Quelques poèmes (Balmont)

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Quelques poèmes
Traduction par (Alexis de Holstein ; René Ghil ?).
G. Crès et Cie, 1916 (pp. 11-163).
PRÉFACE

Constantin Dmitrievitch Balmont naquit le 3 juin 1867, dans la propriété de son père, dépendante du gou- vernement de Vladimir. De vieille noblesse, sa famille tire son origine d’Ecosse, comme celle d’un autre grand poète Russe, Michel Lermontoff. Il passa son enfance à la campagne, grandit en une de ces vastes gentil- hommières construites en bois, qui ont peu de res- semblance avec les châteaux de France. Ces vieilles demeures recelaient une atmosphère toute particulière, à la fois raffinée et patriarcale, un esprit d’oisiveté, de rêve, de tçndresse et de sensua- lité. Des élans dé bonté et de colères brutales alter- naient, se heurtaient, car le passé empiétait longtemps sur le présent, l’Orient se mêlait encore à l’Occident. La vie des maîtres ne se séparait pas de la vie des Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/17 Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/18 Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/19 Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/20 Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/21 Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/22 Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/23 Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/24 Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/25 Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/26 Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/27 Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/28 Page:Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu/29 Balmont - Quelques poèmes, 1916.djvu


SOYONS COMME LE SOLEIL
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LES NAVIRES MORTS



 
Pris en remuements dans les glaces, dans l’accalmie des mers dorment
Les squelettes muets des navires morts.
Le vent à vol rapide qui toucha leurs voiles
Et, en effroi, s’est enfui ! bondit aux cieux —
Bondit ! et n’ose pas de son haleine battre la terre,
Pour n’avoir vu partout que la pâleur, le gel, et la mort !…
Comme des sarcophages, les glaces à blocs lents
En une longue multitude surgirent des eaux.

La neige blanche se couche et tourbillonne au-dessus de la vague,
Et emplit l’air d’une candeur mortelle.
Le royaume de la Mort blanche n’a, nulle part, de limites…
— Et, qu’êtes-vous venus chercher ici, ô Rejetés des vagues ?
Squelettes muets des navires morts !

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Narcisse, vertige de suggestion,
Amour en l’amour ! question et réponse,
Enigme de Vie, reflet,
Linceul nuptial : la couleur blanche.

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Les murs rédigent des annales, et parlent de nœuds coulants…
Les fenêtres, — ce sont les yeux des diables, — les fenêtres attendent la nuit, et ensorcellent !

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Mais, dans l’épanouissement, n’oubliez pas que la mort est belle, comme la vie,
Et que royale est la grandeur des tombes qui refroidissent.




LE POLE AUSTRAL DE LA LUNE
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POURQUOI
IL N’EST PLUS DE PREUX

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AUX JOURS OBSCURS…




Aux jours obscurs de Boris Godounov,
Dans la brume du morne pays Russe
Des hordes erraient sans toit, —
Et dans les nuits, deux lunes montaient au ciel…

Deux soleils se tenaient aux cieux des matins,
Avec férocité couvant le monde qui dévale.
Et un glapissement prolongé : « Du pain ! du pain ! du pain ! »
De la ténèbre des bois irruait jusqu’au Tsar.


Dans les rues, les êtres squelettiques
Broutaient avidement l’herbe maigre,
Brutes et nus, — comme un bétail :
Et les rêves s’accomplissaient en réalité.

Alourdis de pourriture, les cercueils
Aux vivants donnaient, fétide et infernale, une nourriture.
Entre les dents des morts l’on trouvait du foin !
Et devenait toute maison, un lugubre bouge…

Les tempêtes et leurs tournements abattaient les tours,
Et les cieux, dérobés de triples nues,
Transparaissaient soudain d’une rouge lueur
Et de batailles entre surnaturels guerriers !

Jamais vus, des oiseaux arrivaient.
Les aigles planèrent sur Moscou.
Aux carrefours, des vieillards, en silence, attendaient,
Qui hochaient leurs têtes chenues…


La Mort et la Haine rôdaient parmi l’humanité.
Et la Terre tressaillit de la vue d’une comète..
Et dans ces jours, Dmitri se leva de sa tombe
Pour incarner au corps d’Otrépiev, son esprit !




LE PAYS QUI SE TAIT




Le Pays qui se tait, tout en blanc, tout blanc, —
Comme une Fiancée couverte du voile
Qui par Lui sera touché, par lui, admirant et hardi,
Et qui apporte l’ensoleillement des chauds pétales.

Le Pays qui connaît le plus long hiver
Et la prison résonnante des glaces qui étreignent,
Où, il n’est pas de fin pour les feux et la fumée fondante,
Où, si longtemps, entre elles s’entretiennent les étoiles…


Pays, qui après les fastes de mai,
Et à peine l’été lui donne-t-il un regard, dit déjà : « Je dors, » —
Grand Pays ! malheureux, près du cœur,
Toi, que, comme une mère, je plains et je chéris…




HYMNE AU FEU
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LA TERRE


 
...............................................
La Terre enseigne à regarder profondément, — profondément.
Les yeux corporels sommeillent. Brille et veille un Œil invisible.
S’effrayant, il regarde
Le mystère terrestre.
Cependant que la Terre dit :

— « Sois allègre, — je suis dans l’allégresse !
Regarde devant toi :
Il est une voix dans le saltant aujourd’hui, ainsi qu’une voix dans l’obscur hier.
Dans le lit cave du lac, le sous sol est argile, marne et terreau,
Mais ce n’est là que la couche première :
Là est le fond, et au-dessus de la profondeur la vague, après la vague.
Écoute ! Il est temps.
Sois jeune !


Tout sur la Terre est changement, — trait par trait, ajoute-toi...

Brillent les pensées,
Et la mémoire est vivante,
Et sonores sont les mots.
Les jours s’en vont, —
Mais il est des îles !

Des mers bleues les plus grandes profondeurs,
Près des îles, invariablement, gisent.
Sois, par ton âme,
Comme tous ceux
Qui lient en unité la dualité,
Les nuits et les jours,
Les ténèbres et les feux.
Brillent les pensées,
Et la mémoire est vivante :
N’oublie pas les îles !...
En un désert sauvage, au-dessus de l’ensevelissement sourd des eaux,
Une douce oasis fleurit, et fleurit,
D’un songe d’or
Sa vie caresse !
L’Aujourd’hui, comme une fumée
Deviendra un Hier :
De l’esprit saint
Sois jeune !
Il est temps ! Il est temps !... »

J’entends, j’entends ta voix, Terre jeune !
Tout m’est visible, et tout compréhensible : je suis ainsi que Toi.
J’entends comme respirent les fleurs nocturnes,
Je vois comme tressaille le brin d’herbe qui éclôt.
Mais j’ai peur d’un vide soudain qui soit dans mon âme !
À quoi me sert que l’un après l’autre des traits de vie surgissent ?
Ce que j’aime, s’enfuit et se perd...
Sonore est ta voix, ô jeune Terre !
Tu es multicolore pour éternellement !
Je vois tes nuances et les regards secrets.
J’entends harmonieusement lefe chœurs des rythmes,
La voix des rivières et souterraines et solaires, —
Mais, j’ai peur ! parce que les dessins se déchirent,
J’ai peur, ô Terre, — je suis un Homme !
À quoi me servent et les lacs, et la mer, et les monts ?
Serai-je seul, éternellement, avec le rêve ?...

L’adolescent fait peur, lorsqu’il est chenu !
......................................................
Qu’est-ce, qu’est-ce qui fait ce frôlement, là-bas,
Qui est comme le bruissement des calmes eaux ?...
Qu’est-ce qui songe, à moitié endormi,
Croît et chante ?

Silence... Sérénité...
Le monde est sous minuit. Tout se tait.
L*âme de qui, de qui ? est entendue...
Qu’est-ce, qui résonne, plein de vie ?

C’est une voix, jeune éternellement, une voix.
Elle est presque, presque sans paroles,
Mais belle, mais sainte.
Comme le principe de tous les principes.

Une vague qui roule, —
Mais pas la Mer... Profondément
Respire la vie d’un autre songe.
Sous la Lune elle est si vastement aise !

C’est un champ. La nuit regarde.
Caressant est le regard étoilé.
Les doux épis chuchotent,
Tous les épis chuchotent,

Se redressent, chantent, —
Se penchent pour le sommeil.
Sève de vie. Labeur éternel.
Avec douceur le grain frôle le grain.....

Qu’est-ce qui est plus loin ? Une théorie
De troncs non vivants, mais vivants :
Des grappes de fruits au-dessus de la terre,
À nouveau, principe des principes.

Sur de petits piquets
Une tempête recelée,
Rire sonore, et le vers sonore,
Un moment d’oubli, — la Vigne !

Une joie sereine du visage, —
Les étoiles regardent, caressantes...
Il mûrit, il s’apprête son vin,
Le jaune, le rouge raisin !

Et l’on récoltera ces grappes.
On les écrasera, on en extraira le sang.
Le travail est gai. Les cœurs chantent.
Dans la vie, à nouveau, vit l’Amour !

Ô Grain victorieux,
Grappes de fruits de l’Être !
Il sera du vin blanc.
Il sera un flot rouge !

Une année s’écoulera après une année,
La vie doit se précipiter.
Mais l’épi ne passera pas.
Mais les grappes vivront !


Les rêves ne finiront pas,
Le Printemps reluira pour tous !
Ainsi, la Liturgie de la Beauté
Est, fut, et doit être !




DERRIÈRE LE VERT BOCAGE
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Mon ouïe, sans que j’écoute, saisit
Que balbutie l’alme étendue, en seul miroir.
— « Cher ! ô mon cher ! Je t’aime ! »…
Minuit, de l’horizon regarde.




EPITRE ÉTOILÉE




Je te donnerai une épître étoilée.
De l’arc-en-ciel je ferai une route,
Au-dessus de l’abîme plein de tonnerres
J’érigerai haut, ta demeure.
Et les couchants amis des étoiles,
Et les aurores emperlées
Etendront leurs striures longues…
Tu seras en un sommeil à mainte douceur,
Aromatique comme les tendres muguets,
Transparent comme une forêt feuillée,

Roséeux comme un pré amène…
Tu seras en le point d’unité et dans le chant,
Nous serons dans l’instant immortel, —
Nos visages tournés vers le Sud.




LES CHARMES DE LA FEE




Je marchais à travers la forêt. La forêt était sombre

Et étrangement enchantée.

Et moi, j’aimais je ne sais qui.

Et moi, j’étais ému.


Qui a rendu si tendres les nuages,
Qu’ils sont tous en douceur de perles ?
Et pourquoi le fleuve au ruisseau
Chante-t-il : Serons-nous amis ?


Et pourquoi tout soudain, le muguet
A-t-il soupiré, tandis qu’il pâlit dans l’herbe ?
Et pourquoi si suave, le gazon ? —
Oh ! je sais : c’est la Fée…

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LE TOCSIN-FANTOME



LE TOCSIN-FANTOME




Je suis esprit, je suis le Tocsin-fantôme
Qui des spectres seuls est entendu !
Les maisons, je le sens, sont en flammes,
Et les hommes restent prostrés en l’absence et l’oubli.

Le feu, lourd de fumée, rampe et vers eux se coule,
Et je suis tout entier un ulul de détresse, mais aphone !…
Bourdonne donc, ô Cloche ! sonne à toute volée,
Et sois un cri parmi l’obscurité diffuse.


D’airs épais elle rampe et serpente, la fumée :
Comme une lourde bête va le charme nocturne.
Et, ô quelle terreur pour moi, d’être muet
Sous l’éparre cuivré de l’Incendie !

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Les couleurs flamboient en feux qui ne trompent pas,
Des magies ont couvert le froid firmament.
Le cœur est plein des sanglots de l’orgue :
Est-ce la Mort ?

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INDEX BIBLIOGRAPHIQUE
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TABLE
TABLE

Préface 9

Soyons comme le Soleil 27

Les accords 29

Pierre-Alatyr 31

Dans les âmes se retrouve tout 35

Les navires morts 37

Extrait de la « Fata Morgana » :

Le jaune 39

Mauve-pâle 40

Le Blanc 41

L’angoisse des steppes 43

La Ville 45

Le poisson doré 49 Comme un Espagnol 53

Doucement 55

Le pôle austral de la lune 61

Près de la Pierre bleue 63

La pluie 65

Plantes sous-marines 69

Les roseaux 71

Le calme 73

Le silence lunaire 75

Les mal-nés 77

Les treize Sœurs 79

Pourquoi il n’est plus de preux en Russie 85

Aux Jours obscurs 91

Le pays qui se tait 95

Hymne au Feu 99

L’Eau 105

La Terre 109

Derrière le vert bocage 119

Sur l’eau 121

Epître étoilée 123

Les charmes de la Fée 125

Sœurs des étoiles 127

L’azur 129 Celui qui se réveille 131

Le tocsin-fantôme 135

Résignation 137

La course des minutes 139

Quatre cierges 141

Est-ce ? 143

Dors 145

L’instable 147

Et ils naviguaient 149

Index bibliographique 153

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