Réponse du marquis de La Fare, à l’abbé de Chaulieu, en 1701

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Épitre au marquis de la Fare Guillaume Amfrye de ChaulieuPoésies (éd. 1774)
Réponse du marquis de la Fare
Dialogue entre deux Perroquets



RÉPONSE DE M. LE MARQUIS DE LA FARE.

Vous insultez, maître fripon,
Au peu d’imagination
Que la Nature m’a donnée :
Ces traits brillans, la fiction,
Dont votre lettre est tant ornée,
Vont à ma veine infortunée
Faire abandonner Apollon.

À mon esprit ce Dieu n’inspire
Que de tristes moralités,
C’est avec vous qu’il aime à rire :
Il est toujours à vos côtés ;
Et sur-tout lorsque vous buvez.
Là prendrez votre temps, beau-Sire,
Et pour moi lui demanderez
Le don d’égayer la Satyre,
De ce sel que vous possédez :
Me l’accordant, je pourrai dire
D’assez plaisantes Vérités
Au Public, qui se les attire ;
Mais jusques-là, sans me flatter,
Je sens, sur ma foi, qu’au Parnasse
J’aurois de la peine à monter ;
Je perds haleine, et je me lasse :
Puis Pégase, sans hésiter,
Considérant ma lourde masse,
Sans un ordre, et sans cette grace,
Refuseroit de m’y porter.

Je vous suis très-obligé, mon cher ami, de m’avoir tiré d’une espece de léthargie où j’étois, et dont je crains que ces Vers ne se ressentent encore. Pour les vôtres, ils sont charmans ; je viens de les montrer à M. le Duc d’Orléans, à Madame de Chatillon, et à beaucoup d’autres Dames, avec qui nous venons de dîner ; on a bu à votre santé ; on vous a loué ; on vous a desiré : n’eft-ce pas là tout ce que nous pouvions faire ? Le Roi a été incommodé un jour, mais ce n’est plus rien. Adieu, mon cher ami, Vale et bibe.