Requête présentée par les chiens de qualité

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H. Fournier, 1839 (1, pp. 105-107).


REQUÊTE


PRÉSENTÉE


PAR LES CHIENS DE QUALITÉ


POUR OBTENIR QU’ON LEUR RENDE L’ENTRÉE LIBRE
AU JARDIN DES TUILERIES


JUIN 1814


Air : Faut d’la vertu, pas trop n’en faut


Puisque le tyran est à bas,
Laissez-nous prendre nos ébats.

\Big\} bis.


Aux maîtres des cérémonies
Plaise ordonner que, dès demain,
Entrent sans laisse aux Tuileries
les chiens du faubourg Saint-Germain.

Puisque le tyran est à bas,
Laissez-nous prendre nos ébats.

Des chiens dont le pavé se couvre
Distinguez-nous à nos colliers.
On sent que les honneurs du Louvre
Iraient mal à ces roturiers.

Puisque le tyran est à bas,
Laissez-nous prendre nos ébats.


Quoique toujours, sous son empire,
L’usurpateur nous ait chassés,
Nous avons laissé sans mot dire
Aboyer tous les gens pressés.

Puisque le tyran est à bas,
Laissez-nous prendre nos ébats.

Quand sur son règne on prend des notes,
Grâce pour quelques chiens félons !
Tel qui longtemps lécha ses bottes
Lui mord aujourd’hui les talons.

Puisque le tyran est à bas,
Laissez-nous prendre nos ébats.

En attrapant mieux que des puces,
On a vu carlins et bassets
Caresser Allemands et Russes
Couverts encor du sang français.

Puisque le tyran est à bas,
Laissez-nous prendre nos ébats.

Qu’importe que, sûr d’un gros lucre,
L’Anglais dise avoir triomphé ?
On nous rend le morceau de sucre ;
Les chats reprennent leur café.

Puisque le tyran est à bas,
Laissez-nous prendre nos ébats.


Quand nos dames reprennent vite
Les barbes et le caraco,
Quand on refait de l’eau bénite,
Remettez-nous in statu quo.

Puisque le tyran est à bas,
Laissez-nous prendre nos ébats.

Nous promettons, pour cette grâce,
Tous, hors quelques barbets honteux,
De sauter pour les gens en place,
De courir sur les malheureux.

Puisque le tyran est à bas,
Laissez-nous prendre nos ébats.