Pleurs dans la nuit
Je suis l’être incliné qui jette ce qu’il pense ;
Qui demande à la nuit le secret du silence ;
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- Dont la brume emplit l’œil ;
- Dont la brume emplit l’œil ;
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Dans une ombre sans fond mes paroles descendent,
Et les choses sur qui tombent mes strophes rendent
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- Le son creux du cercueil.
- Le son creux du cercueil.
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Mon esprit, qui du doute a senti la piqûre,
Habite, âpre songeur, la rêverie obscure
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- Aux flots plombés et bleus,
- Aux flots plombés et bleus,
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Lac hideux où l’horreur tord ses bras, pâle nymphe,
Et qui fait boire une eau morte comme la lymphe
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- Aux rochers scrofuleux.
- Aux rochers scrofuleux.
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Le Doute, fils bâtard de l’aïeule sagesse,
Crie : À quoi bon ? devant l’éternelle largesse,
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- Nous fait tout oublier,
- Nous fait tout oublier,
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S’offre à nous, morne abri, dans nos marches sans nombre,
Nous dit : — Es-tu las ? Viens ! — et l’homme dort à l’ombre
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- De ce mancenilier.
- De ce mancenilier.
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L’effet pleure et sans cesse interroge la cause.
La création semble attendre quelque chose.
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- L’homme à l’homme est obscur.
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Où donc commence l’âme ? où donc finit la vie ?
Nous voudrions, c’est là notre incurable envie,
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- Voir par-dessus le mur.
- Voir par-dessus le mur.
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Nous rampons, oiseaux pris sous le filet de l’être ;
Libres et prisonniers, l’immuable pénètre
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- Toutes nos volontés ;
- Toutes nos volontés ;
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Captifs sous le réseau des choses nécessaires,
Nous sentons se lier des fils à nos misères
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- Dans les immensités.
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Nous sommes au cachot ; la porte est inflexible ;
Mais, dans une main sombre, inconnue, invisible,
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- Qui passe par moment,
- Qui passe par moment,
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À travers l’ombre, espoir des âmes sérieuses,
On entend le trousseau des clefs mystérieuses
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- Sonner confusément.
- Sonner confusément.
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La vision de l’être emplit les yeux de l’homme.
Un mariage obscur sans cesse se consomme
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- De l’ombre avec le jour ;
- De l’ombre avec le jour ;
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Ce monde, est-ce un éden tombé dans la géhenne ?
Nous avons dans le cœur des ténèbres de haine
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- Et des clartés d’amour.
- Et des clartés d’amour.
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La création n’a qu’une prunelle trouble.
L’être éternellement montre sa face double,
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- Mal et bien, glace et feu ;
- Mal et bien, glace et feu ;
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L’homme sent à la fois, âme pure et chair sombre,
La morsure du ver de terre au fond de l’ombre
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- Et le baiser de Dieu.
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Mais à de certains jours, l’âme est comme une veuve.
Nous entendons gémir les vivants dans l’épreuve.
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- Nous doutons, nous tremblons,
- Nous doutons, nous tremblons,
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Pendant que l’aube épand ses lumières sacrées
Et que mai sur nos seuils mêle les fleurs dorées
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- Avec les enfants blonds.
- Avec les enfants blonds.
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Qu’importe la lumière, et l’aurore, et les astres,
Fleurs des chapiteaux bleus, diamants des pilastres
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- Du profond firmament,
- Du profond firmament,
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Et mai qui nous caresse, et l’enfant qui nous charme,
Si tout n’est qu’un soupir, si tout n’est qu’une larme,
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- Si tout n’est qu’un moment !
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Le sort nous use au jour, triste meule qui tourne.
L’homme inquiet et vain croit marcher, il séjourne ;
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- Il expire en créant.
- Il expire en créant.
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Nous avons la seconde et nous rêvons l’année ;
Et la dimension de notre destinée,
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- C’est poussière et néant.
- C’est poussière et néant.
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L’abîme, où les soleils sont les égaux des mouches,
Nous tient ; nous n’entendons que des sanglots farouches
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- Ou des rires moqueurs ;
- Ou des rires moqueurs ;
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Vers la cible d’en haut qui dans l’azur s’élève,
Nous lançons nos projets, nos vœux, l’espoir, le rêve,
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- Ces flèches de nos cœurs.
- Ces flèches de nos cœurs.
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Nous voulons durer, vivre, être éternels. Ô cendre !
Où donc est la fourmi qu’on appelle Alexandre ?
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- Où donc le ver César ?
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En tombant sur nos fronts, la minute nous tue.
Nous passons, noir essaim, foule de deuil vêtue,
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- Comme le bruit d’un char.
- Comme le bruit d’un char.
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Nous montons à l’assaut du temps comme une armée.
Sur nos groupes confus que voile la fumée
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- Des jours évanouis,
- Des jours évanouis,
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L’énorme éternité luit, splendide et stagnante ;
Le cadran, bouclier de l’heure rayonnante,
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- Nous terrasse éblouis !
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À l’instant où l’on dit : Vivons ! tout se déchire.
Les pleurs subitement descendent sur le rire.
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- Tête nue ! à genoux !
- Tête nue ! à genoux !
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Tes fils sont morts, mon père est mort, leur mère est morte.
Ô deuil ! qui passe là ? C’est un cercueil qu’on porte.
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- À qui le portez-vous ?
- À qui le portez-vous ?
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Ils le portent à l’ombre, au silence, à la terre ;
Ils le portent au calme obscur, à l’aube austère,
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- À la brume sans bords,
- À la brume sans bords,
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Au mystère qui tord ses anneaux sous des voiles,
Au serpent inconnu qui lèche les étoiles
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- Et qui baise les morts !
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Ils le portent aux vers, au néant, à Peut-Être !
Car la plupart d’entre eux n’ont point vu le jour naître ;
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- Sceptiques et bornés,
- Sceptiques et bornés,
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La négation monte et la matière hostile,
Flambeaux d’aveuglement, troublent l’âme inutile
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- De ces infortunés.
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Pour eux le ciel ment, l’homme est un songe et croit vivre ;
Ils ont beau feuilleter page à page le livre,
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- Ils ne comprennent pas ;
- Ils ne comprennent pas ;
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Ils vivent en hochant la tête, et, dans le vide,
L’écheveau ténébreux que le doute dévide
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- Se mêle sous leurs pas.
- Se mêle sous leurs pas.
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Pour eux l’âme naufrage avec le corps qui sombre.
Leur rêve a les yeux creux et regarde de l’ombre ;
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- Rien est le mot du sort ;
- Rien est le mot du sort ;
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Et chacun d’eux, riant de la voûte étoilée,
Porte en son cœur, au lieu de l’espérance ailée,
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- Une tête de mort.
- Une tête de mort.
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Sourds à l’hymne des bois, au sombre cri de l’orgue,
Chacun d’eux est un champ plein de cendre, une morgue
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- Où pendent des lambeaux,
- Où pendent des lambeaux,
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Un cimetière où l’œil des frémissants poëtes
Voit planer l’ironie et toutes ses chouettes,
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- L’ombre et tous ses corbeaux.
- L’ombre et tous ses corbeaux.
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Quand l’astre et le roseau leur disent : Il faut croire ;
Ils disent au jonc vert, à l’astre en sa nuit noire :
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- Vous êtes insensés !
- Vous êtes insensés !
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Quand l’arbre leur murmure à l’oreille : Il existe ;
Ces fous répondent : Non ! et, si le chêne insiste,
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- Ils lui disent : Assez !
- Ils lui disent : Assez !
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Quelle nuit ! le semeur nié par la semence !
L’univers n’est pour eux qu’une vaste démence,
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- Sans but et sans milieu ;
- Sans but et sans milieu ;
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Leur âme, en agitant l’immensité profonde,
N’y sent même pas l’être, et dans le grelot monde
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- N’entend pas sonner Dieu !
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Le corbillard franchit le seuil du cimetière.
Le gai matin, qui rit à la nature entière,
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- Resplendit sur ce deuil ;
- Resplendit sur ce deuil ;
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Tout être a son mystère où l’on sent l’âme éclore,
Et l’offre à l’infini ; l’astre apporte l’aurore,
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- Et l’homme le cercueil.
- Et l’homme le cercueil.
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Le dedans de la fosse apparaît, triste crèche.
Des pierres par endroits percent la terre fraîche,
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- Et l’on entend le glas ;
- Et l’on entend le glas ;
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Elles semblent s’ouvrir ainsi que des paupières ;
Et le papillon blanc dit : Qu’ont donc fait ces pierres ?
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- Et la fleur dit : Hélas !
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Est-ce que par hasard ces pierres sont punies,
Dieu vivant, pour subir de telles agonies ?
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- Ah ! ce que nous souffrons
- Ah ! ce que nous souffrons
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N’est rien… — Plus bas que l’arbre en proie aux froides bises,
Sous cette forme horrible, est-ce que les Cambyses,
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- Est-ce que les Nérons,
- Est-ce que les Nérons,
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Après avoir tenu les peuples dans leur serre,
Et crucifié l’homme au noir gibet misère,
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- Mis le monde en lambeaux,
- Mis le monde en lambeaux,
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Souillé l’âme, et changé, sous le vent des désastres,
L’univers en charnier, et fait monter aux astres
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- La vapeur des tombeaux,
- La vapeur des tombeaux,
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Après avoir passé joyeux dans la victoire,
Dans l’orgueil, et partout imprimé sur l’histoire
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- Leurs ongles furieux,
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Et, monstres qu’entrevoit l’homme en ses léthargies,
Après avoir sur terre été les effigies
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- Du mal mystérieux,
- Du mal mystérieux,
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Après avoir peuplé les prisons élargies,
Et versé tant de meurtre aux vastes mers rougies,
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- Tant de morts, glaive au flanc,
- Tant de morts, glaive au flanc,
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Tant d’ombre, et de carnage, et d’horreurs inconnues,
Que le soleil, le soir, hésitait dans les nues
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- Devant ce bain sanglant,
- Devant ce bain sanglant,
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Après avoir mordu le troupeau que Dieu mène,
Et tourné tour à tour de la torture humaine
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- L’atroce cabestan,
- L’atroce cabestan,
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Et régné sous la pourpre et sous le laticlave,
Et plié six mille ans Adam, le vieil esclave,
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- Sous le vieux roi Satan,
- Sous le vieux roi Satan,
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Est-ce que le chasseur Nemrod, Sforce le pâtre,
Est-ce que Messaline, est-ce que Cléopâtre,
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- Caligula, Macrin,
- Caligula, Macrin,
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Et les Achabs, par qui renaissaient les Sodomes,
Et Phalaris, qui fit du hurlement des hommes
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- La clameur de l’airain,
- La clameur de l’airain,
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Est-ce que Charles neuf, Constantin, Louis onze,
Vitellius, la fange, et Busiris, le bronze,
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- Les Cyrus dévorants,
- Les Cyrus dévorants,
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Les Égisthes montrés du doigt par les Électres,
Seraient, dans cette nuit, d’hommes devenus spectres,
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- Et pierres de tyrans ?
- Et pierres de tyrans ?
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Est-ce que ces cailloux, tout pénétrés de crimes,
Dans l’horreur étouffés, scellés dans les abîmes,
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- Enviant l’ossement,
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Sans air, sans mouvement, sans jour, sans yeux, sans bouche,
Entre l’herbe sinistre et le cercueil farouche,
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- Vivraient affreusement ?
- Vivraient affreusement ?
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Est-ce que ce seraient des âmes condamnées,
Des maudits qui, pendant des millions d’années,
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- Seuls avec le remords,
- Seuls avec le remords,
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Au lieu de voir, des yeux de l’astre solitaire,
Sortir les rayons d’or, verraient les vers de terre
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- Sortir des yeux des morts ?
- Sortir des yeux des morts ?
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Homme et roche, exister, noir dans l’ombre vivante !
Songer, pétrifié dans sa propre épouvante !
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- Rêver l’éternité !
- Rêver l’éternité !
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Dévorer ses fureurs, confusément rugies !
Être pris, ouragan de crimes et d’orgies,
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- Dans l’immobilité !
- Dans l’immobilité !
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Punition ! problème obscur ! questions sombres !
Quoi ! ce caillou dirait : — J’ai mis Thèbe en décombres !
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- J’ai vu Suze à genoux !
- J’ai vu Suze à genoux !
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J’étais Bélus à Tyr ! J’étais Sylla dans Rome ! —
Noire captivité des vieux démons de l’homme !
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- Ô pierres, qu’êtes-vous ?
- Ô pierres, qu’êtes-vous ?
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Qu’a fait ce bloc, béant dans la fosse insalubre ?
Glacé du froid profond de la terre lugubre,
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- Informe et châtié,
- Informe et châtié,
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Aveugle, même aux feux que la nuit réverbère,
Il pense et se souvient… — Quoi ! ce n’est que Tibère !
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- Seigneur, ayez pitié !
- Seigneur, ayez pitié !
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Ce dur silex noyé dans la terre, âpre, fruste,
Couvert d’ombre, pendant que le ciel s’ouvre au juste
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- Qui s’y réfugia,
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Jaloux du chien qui jappe et de l’âne qui passe,
Songe et dit : Je suis là ! — Dieu vivant, faites grâce !
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- Ce n’est que Borgia !
- Ce n’est que Borgia !
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Ô Dieu bon, penchez-vous sur tous ces misérables !
Sauvez ces submergés, aimez ces exécrables !
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- Ouvrez les soupiraux.
- Ouvrez les soupiraux.
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Au nom des innocents, Dieu, pardonnez aux crimes.
Père, fermez l’enfer. Juge, au nom des victimes,
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- Grâce pour les bourreaux !
- Grâce pour les bourreaux !
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De toutes parts s’élève un cri : Miséricorde !
Les peuples nus, liés, fouettés à coups de corde,
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- Lugubres travailleurs,
- Lugubres travailleurs,
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Voyant leur maître en proie aux châtiments sublimes,
Ont pitié du despote, et, saignant de ses crimes,
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- Pleurent de ses douleurs ;
- Pleurent de ses douleurs ;
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Les pâles nations regardent dans le gouffre,
Et ces grands suppliants, pour le tyran qui souffre,
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- T’implorent, Dieu jaloux ;
- T’implorent, Dieu jaloux ;
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L’esclave mis en croix, l’opprimé sur la claie,
Plaint le satrape au fond de l’abîme, et la plaie
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- Dit : Grâce pour les clous !
- Dit : Grâce pour les clous !
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Dieu serein, regardez d’un regard salutaire
Ces reclus ténébreux qu’emprisonne la terre
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- Pleine d’obscurs verrous,
- Pleine d’obscurs verrous,
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Ces forçats dont le bagne est le dedans des pierres,
Et levez, à la voix des justes en prières,
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- Ces effrayants écrous.
- Ces effrayants écrous.
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Père, prenez pitié du monstre et de la roche.
De tous les condamnés que le pardon s’approche !
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- Jadis, roi des combats,
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Ces bandits sur la terre ont fait une tempête ;
Étant montés plus haut dans l’horreur que la bête,
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- Ils sont tombés plus bas.
- Ils sont tombés plus bas.
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Grâce pour eux ! clémence, espoir, pardon, refuge,
Au jonc qui fut un prince, au ver qui fut un juge !
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- Le méchant, c’est le fou.
- Le méchant, c’est le fou.
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Dieu, rouvrez au maudit ! Dieu, relevez l’infâme !
Rendez à tous l’azur. Donnez au tigre une âme,
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- Des ailes au caillou !
- Des ailes au caillou !
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Mystère ! obsession de tout esprit qui pense !
Échelle de la peine et de la récompense !
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- Nuit qui monte en clarté !
- Nuit qui monte en clarté !
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Sourire épanoui sur la torture amère !
Vision du sépulcre ! êtes-vous la chimère,
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- Ou la réalité ?
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La fosse, plaie au flanc de la terre, est ouverte,
Et, béante, elle fait frissonner l’herbe verte
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- Et le buisson jauni ;
- Et le buisson jauni ;
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Elle est là, froide, calme, étroite, inanimée,
Et l’âme en voit sortir, ainsi qu’une fumée,
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- L’ombre de l’infini.
- L’ombre de l’infini.
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Et les oiseaux de l’air, qui, planant sur les cimes,
Volant sous tous les cieux, comparent les abîmes
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- Dans les courses qu’ils font,
- Dans les courses qu’ils font,
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Songent au noir Vésuve, à l’Océan superbe,
Et disent, en voyant cette fosse dans l’herbe :
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- Voici le plus profond !
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L’âme est partie, on rend le corps à la nature.
La vie a disparu sous cette créature ;
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- Mort, où sont tes appuis ?
- Mort, où sont tes appuis ?
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Le voilà hors du temps, de l’espace et du nombre.
On le descend avec une corde dans l’ombre
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- Comme un seau dans un puits.
- Comme un seau dans un puits.
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Que voulez-vous puiser dans ce puits formidable ?
Et pourquoi jetez-vous la sonde à l’insondable ?
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- Qu’y voulez-vous puiser ?
- Qu’y voulez-vous puiser ?
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Est-ce l’adieu lointain et doux de ceux qu’on aime ?
Est-ce un regard ? hélas ! est-ce un soupir suprême ?
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- Est-ce un dernier baiser ?
- Est-ce un dernier baiser ?
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Qu’y voulez-vous puiser, vivants, essaim frivole ?
Est-ce un frémissement du vide où tout s’envole,
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- Un bruit, une clarté,
- Un bruit, une clarté,
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Une lettre du mot que Dieu seul peut écrire ?
Est-ce, pour le mêler à vos éclats de rire,
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- Un peu d’éternité ?
- Un peu d’éternité ?
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Dans ce gouffre où la larve entr’ouvre son œil terne,
Dans cette épouvantable et livide citerne,
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- Abîme de douleurs,
- Abîme de douleurs,
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Dans ce cratère obscur des muettes demeures,
Que voulez-vous puiser, ô passants de peu d’heures,
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- Hommes de peu de pleurs ?
- Hommes de peu de pleurs ?
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Est-ce le secret sombre ? est-ce la froide goutte
Qui, larme du néant, suinte de l’âpre voûte
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- Sans aube et sans flambeau ?
- Sans aube et sans flambeau ?
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Est-ce quelque lueur effarée et hagarde ?
Est-ce le cri jeté par tout ce qui regarde
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- Derrière le tombeau ?
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Vous ne puiserez rien. Les morts tombent. La fosse
Les voit descendre, avec leur âme juste ou fausse,
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- Leur nom, leurs pas, leur bruit.
- Leur nom, leurs pas, leur bruit.
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Un jour, quand souffleront les célestes haleines,
Dieu seul remontera toutes ces urnes pleines
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- De l’éternelle nuit.
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Et la terre, agitant la ronce à sa surface,
Dit : L’homme est mort ; c’est bien ; que veut-on que j’en fasse ?
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- Pourquoi me le rend-on ?
- Pourquoi me le rend-on ?
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Terre ! fais-en des fleurs ! des lys que l’aube arrose !
De cette bouche aux dents béantes, fais la rose
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- Entr’ouvrant son bouton !
- Entr’ouvrant son bouton !
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Fais ruisseler ce sang dans tes sources d’eaux vives,
Et fais-le boire aux bœufs mugissants, tes convives ;
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- Prends ces chairs en haillons ;
- Prends ces chairs en haillons ;
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Fais de ces seins bleuis sortir des violettes,
Et couvre de ces yeux que t’offrent les squelettes
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- L’aile des papillons.
- L’aile des papillons.
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Fais avec tous ces morts une joyeuse vie.
Fais-en le fier torrent qui gronde et qui dévie,
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- La mousse aux frais tapis !
- La mousse aux frais tapis !
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Fais-en des rocs, des joncs, des fruits, des vignes mûres,
Des brises, des parfums, des bois pleins de murmures,
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- Des sillons pleins d’épis !
- Des sillons pleins d’épis !
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Fais-en des buissons verts, fais-en de grandes herbes !
Et qu’en ton sein profond d’où se lèvent les gerbes,
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- À travers leur sommeil,
- À travers leur sommeil,
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Les effroyables morts sans souffle et sans paroles
Se sentent frissonner dans toutes ces corolles
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- Qui tremblent au soleil !
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La terre, sur la bière où le mort pâle écoute,
Tombe, et le nid gazouille, et, là-bas, sur la route
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- Siffle le paysan ;
- Siffle le paysan ;
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Et ces fils, ces amis que le regret amène,
N’attendent même pas que la fosse soit pleine
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- Pour dire : Allons-nous-en !
- Pour dire : Allons-nous-en !
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Le fossoyeur, payé par ces douleurs hâtées,
Jette sur le cercueil la terre à pelletées.
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- Toi qui, dans ton linceul,
- Toi qui, dans ton linceul,
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Rêvais le deuil sans fin, cette blanche colombe,
Avec cet homme allant et venant sur ta tombe,
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- Ô mort, te voilà seul !
- Ô mort, te voilà seul !
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Commencement de l’âpre et morne solitude !
Tu ne changeras plus de lit ni d’attitude ;
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- L’heure aux pas solennels
- L’heure aux pas solennels
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Ne sonne plus pour toi ; l’ombre te fait terrible ;
L’immobile suaire a sur ta forme horrible
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- Mis ses plis éternels.
- Mis ses plis éternels.
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Et puis le fossoyeur s’en va boire la fosse.
Il vient de voir des dents que la terre déchausse,
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- Il rit, il mange, il mord ;
- Il rit, il mange, il mord ;
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Et prend, en murmurant des chansons hébétées,
Un verre dans ses mains à chaque instant heurtées
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- Aux choses de la mort.
- Aux choses de la mort.
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Le soir vient ; l’horizon s’emplit d’inquiétude ;
L’herbe tremble et bruit comme une multitude ;
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- Le fleuve blanc reluit ;
- Le fleuve blanc reluit ;
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Le paysage obscur prend les veines des marbres ;
Ces hydres que, le jour, on appelle des arbres,
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- Se tordent dans la nuit.
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Le mort est seul. Il sent la nuit qui le dévore.
Quand naît le doux matin, tout l’azur de l’aurore,
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- Tous ses rayons si beaux,
- Tous ses rayons si beaux,
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Tout l’amour des oiseaux et leurs chansons sans nombre,
Vont aux berceaux dorés ; et, la nuit, toute l’ombre
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- Aboutit aux tombeaux.
- Aboutit aux tombeaux.
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Il entend des soupirs dans les fosses voisines ;
Il sent la chevelure affreuse des racines
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- Entrer dans son cercueil ;
- Entrer dans son cercueil ;
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Il est l’être vaincu dont s’empare la chose ;
Il sent un doigt obscur, sous sa paupière close,
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- Lui retirer son œil.
- Lui retirer son œil.
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Il a froid ; car le soir, qui mêle à son haleine
Les ténèbres, l’horreur, le spectre et le phalène,
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- Glace ces durs grabats ;
- Glace ces durs grabats ;
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Le cadavre, lié de bandelettes blanches,
Grelotte, et dans sa bière entend les quatre planches
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- Qui lui parlent tout bas.
- Qui lui parlent tout bas.
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L’une dit : — Je fermais ton coffre-fort. — Et l’autre
Dit : — J’ai servi de porte au toit qui fut le nôtre. —
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- L’autre dit : — Aux beaux jours,
- L’autre dit : — Aux beaux jours,
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La table où rit l’ivresse et que le vin encombre,
C’était moi. — L’autre dit : — J’étais le chevet sombre
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- Du lit de tes amours.
- Du lit de tes amours.
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Allez, vivants ! riez, chantez ; le jour flamboie.
Laissez derrière vous, derrière votre joie
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- Sans nuage et sans pli,
- Sans nuage et sans pli,
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Derrière la fanfare et le bal qui s’élance,
Tous ces morts qu’enfouit dans la fosse silence
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- Le fossoyeur oubli !
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Tous y viendront.
Assez ! et levez-vous de table.
Chacun prend à son tour la route redoutable ;
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- Chacun sort en tremblant ;
- Chacun sort en tremblant ;
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Chantez, riez ; soyez heureux, soyez célèbres ;
Chacun de vous sera bientôt dans les ténèbres
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- Le spectre au regard blanc.
- Le spectre au regard blanc.
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La foule vous admire et l’azur vous éclaire ;
Vous êtes riche, grand, glorieux, populaire,
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- Puissant, fier, encensé ;
- Puissant, fier, encensé ;
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Vos licteurs devant vous, graves, portent la hache ;
Et vous vous en irez sans que personne sache
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- Où vous avez passé.
- Où vous avez passé.
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Jeunes filles, hélas ! qui donc croit à l’aurore ?
Votre lèvre pâlit pendant qu’on danse encore
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- Dans le bal enchanté ;
- Dans le bal enchanté ;
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Dans les lustres blêmis on voit grandir le cierge ;
La mort met sur vos fronts ce grand voile de vierge
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- Qu’on nomme éternité.
- Qu’on nomme éternité.
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Le conquérant, debout dans une aube enflammée,
Penche, et voit s’en aller son épée en fumée ;
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- L’amante avec l’amant
- L’amante avec l’amant
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Passe ; le berceau prend une voix sépulcrale ;
L’enfant rose devient larve horrible, et le râle
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- Sort du vagissement.
- Sort du vagissement.
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Ce qu’ils disaient hier, le savent-ils eux-mêmes ?
Des chimères, des vœux, des cris, de vains problèmes !
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- Ô néant inouï !
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Rien ne reste ; ils ont tout oublié dans la fuite
Des choses que Dieu pousse et qui courent si vite
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- Que l’homme est ébloui !
- Que l’homme est ébloui !
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Ô promesses ! espoirs ! cherchez-les dans l’espace.
La bouche qui promet est un oiseau qui passe.
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- Fou qui s’y confierait !
- Fou qui s’y confierait !
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Les promesses s’en vont où va le vent des plaines,
Où vont les flots, où vont les obscures haleines
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- Du soir dans la forêt !
- Du soir dans la forêt !
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Songe à la profondeur du néant où nous sommes.
Quand tu seras couché sous la terre où les hommes
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- S’enfoncent pas à pas,
- S’enfoncent pas à pas,
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Tes enfants, épuisant les jours que Dieu leur compte,
Seront dans la lumière ou seront dans la honte ;
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- Tu ne le sauras pas !
- Tu ne le sauras pas !
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Ce que vous rêvez tombe avec ce que vous faites.
Voyez ces grands palais ; voyez ces chars de fêtes
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- Aux tournoyants essieux ;
- Aux tournoyants essieux ;
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Voyez ces longs fusils qui suivent le rivage ;
Voyez ces chevaux, noirs comme un héron sauvage
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- Qui vole sous les cieux,
- Qui vole sous les cieux,
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Tout cela passera comme une voix chantante ;
Pyramide, à tes pieds tu regardes la tente,
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- Sous l’éclatant zénith,
- Sous l’éclatant zénith,
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Tu l’entends frissonner au vent comme une voile,
Chéops, et tu te sens, en la voyant de toile,
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- Fière d’être en granit ;
- Fière d’être en granit ;
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Et toi, tente, tu dis : Gloire à la pyramide !
Mais, un jour, hennissant comme un cheval numide,
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- L’ouragan lybien
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Soufflera sur ce sable où sont les tentes frêles,
Et Chéops roulera pêle-mêle avec elles
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- En s’écriant : Eh bien !
- En s’écriant : Eh bien !
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Tu périras, malgré ton enceinte murée,
Et tu ne seras plus, ville, ô ville sacrée,
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- Qu’un triste amas fumant,
- Qu’un triste amas fumant,
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Et ceux qui t’ont servie et ceux qui t’ont aimée
Frapperont leur poitrine en voyant la fumée
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- De ton embrasement.
- De ton embrasement.
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Ils diront : — Ô douleur ! ô deuil ! guerre civile !
Quelle ville a jamais égalé cette ville ?
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- Ses tours montaient dans l’air ;
- Ses tours montaient dans l’air ;
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Elle riait aux chants de ses prostituées ;
Elle faisait courir ainsi que des nuées
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- Ses vaisseaux sur la mer.
- Ses vaisseaux sur la mer.
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Ville ! où sont tes docteurs qui t’enseignaient à lire ?
Tes dompteurs de lions qui jouaient de la lyre,
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- Tes lutteurs jamais las ?
- Tes lutteurs jamais las ?
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Ville ! est-ce qu’un voleur, la nuit, t’a dérobée ?
Où donc est Babylone ? Hélas ! elle est tombée !
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- Elle est tombée, hélas !
- Elle est tombée, hélas !
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On n’entend plus chez toi le bruit que fait la meule.
Pas un marteau n’y frappe un clou. Te voilà seule.
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- Ville, où sont tes bouffons ?
- Ville, où sont tes bouffons ?
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Nul passant désormais ne montera tes rampes ;
Et l’on ne verra plus la lumière des lampes
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- Luire sous tes plafonds. —
- Luire sous tes plafonds. —
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Brillez pour disparaître et montez pour descendre.
Le grain de sable dit dans l’ombre au grain de cendre :
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- Il faut tout engloutir.
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— Où donc est Thèbes ? dit Babylone pensive.
Thèbes demande : — Où donc est Ninive ? et Ninive
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- S’écrie : — Où donc est Tyr ?
- S’écrie : — Où donc est Tyr ?
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En laissant fuir les mots de sa langue prolixe,
L’homme s’agite et va, suivi par un œil fixe ;
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- Dieu n’ignore aucun toit ;
- Dieu n’ignore aucun toit ;
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Tous les jours d’ici-bas ont des aubes funèbres ;
Malheur à ceux qui font le mal dans les ténèbres ;
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- En disant : Qui nous voit ?
- En disant : Qui nous voit ?
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Tous tombent ; l’un au bout d’une course insensée,
L’autre à son premier pas ; l’homme sur sa pensée,
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- La mère sur son nid ;
- La mère sur son nid ;
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Et le porteur de sceptre et le joueur de flûte
S’en vont ; et rien ne dure ; et le père qui lutte
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- Suit l’aïeul qui bénit.
- Suit l’aïeul qui bénit.
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Les races vont au but qu’ici-bas tout révèle.
Quand l’ancienne commence à pâlir, la nouvelle
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- A déjà le même air ;
- A déjà le même air ;
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Dans l’éternité, gouffre où se vide la tombe,
L’homme coule sans fin, sombre fleuve qui tombe
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- Dans une sombre mer.
- Dans une sombre mer.
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Tout escalier, que l’ombre ou la splendeur le couvre,
Descend au tombeau calme, et toute porte s’ouvre
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- Sur le dernier moment ;
- Sur le dernier moment ;
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Votre sépulcre emplit la maison où vous êtes ;
Et tout plafond, croisant ses poutres sur nos têtes,
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- Est fait d’écroulement.
- Est fait d’écroulement.
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Veillez ! veillez ! Songez à ceux que vous perdîtes ;
Parlez moins haut, prenez garde à ce que vous dites,
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- Contemplez à genoux ;
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L’aigle trépas du bout de l’aile nous effleure ;
Et toute notre vie, en fuite heure par heure,
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- S’en va derrière nous.
- S’en va derrière nous.
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Ô coups soudains ! départs vertigineux ! mystère !
Combien qui ne croyaient parler que pour la terre,
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- Front haut, cœur fier, bras fort,
- Front haut, cœur fier, bras fort,
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Tout à coup, comme un mur subitement s’écroule,
Au milieu d’une phrase adressée à la foule,
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- Sont entrés dans la mort,
- Sont entrés dans la mort,
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Et, sous l’immensité qui n’est qu’un œil sublime,
Ont pâli, stupéfaits de voir, dans cet abîme
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- D’astres et de ciel bleu,
- D’astres et de ciel bleu,
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Où le masqué se montre, où l’inconnu se nomme,
Que le mot qu’ils avaient commencé devant l’homme
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- S’achevait devant Dieu !
- S’achevait devant Dieu !
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Un spectre au seuil de tout tient le doigt sur sa bouche.
Les morts partent. La nuit de sa verge les touche.
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- Ils vont, l’antre est profond,
- Ils vont, l’antre est profond,
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Nus, et se dissipant, et l’on ne voit rien luire.
Où donc sont-ils allés ? On n’a rien à vous dire.
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- Ceux qui s’en vont, s’en vont.
- Ceux qui s’en vont, s’en vont.
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Sur quoi donc marchent-ils ? sur l’énigme, sur l’ombre,
Sur l’être. Ils font un pas : comme la nef qui sombre,
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- Leur blancheur disparaît ;
- Leur blancheur disparaît ;
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Et l’on n’entend plus rien dans l’ombre inaccessible,
Que le bruit sourd que fait dans le gouffre invisible
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- L’invisible forêt.
- L’invisible forêt.
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L’infini, route noire et de brume remplie,
Et qui joint l’âme à Dieu, monte, fuit, multiplie
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- Ses cintres tortueux,
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Et s’efface… — et l’horreur effare nos pupilles
Quand nous entrevoyons les arches et les piles
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- De ce pont monstrueux.
- De ce pont monstrueux.
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Ô sort ! obscurité ! nuée ! on rêve, on souffre.
Les êtres, dispersés à tous les vents du gouffre,
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- Ne savent pas ce qu’ils font.
- Ne savent pas ce qu’ils font.
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Les vivants sont hagards. Les morts sont dans leurs couches.
Pendant que nous songeons, des pleurs, gouttes farouches,
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- Tombent du noir plafond.
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On brave l’immuable ; et l’un se réfugie
Dans l’assoupissement, et l’autre dans l’orgie.
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- Cet autre va criant :
- Cet autre va criant :
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— À bas vertu, devoir et foi ! l’homme est un ventre ! —
Dans ce lugubre esprit, comme un tigre en son antre,
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- Habite le néant.
- Habite le néant.
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Écoutez-le : — Jouir est tout. L’heure est rapide.
Le sacrifice est fou, le martyre est stupide ;
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- Vivre est l’essentiel.
- Vivre est l’essentiel.
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L’immensité ricane et la tombe grimace.
La vie est un caillou que le sage ramasse
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- Pour lapider le ciel. —
- Pour lapider le ciel. —
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Il souffle, forçat noir, sa vermine sur l’ange.
Il est content, il est hideux ; il boit, il mange ;
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- Il rit, la lèvre en feu,
- Il rit, la lèvre en feu,
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Tous les rires que peut inventer la démence ;
Il dit tout ce que peut dire en sa haine immense
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- Le ver de terre à Dieu.
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Il dit : Non ! à celui sous qui tremble le pôle.
Soudain l’ange muet met la main sur l’épaule
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- Du railleur effronté ;
- Du railleur effronté ;
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La mort derrière lui surgit pendant qu’il chante ;
Dieu remplit tout à coup cette bouche crachante
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- Avec l’éternité.
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Qu’est-ce que tu feras de tant d’herbes fauchées,
Ô vent ? que feras-tu des pailles desséchées
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- Et de l’arbre abattu ?
- Et de l’arbre abattu ?
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Que feras-tu de ceux qui s’en vont avant l’heure,
Et de celui qui rit et de celui qui pleure,
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- Ô vent, qu’en feras-tu ?
- Ô vent, qu’en feras-tu ?
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Que feras-tu des cœurs ? que feras-tu des âmes ?
Nous aimâmes, hélas ! nous crûmes, nous pensâmes ;
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- Un moment nous brillons ;
- Un moment nous brillons ;
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Puis, sur les panthéons ou sur les ossuaires,
Nous frissonnons, ceux-ci drapeaux, ceux-là suaires,
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- Tous, lambeaux et haillons !
- Tous, lambeaux et haillons !
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Et ton souffle nous tient, nous arrache et nous ronge !
Et nous étions la vie, et nous sommes le songe !
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- Et voilà que tout fuit !
- Et voilà que tout fuit !
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Et nous ne savons plus qui nous pousse et nous mène,
Et nous questionnons en vain notre âme pleine
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- De tonnerre et de nuit !
- De tonnerre et de nuit !
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Ô vent, que feras-tu de ces tourbillons d’êtres,
Hommes, femmes, vieillards, enfants, esclaves, maîtres,
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- Souffrant, priant, aimant,
- Souffrant, priant, aimant,
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Doutant, peut-être cendre et peut-être semence,
Qui roulent, frémissants et pâles, vers l’immense
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- Évanouissement !
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L’arbre Éternité vit sans faîte et sans racines.
Ses branches sont partout, proches du ver, voisines
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- Du grand astre doré ;
- Du grand astre doré ;
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L’espace voit sans fin croître la branche Nombre,
Et la branche Destin, végétation sombre,
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- Emplit l’homme effaré.
- Emplit l’homme effaré.
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Nous la sentons ramper et grandir sous nos crânes,
Lier Deutz à Judas, Nemrod à Schinderhannes
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- Tordre ses mille nœuds,
- Tordre ses mille nœuds,
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Et, passants pénétrés de fibres éternelles,
Tremblants, nous la voyons croiser dans nos prunelles
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- Ses fils vertigineux.
- Ses fils vertigineux.
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Et nous percevons, dans le plus noir de l’arbre,
Les Hobbes contemplant avec des yeux de marbre,
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- Les Kant aux larges fronts ;
- Les Kant aux larges fronts ;
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Leur cognée à la main, le pied sur les problèmes,
Immobiles ; la mort a fait des spectres blêmes
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- De tous ces bûcherons.
- De tous ces bûcherons.
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Ils sont là, stupéfaits et chacun sur sa branche.
L’un se redresse, et l’autre, épouvanté, se penche.
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- L’un voulut, l’autre osa,
- L’un voulut, l’autre osa,
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Tous se sont arrêtés en voyant le mystère.
Zénon rêve tourné vers Pyrrhon, et Voltaire
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-
- Regarde Spinosa.
- Regarde Spinosa.
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Qu’avez-vous donc trouvé, dites, chercheurs sublimes ?
Quels nids avez-vous vus, noirs comme des abîmes,
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- Sur ces rameaux noueux ?
- Sur ces rameaux noueux ?
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Cachaient-ils des essaims d’ailes sombres ou blanches ?
Dites, avez-vous fait envoler de ces branches
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- Quelque aigle monstrueux ?
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De quelqu’un qui se tait nous sommes les ministres ;
Le noir réseau du sort trouble nos yeux sinistres ;
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- Le vent nous courbe tous ;
- Le vent nous courbe tous ;
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L’ombre des mêmes nuits mêle toutes les têtes.
Qui donc sait le secret ? le savez-vous, tempêtes ?
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- Gouffres, en parlez-vous ?
- Gouffres, en parlez-vous ?
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Le problème muet gonfle la mer sonore,
Et, sans cesse oscillant, va du soir à l’aurore
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- Et de la taupe au lynx ;
- Et de la taupe au lynx ;
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L’énigme aux yeux profonds nous regarde obstinée ;
Dans l’ombre nous voyons sur notre destinée
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- Les deux griffes du sphinx.
- Les deux griffes du sphinx.
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Le mot, c’est Dieu. Ce mot luit dans les âmes veuves ;
Il tremble dans la flamme ; onde, il coule en tes fleuves,
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- Homme, il coule en ton sang ;
- Homme, il coule en ton sang ;
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Les constellations le disent au silence ;
Et le volcan, mortier de l’infini, le lance
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- Aux astres en passant.
- Aux astres en passant.
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Ne doutons pas. Croyons. Emplissons l’étendue
De notre confiance, humble, ailée, éperdue,
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- Soyons l’immense Oui.
- Soyons l’immense Oui.
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Que notre cécité ne soit pas un obstacle ;
À la création donnons ce grand spectacle
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- D’un aveugle ébloui.
- D’un aveugle ébloui.
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Car, je vous le redis, votre oreille étant dure :
Non est un précipice. Ô vivants ! rien ne dure ;
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- La chair est aux corbeaux ;
- La chair est aux corbeaux ;
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La vie autour de vous croule comme un vieux cloître ;
Et l’herbe est formidable, et l’on y voit moins croître
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- De fleurs que de tombeaux.
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Tout, dès que nous doutons, devient triste et farouche.
Quand il veut, spectre gai, le sarcasme à la bouche
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- Et l’ombre dans les yeux,
- Et l’ombre dans les yeux,
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Rire avec l’infini, pauvre âme aventurière,
L’homme frissonnant voit les arbres en prière
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- Et les monts sérieux ;
- Et les monts sérieux ;
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Le chêne ému fait signe au cèdre qui contemple ;
Le rocher rêveur semble un prêtre dans le temple
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- Pleurant un déshonneur ;
- Pleurant un déshonneur ;
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L’araignée, immobile au centre de ses toiles,
Médite ; et le lion, songeant sous les étoiles,
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- Rugit : Pardon, Seigneur !
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- Jersey, cimetière de Saint-Jean, avril 1854.
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