance du gouvernement est corroborée aux yeux du peuple, en ce qui concerne le danger d’une attaque de la part d’autres nations.

"Divide et impera" [Diviser et régner ?....]

Le patriotisme dans sa signification la plus simple, la plus claire, et la plus indubitable n’est rien d’autre qu’un moyen pour les dirigeants d’atteindre leurs ambitions et désirs de convoitise, et pour les dirigés l’abdication de la dignité humaine, de la raison, et de la conscience, et une fascination servile pour ceux qui sont au pouvoir. Et c’est comme tel qu’il est recommandé où qu’il soit prêché.

Le patriotisme est esclavage.

Ceux qui prêche la paix par l’arbitrage argumentent ainsi : deux animaux ne peuvent pas se diviser leur proie autrement qu’en se battant ; comme il en est avec les enfants, les sauvages et les nations barbares. Mais les gens raisonnables règlent leurs différents par l’argumentation, la persuasion, et en référent la décision à d’autres personnes raisonnables et impartiales. C’est ainsi que les nations devraient agir aujourd’hui. Cet argument semble tout à fait valable. Les nations d’aujourd’hui ont atteint la période du caractère raisonnable, de n’avoir aucune animosité l’une envers l’autre, et pourraient décider leurs différents de façon pacifique. Mais cet argument ne s’applique que dans la mesure où il se réfère aux gens, et seulement aux gens qui ne sont pas sous le contrôle d’un gouvernement. [Car] les gens qui se soumettent à un gouvernement ne peuvent pas être raisonnables, parce que la subordination est en elle-même le signe du besoin d’une cause. Comment pourrions nous parler du caractère des hommes qui promettent d’avance de tout accomplir, y compris le meurtre, que le gouvernement – c’est-à-dire certains hommes qui ont atteint certaines positions – peuvent commander ? Les hommes qui acceptent de telles obligations, et se subordonne eux-mêmes de façon résignée à tout ce qui peut être imposé par des personnes qu’ils ne connaissent pas à Petersburg, Vienne, Berlin, Paris, ne peuvent pas être considérés raisonnables ; et les gouvernements, c’est-à-dire ceux qui sont en possession de telles pouvoirs, peuvent encore moins être considérés raisonnable, et ne peuvent que mal l’utiliser, et devenir abasourdi par un tel pouvoir si fou et terrible.

C’est pourquoi la paix entre les nations ne peut être atteinte par des moyens raisonnables, par des conventions, par l’arbitrage, aussi longtemps que la subordination des gens au gouvernement continue, une condition toujours déraisonnable et toujours pernicieuse.

Mais la subordination des gens au gouvernement existera aussi longtemps que le patriotisme existe, parce que l’autorité de tous les gouvernements est fondée sur le patriotisme, c’est-à-dire sur l’empressement des gens à se subordonner à l’autorité pour défendre leur nation, pays, ou état des dangers qui les menacent supposément.

Le pouvoir des rois français avant la révolution était fondé sur le patriotisme; sur celui-ci était aussi fondé le pouvoir du Comité du Bien-être Public après la Révolution; sur celui-ci fut ériger le pouvoir de Napoléon, comme consul et comme empereur ; sur celui-ci, après la chute de Napoléon, fut basé le pouvoir des Bourbons, puis celui de la République, Louis-Philippe, et encore la République ; puis de Napoléon III, puis encore de la République, et sur celui-ci enfin le pouvoir de M. Boulanger.

Il est terrible de le dire, mais il n’y a pas, et il n’y a jamais eu quelque violence conjointe d’un peuple contre un autre qui ne fut pas accompli au nom du patriotisme. En son nom les russes ont combattus les français et les français les russes; en son nom russes et français se préparent à combattre les allemands et les allemands à faire la guerre sur deux frontières. Et tel est le cas non seulement avec les guerres. Au nom du patriotisme les russes ont étouffé les polonais, les allemands persécuté les slaves, les hommes de la Commune tué ceux de Versaille, et ceux de Versaille les hommes de la Commune.

XV. Il semblerait que compte tenu de la diffusion de l’éducation, des transports plus rapides, de la fréquentation accrue entre les nations, de l’extension de la documentation, et principalement par la diminution du danger des autres nations, la fraude du patriotisme deviendrait quotidiennement plus difficile et finalement impossible à pratiquer. Mais la vérité est que ces mêmes moyens d’éducation, de facilité de transport et de fréquentation, et particulièrement l’extension de la documentation, étant saisies et de plus en plus contrôlés par le gouvernement, confèrent de telles possibilités à ce dernier d’exciter un sentiment d’animosité mutuel entre les nations, qu’en proportion qu’est devenu manifeste l’inutilité et le danger du patriotisme, s’est aussi accru le pouvoir du gouvernement et des classes dirigeantes d’exciter l’animosité entre les nations. La seule différence entre ce qui était et ce qui existe maintenant consiste uniquement dans le fait qu’aujourd’hui un beaucoup plus grand nombre d’hommes participent aux avantages que le patriotisme confère aux classe dirigeantes, et que par conséquent un beaucoup plus grand nombre d’hommes est employé pour répandre et maintenir cette renversante superstition. Plus le gouvernement trouve difficile de maintenir son pouvoir, plus sont nombreux les hommes qui le partagent. Autrefois, un petit groupe de dirigeants tenaient les rennes du pouvoir, empereurs, rois, ducs, leurs soldats et assistants ; alors que maintenant le pouvoir et son profit sont partagés non seulement par les fonctionnaires du gouvernement et par le clergé, mais aussi par les capitalistes – grands et petits, propriétaires terriens, banquiers, membres de Parlement, professeurs, fonctionnaires de village, hommes de science, et même les artistes, mais particulièrement par les auteurs et les journalistes.

Et tous ces gens, consciemment ou inconsciemment, répandent la supercherie du patriotisme, qui leur est indispensable si leur profit et leur position doivent se maintenir.

Et la fraude, merci aux moyens de propagande, et la participation en elle d’un beaucoup plus grand nombre de personnes, est devenue si puissante, et se continue de façon si efficace, que, malgré la difficulté accrue de tromper, l’étendue de la tromperie des gens est le même que depuis toujours.

Il y a cent ans, les gens sans instruction, qui n’avaient aucune idée de ce qui formait leur gouvernement, ou de quels nations ils étaient entourées, obéissaient aveuglément aux fonctionnaires locaux et aux nobles par qui ils étaient soumis en esclavage, et ils étaient suffisant pour le gouvernement, par des pots-de-vin et des récompenses, de rester en bons termes avec ces nobles et ces fonctionnaires, pour extraire des gens tout ce qui était requis.

Alors que maintenant que les gens, pour la plupart, lisent, savent plus ou moins en quoi consiste leur gouvernement, et quelles nations les entourent; quand les travailleurs se déplacent constamment et facilement d’un endroit à un autre, rapportant des informations sur ce qui se passe dans le monde, - la simple demande que les ordres du gouvernement soient obéis n’est plus suffisante; il est nécessaire aussi d’embrouiller ces vrais idées sur la vie que les gens ont, et de leur inculquer des idées non naturelles quant à la condition de leur existence, et leurs relations avec les autres nations.

Et ainsi, merci aux développement de la littérature, de la lecture, et les facilités des transport, les gouvernements qui ont leurs agents partout, par le moyen des ordonnance, sermons, écoles et presse, inculque partout aux gens les idées les plus barbares et les plus erronées en ce qui concerne leurs avantages, la relation des nations, leurs qualités et leurs intentions ; et les gens si écrasés par le labeur qu’ils n’ont ni le temps ni la capacité de comprendre la signification ou de tester la vérité des idées qui leur sont inculqués ou des demandes qui leurs sont faites au nom de leur bien-être, se mettent sans murmure sous le joug.

Alors que les travailleurs qui se sont émancipés des labeurs harassants et deviennent éduqués et ont par conséquent, supposément, le pouvoir de voir à travers la fraude qui est exercée sur eux, sont sujets d’une telle contrainte de menaces, de pots-de-vin, et toutes l’influence hypnotique des gouvernements que, presque sans exception, ils désertent du côté du gouvernement et en entrant dans quelque emplois profitables et bien payés, comme prêtres, professeurs, ou de fonctionnaires deviennent participants à la propagation de la supercherie qui détruit leurs camarades. C’est comme s’il y avait quelque filet à l’admission de l’éducation, dans lequel ceux qui par quelques moyens échappent des masses accablées par le travail, étaient inévitablement attrapés.

Au début, quand quelqu’un comprend toute la cruauté d’une telle supercherie, il se sent indigné malgré lui-même contre ceux qui par ambition personnelle ou pour des avantages cupides propagent cette fraude cruelle qui détruit les âmes autant que les corps des hommes, et il se sent enclin à les accuser de ruse sournoise ; mais le fait est qu’ils sont trompeurs sans désir de tromper, mais parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Et ils trompent, non pas comme des machiavéliens, mais sans conscience de leur tromperie, et habituellement avec la naïve assurance qu’ils font quelque chose d’excellent et d’élevée, une vision dans laquelle ils sont constamment encouragés par la sympathie et l’approbation de tous ceux qui les entourent.

Il est vrai que, était si peu conscient que sur cette fraude se base leur pouvoir et leur position avantageuse, ils sont inconsciemment poussés vers elle; mais leur action n’est basée sur aucun désir d’induire les gens en erreur, mais parce qu’ils croient qu’ils rendent un servie aux gens.

Ainsi les empereurs, rois et leurs ministres, avec leurs couronnements, manœuvres, revues, visites mutuelles, d’habillant de divers uniformes, allant de place en place, et délibérant avec des visages sérieux sur comment ils peuvent garder la paix entre les nations supposées être hostiles les unes aux autres, - nations qui ne rêveraient jamais de se quereller, - se croient tout à fait certains que ce qu,ils font est très raisonnables et utile.

De la même façon, les divers ministres, diplomates et fonctionnaires – habillés de divers uniformes, avec toutes sortes de rubans et de croix, écrivant et enregistrant ["DOCKETING"] avec grand soin, sur le meilleur papier, leur communications, conseils, projets, nébuleux, compliquées et tout à fait inutiles – et sont tout à fait assurés que, sana leur activité, toute l’existence des nations cesserait ou deviendrait dérangée.

De manière similaire, les militaires se présente en de ridicules costumes, argumentant sérieusement avec quel fusil ou canon les hommes peuvent être le plus facilement détruit, sont tout à fait certain que leur grandes manœuvres et revues sont des plus importantes et essentielles pour les gens.

Et de même les prêtres, journalistes, auteurs de chansons patriotiques et de livres d’écoles qui prêchent le patriotisme et reçoivent de libérales rémunérations, sont tout a fait satisfait.

Et il n’y a pas de doute que les organisateurs de festivités – telles que les fêtes franco-russes – sont sincèrement émus en prononçant leurs discours et portant des toasts.

Tous ces gens font ce qu’ils font de façon inconsciente, parce qu’ils doivent, toute leur vie être fondés sur la tromperie, et parce qu’ils ne savent faire rien d’autre ; et ["COINCIDENTLY"] ces mêmes actions donne lieu à la sympathie et l’approbation de tous les gens parmi qui ils sont faites. Par ailleurs, étant tous liés, ils approuvent et justifient les actes les uns des autres – les empereurs et rois ceux des soldats, fonctionnaires et membres du clergé; et soldats, membres du clergé et fonctionnaires les actes des empereurs et rois, alors que la populace, et particulièrement la population des villes, ne voyant rien de compréhensible dans ce qui est fait par ces hommes, sans en avoir l’intention leur attribut une signification spéciale, presque surnaturelle.

Les gens voient, par exemple, qu’un arche de triomphe est érigé ; que les hommes se parent de couronnes, uniformes et robes; qu’on fait partir des feux d’artifices, tire du canon, sonne des cloches, que des régiments paradent avec leur orchestre ; que des lettres et télégrammes et messagers volent d’un endroit à l’autre, et que des hommes étrangement alignés sont activement occupés à se presser d’un endroit à l’autre et beaucoup de choses sont dites et écrites ; et la foule étant incapable de croire que tout cela est fait (comme c’est vraiment le cas) sans la moindre nécessité, attribue à tout cela une signification spéciale mystérieuse, et regarde fixement avec cris et hilarité ou avec une révérence silencieuse. Et d’un autre côté, cette hilarité ou cette révérence silencieuse confirme l’assurance de ces gens qui sont responsables de tous ces actes insensés.

Ainsi, il n,y a pas longtemps, Wilhelm II, s’est commandé un nouveau trône, avec une sorte d’ornementation spéciale, et s’étant habillé en uniforme blanc, avec une cuirasse, des culottes serrées, un casque avec un oiseau au-dessus, et s’étant enveloppé d’un manteau rouge, paru devant ses sujets, et s’assieds sur son nouveau trône, étant assuré que son acte était le plus nécessaire et important ; et ses sujets non seulement ne virent rien de ridicule en cela, mais a imaginé que la scène était la plus imposante.

XVI. (…) Le pouvoir du gouvernement a été maintenu depuis quelque temps par ce qu’il est convenu d’appeler l’opinion publique. Une opinion publique existe selon laquelle le patriotisme est un sentiment morale raffiné, et que c’est correct et notre devoir de considérer notre propre nation, notre propre état, comme le meilleur du monde ; et de cette opinion publique en découlant naturellement une autre, à savoir que c’est correct et notre devoir de reconnaître le contrôle du gouvernement sur nous-mêmes, et de s’y subordonner, de servir dans l’armée et de se soumettre à la discipline, de donner nos gains au gouvernement sous forme de taxes, de se soumettre aux décisions des tribunaux, et de considérer les édits du gouvernement comme divinement juste. t quand une telle opinion publique existe, un pouvoir gouvernemental fort se forme, possédant des milliards d’argent, un mécanisme organisé d’administration, de service postier, télégraphes, téléphones, armées disciplinées, tribunaux, police, clergé soumis, écoles, même la presse ; et ce pouvoir maintien chez les gens l’opinion publique qu’il juge nécessaire.

Le pouvoir du gouvernement est maintenu par l’opinion publique, et par ce pouvoir le gouvernement, avec ses organes, - les fonctionnaires, tribunaux, écoles, églises, même la presse, - peuvent toujours maintenir l’opinion publique dont ils ont besoin. L’opinion publique produit le pouvoir, et le pouvoir produit l’opinion publique. Et il ne semble y avoir aucune échappatoire de cette position.

Et vraiment il n’y en aurait pas si l’opinion publique était quelque chose de figée, d’inchangeable, et que les gouvernements étaient capables de fabriquer l’opinion qu’ils sont besoin.

Mais heureusement tel n’est pas le cas ; et l’opinion publique n’est pas, au départ, permanent, inchangeable, stationnaire ; mais au contraire, elle est constamment changeante avec l’avancement de l’humanité ; et l’opinion publique ne peut pas être produit à volonté par un gouvernement, mais est ce que produit les gouvernements et leur donne le pouvoir, ou les en prive.

Il peut sembler que l’opinion publique est actuellement stationnaire, et la même qu’elle était il y a dix ans ; qu’en ce qui concerne certaines questions elle ne fait que fluctuer et se retourner – comme quand elle remplace une monarchie par une république, puis la république par une monarchie ; mais elle a cette apparence seulement quand on examine que la manifestation extérieure ou l’opinion publique qui est produite artificiellement par le gouvernement.

Mais il ne faut que prendre l’opinion publique dans sa relation avec la vie de l’humanité pour voir que, comme avec le jour ou l’année, elle n’est jamais stagnante, mais avance toujours sur la voie que l’humanité marche, comme, malgré des délais et des hésitations, le jour ou le printemps avance par le même chemin que le soleil.

Ainsi, même si, en jugeant selon les apparences extérieures, la position des nations européennes d’aujourd’hui est presque comme elle était il y a cinquante ans, le relation des nations à ces apparences est très différente de ce qu’elle était alors. Quoique maintenant, comme avant, il existe des dirigeants, troupes, taxes, luxe et pauvreté, Catholicisme, Orthodoxie, Luthérianisme, autrefois cela existait parce que l’opinion publique les demandait, alors que maintenant ça existe seulement parce que les gouvernements maintiennent artificiellement ce qui fut jadis une opinion publique vitale.

Si on aperçoit rarement ce mouvement de l’opinion publique comme nous remarquons le mouvement de l’eau dans une rivière alors que l’on descend nous-mêmes avec le courant, c’est parce que les changements imperceptibles de l’opinion publique nous influencent aussi.

La nature de l’opinion publique est un mouvement constant et irrésistible. Si elle nous semble stationnaire c’est parce qu’il y en a toujours qui ont utilisé une certaine phase de l’opinion publique pour leur propre bénéfice, et qui, en conséquence, utilise chaque occasion pour lui donner une apparence de permanence, et pour cacher les manifestations de l’opinion réelle, qui est toujours vivante, quoique pas parfaitement exprimée, dans la conscience des hommes. Et de tels gens, qui adhère à l’opinion périmée et cache la nouvelle, sont aujourd’hui ceux qui composent les gouvernements et les classes dirigeantes, et qui prêchent le patriotisme comme une condition indispensable de la vie.

Les moyens par lesquels ces gens peuvent contrôler sont immenses ; mais comme l’opinion publique se déverse constamment sur eux leurs effets doivent être vain au bout du compte : la vieille tombe en décrépitude, et la nouvelle croît. Plus la manifestation de l’opinion publique naissante est restreinte, plus elle accumule, plus elle éclatera énergiquement. Les gouvernements et les classes dirigeantes essayent de toute leur force de conserver cette vieille opinion publique de patriotisme sur laquelle leur pouvoir repose, et de retenir l’expression de la nouvelle, qui le détruirait. Mais de préserver l’ancien et faire échec au nouveau n’est possible que dans une certaine mesure ; juste comme il est possible seulement à un certain point de retenir l’eau courante avec un barrage.

Les gouvernements peuvent bien essayer d’éveiller chez les gens une opinion publique du passé, qui ne leur est pas naturel, telle que le mérite et la vertu du patriotisme, les gens de nos jours ne croient plus au patriotisme, mais épouse de plus en plus la cause de la solidarité et la fraternité des nations. Le patriotisme ne promet rien aux hommes qu’un futur terrible, alors que la fraternité des nations représente un idéal qui devient de plus en plus intelligible et désirable pour l’humanité. En conséquence, le progrès de l’humanité de la vieille opinion publique désuète à la nouvelle doit inévitablement avoir lieu. La progression est aussi inévitable que la chute au printemps des dernières feuilles sèches et l’apparition des nouveaux bourgeons. Et plus cette transition est retardée, plus elle devient inévitable, et plus sa nécessité devient évidente.

Et vraiment, il suffit de se souvenir de ce que nous professons, comme chrétiens mais aussi simplement comme homme d’aujourd’hui, ces principes moraux fondamentaux par lesquels nous sommes dirigés dans notre existence personnelle, familiale et sociale, et la position dans laquelle on se place au nom du patriotisme, afin de voir à quel degré de contradiction nous avons mis entre notre conscience et ce qui, grâce à une énergique influence gouvernementale dans cette direction, nous considérons comme notre opinion publique.

Il suffit d’examiner soigneusement les demandes les plus ordinaires du patriotisme, qui sont attendus de nous comme l’affaire la plus simple et la plus naturelle, pour comprendre dans quelle mesure ces exigences sont différentes avec cette opinion publique véritable opinion publique que nous partageons déjà. On se considère tous comme libres, éduqués, humains, ou même comme chrétiens, et pourtant nous sommes tous dans une telle position que si demain Wilhelm s’offensait d’Alexandre, ou M. N. d’écrire un vif article sur la question de l’Est, ou le Prince un tel ou un tel de piller des bulgares ["or Servians"], ou quelque reine ou impératrice contrariée par une chose ou une autre, [et il faudrait] que nous tous les chrétiens humains instruits devrions aller et tuer des gens dont nous ne connaissons rien, et envers qui nous sommes tout aussi amicalement disposé que pour le reste de l’humanité. Et si un tel évènement ne survient pas, c’est dû, à ce qu’on dit, à l’amour de la paix qui anime Alexander, ou parce que Nikolaï Alexandrovitch a marié la petite fille de Victoria. Mais si c’était un autre qui était dans la chambre d’Alexandre, ou si la disposition d’Alexandre lui-même changeait, ou si Nicolas le fils d’Alexandre avait marié Amalia plutôt qu’Alice, on se ruerait les uns sur le autres comme des bêtes sauvages, et se déchirerait les ventres des uns des autres. Tel est l’opinion publique supposée de nos jours, et de tels arguments sont froidement répétés dans chaque organe libéral ou progressif de la presse.

Si nous, chrétiens de milles ans ne nous sommes pas couper la gorge les uns des autres, c’est simplement parce que Alexandre III ne nous a parmi de le faire. Mais ceci est horrible !


XVII. Aucun exploit héroïque n’est nécessaire pour réaliser les changements les plus grands et les plus importants dans l’existence de l’humanité ; ni l’armement de millions de soldats, ni la construction de nouvelles routes et de nouvelles machines, ni de l’aménagement d’expositions, ni l’organisation de syndicats, ni de révolutions, ni de barricades, ni d’explosions, ni le perfectionnement de la navigation aérienne; mais un changement dans l’opinion publique.

Et pour accomplir ce changement, nul besoin d’efforts de l’esprit sont nécessaires, ni la réfutation de quoi que ce soit qui existe, ni l’invention de quelque nouveauté extraordinaire ; il est seulement nécessaire que nous ne succombions pas aux opinions publiques erronées, déjà défuntes,, du passé que les gouvernements ont artificiellement provoquées ; il est seulement nécessaire que chacun dise ce qu’il sent vraiment ou pense, ou du moins qu’il ne dise pas ce qu’il ne pense pas.

Et si seulement un petit groupe de personnes le faisait tout à la fois, de leur plein gré, la vieille opinion publique périmée tomberait d’elle-même, et une nouvelle, vivante et réelle s’affirmerait. Et quand l’opinion publique aurait ainsi changée sans le moindre effort, la condition interne de la vie des hommes qui les tourmente tant changerait de même d’elle-même. On a honte de dire combien peu est requis pour que tous les hommes soient délivrés de ces calamités qui les oppressent maintenant ; il est seulement nécessaire de ne pas mentir.

Que les gens soient seulement au-dessus de la fausseté qui leur est inculquée, qu’ils refusent de dire ce qu’ils ne sentent ni ne croient, et d’un coup une telle révolution de toute l’organisation de notre vie prendra place qui ne pourrait pas être atteint par les efforts des révolutionnaires durant des siècles, même s’ils avaient le pouvoir complet entre les mains.

Si les gens comprenaient seulement que la force n’est pas dans la force brute mais dans la vérité, ne se dérobaient pas d’elle en parole ou en action, ne disaient pas ce qu’ils ne pensent pas, ne faisaient pas ce qu’ils considèrent comme insensé ou mauvais [ou faux : "wrong"] !

Mais qui a-t-il de si gravement sérieux de crier Vive la France ! ou, Hourrah pour quelque empereur, roi, ou conquérant ; de mettre un uniforme et une décoration de court et d’aller et d’attendre dans l’anti-chambre et de saluer bien bas et d’appeler les hommes par d’étranges titres et ainsi de laisser entendre aux jeunes et incultes que toute cette sorte de chose est très digne d’éloge ? Ou « Qu’est-ce que l’écriture d’un article en défendre de l’alliance franco-russe, ou de la guerre des tarifs, ou en condamnation des allemands, des russes, ou des anglais, en pareil moment ? » Ou, « Quel mal y a-t-il d’assister à quelque festivité patriotique, ou de boire à la santé et de faire un discours en faveur de ceux qu’on n’aiment pas, et avec qu’on a aucune affaire ? » Ou, « Qu’est-ce qui est d’une telle importance d’admettre l’utilité et l’excellence de traités et d’alliances, ou de garder le silence quand sa propre nation est achetée dans son audition et l’autres est abusée et calomniée; ou quand catholique, orthodoxe, et Luthériens sont loué ["lauded"] ; ou quelque héro de guerre tel que Napoléon, Pierre, Boulanger ou Skobolef est admiré ?

Toutes ces choses semblent peu importantes. Cependant, de ces façons qui nous semblent peu importantes pour nous, en s’abstenant d’elles, en prouvant, autant qu’on peut, le caractère déraisonnable de ce qui est apparent pour nous, en cela tient notre principale, notre irrésistible devoir, de quoi cette force qui ne peut Être conquise est faite et qui constitue l’opinion publique authentique, cette opinion qui, alors qu’elle avance, fait bouger toute l’humanité.

Les gouvernements savent cela et tremble devant cette force, et font tous les efforts pour la contrecarrer ou la posséder.

Ils savent que la force n’est pas dans la force brutale, mais dans la pensée et sa claire expression, et, par conséquent, ils ont plus peur de l’expression d’une pensée indépendante que d’armées ; de là ils instituent la censure, soudoie la presse, et monopolise le control de la religion et des écoles. Mais la force spirituelle qui remue le monde leur échappent ; elle n’est ni dans les livres ni dans les papiers ; elle ne peut pas être attrapée, et est toujours libre ; elle est dans les profondeurs de la conscience de l’humanité. La force la plus puissante et la moins entravée de la liberté est celle qui s’affirme elle-même dans l’âme de l’homme quand il est seul, et qui dans la seule présence de lui-même réfléchis sur les faits de l’univers, et puis, de façon naturel communique ses pensées à sa femme, son frère, ami, à tous ceux avec qui il vient en contact, et à qui il considérerait cela un péché de cacher la vérité.

Il n’y a pas de millions de dollars, de millions de troupes, d’organisation, de guerre ou de révolution qui produiront ce que la simple expression d’un homme libre peut, en ce qu’il croit juste indépendamment de ce qui existe ou lui est inculqué. Un homme libre dira avec vérité ce qu’il pense et ressent parmi des milliers d’hommes qui par leurs actes et leurs paroles attestent du complet opposé. Il semble que celui qui exprime sincèrement sa pensée doive rester seul, alors qu’il arrive généralement que tous les autres, ou au moins la majorité, pensait et ressentait la même chose mais sans l’exprimer.

Et ce qui hier était hier l’opinion nouvelle d’un homme devient l’opinion de la majorité.

Et dès que cette opinion est établie, immédiatement et par degré imperceptible (…) la conduite de l’humanité commence à se modifier.

Alors qu’à présent, chaque homme, même s’il est libre, se demande, « que puis-je faire contre tout cet océan de mal et de tromperie qui nous accable ? Pourquoi devrais-je exprimer mon opinion ? Pourquoi vraiment en avoir une ? Il est mieux de ne pas réfléchir à ces questions compliquées et brumeuses. Peut-être que ces contradictions constituent une condition inévitable de notre existence. Et pourquoi devrais-je me battre seul contre tout le mal du monde ? N’est-il pas mieux de suivre le courant qui me porte ? Si quelque chose doit être fait ce ne doit pas être seul mais en compagnie des autres. »

Et laissant la plus puissante des armes – la pensée et son expression – qui bouge le monde, chaque homme emploie l’arme de l’activité sociale, sans réaliser que chaque activité sociale est basée sur les fondations mêmes qu’il ne peut manquer de combattre, et qu’en entrant dans l’activité sociale qui existe dans notre monde, chaque homme est obligé, au moins en partie, de dévier de la vérité et de faire des concessions qui détruisent la force de l’arme puissante qui devrait l’assister dans sa lutte. (…)

On se plains tous de [l’état du monde] qui est en discordance avec notre être, et cependant nous refusons d’utiliser la seule et unique arme entre nos mains – la conscience de la vérité et son expression ; mais au contraire, sous le prétexte de se battre contre le mal, nous détruisons l’arme et la sacrifie aux exigences d’un conflit imaginaire. Un homme ne dit pas la vérité qu’il connaît parce qu’il se sent lié aux gens avec qui il est aux prises ; un autre, parce que la vérité pourrait le priver d’une position avantageuse par laquelle il maintient sa famille ; un troisième parce qu’il cherche une réputation et de l’autorité, et puis les utiliser au service de l’humanité ; un quatrième, parce qu’il ne souhaite pas détruire de vieilles traditions ; un cinquième, parce qu’il a peur d’offensé les gens ; un sixième parce que l’expression de la vérité provoquerait la persécution, et dérangerait l’activité sociale excellente à laquelle il se dévoue. Un tel sert comme empereur, roi, ministre, fonctionnaire du gouvernement, ou soldat et s’assure lui-même et les autres que la déviation de la vérité indispensable à sa condition est rattrapée par le bien qu’il fait. Un autre, qui remplie la fonction de pasteur spirituel, ne croit pas dans le fond de son âme tous ce qu’il prêche, mais permet l’écart par rapport à la vérité en vue du bien qu’il fait. Un troisième instruit les hommes par les moyens de la documentation ["literature"], et malgré le silence qu’il doit observer en ce qui concerne toute la vérité afin de ne pas remuer le gouvernement et la société contre lui-même, ne doute pas du bien qu’il fait. Un quatrième se bat résolument avec l’ordre établit en tant que révolutionnaire et anarchiste, et est tout à fait assuré que les buts qu’il poursuit sont si bénéfique qu’il néglige la vérité, ou même que la fausseté, par le silence, indispensable au succès de son action, ne détruit pas l’utilité de son œuvre.

Pour que les conditions d’une vie contraire à la conscience de l’humanité changent et soient remplacées par celles avec lesquelles elle est en accord, l’opinion publique périmée doit être remplacée par une autre qui est nouvelle et vivante. Et pour que la vieille opinion publique périmée cède sa place à celle qui est nouvelle et vivante, tous ceux qui sont conscient des nouvelles exigences doivent les exprimer ouvertement. Et néanmoins, tous ceux qui sont conscients de ces nouvelles exigences, un au nom d’une chose, et un autre au nom d’une autre, non seulement les passe sous silence, mais par la parole et l’action atteste leur exactes opposés.

Seule la vérité et son expression peuvent établir cette nouvelle opinion publique qui réformera le vieil ordre de la vie désuet et pernicieux ; et cependant non seulement nous n’exprimons pas la vérité que nous connaissons, mais donnons souvent une expression distincte à ce qu’on considère faux.

Si seulement les hommes libres ne comptaient pas sur ce qui n’a aucun pouvoir, et qui est toujours enchaîné – sur les aides extérieures ; mais faisait confiance ce qui est toujours puissant et libre – la vérité et son expression ! Si seulement les hommes exprimaient hardiment et clairement la vérité qui leur est déjà manifeste de la fraternité de toutes les nations, et le crime de la dévotion exclusive à son propre peuple, cette opinion publique défunt, fausse tomberait d’elle-même comme une peau morte, - et sur elle repose le pouvoir des gouvernements, et tous le mal qu’ils produisent ; et la nouvelle opinion publique avancerait, alors que maintenant elle attend ce déclin de la vieille pour mettre de l’avant manifestement et avec puissance sa demande, et établir de nouvelles formes d’existence en conformité avec la conscience de l’humanité.

XVIII. Il est suffisant que les gens comprennent que ce qui leur est attribué comme opinion publique, et qui est entretenue par des moyens si complexes, énergiques et artificiels n’est pas l’opinion publique, mais seulement le fruit sans vie de ce qui fut jadis l’opinion publique ; et ce qui est plus important, il est suffisant qu’ils aient foi en eux-mêmes, qu’ils croient que ce dont ils sont conscients dans le fond de leurs âmes, ce qui en chacun se remue pour être exprimé, et n’est pas exprimé seulement parce que ça contredit l’opinion publique qui existe supposément, est le pouvoir qui transforme le monde, et dont l’expression est la mission de l’humanité : il est assez de croire que la vérité n’est pas ce dont les hommes parlent, mais ce qui est dit par sa propre conscience, c’est-à-dire, par Dieu, - et d’un coup, l’opinion publique qui est entièrement entretenue artificiellement disparaîtra, et une nouvelle et vraie prendra sa place.

Si seulement les gens disaient ce qu’ils pensent, et non ce qu’ils ne pensent pas, toute la superstition issue du patriotisme serait d’un coup diminuée tout autant que les cruels sentiments et la violence qui se basent dessus. La haine et l’animosité entre les nations et les peuples, attisées par leurs gouvernements, cesseraient ; l’exaltation de l’héroïsme militaire, qui est meurtre, finirait ; et, ce qui est des plus important, l’admiration pour les autorités, l’abandon de leurs fruits du travail, et leur subordination cesseraient, puisqu’il n’ont d’autres raison d’être que le patriotisme.

Et si seulement ceci arrivait, que la foule des gens faibles qui sont contrôlés par les apparences tournait d’un coup du côté de la nouvelle opinion publique, qui règnerais à l’avenir à la place de la vieille.

Que le gouvernement garde ses écoles, Église, presse, ses milliards de dollars et millions d’hommes en armes transformés en machines : toute cette organisation apparemment terrible de force brute n’est rien comparée à la conscience de la vérité, qui se remue dans l’âme d’un homme qui connaît la vérité, qui est communiqué de lui à un autre et à un troisième, comme une chandelle en allume une quantité innombrable d’autres.

La lumière n’a qu’à être allumée, et, comme la cire en face du feu, cette organisation, qui semble si puissance, fondra, et sera consumée.

Seulement que les hommes comprennent le vaste pouvoir qui leur est donné dans la parole qui exprime la vérité ; seulement qu’ils refusent de vendre leur droit d’aînesse pour un plat de lentilles ; seulement que les gens utilisent leur force, - et leurs dirigeants n’oseront pas, comme maintenant, menacer les hommes de massacre universel, auquel, à leur discrétion, ils peuvent ou non les assujettir, ni oser devant les yeux d’une population paisible tenir des revues et des manœuvres de meurtriers disciplinés ; les gouvernements n’oseraient, à leur propre profit et à l’avantage de leurs assistants, disposer et déranger les ["custon-house agreements"], ni de collecter du peuple ces millions de roubles qu’ils distribuent parmi leurs assistants, et avec l’aide de qui leurs meurtres sont planifiés.

Et une telle transformation n’est pas seulement possible,mais il est tout aussi impossible qu’elle ne soit pas accomplie qu’un arbre sans vie, pourrissant ne devrait pas tomber, et un plus jeune prendre sa place. « C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Ne soyez pas inquiets, ne soyez pas effrayés. », dit le Christ. Et cette paix est ainsi parmi nous, et dépend de nous pour sa réalisation.

Si seulement les cœurs des individus n’étaient pas troublés par les séductions par lesquels ils sont séduits à toutes les heures, ni n’avaient peur de ces terreurs imaginaires par lesquelles ils sont intimidées ; si seulement les gens savaient en quoi leur pouvoir qui conquiert tout, le plus principal, consistait, - une paix que les hommes ont toujours désirée, non la paix atteignable par des négociations diplomatiques, les marches royale et impériale, les dîners, discours, canon, dynamite et mélinite, par l’épuisement des gens sous les taxes, et le rapt de la fleur du travail de la population, mais la paix accessible par une profession volontaire de la vérité par tout homme, aurait été établie depuis longtemps parmi nous.


29 mars, 1894