Pluie d’été
La bibliothèque libre.
- Que la soirée est fraîche et douce !
- Oh ! viens ! il a plu ce matin ;
- Les humides tapis de mousse
- Verdissent tes pieds de satin.
- L'oiseau vole sous les feuillées,
- Secouant ses ailes mouillées ;
- Pauvre oiseau que le ciel bénit !
- Il écoute le vent bruire,
- Chante, et voit des gouttes d'eau luire,
- Comme des perles, dans son nid.
- La pluie a versé ses ondées ;
- Le ciel reprend son bleu changeant ;
- Les terres luisent fécondées
- Comme sous un réseau d'argent.
- Le petit ruisseau de la plaine,
- Pour une heure enflé, roule et traîne
- Brins d'herbe, lézards endormis
- Court, et, précipitant son onde
- Du haut d'un caillou qu'il inonde,
- Fait des Niagaras aux fourmis.
- Tourbillonnant dans ce déluge,
- Des insectes, sans avirons,
- Voguent pressés, frêle refuge !
- Sur des ailes de moucherons ;
- D'autres pendent, comme à des îles,
- A des feuilles, errants asiles ;
- Heureux, dans leur adversité,
- Si, perçant les flots de sa cime,
- Une paille au bord de l'abîme
- Retient leur flottante cité !
- Les courants ont lavé le sable ;
- Au soleil montent les vapeurs,
- Et l'horizon insaisissable
- Tremble et fuit sous leurs plis trompeurs.
- On voit seulement sous leurs voiles,
- Comme d'incertaines étoiles,
- Des points lumineux scintiller,
- Et les monts, de la brume enfuie,
- Sortir, et ruisselants de pluie,
- Les toits d'ardoise étinceler.
- Viens errer dans la plaine humide.
- A cette heure nous serons seuls.
- Mets sur mon bras ton bras timide ;
- Viens, nous prendrons par les tilleuls.
- Le soleil rougissant décline ;
- Avant de quitter la colline,
- Tourne un moment tes yeux pour voir,
- Avec ses palais, ses chaumières,
- Rayonnants des mêmes lumières,
- La ville d'or sur le ciel noir;
- Oh ! vois voltiger les fumées
- Sur les toits de brouillards baignés !
- Là, sont des épouses aimées,
- Là, des cœurs doux et résignés.
- La vie, hélas ! dont on s'ennuie,
- C'est le soleil après la pluie…
- Le voilà qui baisse toujours !
- De la ville, que ses feux noient,
- Toutes les fenêtres flamboient
- Comme des yeux au front des tours.
- L'arc-en-ciel ! l'arc-en-ciel ! Regarde.
- Comme il s'arrondit pur dans l'air !
- Quel trésor le Dieu bon nous garde
- Après le tonnerre et l'éclair !
- Que de fois, sphères éternelles,
- Mon âme a demandé ses ailes,
- Implorant quelque Ithuriel,
- Hélas ! pour savoir à quel monde
- Mène cette courbe profonde,
- Arche immense d'un pont du ciel !
- 7 juin 1828