Rêverie (Hugo)
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- Oh ! laissez-moi ! c'est l'heure où l'horizon qui fume
- Cache un front inégal sous un cercle de brume,
- L'heure où l'astre géant rougit et disparaît.
- Le grand bois jaunissant dore seul la colline.
- On dirait qu'en ces jours où l'automne décline,
- Le soleil et la pluie ont rouillé la forêt.
- Oh ! qui fera surgir soudain, qui fera naître,
- Là-bas, — tandis que seul je rêve à la fenêtre,
- Et que l'ombre s'amasse au fond du corridor, —
- Quelque ville mauresque, éclatante, inouïe,
- Qui, comme la fusée en gerbe épanouie,
- Déchire ce brouillard avec ses flèches d'or !
- Qu'elle vienne inspirer, ranimer, ô génies,
- Mes chansons, comme un ciel d'automne rembrunies,
- Et jeter dans mes yeux son magique reflet,
- Et longtemps, s'éteignant en rumeurs étouffées,
- Avec les mille tours de ses palais de fées,
- Brumeuse, denteler l'horizon violet !