Poésies de François Malherbe/« Soit que de tes lauriers la grandeur poursuivant »

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Fragments d’une ode à Henri-le-Grand, sur la réduction de Marseille

1596



FRAGMENTS D’UNE ODE
au roi Henri le Grand,
sur le même sujet que la précédente.
1596.

Soit que de tes lauriers la grandeur poursuivant,
D’un cœur où l’ire juste et la gloire commande,
Tu passes, comme un foudre, en la terre flamande1,
D’Espagnols abattus la campagne pavant ;
——–--Soit qu’en sa dernière tête
——–--L’hydre civile t’arrête2,
——–--Roi, que je verrai jouir
——–--De l’empire de la terre,
——–--Laisse le soin de la guerre,
——–--Et pense à te réjouir.

Nombre tous les succès où ta fatale main,
Sous l’appui du bon droit aux batailles conduite,
De tes peuples mutins la malice a détruite,
Par un heur éloigné de tout penser humain.
——–--Jamais tu n’as vu journée
——–--De si douce destinée ;
——–--Non celle où tu rencontras
——–--Sur la Dordogne en désordre
——–--L’orgueil à qui tu fis mordre
——–--La poussière de Coutras.

Cazaux, ce grand Titan qui se moquoit des cieux3,
A vu par le trépas son audace arrêtée,
Et sa rage infidèle aux étoiles montée,
Du plaisir de sa chute a fait rire nos yeux.

——–--.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

——–--.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

——–--.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

Ce dos chargé de pourpre et rayé de clinquants
A dépouillé sa gloire au milieu de la fange,
Les dieux qu’il ignoroit ayant fait cet échange
Pour venger en un jour ses crimes de cinq ans.
——–--La mer en cette furie
——–--À peine a sauvé Dorie4 ;
——–--Et le funeste remords,
——–--Que fait la peur des supplices,
——–--A laissé tous ses complices
——–--Plus morts que s’ils étoient morts.


1. Cette image est belle, et l’expression du quatrième vers riche et pittoresque. Il l’a répétée dans l’ode au duc de Bellegarde :

Soit que près de Seine et de Loire
Il pavât les plaines de morts.

A. Chénier.

2. L’hydre civile est tres-beau ; il l’a répété souvent :

Quand la rébellion plus qu’une hydre féconde....
Donner le dernier coup à la dernière tête
Donner lDe la rébellion.

A. Chénier.

3. Ces quatre vers sont de la plus grande beauté ; surtout le dernier, qui est d’une harmonie, d’une hardiesse, d’une richesse et d’une vérité d’expression qui ne se peuvent trop louer. Racine n’a pas mieux fait. A. Chénier.

4. Charles Doria, Génois qui commandoit les galères d’Espagne que Casaux devait introduire dans le port de Marseille. Édit.


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