REVUE
DES
DEUX MONDES
PORTUGAL
CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE
RELATIVE
AUX AFFAIRES DU PORTUGAL
1826-1829
L’opposition parlementaire a réclamé du ministère anglais la communication des diverses correspondances officielles relatives aux affaires du Portugal. Ces documens mettent au jour l’opinion de M. Canning et celle du cabinet actuel, sur les graves questions soulevées à la fois par la promulgation de la charte émanée du Brésil, l’avènement de don Miguel, et les traités qui lient le Portugal et la Grande-Bretagne. Voici les pièces les plus importantes.
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M. LE SECRÉTAIRE D’ÉTAT CANNING À SIR WILLIAM A COURT,
À LISBONNE.
ministère des affaires étrangères.
28 juin 1826.
Quoiqu’il ne soit guère possible que la nouvelle arrivée de Rio-Janeiro à Paris soit encore ignorée à Lisbonne, ou du moins qu’elle n’y parvienne pas avant ces dépêches, cependant, afin de ne rien laisser au hasard, je vous transmets copie d’une dépêche que nous avons reçue hier de l’ambassadeur à Paris, et qui nous informe que le Moniteur a publié l’acte par lequel l’empereur du Brésil renonce à la couronne de Portugal en faveur de sa fille.
Dans cet acte, il est fait mention d’un décret par lequel Sa Majesté a octroyé une constitution au royaume de Portugal. Mais, soit que l’on n’ait point reçu cet acte en France, soit que lord Granville ait oublié de nous l’envoyer, je suis dans l’impossibilité de vous le transmettre.
Georges Canning.
SIR CHARLES STUART À M. CANNING.
Rio-Janeiro,. . . . avril 1826.
Le commencement de cette lettre est consacré à des détails de peu d’intérêt. Elle se termine ainsi :
. . . . Sa Majesté Impériale exprima ensuite le désir de se concilier l’affection des Portugais en leur octroyant une charte constitutionnelle ; elle ajouta que, dans le cas où la guerre allumée dans le Sud ne prendrait pas une tournure favorable, elle demanderait des secours militaires au Portugal, afin d’alléger le fardeau dont le pays commençait à se ressentir vivement.
Comme je me défiais des principes que pouvait proclamer cette charte, je fis sentir la nécessité d’agir avec prudence ; je représentai que, si la simple convocation des cortès, cette ancienne et légitime institution du pays, avait déjà été vue d’un œil jaloux, un changement auquel les Cortès n’auraient pris aucune part entraînerait de plus fâcheux résultats, et M. de Paranagua, qui vit Sa Majesté bientôt après, sentit si bien la portée de cette objection, que pendant plusieurs jours, il ne fut question que d’un système constitutionnel, fondé sur les anciennes institutions de Portugal.
C. Stuart
LE MÊME AU MÊME.
Rio-Janeiro, 30 avril 1826.
Vendredi, le conseil ne s’est séparé qu’après avoir complètement changé de système ; car il a été décidé que Sa Majesté n’accepterait la couronne de Portugal qu’afin d’octroyer une charte constitutionnelle à ce royaume, et quelle abdiquerait en faveur de sa fille aînée, si l’infant, don Miguel consentait à l’épouser, et si les Portugais accueillaient favorablement la charte.
Les conséquences de ce changement me parurent trop graves pour que je pusse m’abstenir de toute réflexion. En conséquence, je me rendis auprès de Sa Majesté.
Je pris la liberté de lui faire remarquer que, puisqu’elle répugnait à suivre les anciennes constitutions du royaume, en convoquant les cortès de Lamejo, il fallait absolument que les changemens constitutionnels projetés fussent annoncés de manière à ne pas paraître émaner des conseillers de Sa Majesté. J’exprimai par conséquent le désir que Sa Majesté n’attendit pas, pour publier ses décrets, la réunion des chambres à Rio-Janeiro. J’ajoutai que je suppliais Sa Majesté de ne pas perdre de vue l’hésitation possible des Portugais à recevoir ces bienfaits d’une nature à susciter l’existence d’une constitution avant qu’il fût certain qu’elle serait adoptée.
Sa Majesté me répondit qu’elle appréciait la justesse des motifs qui me portaient à préférer les anciennes institutions du Portugal ; mais elle prétendit que, malgré mon admiration, je serais forcé de reconnaître la nécessité de modifier ces institutions pour les mettre en harmonie avec les besoins de l’époque, et qu’ainsi les cortès deviendraient elles-mêmes un corps constituant, qui ferait naître une foule d’obstacles et d’inconvéniens, qu’une charte pouvait seule prévenir. L’Empereur me présenta ensuite son projet de constitution, auquel il avait consacré la plus grande partie de la semaine ; et au plaisir qu’il avait à en parler, il était facile de voir que la promulgation de cet acte avait fourni à ses conseillers le premier moyen pour le déterminer à renoncer à la couronne de Portugal.
Comme je ne pouvais examiner alors un travail de cette étendue, l’Empereur me dit que la constitution établissait deux chambres, et maintenait la prérogative royale ainsi que le pouvoir de la noblesse ; il ne partageait pas mes appréhensions à l’égard de l’impression qu’elle pourrait produire dans d’autre pays. Il développa ensuite son projet, d’après lequel son abdication est conditionnelle, et entièrement subordonnée au mariage de sa fille avec don Miguel, et à l’acceptation de la constitution par les Portugais. Si ces deux conditions se réalisent, la régence sera confirmée, une amnistie sera publiée, et dès que les trois états auront prêté serment de fidélité à la nouvelle constitution, la reine se rendra à Lisbonne. Après une courte discussion, Sa Majesté promit de différer la promulgation de la charte portugaise jusqu’au moment où elle aurait été acceptée à Lisbonne, et m’annonça qu’elle désirait que je portassent moi-même ces actes en Portugal, en qualité de plénipotentiaire portugais, parce qu’elle les considérait comme le complément du traité que j’avais souscrit pour la séparation des deux pays.
Je fus un peu étonné de cette marque de confiance, et je cherchai à la détourner en exprimant le doute où j’étais que ma cour approuvât une pareille démarche. Mais Sa Majesté ayant persisté dans sa résolution, je lui répondis que sa demande me mettrait dans un grand embarras, parce que je n’étais nullement préparé à me charger d’une responsabilité aussi grave, et j’ajoutai que Sa Majesté avait pu remarquer que, pendant les délibérations sur ce sujet, je n’avais émis que des opinions parfaitement d’accord avec les actes publics approuvés par le gouvernement du Roi. De quelque manière que les ministres de Sa Majesté considèrent les actes que je vous communique, mon langage et mes démarches ne les engagent en aucune façon, car je suis entièrement dépourvu d’instructions. Ils restent par conséquent maître de suivre le parti qu’ils jugeront le plus convenable.
C. Suart.
LE MÊME AU MÊME
Rio-Janeiro, 1er mars 1826.
Ce matin, avant de recevoir le corps diplomatique, l’Empereur m’a fait demander pour me dire que les actes relatifs à l’arrangement des affaires du Portugal étant terminés, il croyait rendre hommage à la mémoire de son père en priant le plénipotentiaire que ce prince avait choisi pour négocier la séparation des deux pays, d’achever une œuvre si heureusement commencée pendant sa vie. Sa Majesté ajouta qu’en me montrant, à mon audience de la veille, les divers actes qu’elle avait rédigés, elle s’était entièrement ouverte à moi, et qu’elle m’accordait une confiance dont nul ne pouvait se vanter de jouir.
J’ai l’honneur de vous transmettre copie des pleins pouvoirs dont il a plu à Sa Majesté de m’investir, et je partirai pour Lisbonne à bord du Diamond, aussitôt qu’il sera prêt pour la mer.
C. Stuart.
PLEINS POUVOIRS ACCORDES PAR L’EMPEREUR DU BRESIL.
À SIR CHARLES STUART.
Le 2 mai 1826.
Très-honoré marquis d’Angra, sir Charles Stuart, mon ami,
Moi le Roi, je vous salue comme un homme que j’aime beaucoup.
Prenant en considération votre mérite, ainsi que les preuves nombreuses d’attachement que vous avez données à ma royale personne et à ma famille, j’ai jugé à propos de vous autoriser à délivrer, en mon nom royal, à la régence du royaume, mes décrets royaux, ainsi que mes lettres de constitution et de loi, l’une du 29 avril, et l’autre du 2 mai de cette année, que je vous confie, vous autorisant, en même temps, à prendre de suite les mesures nécessaires pour l’exécution de mes ordres royaux.
Donné au palais de Rio-Janeiro, le 2 mai.
Le Roi.
M. LE SECRETAIRE D’ETAT CANNING À SIR CHARLES STUART.
MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES.
Le 12 juillet 1826.
Le colonel Freemantle est arrivé ici vendredi soir, 7 du de Votre Excellence jusqu’au 7 mai inclusivement. EIles ont été mises sous les yeux du Roi.
À l’exception de la charte constitutionnelle, la nation et gouvernement portugais sont préparés à recevoir tout ce que vous apportez de Rio-Janeiro à Lisbonne.
En effet, l’opinion a long-temps prévalu à Lisbonne, que la convocation des cortès, dans une forme ou dans une autre, serait nécessaire pour sanctionner un nouvel ordre de succession à la couronne de Portugal. On ne saurait assurer d’avance que les Portugais recevront avec joie une constitution représentative destinée à remplacer leurs anciennes assemblées nationales ; mais il n’y a aucune raison de douter de l’acquiescement de la nation au bienfait d’un souverain dont les volontés lui ont toujours paru dignes de respect et de soumission.
Quel que soit du reste celui des deux modes que l’Empereur dût préférer pour régler les affaires du Portugal, la convocation des cortès, ou la charte constitutionnelle, on ne peut du moins refuser une grande justesse à cette observation de Sa Majesté : que de nombreuses difficultés résulteraient de la convocation d’une assemblée tellement tombée en désuétude, que des doutes pourraient facilement s’élever sur sa composition et sa manière de procéder, et qu’elle enflammerait les prétentions populaires, au point de dégénérer en corps constituant, tandis que tout devenait facile avec un code, définissant à la fois les droits et les devoirs de tous les rangs et de tous les ordres de l’état, prescrivant les formes de leurs délibérations, et déterminant les limites de leurs pouvoirs respectifs.
On est obligé de reconnaître que les notables de France, en 1789 d’une part, et de l’autre, la charte constitutionnelle de Louis XVIII en 1814, viennent fortement appuyer les motifs de Sa Majesté Impériale. On peut, par conséquent, espérer que lorsque les cabinets, qui sont les adversaires nés de toute réunion d’assemblées nationales, considéreront qu’il était absolument impossible d’éviter tout convocation de ce genre, et qu’il n’y avait de choix à faire qu’entre deux formes d’assemblées, ils ne s’opposeront pas à la détermination que Sa Majesté Impériale a prise, parce qu’autrement le Portugal serait de nouveau exposé à toutes les difficultés dont on vient de triompher ; ce qui mettrait en danger, non-seulement la couronne de Portugal, mais encore la monarchie brésilienne elle-même.
Afin que nous puissions mieux faire sentir aux autres gouvernemens l’obligation de ne pas intervenir dans les affaires de Portugal, il faut surtout que nous écartions tous motifs de jalousie que pourrait leur inspirer l’influence britannique dans des circonstances si importantes.
C’est pourquoi Sa Majesté, tout en approuvant votre consentement à porter de Rio-Janeiro à Lisbonne les décrets de Sa Majesté Impériale, exige qu’aussitôt que vous aurez délivré les actes aux personnes à qui ils sont adressés, et rendu compte au ministère portugais de la mission dont le gouvernement de Sa Majesté vous avait chargé auprès de l’empereur du Brésil, vous preniez congé de l’infante régente, et retourniez en Angleterre.
G. Canning.
L’EMPEREUR DON PÉDRO À S. M. L ET R. APOSTOLIQUE.
Rio-Janeiro, le 3 juillet 1827.
Mon très cher beau-père et ami,
Les évènemens inattendus qui viennent de se passer en Portugal, et la conduite ferme, constante et droite que mon frère l’infant don Miguel a déployée auprès de Votre Majesté Impériale et Royale Apostolique, m’ont engagé à ordonner son départ pour Lisbonne, afin qu’il gouverne ce royaume en mon nom, et en qualité de mon lieutenant. Convaincu, comme je le suis, que cette mesure recevra l’approbation de Votre Majesté, je la prie de m’aider autant qu’il sera en son pouvoir, en conseillant à mon frère d’exécuter mes ordres, et de gouverner le Portugal suivant la charte constitutionnelle que je lui ai accordée, et qui a été jurée par Son Altesse Royale et par tous mes sujets portugais.
En demandant cette assistance à Votre Majesté, je me considère comme heureux… etc, etc.
Pédro
à S. M. I. et R. Apostolique.
LE PRINCE DE METTERNICH À S. A. LE PRINCE ESTERHAZY.
Vienne, le 18 octobre 1827.
Par ma dépêche du 8 octobre, j’eus l’honneur de vous informer de l’arrivée du comte de Villa-Real, des dispositions favorables qu’il manifestait, et de l’entier assentiment que cet ambassadeur a donné à nos démarches préparatoires sur toutes les questions relatives à la position présente et future de l’infant don Miguel. M. de Villa-Real ayant aussi trouvé que nous avions procédé conformément aux principes et aux vœux du gouvernement britannique, mon premier soin fut de m’entendre avec lui et avec le baron de Villa-Secca, sur la marche à suivre pour engager l’infant à nous instruire, aussitôt que possible, de ses intentions, relativement à son départ, à son voyage, et à la ligne de conduite qu’il voulait adopter lors de son arrivée en Portugal. En conséquence, je crus de mon devoir de proposer à ces deux gentlemen de considérer, en premier lieu, la note qui m’a été adressée par le marquis de Rezende, envoyé brésilien à la cour de Vienne, dans laquelle il me fait connaître les déterminations prises par l’Empereur, son maître, le 3 juillet dernier, à l’égard de l’infant don Miguel, son frère, et où il demande en même temps la coopération efficace de l’Autriche, tendant à engager l’infant à se soumettre avec une déférence complète aux ordres de Sa Majesté Impériale, et à hâter son départ pour le Portugal, afin que le décret du 3 juillet puisse recevoir, aussitôt que possible, sa pleine et entière exécution. Nous convînmes ensuite que je prendrais sur moi d’entamer cette question avec l’infant, que j’inviterais Son Altesse Royale, conformément aux désirs de l’Empereur son frère, à nous faire connaître ses résolutions sur son voyage, et à nommer, sans délai, MM. de Villa-Secca et Villa-Real pour diriger et conclure en son nom, avec le cabinet, de Vienne, tous les arrangemens qui y avaient rapport. Nous décidâmes, enfin, que nous nous réunirions chaque jour pour nous faire part avec une mutuelle confiance, du résultat de nos démarches, et examiner celles que les circonstances exigeraient encore, et que nous tiendrions une sorte de procès-verbal de nos réunions, auquel nous nous abstiendrons de donner le caractère officiel des protocoles de conférences, tant par égard pour l’infant lui-même, qu’afin de laisser à Son Altesse Royale la liberté d’exprimer d’une manière plus indépendante ses opinions et ses désirs.
Ce mode d’agir ayant été adopté, je me rendis, le 6 de ce mois, auprès de Son Altesse l’infant, pour lui représenter combien il était à désirer qu’il nous apprît, le plus promptement possible, quelles étaient ses intentions sur son départ. J’eus l’honneur de lui faire observer que, dans le but de régler et d’arranger définitivement tout ce qui avait rapport à cet objet, il était à désirer qu’il donnât ses instructions aux personnes qu’il jugerait les plus dignes de sa confiance, et qu’il voulût bien leur ordonner de s’entendre avec moi ; que le baron de Villa-Secca et le comte de Villa-Real me paraissaient mériter principalement sa préférence, à laquelle tous deux avaient des droits par leur fidélité et leur dévoûment à sa personne ; que, s’il consentait à fixer son choix sur ces deux gentlemen, son départ serait le premier objet dont nous nous occuperions ; qu’il devenait plus urgent, de jour en jour ; d’en fixer l’époque ; que ce n’était pas seulement, pour connaître la route que Son Altesse l’infant désirerait prendre pour gagner le Portugal, afin de faire les préparatifs nécessaires ; mais que je ne pouvais lui cacher que, quelle que fût la détermination qu’il croirait devoir adopter, l’Empereur ne pourrait cependant consentir en aucune manière à ce qu’il traversât l’Espagne ; considérant qu’outre les grands inconvéniens qui, dans les circonstances actuelles, doivent l’en empêcher, il ne pourrait se permettre d’agir ainsi, sans aller contre les vœux de l’Empereur son frère, et contre l’opinion unanime de toutes les puissances de l’Europe. L’infant, sans élever la moindre objection contre les propositions et les observations que je lui avais soumises, se borna à me répondre qu’il nommerait immédiatement le comte de Villa-Real et le baron de Villa-Secca pour s’entendre, et se concerter avec moi sur les différens points dont je lui avais parlé. Le même jour, il donna ses ordres à ces deux gentlemen, que, de mon côté, je m’empressai de réunir, dans le but que nous nous étions, proposé. Le résultat de nos premières conférences nous mit bientôt à même de remarquer et d’être convaincus que, si l’infant avait eu d’abord l’idée de traverser l’Espagne, l’observation que l’empereur don Pédro, son frère, et Sa Majesté l’Empereur, notre maître, étaient opposés à ce plan, avait suffi pour l’engager à y renoncer. Je dois, d’ailleurs, à Son Altesse Royale la justice de déclarer qu’en s’entretenant avec les personnes de sa suite, au sujet de son désir de prendre la route d’Espagne, comme étant la plus courte et la meilleure, le prince n’hésita pas à donner en même temps les assurances les plus positives qu’il ne laisserait approcher de sa personne aucun réfugié portugais. Mais si nous fûmes bientôt satisfaits de ce premier plan de l’infant, nous remarquâmes, d’un autre côté, que l’esprit de Son Altesse Royale était fortement préoccupé de deux idées, qui avaient tout le poids de deux résolutions positives, savoir, celle de ne s’embarquer que sur un vaisseau portugais, et celle de ne pas débarquer entre l’Autriche et le Portugal. Aussitôt que je fus instruit de cette résolution, je me hâtai de la faire connaître à l’Empereur, notre auguste maître, et je reçus de Sa Majesté l’ordre d’engager MM. de Villa-Real et de Villa-Secca à représenter, en son nom, à l’infant, qu’elle avait été informée de son désir de se rendre à Lisbonne sur un vaisseau portugais, et que, si ce projet était exécutable, elle ne s’y opposerait pas ; mais qu’elle portait un intérêt trop sincère à l’infant, pour ne pas se croire obligée d’en signaler l’impossibilité à Son Altesse Royale, puisqu’il en résulterait une immense et irréparable perte de temps ; car, avant que deux vaisseaux de guerre portugais pussent être armés à Lisbonne et arrivés à Livourne pour recevoir l’infant, il s’écoulerait près de trois mois, auxquels il en faut ajouter au moins un quatrième, pour le passage de Livourne à Lisbonne passage incertain et long dans cette saison ; que, conséquemment, l’infant ne pourrait guère atteindre sa destination que dans quatre ou cinq mois : qu’un si grand retard, en prolongeant l’incertitude qui régnait en Portugal, compromettrait infailliblement la tranquillité de ce royaume, et peut-être même l’existence politique de Son Altesse Royale ;… que l’infant avait la faculté de s’embarquer, ou dans un des ports de la Méditerranée, ou dans un de ceux la mer du Nord ; que l’Autriche ne s’opposerait nullement à ce qu’il s’embarquât en Italie, si l’on pouvait lui en fournir les moyens, mais que ces moyens n’existaient pas ; qu’il faudrait plusieurs semaines pour les préparer, ce qui occasionnerait un délai presqu’aussi long que celui auquel l’infant doit se soumettre, dans le cas où il se résoudrait à ordonner que des vaisseaux portugais vinssent à Livourne ; que tout délai dans son voyage pouvait amener les plus grands inconvéniens, et l’Empereur se sentant appelé, par son amitié réelle pour le prince, à ne pas souffrir qu’il compromît gratuitement ce qui concernait ses intérêts personnels, aussi bien que la tranquillité intérieure du royaume dont son auguste frère lui avait conféré la régence, Sa Majesté ne pouvait consciencieusement s’empêcher de lui donner le conseil de ne pas hésiter un moment à s’embarquer dans un port d’Angleterre ou des Pays-Bas ; que l’infant devait nécessairement choisir entre ces deux pays, qui lui offrent la route la plus courte pour se rendre à sa destination, prenant en considération que, s’il traversait la France et l’Angleterre, il ne pourrait éviter de s’arrêter à Paris et à Londres, de présenter ses respects à Sa Majesté Très-Chrétienne et à Sa Majesté Britannique ; que, d’un autre côté, en s’embarquant dans l’un des ports des Pays-Bas, il pouvait, il est vrai, aller directement à Lisbonne, et y arriver plus promptement, mais qu’il perdrait une occasion favorable de voir le roi d’Angleterre d’obtenir ses bonne grâces, et de réclamer en personne le secours que l’empereur don Pédro, son frère, avait récemment sollicité pour Son Altesse Royale, dans la lettre adressée à Sa Majesté Britannique le 3 juillet.
Les plénipotentiaires portugais ayant pris sur eux de porter cet avis paternel à la connaissance de l’infant, ce fut dans la soirée du 9 octobre qu’ils s’acquittèrent de cette commission. Le prince les écouta avec la plus sérieuse attention ; mais il n’hésita pas à leur déclarer que les considérations qu’ils venaient de lui soumettre n’avaient pas influé sur sa détermination ; qu’il était fermement résolu à ne s’embarquer que sur un vaisseau portugais, pour aller directement à Lisbonne, et que, quant au délai qui en résulterait, il n’y avait pas lieu de craindre qu’il affectât la tranquillité intérieure du Portugal ; qu’il écrirait, et qu’on lui répondrait que la tranquillité ne serait pas troublée. Cette déclaration rendant toute nouvelle délibération inutile, j’annonçai, de mon côté, que j’en instruirais l’Empereur. Ce fut alors que S. M. se décida à parler elle-même à l’infant, et elle eut avec lui, le 12 octobre, une fort longue conversation dans laquelle elle récapitula tous les argumens et tous les motifs qui lui avaient été exposés en son nom, deux jours auparavant, par les plénipotentiaires portugais, dans le but de lui faire sentir les sérieux inconvéniens, les dangers même auxquels il s’exposerait, en persistant à refuser de s’embarquer dans tout autre port que dans un port autrichien, et sur tout autre bâtiment que sur un vaisseau portugais…. L’Empereur représenta avec force à l’infant qu’un souverain, et encore plus un régent, appelé à prendre les rênes d’un gouvernement, ne pouvait mettre trop de promptitude à arriver au milieu de son peuple ; qu’il devait, en conséquence, choisir la route la plus directe et la plus courte, et que, s’il persistait dans ses refus, il encourrait le soupçon d’un manque de zèle à cet égard, et du désir de prolonger son séjour à Vienne pour son propre agrément. L’infant, malgré ces sages observations, ayant persisté dans sa résolution, l’Empereur lui demanda si, par hasard, il éprouvait de la répugnance à s’embarquer bord d’un vaisseau anglais. Don Miguel répliqua qu’il n’éprouvait pas de répugnance pour l’Angleterre ; qu’il savait que cette puissance était sur le meilleur pied avec l’Empereur son frère, et qu’en outre, elle était l’alliée naturelle du Portugal ; qu’il désirait sincèrement être en bonne intelligence avec elle (et il répéta plusieurs fois cette même phrase), mais qu’il craignait, en consentant à monter sur un vaisseau étranger, de blesser l’opinion nationale ; que, pour cette raison, il s’était décidé à ne s’embarquer que sur un vaisseau portugais, afin de se diriger en droiture sur Lisbonne, sans toucher nulle autre part. L’infant ajouta, de son propre mouvement, qu’il était également déterminé à maintenir en Portugal la charte qu’il avait jurée, que Sa Majesté pouvait compter en toute assurance sur ce point, et enfin qu’il le priait de croire que son cœur était rempli de gratitude pour la bienveillance qu’elle lui avait témoignée. L’Empereur, en voyant que, pour le moment, don Miguel était pleinement résolu à ne pas céder, l’engagea à réfléchir, sérieusement sur la conversation qu’ils venaient d’avoir ensemble…. Sa Majesté désira, en même temps, que je m’informasse moi-même si l’infant, après avoir plus mûrement examiné sa position, ne sentirait pas la nécessité de se rendre aux conseils de la sagesse et de la raison.
Nous voyant ainsi arrêtés dans notre marche par la résistance inattendue que nous avions trouvée dans ce jeune prince, je me déterminai à transmettre à l’ambassadeur britannique (que j’avais précédemment informé de l’objet et du résultat de mes conférences avec les plénipotentiaires portugais), une note confidentielle et des plus détaillées sur tout ce qui s’était passé entre eux et moi, et entre Sa Majesté et l’infant. J’invitai ensuite sir Henri Wellesley à se réunir à ces gentlemen et à moi, pour prendre en considération les moyens que nous pouvions encore adopter, afin de vaincre cette résistance, et, dans le cas de non-réussite, de nous concerter avec son gouvernement, dont nous étions tout-à-fait résolus à ne pas nous séparer dans cette affaire, sur les mesures qu’il pourrait être nécessaire de prendre sans délai, afin de ne pas prolonger, en Portugal, un état de choses si dangereux. Toutes les opinions s’étant accordées sur les inconvéniens sérieux auxquels s’exposerait l’infant, en persistant dans son refus de passer par l’Angleterre, et, en même temps, sur l’avantage qu’il y aurait à avoir, à cet égard, une dernière explication catégorique avec Son Altesse Royale, il fut résolu que cette explication aurait lieu entre l’infant et moi le même jour, à 2 heures. Comme je n’étais pas bien portant, don Miguel consentit gracieusement, sur mon invitation, à se rendre à mon hôtel. Je lui demandai la permission d’admettre à notre conférence une tierce personne, le comte de Bombelles, anciennement attaché à sa personne en qualité de chambellan, qui était honoré de sa faveur, et qui, en outre, était destiné à accompagner Son Altesse Royale à Lisbonne, pour y remplir les fonctions de ministre plénipotentiaire et d’envoyé extraordinaire de Sa Majesté l’Empereur. L’infant y ayant accédé, nous eûmes ensemble une conversation, dont je vais vous donner un récit court, mais exact.
Je commençai par représenter au prince que jusqu’à présent nous avions perdu un temps utile et précieux ; qu’en Europe, et particulièrement en Portugal et en Angleterre, on ne saurait à quelle cause attribuer le long délai auquel son départ avait été soumis ; que je ne pouvais me permettre de garder plus long-temps le silence, surtout vis-à-vis du cabinet britannique, qui était si franchement uni avec l’Autriche pour les intérêts de l’infant, et dont lui-même était personnellement si intéressé à se concilier les bonnes grâces et le soutien. Je récapitulai alors les argumens et les considérations les plus propres à agir sur lui. Je lui déclarai sans réserve que, dans sa position, il n’avait que deux mesures à prendre, soit d’ordonner immédiatement à un vaisseau de guerre portugais de faire voile pour l’Angleterre, où Son Altesse Royale devrait, de son côté, aller directement afin de s’embarquer aussitôt que possible, ou d’attendre à Vienne la décision finale de l’empereur don Pédro, auquel les cabinets de Vienne et de Londres seraient obligés de communiquer les motifs qui avaient porté l’infant à ne pas exécuter immédiatement ses ordres. J’ajoutai que, s’il se décidait pour la première alternative, j’étais prêt à dépêcher un courrier à Londres pour en informer le gouvernement britannique, et que, sans me permettre de préjuger sa décision, je ne doutais pas qu’à cet égard, ce gouvernement ne cédât volontiers à ses vœux. Je finis par rappeler à l’infant combien l’empereur avait compté le voir suivre les conseils qui jusqu’ici lui avaient été si utiles, et je ne lui cachai pas que Sa Majesté était profondément affectée de l’obstination avec laquelle il y avait résisté.
Je m’aperçus bientôt que j’avais eu le bonheur de produire une vive impression sur l’infant ; il était visiblement ému, et, après quelques momens de réflexion, il se rendit enfin aux conseils de l’amitié et de la raison. À partir de ce moment, sa conversation devint vive et animée. Il s’exprimait avec moi aussi librement et aussi franchement que jusqu’alors il avait été réservé dans ses réponses. Il me dit qu’il était prêt à partir pour l’Angleterre, afin de s’y embarquer le plus tôt possible sur un vaisseau portugais ; qu’il donnerait, en conséquence, les ordres nécessaires, et qu’il me priait d’écrire en Angleterre et en Portugal pour en accélérer l’exécution ; car il considérait comme une chose due à la nation portugaise et à lui-même, de ne pas retourner dans son pays sur un autre bâtiment que sur un vaisseau portugais. Dans le cours de cette conversation, il ne nia pas qu’il eût eu quelques craintes de traverser l’Angleterre, parce qu’il savait qu’on y avait entretenu contre lui des préjugés qui lui faisaient redouter d’y être mal accueilli. Il commença ensuite, de son propre mouvement, à me parler avec chaleur de la ligne de conduite qu’il se proposait de suivre à son arrivée à Lisbonne, et, je l’avoue, je fus surpris de la rectitude des principes et de la sagesse des vues qu’il me détailla avec une clarté et une précision remarquables. La manière dont l’infant s’expliquait en cette occasion ne me permet pas de douter qu’il ne soit animé des meilleures dispositions, et non-seulement qu’il ne soit fermement résolu à maintenir la charte, mais encore qu’il ne voie l’importance et la nécessité d’agir ainsi. En me quittant, il me pria de porter ses déterminations finales à la connaissance de l’Empereur, ce que je me hâtai de faire, et il me demanda d’être assez bon pour concerter avec les ministres portugais tous les arrangemens relatifs à son départ, ce que nous venons d’accomplir, et ce dont j’aurai l’honneur de vous informer dans une dépêche que vous portera M. de Neumann.
Tel est le récit fidèle de ce qui s’est passé ici avec l’infant, depuis l’arrivée du comte de Villa-Réal. S’il faut regretter la résistance qu’il nous opposa d’abord, surtout pour la perte de temps qu’elle occasionna, elle a eu, d’un autre côté, I’avantage de nous offrir une véritable garantie de la sincérité des intentions de ce jeune prince, qui n’a cédé qu’à la conviction, et qui, du moment où il l’a sentie, a manifesté les dispositions les plus favorables, et les principes les plus conformes à nos vœux. C’est un sentiment national, peut-être exagéré, mais louable en lui, qui l’a déterminé à partir pour Lisbonne sur un vaisseau portugais, et, à cet égard, son opposition est excusable. Quant au reste, je fis tout ce que je pus pour tranquilliser entièrement son esprit sur la manière dont il serait reçu en Angleterre. Je lui promis que l’Empereur le recommanderait à la bienveillance particulière du Roi, et, en effet, Sa Majesté m’a ordonné de charger expressément Votre Altesse de faire tout ce qui sera en son pouvoir pour préparer à l’infant une réception favorable et gracieuse, tant de la part du Roi que de celle du gouvernement.
Votre Altesse est autorisée à communiquer sans réserve cette dépêche au principal secrétaire d’état.
Metternich
à S. A. le prince Esterhazy.
(La suite à la prochaine livraison.)
REVUE
DES
DEUX MONDES.
PORTUGAL.
CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE
RELATIVE
AUX AFFAIRES DU PORTUGAL.
1826 - 1829.
SIR FRÉDÉRIC LAMB AU COMTE DE DUDLEY.
Lisbonne, le 12 août 1828.
Pour répondre au désir que vous avez de connaître l’état de l’opinion publique dans la capitale, je vous dirai qu’à l’époque de l’arrivée de don Miguel, tous les partis étaient disposés à le recevoir à bras ouverts, et que quelques jours après, tous furent contens de la réception qu’il leur avait faite ; rien de plus facile alors que de gouverner ce pays. Mais il ne faut plus songer au retour d’un pareil état des choses.
Par sa conduite subséquente, don Miguel a perdu totalement la confiance des Portugais. Le souvenir de sa conduite antérieure s’est tout à coup réveillé, et l’on y voit le présage d’un funeste avenir : malgré tous les efforts que l’on a faits, on na pu parvenir à déterminer le pays à le déclarer roi de Portugal.
D’un autre côté, aucun parti de quelque importance ne semble attacher le moindre prix à la Charte : ceux qui craignent don Miguel se rallient autour de don Pédro, et une grande partie de l’armée semble être animée des mêmes intentions ; mais je n’hésite pas à penser que la majorité de la nation fait des vœux ardens pour la conservation de la tranquillité, et désire éviter une nouvelle révolution. C’est ce sentiment qui a produit une alarme générale à la vue des mesures adoptées par don Miguel, et une résistance tacite à leur exécution.
F. Lamb.
sir frédéric lamb au comte de dudley.
Lisbonne, 26 août 1828.
Hier matin, une assemblée tumultueuse de la populace a proclamé don Miguel roi : le sénat s’était réuni pour dresser l’acte à cet effet, lorsque le président, étant survenu, conseilla d’y substituer une adresse à Son Altesse Royale, dans laquelle l’infant serait supplié de prendre la couronne. L’adresse, dont vous trouverez ci-joint une copie (n° 1), fut rédigée et portée à Son Altesse Royale par une députation ; les grands lui baisèrent ensuite la main une seconde fois, et cela en qualité de roi. Aucun des ministres n’était à la cour ; mais ils se réunirent ensuite en conseil, et bientôt après, la police fit publier une invitation au peuple de se retirer.
Un escadron de cavalerie aurait été suffisant pour disperser le rassemblement.
Dans la soirée, le vicomte de Santarem adressa une note au corps diplomatique. Je vous en transmets la traduction (n° 2), ainsi que la réponse que j’y ai faite (n° 3). Mon seul but est de prouver aux ministres que je ne suis point la dupe de leurs assurances. Comme elle contient une allusion aux publications que la censure a autorisées récemment, j’en ajoute deux à ma lettre[1], elles serviront d’échantillon pour les autres.
Ce matin a paru la réponse ci-jointe, (n° 4) de l’infant au sénat et je la considère comme étant en même temps le décret désapprobateur que le vicomte de Santarem avait promis dans sa note. Cependant, malgré tous mes efforts, je ne saurais y découvrir un seul terme de découragement.
Don Miguel donne le nom de fidélité envers sa personne à la révolte contre don Pedro, et déclare nettement son intention de se soumettre aux désirs du sénat, mais d’une manière que Son Altesse Royale se réserve elle-même.
Vous remarquerez, de plus, que ce décret est revêtu de la signature royale, tandis que les précédens décrets portaient la signature de Son Altesse Royale l’infant. Après cela, je ne sais vraiment si l’infant a pris la couronne ou non.
Il y a quelques jours, les officiers du 8e de chasseurs ont essayé d’engager les soldats de ce régiment à prendre part à une fête et à une illumination, pendant laquelle l’infant a été salué roi ; mis ils ont échoué dans leurs tentatives.
Avant-hier, le 16e régiment est sorti de sa caserne et a salué roi l’infant, qui passait.
Hier, le 19e régiment s’est rendu, avec son drapeau, sur la place où le peuple était rassemblé et a pris part aux acclamations, mais on lui a intimé l’ordre de retourner à sa caserne : il a obéi, mais non sans avoir résisté ; toutefois le soir, on ne voyait personne dans les rues. Au théâtre, les loges étaient bien garnies, mais il n’en était pas de même du parterre ; deux fois les spectateurs se sont levés à un signal donné par une voix du parterre, et des vivat ont été donnés à don Miguel Ier, roi de Portugal, ainsi qu’aux Silveiras. Le meneur était un officier de service, revêtu de son uniforme.
F. Lamb.
N° 1. Adresse des nobles à l’infant don Miguel.
-
- Seigneur,
Les nobles soussignés, agissant tant individuellement que comme représentant tout le corps de la noblesse, et pleins de respect et de soumission pour votre auguste personne, viennent supplier Votre Altesse d’accéder aux vœux ardens de toute la nation, qui désire et demande que Votre Altesse monte au trône de ses glorieux ancêtres, auquel l’appellent les lois fondamentales de la monarchie. Les nobles du Portugal ont toujours été, sont et ne cesseront jamais d’être les plus fermes appuis du trône. A toutes les époques mémorables de l’histoire, ils ont donné des preuves éclatantes de leur honneur et de leur fidélité, et dans les circonstances actuelles, ils ne peuvent s’empêcher de prendre une part active à l’objet important qui occupe toute la nation. Les nobles ont, en conséquence, l’honneur de soumettre à Votre Altesse la nécessité de réaliser les vœux que leur dicte la loyauté de leur caractère, et de vous représenter que la mesure la plus certaine de succès et la plus conforme à la dignité de Votre Altesse et aux lois fondamentales de la monarchie serait la convocation des trois états du royaume, suivant les anciens usages et coutumes, à l’effet de traiter des matières de la plus haute importance, telles que la reconnaissance solennelle des droits légitimes de Votre Altesse à la couronne de Portugal et à ses domaines, et l’abolition de cette prétendue Charte constitutionnelle de la monarchie portugaise, en tant qu’elle change essentiellement l’ordre de succession au trône, et qu’elle a été octroyée par un monarque qui n’avait pas été reconnu roi de Portugal, et auquel la nation n’avait pas juré fidélité et obéissance.
Les nobles s’en rapportent à la haute sagesse de Votre Altesse Royale du soin de terminer glorieusement un objet qui intéresse si vivement la prospérité de la nation ; en même temps, ils supplient ardemment Votre Altesse de vouloir bien recevoir leurs vœux avec bienveillance, et ils espèrent avec confiance que Votre Altesse Royale les exaucera promptement.
| Lafoens |
Bellas |
Juromenha os 2 |
| Lourical |
San Lourenço. |
Souto d.’El Rey. |
| Borha |
Figueira. |
Povolide. |
| Olhao |
Castro Masin. |
Vallada. |
| Sabugoza |
San Miguel. |
Villa da Praya. |
| Lavrodio D. Antonio. |
Souzal. |
Beduido. |
| Penalva |
Barbacena Franco. |
Azurara. |
| Pl. Silva. |
Torre Bella. |
Manique. |
| Conde Belmonte. |
Cintra. |
Anadia. |
| Pai e Filho. |
Pl. Freive. |
Taucos. |
| Asseca. |
Menezes |
Redinha. |
| Almada. |
Lencastre. |
Pombal |
| Souve. |
Corte Real. |
My de Viana. |
| Rodondo. |
Lamara. |
Miz d’Alvito. |
| San Vicente. |
Visconde de Magé. |
Sande. |
| Conde de Viana. |
Paraty. |
Queluz. |
| Atalaga. |
Valladares. |
Pombeiro. |
| Cea. |
Villa nova da Rainha. |
Vagos. |
| Porto Santo. |
Soubral. |
Arcos. |
| Carvalhaes. |
Furtado. |
Portella. |
| Mesquitela. |
Peniche. |
Subserra. |
| B. d’Alvito. |
Alhandra. |
Louzao D. Luiz. |
| Bahia. |
D. Francisco d’Almeide. |
B. de Tavarese Beire. |
| D. Prior de Guimaroens. |
Ega. |
Rezende. |
| Nuna Manoel. |
Rio Major. |
Veiros. |
| Ce Bobadilla. |
Povoa. |
Ponte. |
| Prior Mor d’Aviz. |
Estremoz. |
Galveas. |
| Torres novas. |
Quintella. |
Valença. |
N° 2. Le vicomte de Santarem aux ambassadeurs des puissances étrangères, à Lisbonne.
Le 6 mai 1828.
Par ordre de l’infant, régent, le soussigné a l’honneur d’informer sir Frédéric Lamb que Son Altesse Royale ayant pris en considération les circonstances critiques où se trouve le royaume, et les représentations qui lui ont été adressées par le clergé, la noblesse, les tribunaux et toutes les cameras, dans la forme prescrite par les anciennes lois de la monarchie, non encore abrogées, et cela pour qu’il plaise à Son Altesse Royale de convoquer les trois états du royaume, à l’effet d’examiner plusieurs points importans de la loi fondamentale de la monarchie portugaise, Son Altesse Royale a jugé que cette convocation était le plus sur moyen de rétablir la paix publique et l’harmonie dans ce royaume, qui est en proie à une agitation si vive.
Vte de Santarem.
Lisbonne, le 8 mai 1828.
N° 3. Le soussigné a reçu la note à la date du 6 de ce mois, que S. Exc. le vicomte de Santarem lui a fait l’honneur de lui adresser. Le contenu de cette communication met le soussigné dans la nécessité de regarder ses fonctions diplomatiques comme suspendues, d’en référer à sa cour, et d’attendre des ordres à ce sujet.
F. Lamb.
A S. Ex. le vicomte de Santarem.
N° 4. Proclamation de don Miguel, établissant ses titres à la royauté.
Le 1er juillet 1828.
Ayant adhéré aux représentations qui m’ont été faites par les trois états du royaume, convoqués en cortes, dans la noble et loyale cité de Lisbonne, pour examiner la loi politique de la monarchie, et acceptant le titre et la dignité de roi, qui m’appartiennent en vertu des lois fondamentales du pays, qu’il est de mon devoir d’exécuter et de faire exécuter fidèlement, j’ordonne qu’à partir de ce jour, le formulaire suivant soit employé.
Dans les diplômes, lois, patentes et jugemens des tribunaux :
Don Miguel par la grâce de Dieu, roi de Portugal et des Algarves, en-deçà et au-delà de la mer, en Afrique, maître de la Guinée, de la conquête, de la navigation, du commerce, de l’Éthiopie, de la Perse, de l’Arabie et de l’Inde.
Dans les alvaras[2] : Moi, Le Roi.
Dans les ordres et mandats : Le Roi, notre maître, ordonne ou commande.
Quant aux décrets et aux résolutions des conseils, on continuera d’observer les formes usitées de tout temps par les souverains de cette monarchie, mes glorieux ancêtres.
LE MARQUIS DE BARBACÉNA AU COMTE D’ABERDEE.
Londres, le 25 novembre 1828.
Le soussigné, plénipotentiaire de Sa Majesté l’empereur du Brésil, remplit le devoir sacré qui lui a été imposé par son auguste maître, en adressant à S. Exc. le comte d’Aberdeen, principal secrétaire d’état au département des affaires étrangères de Sa Majesté Britannique, la demande officielle du secours de Sa Majesté Britannique en faveur de Sa Majesté la reine de Portugal, et la réclamation d’une assistance efficace pour placer Sa Majesté très-légitime sur le trône qui lui appartient, et lui assurer la possession de son royaume.
La nouvelle de l’usurpation effectuée à Lisbonne le 1er juillet de cette année, ayant excité dans l’esprit de Sa Majesté l’empereur don Pédro une juste indignation et la plus vive douleur, on peut aisément concevoir que les sentimens de Sa Majesté impériale soient augmentés par la perplexité paternelle où la jette le sort d’une fille bien-aimée, dont elle ne put se séparer qu’avec regret, pour céder aux instances répétées des souverains ses alliés, et avec l’entière conviction qu’elle conserverait la possession de la couronne qui lui était garantie non moins par ses droits légitimes, que par les arrangemens solennels auxquels furent parties les cours d’Angleterre et d’Autriche, et par les sermens du prince auquel il avait conféré la régence du Portugal, et destiné, la main de sa fille…
La première pensée de Sa Majesté l’empereur du Brésil ne pouvait être que celle de réclamer, dans ce but, l’aide de Sa Majesté Britannique, en vertu des traités existant entre le Portugal et la Grande-Bretagne.
Ces traités, comme le sait S. Exc. lord Aberdeen, datent des premiers temps de la monarchie portugaise. Sous le règne d’Edouard Ier, roi d’Angleterre, des stipulations d’amitié et de commerce furent contractées entre les deux couronnes, et, en 1373, un traité formel d’alliance fut conclu entre Ferdinand Ier de Portugal, et Édouard III d’Angleterre…..
La série de ces divers traités se termine par celui du 21 janvier 1815, dont le troisième article est ainsi conçu : « Les anciens traités d’alliance, d’amitié et de garantie qui ont existé si long-temps et si heureusement entre les deux couronnes, sont, par ce présent article, renouvelés entre les deux hautes parties contractantes, et reconnus comme étant en pleine force et vigueur. »
Nulle guerre n’a, pendant cette longue période, interrompu, entre les deux gouvernemens, une liaison dont l’histoire de la diplomatie ne présente aucun exemple ; et la seule rupture qui soit arrivée a eu lieu durant le protectorat de Cromwel, elle ne fut occasionnée, chose digne de remarque, que par l’assistance que le roi de Portugal donna aux partisans de Charles Ier, auquel il avait accordé un asile à Lisbonne.
Le soussigné, après avoir prouvé l’existence et la validité de toute cette série de traités, dépasserait les limites qu’il doit se prescrire dans cette note, s’il entrait dans un examen minutieux de chacun d’eux ; il n’extraira donc que celles des stipulations qui peuvent démontrer leur esprit et leur tendance : car il ne faut pas chercher seulement leur véritable importance dans la lettre des traités, mais dans leur collection réunie, et dans les relations intimes qu’ils ont créées et maintenues entre les deux pays et les deux couronnes.
D’après l’article Ier du traité de 1373, on semble s’être proposé d’appliquer les stipulations de l’alliance au cas de rébellion, et cette supposition est confirmée par l’article subséquent, dans lequel le roi d’Angleterre permet la levée d’un corps de volontaires, pour servir dans la guerre que le roi de Portugal entreprenait à cette époque contre son frère rebelle ; le transport de ce corps de troupes fut même effectué au moyen de deux vaisseaux de ligne, que le gouvernement britannique équipa dans cette intention.
Le traité d’alliance de 1571, entre la reine Elisabeth et le roi Sébastien, fait une mention expresse de rébellion ; du moins il déclare que les deux souverains prendront un mutuel intérêt au maintien de leurs gouvernemens respectifs.
Dans l’acte de ratification du traité de 1642, l’intention expresse de renouveler les précédens traités est à remarquer.
Le premier article du traité de 1654 contient la stipulation de ne recevoir ni d’accueillir réciproquement les sujets rebelles de l’un ou l’autre pays ; et, en vertu de cet article, Sa Majesté la reine dona Maria II a, sans nul doute le droit de demander que son auguste allié ne tolère pas le séjour, en Angleterre, agent avoué de l’usurpateur du gouvernement portugais.
Ici, M. le marquis de Barbacéna énumère les divers traités d’alliance qui ont eu lieu entre le Portugal et la Grande Bretagne, et il s’attache à démontrer l’obligation où ces traités auraient placé l’Angleterre, de prêter secours à dona Maria II. Entre autres dispositions, il cite l’art. 6 de la convention signée à Londres, le 22 octobre 1807, où l’on trouve les expressions suivantes : « Sa Majesté Britannique s’engage en son nom, et au nom de ses successeurs, à ne jamais reconnaître, comme roi de Portugal, un autre prince que l’héritier et le représentant légitime de la famille royale de Bragance. »
Et il ajoute : Cette stipulation s’applique évidemment au cas actuel ; car l’héritier et le représentant légitime, que Sa Majesté Britannique a reconnu comme tel, est, en ce moment dépossédé de sa couronne par un prince de la même famille, il est vrai, mais qui n’en est pas moins un usurpateur….
Le soussigné croit de son devoir de s’appesantir sur les citations qu’il vient de faire, et auxquelles il en pourrait ajouter d’autres ; mais il se flatte d’avoir suffisamment démontré, 1° que tous les traités d’alliance et de garantie, conclus entre le Portugal et la Grande-Bretagne, existent encore dans toute leur vigueur ; 2° que la nature de ces traités, leur nombre, et la liaison qu’ils ont établie entre les deux couronnes pendant tant de siècles, leur donnent un caractère particulier, qui les distingue de traités ordinaires, et qu’il est nécessaire de les interpréter en masse, plutôt que de les analyser séparément ; 3° qu’en plusieurs circonstances, il y est fait mention expresse de cas de révolte, ou de rébellion, soit en vue de stipuler assistance, ou dans le but de permettre la levée de troupes, ou afin d’exclure réciproquement les rebelles des deux états ; 4° enfin, que cette alliance, au moment où elle fut formée, était appliquée au cas de révolte de l’infant don Henri contre son frère, le roi don Ferdinand, lequel cas est semblable à celui qui se présente maintenant entre Sa Majesté le roi don Pédro IV, et son frère, l’infant don Miguel. L’application des anciens traités d’alliance au cas présent a toute la force d’un précédent.
Outre ces traités, également valides et obligatoires, le soussigné a encore à produire d’autres actes diplomatiques aussi valides, quoiqu’ils ne possèdent pas la forme et la dénomination de traités.
S. Exc. Le comte d’Aberdeen comprendra bien que le soussigné fait allusion aux protocoles des conférences tenues à Londres en octobre 1827, et en janvier et février 1828, conférences dans lesquelles les plénipotentiaires de Sa Majesté Britannique et de Sa Majesté impériale et royale apostolique, devinrent principales parties, et qui investissent ces souverains du droit d’insister sur l’exécution de tous les engagemens qui y furent contractés. Ces engagemens ne lient pas seulement l’empereur don Pédro et Son Altesse Royale l’infant don Miguel, ils lient aussi les cours d’Angleterre et d’Autriche, qui ne se bornèrent pas, en cette occasion, au simple rôle de témoins, comme le prouvent les protocoles de la deuxième conférence de Vienne, et de celui de la conférence de Londres, du 12 janvier…..
Si tel avait été leur rôle, comment ces deux cours auraient-elles pu se croire appelées, non-seulement à exprimer leurs désirs dans les conférences ci-dessus mentionnées, mais encore à contracter l’engagement positif d’unir leur attention et leurs efforts afin d’obtenir, à Rio-Janeiro, la décision de plusieurs questions du plus haut intérêt pour les futures destinées du Portugal et du Brésil ? N’est-il pas évident que, si (contrairement à toute probabilité) Sa Majesté l’empereur du Brésil avait voulu revenir sur ses promesses, les deux cours se seraient trouvées autorisées, selon la teneur des protocoles à en demander l’exécution ?…
Le soussigné prend donc la liberté de répéter que les protocoles ci-dessus doivent être exactement considérés comme un traité formel, parce qu’ils contiennent des promesses et des engagemens réciproques dans lesquels les plénipotentiaires de Portugal, nommés par le régent au nom du roi, ainsi que les plénipotentiaires de la Grande-Bretagne et de l’Autriche, furent parties…..
Le roi d’Angleterre oubliera-t-il que l’infant don Miguel, reçu dans ses états de la manière la plus distinguée et la plus amicale, après avoir été accompagné jusque dans le Tage par une escadre britannique, viola immédiatement tous ses sermens ; cependant (on peut l’affirmer) il était sous la protection des troupes anglaises, dont la présence à Lisbonne, bien que n’ayant aucune mission de cette nature, produisit l’effet de réprimer toute tentative de résistance aux mesures que, sous le masque légal de la régence, l’infant se préparait à accomplir.
Le ministre brésilien s’attache ici, à faire valoir la bonne foi avec laquelle l’empereur don Pédro se serait rendu aux invitations de Sa Majesté Britannique, et persiste à réclamer son intervention, au nom de la jeune reine. Il termine ainsi sa note :
Dans le cas où les stipulations du traité de 1661 ne seraient pas jugées suffisantes, le soussigné est muni de pleins pouvoirs et des instructions nécessaires pour conclure une convention, où les secours à fournir par Sa Majesté l’empereur du Brésil, et par Sa Majesté Britannique, à Sa Majesté la reine très-légitime, peuvent être formellement spécifiés.
Le marquis de Barbacéna.
A S. Exc. le comte d’Aberdeen.
LE COMTE D’ABERDEEN AU MARQUIS DE BARBACÉNA.
Londres (dép. des Aff. étrangères), le 13 janvier 1829.
Le soussigné, en réponse à la note qu’il eut l’honneur de recevoir du marquis de Barbacéna, le 30 novembre, ne peut s’empêcher de faire remarquer une circonstance extraordinaire : c’est que, au moment où l’ambassadeur de Sa Majesté à la cour de Rio-Janeiro est chargé d’une mission spéciale, ayant pour objet la réconciliation de l’empereur don Pédro avec son frère l’infant don Miguel, le plénipotentiaire de Sa Majesté Brésilienne dans ce pays réclame officiellement, des secours efficaces, tendant à placer sa très-légitime Majesté dona Maria II sur le trône de Portugal ; et cela, quand lord Strangford et le ministre de Sa Majesté l’empereur d’Autriche recevaient, de la bouche de l’empereur du Brésil, l’assurance de ses dispositions à déférer au conseil et au jugement de son auguste beau-père, et du roi de la Grande-Bretagne, dans l’arrangement des malheureux différends qui existent entre les membres de la maison de Bragance.
D’après ces circonstances, le soussigné se serait cru forcé d’attendre que de nouveaux avis l’eussent mis à même de se convaincre des sentimens réels de la cour de Rio-de-Janeiro ; mais la demande du marquis de Barbacéna étant fondée sur les prétendues obligations des traités, il est plus conforme à ses devoirs d’expliquer immédiatement la nature réelle de ces obligations et, en agissant ainsi, d’éloigner tous les doutes sur l’honneur et la bonne foi du roi son maître.
Le marquis de Barbacéna a présenté un sommaire de différens traités contractés entre les deux pays, commençant à celui dont la date remonte à l’année 1373, et finissant aux engagemens conclus au congrès de Vienne, en 1815. Il ne serait pas difficile d’ajouter à cette liste, et de prouver que les obligations de la Grande-Bretagne, durant cette longue période, ont été acquittées par une succession continue de services rendes au royaume de Portugal. Le soussigné ne se propose pas ici de nier la validité de ces anciens traités alliance, d’amitié et de garantie : au contraire, il désire admettre l’existence pleine et entière de tous ceux qui n’ont pas été annulés modifiés par de subséquentes transactions diplomatiques. Il conviendra que les traités peuvent s’expliquer les uns et les autres, et que leur esprit peut être accueilli plutôt d’après la teneur de leur ensemble, que d’après les dispositions particulières de chacun d’eux….
Mais le soussigné est préparé à soutenir que les traités existans, s’ils sont pris ensemble, suivant la méthode cumulative d’interprétation proposée par le marquis de Barbacéna, ou s’ils sont pris séparément, ne peuvent appuyer réellement le droit mis en avant.
On prétend que l’usurpation du trône de Portugal par l’infant don Miguel a donné à sa très-légitime Majesté le droit de demander à ce pays des secours efficaces, pour recouvrer sa couronne et son royaume. Mais il n’est pas aisé de voir sur quelle base on croit un tel droit fondé.
C’est donc, soit dans le but d’arrêter les succès de la rébellion, ou pour décider, par la force, une question de succession douteuse, que la Gande-Bretagne est appelée aujourd’hui à agir. Mais il est impssib1e d’imaginer qu’un état indépendant quelconque puisse avoir jamais en vue de remettre la direction et le contrôle de ses affaires intérieures entre les mains d’une autre puissance ; car, sans nul doute, si Sa Majesté était obligée, de fournir un secours efficace dans le cas d’une révolte intérieure ou d’une dissension en Portugal, ce serait, pour elle, un devoir de veiller à ce qu’aucun événement pareil n’existât, si l’on pouvait le prévenir ; de là, une interposition constante et minutieuse dans les affaires du Portugal deviendrait indispensable ; car Sa Majesté ne pourrait jamais consentir à tenir ses flottes et ses armées à la disposition d’un roi de Portugal, sans exercer ces justes précautions et cette super-intendance qui lui assurerait que ses forces ne seraient pas susceptibles d’être employées à éloigner les effets d’un mauvais gouvernement. Tout état se disant indépendant pourrait-il souffrir l’existence d’une telle condition ? Et cependant, s’il était possible d’amettre la validité des engagemens dont le marquis de Barbacéna réclame l’exécution, telles seraient nécessairement les relations de la Grande-Bretagne et du Portugal, vis-à-vis l’un de l’autre.
Mais la vérité est que tout l’esprit des traités, et leur histoire, montrent que le principe de la garantie donnée par l’Angleterre, est de protéger le Portugal contre l’invasion étrangère.
Lorsqu’à la restauration de la monarchie portugaise en 1640, un traité fut, peu de temps après, conclu entre les deux couronnes, traité qui forme la base réelle de leur alliance actuelle, le gouvernement anglais ne put avoir d’autre objet que celui d’accorder une protection efficace à Jean IV, combattant pour maintenir la nouvelle indépendance contre la formidable puissance de l’Espagne. Et en 1661, quand Charles II, dans le traité sur lequel semble grandement s’appuyer le marquis de Barbacéna, déclare « qu’il prendra à cœur les intérêts du Portugal et de toutes ses possessions, et les défendra de tout son pouvoir sur mer et sur terre, comme les siens propres, » ces engagemens ne pouvaient avoir rapport qu’à une protection contre le danger extérieur, et la manière dont elle doit être accordée est expressément établie, et expliquée par ces mots : contre la puissance de Castille ou tout autre ennemi…
M. le comte d’Aberdeen rappelle les différentes circonstances où l’Angleterre a rempli, à cet égard, ses engagemens envers le Portugal. Il ajoute : cette interposition, quoique fréquemment demandée depuis 1820, a été refusée avec fermeté par le gouvernement britannique. Elle l’a été également à tous les partis, et pour tous les objets, et certes ils ont été des plus opposés et des plus contradictoires. Même en 1826, lorsque Sa Majesté, pour adhérer à la requête de l’ambassadeur de sa très-légitime Majesté, envoya un corps de ses troupes en Portugal, la justification de cette mesure reposa expressément sur le motif que les réfugiés portugais avaient acquis un caractère étranger, en ayant été incorporés, armés et équipés en Espagne ; et le commandant des troupes britanniques reçut la stricte injonction de ne prendre aucune part à la lutte entre les factions en Portugal, mais de s’opposer aux envahissemens étrangers.
En 1822, le roi de Portugal regarda la déclaration de l’indépendance faite par le Brésil, et l’action d’assurer l’autorité souveraine de ce pays de la part de son fils, l’empereur don Pédro, comme des actes d’une rébellion heureuse. Le gouvernement portugais en appela souvent aux traités conclus avec l’Angleterre, et aux obligations d’une garantie qui assurait l’intégralité du Portugal et de ses colonies. Mais le gouvernement britannique, tout en admettant la pleine étendue des obligations imposées par la garantie, soutint qu’elles n’existaient que contre un démembrement opéré par une puissance étrangère, et qu’elles ne s’appliquaient nullement aux effets d’une dissension intérieure. Dans la note verbale présentée au gouvernement portugais par le chargé d’affaires britannique à Lisbonne, au mois de décembre 1822, Sa Majesté déclara que, dans les évènemens qui divisaient, à cette époque, la maison de Bragance, elle était résolue à observer « la plus exacte et la plus scrupuleuse neutralité. » D’après un heureux accord avec sa très-légitime Majesté, conclu sous la médiation de la Grande-Bretagne, l’indépendance du Brésil fut enfin reconnue et assurée ; mais cet accord a été si loin d’affaiblir l’effet de la garantie donnée par la Grande-Bretagne pour la préservation du Portugal et des colonies qui lui restaient, que Sa Majesté se croirait tenue de les protéger aussi bien contre l’injuste agression du Brésil, que contre celle de toute autre puissance étrangère.
Le marquis de Barbacéna prétend que l’usurpation de l’infant don Miguel a eu une origine étrangère, ou a été encouragée par quelque état étranger. Au contraire, chaque souverain de l’Europe a retiré son ministre et suspendu toutes ses relations diplomatiques avec la cour de Lisbonne. Que l’acte de don Miguel ait été juste ou non, il a été secondé par la nation. Si les preuves manquaient, on les trouverait dans la conduite de ceux qui, ayant levé l’étendard de l’empereur don Pédro, ou celui de la reine dona Maria, à Oporto, et y ayant rassemblé la plus grande partie de l’armée, ainsi qu’un corps nombreux d’hommes armés, n’appartenant pas à l’état militaire, supérieurs en forces, en équipemens, en discipline et en moyens, jugèrent cependant nécessaire d’abandonner Oporto et de chercher, pour la plupart, un refuge en Angleterre parce que, suivant leur déclaration, ils trouvèrent tout le pays contre eux….
Sa Majesté a reconnu l’empereur don Pédro en qualité de roi de Portugal, et sur son abdication, il a reconnu aussi l’infante dona Maria comme son successeur et la souveraine légitime de ce pays. Mais Sa Majesté démentirait les principes qu’elle a publiquement professés, et selon lesquels elle a toujours agi, si elle croyait devoir employer la force pour obtenir l’acquiescement d’un peuple indépendant à cette récognition.
La seule apparence de fondement dans l’assertion avancée par le marquis de Barbacéna, que ce pays est tenu, après les traités d’alliance et de garantie, de coopérer par de tels moyens à placer Sa Majesté très-légitime sur le trône de Portugal, doit se trouver dans la stipulation du sixième article de la convention secrète, conclue le 22 octobre 1807, par laquelle la Grande-Bretagne s’engage à ne jamais reconnaître comme roi de Portugal un autre roi que « l’héritier et le représentant légitime de la famille royale de Bragance. »
On doit se rappeler que cette convention fut signée avant l’invasion du Portugal par une armée française, et la détermination du prince-régent de s’embarquer avec toute sa famille pour Rio-Janeiro, plutôt que de sacrifier son alliance avec l’Angleterre. On savait que l’intention de Bonaparte était de partager le royaume de Portugal en petites souverainetés, pour y placer ses généraux les plus favorisés Ce gage fut donc donné par le roi d’Angleterre en retour du dévoûment de son allié à la cause commune. C’était une assurance que cet allié pouvait naturellement s’attendre à recevoir contre le danger alors imminent. Si cette convention était encore en vigueur, Sa Majesté pourrait être tenue de reconnaître, comme roi de Portugal, le seul héritiér légitime de la maison de Bragance. Mais, évidemment temporaire dans son caractère, elle a cessé d’exister avec la nécessité qui lui donna naissance. La convention secrète de 1807 fut confondue dans le traité d’amitié et d’alliance, signé à Rio-Janeiro en 1810 ; et, dans ce traité, le sixième article de la convention secrète, contenant l’expresse garantie du Portugal à la maison de Bragance, fut inséré mot pour mot ; la convention se trouva donc comprise dans le traité de 1810. Mais, en 1815, à la fin de la lutte où les deux pays avaient été si long-temps et si glorieusement, engagés, quand le sceptre de Portugal fut replacé intact entre les mains « de l’héritier et du représentant légitime de la famille royale de Bragance, » le principal objet de ces traités fut accompli. Le 22 janvier de cette même, année, les deux puissances conclurent un autre traité à Vienne : par son troisième article, le traité de 1810, « étant fondé sur des circonstances d’une nature temporaire, qui ont heureusement cessé d’exister, est déclaré aboli dans toutes ses parties, et de nul effet. » Et cette révocation est confirmée par la dernière partie du même article, qui déclare que la révocation sera sans préjudice. « des anciens traités d’alliance, d’amitié et de garantie, existant entre les deux pays, » qui sont renouvelés et reconnus comme étant en pleine vigueur et effet, tandis qu’il ne parle pas du tout de la convention de 1807 ; ce qui montre évidemment que, dans l’opinion des deux parties contractantes, la dernière convention participait du même caractère temporaire, qui est attribué au traité de 1810, dont les stipulations, en conséquence des changemens rendus nécessaires par le cours des évènemens, avaient été précédemment substituées à celles de 1807.
Le soussigné espère donc que la religieuse fidélité avec laquelle l’Angleterre désire remplir tous ses engagemens ne sera pas exposée à une imputation, ou à un doute quelconque, s’il se trouve forcé, au nom du roi son maître, de rejeter l’appel qui a été fait par le marquis de Barbacéna, pour les prétendues obligations imposées à la Grande-Bretagne par les traités existant entre les deux royaumes.
En outre de cette soi-disant obligation, venant des premiers engagemens, le marquis de Barbacéna a allégué certains actes diplomatiques, qu’il soutient devoir être envisagés comme possédant le caractère et la validité de traités, et comme donnant à l’empereur don Pédro un droit incontestable de réclamer l’assistance de Sa Majesté, dans le but de conquérir le royaume de Portugal pour sa fille. Ces actes sont le résultat des conférences tenues à Vienne et à Londres au mois d’octobre 1827 et en janvier 1828, avant le départ de l’infant don Miguel pour Lisbonne. Dans ces conférences, le marquis de Barbacéna soutient que Sa Majesté Britannique et Sa Majesté l’empereur d’Autriche entrèrent virtuellement dans quelque engagement solennel, par lequel ils se proposaient d’exiger l’accomplissement des promesses faites alors par l’infant….
L’ambassadeur de Sa Majesté à la cour de Vienne assista aux conférences, sur l’invitation que lui en fit le chancelier d’état autrichien, et par suite de la lettre adressée à Sa Majesté par l’empereur don Pédro le 3 juillet 1827, dans laquelle Sa Majesté Impériale déclarait qu’elle avait nommé l’infant don Miguel son lieutenant et régent du royaume de Portugal. Si Sa Majesté avait triomphé de la répugnance de l’empereur don Pédro, et avait décidé Sa Majesté Impériale à conférer à son frère la place de régent ; si Sa Majesté s’était rendue garante de la conduite de Son Altesse Royale, et de l’exécution de ses promesses, on pourrait réclamer de Sa Majesté qu’elle veillât à ce que les engagemens alors contractés fussent mis à exécution : mais, en vérité, l’ambassadeur de Sa Majesté n’entra pour rien dans aucun engagement de ce genre ; il ne prit part à aucune négociation entraînant après elle une telle garantie, et bien que le roi eût lieu de se plaindre de l’infant don Miguel, qui avait manqué à ses engagemens pris en présence de son ambassadeur, ce motif de plainte était fondé sur le manque d’égards commis envers Sa Majesté elle-même, et non sur l’injure faite à l’empereur don Pédro.
Il est vrai que, dans les conférences de Vienne, et subséquemment dans celles de Londres, l’ambassadeur de Sa Majesté, et le plénipotentiaire de Sa Majesté l’empereur d’Autriche, donnèrent l’assurance que leurs souverains respectifs emploieraient conjointement leurs bons offices pour persuader à l’empereur don Pédro de compléter son acte d’abdication au trône de Portugal, d’envoyer sa fille en Europe, et, par un traité définitif, de régler l’ordre de succession dans les deux branches de la maison de Bragance. Le marquis de Barbacéna se plaint que l’empereur, son maître, fut pressé d’agir de cette manière, et il fait plus que d’insinuer que, pour se rendre aux sollicitations de l’Angleterre et de l’Autriche, il compromit ses propres intérêts. Mais quel est le fait ? Assurément le roi conseilla à Sa Majesté de compléter l’acte d’abdication au trône de Portugal, et, par là, d’accomplir une obligation que Sa Majesté Impériale elle-même, dès le mois de mai 1826, avait solennellement contractée à la face du monde. Sa Majesté conseilla encore à l’empereur d’envoyer sa fille en Europe, selon la déclaration faite par Sa Majesté à la même époque. Ces mesures étaient bien calculées dans le but de concilier et de tranquilliser la nation portugaise, en écartant les justes soupçons du peuple, et en lui donnant la conviction que le pays ne serait pas gouverné comme une colonie du Brésil. Il est malheureux que ces mesures n’aient pas été exécutées avant l’arrivée de l’infant à Lisbonne. S’il en avait été ainsi, on aurait probablement prévenu beaucoup d’évènemens qui ont eu lieu depuis, et qu’il faut déplorer. Mais l’assurance donnée à don Miguel, et qui fut inscrite au protocole de la conférence, de présenter cet avis à l’empereur don Pédro, ne rend pas Sa Majesté garante de l’exécution des promesses contenues dans les lettres de don Miguel, qui furent communiquées durant la conférence, et annexées au protocole. L’avis offert à l’empereur sur la convenance de l’exécution de ces actes importans, touchant laquelle Sa Majesté Impériale avait déjà depuis long-temps engagé spontanément sa parole royale, ne donne aucun droit de réclamer de Sa Majesté ces secours nécessaires à la conquête du Portugal.
Le ton de reproche et de plainte qui règne dans la note du marquis de Barbacéna, et l’impression qu’elle tend à faire naître, qu’on ne saurait attribuer, en grande partie, l’état présent du Portugal qu’à la déférence de don Pédro pour les conseils de ses alliés, rendent nécessaire de jeter un coup-d’œil rapide sur quelques évènemens qui se rattachent à ce sujet afin que la Grande-Bretagne puisse être efficacement délivrée de la responsabilité morale qu’on veut lui imposer.
Le feu roi Jean VI mourut le 10 mars 1826. La nouvelle de sa mort arriva en Angleterre le 23 mars, et au Brésil le 26 avril. L’empereur don Pédro assuma immédiatement le gouvernement de gouvernement du Portugal en qualité de roi, en vertu de son droit de succession, comme fils aîné de son père. Il publia une amnistie générale, et rédigea la Constitution, dans le préambule de laquelle les trois ordres de l’état furent convoqués pour lui jurer incontinent fidélité ; et il y fut déclaré que le royaume de Portugal serait dorénavant gouverné suivant les conditions exposées dans cet instrument. L’Empereur, en même temps, céda la couronne à sa fille en qualité de reine ; il nomma sa sœur, dona Isabella-Maria, régente du royaume ; et, afin que nul doute ne pût rester sur ses intentions, Sa Majesté Impériale déclara explicitement, dans son discours adressé à l’assemblée législative du Brésil, le 6 mai, qu’il avait abdiqué, et cédé à sa fille la princesse dona Maria da Gloria, reine de Portugal, tous les droits incontestables et irréfragables qu’il avait possédés à la couronne de la monarchie portugaise. Sa Majesté Impériale dépêcha, le 11 mai, sir Charles Stuart de Rio-Janeiro à Lisbonne, pour être le porteur de ces actes, et cette importante transaction fut arrêtée en 14 jours. Il est évident, d’après l’observation des dates, que nulle personne revêtue d’une autorité par Sa Majesté Britannique, excepté sir Charles Stuart, n’a pu s’interposer, même par avis, dans l’adoption de ces mesures ; et on ne prétend pas qu’un tel avis ait jamais été reçu de Son Excellence. L’objet avoué des mesures prises en avril et mai 1826 était de séparer enfin le Portugal et le Brésil, évènement désiré à un égal degré pour les deux parties de la monarchie ; cet objet fut accompli par la promulgation de la Charte, aussi efficacement et aussi solennellement que pourrait le faire un acte émané du souverain lui-même.
Dans la proclamation adressée à la nation portugaise, et datée du 2 mai 1826, Sa Majesté Impériale déclara que son abdication deviendrait complète aussitôt que la constitution aurait été jurée, et que le mariage de la reine dona Maria avec l’infant don Miguel aurait été conclu. La constitution fut jurée, à sa réception en Portugal, ainsi que l’avait ordonné Sa Majesté Impériale, et l’alliance du mariage fut complétée à Vienne le 29 octobre 1826.
Le soussigné peut maintenant avoir la permission de demander si les promesses de l’abdication, et de la transmission de la couronne à l’infante reine de Portugal, furent remplies. Sa Majesté Impériale ne continua-t-elle pas à s’interposer dans toutes les mesures de détail du gouvernement portugais ? Ne créa-t-elle pas des pairs ? ne nomma-t-elle pas des officiers dans l’armée et dans la marine ? ne choisit-elle pas et ne désigna-t-elle pas des ministres ? ne se mêla-t-elle point de tous les arrangemens intérieurs du royaume ? La nation portugaise fut trompée dans son espoir et son attente d’une séparation finale d’avec le Brésil. Ce désappointement fut encore confirmé plus tard, lorsqu’on vit la jeune reine retenue à Rio-Janeiro En même temps, la désaffection et le mécontentement produits par la constitution transmise du Brésil s’augmentaient de jour en jour, et ils éclatèrent enfin en actes de violence et de rébellion ouverte. Dans cet état de choses, Sa Majesté Impériale ayant d’abord ordonné à son frère, l’infant don Miguel, de se rendre de Vienne à Rio-Janeiro, et ayant envoyé un vaisseau de ligne à Brest pour l’y transporter, contremanda soudainement ces ordres, et, sans qu’elle en fût sollicitée par Sa Majesté Britannique, nomma Son Altesse Royale son lieutenant en Portugal et régent du royaume. Cette décision (le soussigné est prêt à en convenir) peut avoir été justement exigée par la déplorable condition du pays, et elle fut, de fait recommandée subséquemment par Sa Majesté Britannique ; mais il doit aussi prier le marquis de Barbacéna d’observer que, d’après ce qu’il vient d’avoir l’honneur de déclarer, il paraît clair que l’abdication de la couronne, la conception et l’octroi de la Charte constitutionnelle, la promesse d’envoyer en Portugal la reine dona Maria, le malheureux délai dans l’exécution de cette promesse, et le peu de respect manifesté pour le gage virtuellement donné par l’abdication de ne pas s’interposer, du Brésil où il règne, dans le gouvernement intérieur du Portugal, et, finalement que la nomination de l’infant don Miguel, en qualité de régent, furent tous des actes émanés spontanément de l’empereur don Pédro lui-même, qui ne vinrent nullement du roi son maître, et que, par conséquent, Sa Majesté Britannique ne peut, en aucune manière, être responsable de leurs résultats.
Le soussigné ne terminera pas sans exprimer de nouveau son regret que les conseils de la Grande-Bretagne, lorsqu’elle les offrit, aient été reçus avec aussi peu de confiance et d’ardeur. Ces conseils ne furent jamais adoptés par Sa Majesté Impériale, jusqu’à ce que le cours des évènemens eût rendu impraticable le choix d’une alternative quelconque, et que, d’après cette répugnance et ce délai, ils eussent, en grande partie, perdu leur influence bienfaisante. On peut donc affirmer, avec vérité, que les maux qui ont récemment affligé le Portugal, loin d’avoir été produits par la Grande-Bretagne, doivent être principalement attribués au manque de franchise, de consistance et de droiture dont fut empreint le système politique suivi par le gouvernement brésilien lui-même.
Le soussigné…., etc.
Aberdeen.
Au marquis de Barbacéna.