Premier soupir
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Odes et Ballades
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- Sois heureuse, ô ma douce amie,
- Salue en paix la vie et jouis des beaux jours ;
- Sur le fleuve du temps mollement endormie,
- Laisse les flots suivre leur cours !
- Va, le sort te sourit encore ;
- Le ciel ne peut vouloir, dissipe tout effroi,
- Qu'un jour triste succède à ta joyeuse aurore.
- Le ciel doit m'écouter quand pour toi je l'implore.
- Notre avenir commun ne pèse que sur moi.
- Bientôt tu peux m'être ravie ;
- Peut-être, loin de toi, demain j'irai languir.
- Quoi, déjà tout est sombre et fatal dans ma vie !
- J'ai dû t'aimer, je dois te fuir !
- Puis, - hélas ! sur mon front que le malheur retombe !
- Il faudra qu'à l'absence, à de nouveaux désirs,
- Un sentiment bien doux succombe ;
- Tu m'oublîras dans les plaisirs,
- Je me souviendrai dans la tombe.
- Oui, je mourrai ; déjà ma lyre en est en deuil.
- Jeune, je m'éteindrai, laissant peu de mémoire,
- Sans peur ; puisque de front j'ai contemplé la gloire,
- Je puis voir de près le cercueil.
- L'élysée immortel est près des noirs royaumes,
- Et la gloire et la mort ne sont que deux fantômes,
- En habits de fête ou de deuil !
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- Vis heureuse, ô ma jeune amie,
- Jouis en paix de tes beaux jours !
- Sur le fleuve du temps mollement endormie,
- Laisse les flots suivre leur cours !