Polikouchka/Chapitre 9
Perrin, 1886 (5e éd.) (pp. 99-105).
ou POLIKOUGHKA IX ` Quand tousles bruits se furent tus, Polikey, comme si e’eût été lui le coupable, descendit doucement et lit sans bruit ses préparatifs 'de départ. Il n’était pas à son aise auprès des recrues. Déjà les coqs se répondaient par des i cris de plus en plus nombreux. Baraban avait mangé toute 'son avoine; il était en train de boire. Iliitch l’attela et déga- gea sa charrette d’entre les eharrettes des mou- jiks. Son bonnet, avec ce qu’il contenait, était en bon état; et les roues de son petit véhicule F se mirent à rouler bruyamment sur le sol glacé de la route de Pokrovsky. Il ne respira plus
� POLIKOUGHKA ev librement qu’une fois horsde la ville : jusque—là. il lui avait semblé, sans qu’il sût pourquoi, qu’on allait le poursuivre, Parrêter, lui lier les mains, et Pemmener à la place d’I1îa. Était-ce froid ou peur? mais un frisson lui secouait le dos, et il fouettait sans répit Bara- ban. Le premier homme qu’il rencontra, c’était` un pope, coiffé d’un grand bonnet d’hiver et accompagné d’un domestique. Polikey sentit redoubler son inquiétude. Mais quand il fulsortî de la ville, sa frayeur ` se dissipa peu à peu. Baraban marchait len- ment, la route devenait plus visible. Iliitch ôta son bonnet et tàta l’argent. —— Si je le mettais dans ma poitrine! pen- _ sait·il. Mais pour cela il faudrait peut·être en- core déboucler ma ceinture. Je vais attendre d’avoir passé la colline : je descendrai alors de ma charrette et je mf8£!êQgerai... Le bonnet
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� es Pomxoucmcn est cousu par en haut, et la duublure en I est en bon état. Décidément je n’ôtcrai mon bonnet qu’à la maison. Après avoir descendu la colline, Baraban se init de lui·même à gravir la montée au ga- lop, et Polikey, aussi désireux que Baraban d’être rendu au plus tôt, ne lit rien pour le retenir. Tout allaitpour le mieux, ille pensait du moins; et il se prit à rêver à la reconnais- sance de la barinia, aux cinq roubles qu’elle lui donnerait, à la joie de tous les siens. Il prit son bonnet, toucha la lettre encore une fois, le renlonça plus profondément sur sa tête et sourit. La peluche du bonnet était entièrement usée; et le soin que la veille Akon- line avait apporté à en repriser la déchirure devait justement avoir pour effet de le déchirer d’un autre côté. Le geste par lequel Polikey avait cru, dans 'Pobscurité, cacher plus avant
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- dans la ouate la lettre de Pargent, ce Int pré-
cisément ce geste qui déchire le bonnet; et Penveloppe sortit par un coin hors de la pe· luohe. Le jour vint, et Polikey, qui n’avait pas dormi de in nuit, s’assoupit, après avoir en- core enfoncé le bonnet sur sa tête, et fait par là même sortir de plus en plus ia lettre. Tout en dormant, il dodelinait de la tête contre la ridelle de la charrette. Il ne se réveilla que dans le voisinage de sa maison. Son premier mouvement iut de porter la main à son bon- net. Il était bien assujettiàsa tête. Il ne l’ôta · pas, convaincu que Penveioppe s’y trouvait. Il rendit la bride à Baraban, arrangea le foin, se donna de nouveau Pair d’un dvornik, en re— gardant fièrement autour de lui, et se dirigea vers sonlogis. Voici la cuisine, voici la maisonnette, voici
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la femme du xiienuisier qui porte des toiles, voici le bureau, voici l’hubitatîon de la berînie, où,Polikey se fit tout de suite reconnaître pour, un homme sûr et honnete, u on peut dire d’un homme tout lemal qn’0n veut; » il se voit déjà devant la bnrinia, « Eh bien! je te re- mercie, vu·-t·elle lui dire, Polikey; voilà trois roubles pour toi! » Et pmxtiêtre cinq, et peut-être dix roubles;‘et elle lui fera encore servir du thé, peut-être même de le vodka. Per ce troid-là, cela ne ferait pas de mal... — Avec dix roubles, nous ferons bien le fête, et nous achèterons des bottes. On ren- dra à Nikita ses quatre roubles et demi; soit! — car il commence à devenir trop importun. A cent pas de sa maison, Polikey fît cla- quer son fouet, ajuste sa ceinture, ôte son bonnet, arrangea ses cheveux, puis, sans se presser, enfonça la n,ain dans la doublure.
� _ r0L1x0ucu1cA 101 N î Sa main furetaît dans le bonnet, de plus en plus üévreuse; ily mit aussi l’autre main. Son visage pâlissait, pâlissait; une main passa au g travers". Polikey sejeta à genoux, arrêta le É cheval et se mit à ehercher partout dans _la charrette, dans le foin, parmi lesemplettes, dans sa poitrine, dans ses culottes : pas d’ar·· - gent. É — Mon petit père, mais qu’est-cedonc que l cela? que va-l—il en advenir? gémissaît-il en s’arrachant les cheveux. ` ; Mais il se rappelle tout à coup qu’on peut Papercevoir. Il fait faire v0lte·face à Baraban, remet son bonnet, et fouette à tour de bras le cheval étonné et mécontent. —— Je déteste d’al|er avec Polîkey, avait Pair _ de penser Baraban. Une fois dans sa vie, il me donne à manger et à boire au bon mo- ment; et ce n’étaît que pour me leurrer de la
� IO!. ronixoocuxa sorte! Gomme fai galopé pour être plus vite de retour au logis, je suis fatigué, et je c0m~ meuce a peine À sentir notre foin, qu’il me fait retourner". —-e Eh! vu! diable! criait à, travers ses larmes Polikey, debout sur sa charrette, en tirant de la bride sur la bouche de Barahan et en le fouettant de son knout.
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