Revue littéraire 3e trim. 1830

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'Revue des Deux Mondes, tome 3, 1830
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Revue littéraire 3e trim. 1830


Vie de plusieurs personnages célèbres des temps anciens et modernes (1). – Plus généralement répandu à toutes les époques que le goût de l’histoire, celui des biographies particulières qui nous rapprochent des hommes célèbres, et nous dévoilent leur intérieur, semble avoir pris de nos jours une nouvelle extension, et cette circonstance est facile à expliquer. Aucune période n’avait vu, avant les trente dernières années qui viennent de s’écouler, un aussi grand nombre d’idividus parvenir, par toutes sortes de voies, à une célébrité spontanée. Il était naturel de chercher à connaître et leurs titres et leur point de départ; et de là cette vogue des biographies qui, après avoir exploré notre époque, se sont généralisées. Quoi qu’il en soit, c’est à ce goût général partagé par M. Walckenaër, membre de l’Institut, qu’est dû l’ouvrage que nous avons sous les yeux. Il est le résultat de la réunion d’articles composés pour accompagner diverses éditions d’auteur, ou pour la Biographie universelle et auxquels le savant académicien donne plus d’extension. Le second volume, consacré aux modernes, nous a paru devoir plus particulièrement mériter l’intérêt des lecteurs.

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2 vol. In-8°.


Mémoires curieux, anecdotes secrètes, histoires inédites; par A. Châteauneuf (1). – Il y a des scènes piquantes dans ces mémoires, des documens sur des noms illustres ignorés jusqu’à ce jour, et des renseignemens précieux qui dévoilent l’insolence de petits êtres qui se sont crus de grands personnages, parce que la faveur et leur bassesse les avaient élevés. L’auteur les a remis à leur place ; c’est aux familles des grands hommes, des artistes de distinction dont M Châteauneuf est l’historien, à savoir dignement l’apprécier. Il y a de tout dans cet ouvrage historique, des pages sérieuses et d’autres plaisantes: nous allons en citer une de ces dernières.

« Ludovic de Piles, rejeton de la famille de Fortia, était aimé de Louis XIII; il tua un jour en duel le fils de Malherbe ; ce poète se vengea par une satire. Voyageant avec son frère, il entra, à Valence, dans une hôtellerie. On leur dit qu’il ne restait que du pain et des œufs. Cependant ils remarquent une broche bien garnie, souper réservé à quatre officiers. — « Mais il y a des viandes pour huit; ne pouvez-vous prier ces messieurs de partager ce repas avec deux voyageurs mourant de fatigue et de faim? » L’hôte va, et revient avec un refus. Ludovic n’en dormit pas, et put entendre de son lit les railleries des quatre convives. Cependant il part. A un quart de lieue il dit à son frère: « J’ai oublié ma bourse ; je te rejoindrai à la dînée. Il éveille les quatre officiers : «  Je suis, leur dit-il, un des voyageurs à qui vous avez refusé peu poliment de céder le superflu d’un grand souper. Je n’ai rien à dire. Il n’en est pas de même des propos que j’ai entendus : j’en demande raison à tous les quatre. » Ils descendent, et Ludovic met l’épée à la main tour à tour avec les quatre officiers, qu’il tue sur la place ; il rejoint son frère; et ne lui parle de rien. Celui-ci, dès son arrivée à Paris, fait une visite au cardinal Mazarin, qui lui dit d’un air de mystère : « Ludovic est-il ici ? – Oui, monseigneur. – Est-ce qu’il a perdu la tête, après ce qui lui est arrivé à Valence ? – Quoi donc ? – Vous n’en savez rien ? – Non, en vérité. – Vous ne savez pas qu’il a tué quatre officiers ? – Je ne l’ai pas quitté de tout le voyage. – Je vous le dis, moi, et j’en suis sûr. – Ah ! mon Dieu, je me rappelle,.... il m’a quitté pour aller chercher sa bourse. – Eh bien ! c’était pour ce duel : dites-lui de ne pas se montrer avant d’être assuré que cette affaire n’aura pas de suite. »

M. Châteauneuf est auteur de plusieurs autres ouvrages intéressans, entre autres de l’Histoire des grands capitaines, qui ont commandé en chef les armées de la république et de l’empire, dont on fait, le plus grand éloge. Nous avons lu des aricles de louanges bien méritées, adressés à l’auteur par MM. de Boufflers, Esménard l’aîné, Palissot, Fontanes, Salgues, Jondot, Malte-Brun, etc. Après des noms comme ceux-ci, de quel poids seraient les nôtres ! Dans le petit nombre des ouvrages de cet auteur que nous avons lus, nous avons remarqué une énergie de pensées remarquable, une plume exercée et surtout une grande franchise de critique..... C’est tout naturel !... M. Châteauneuf, après trente-cinq années de travaux, a été négligé des ministres ; il s’est plaint d’eux, et ne les a jamais importunés. Il a donc, pour écrire, toute l’indépendance que les faveurs ministérielles ravissent aux écrivains qui les reçoivent.

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(1) Levavasseur, Palais-Royal.


Françoise de Rimini, dreame en cinq actes et en vers par M. Gustave Drouineau (1). - Deux auteurs, avant M. Drouineau, s’étaient essayés sur ce sujet. Silvio Pellico, poète italien, et M. Constant Bérier, dont la pièce obtint quelque succès, il y a trois ou quatre ans, à l’Odéon. M. Drouineau a emprunté quelque chose au premier ; mais il faut le dire à sa louange, tout ce qui est de son invention est bien supérieur à ce qu’il a pu calquer sur le poète italien. On peut en juger par cette scène dramatique qui termine le troisième acte. - Bertold, duc de Rimini, a ordonné un tournoi pour célébrer le retour de Paolo, son frère. Un instant on l’a cru blessé, et Françoise s’est éloignée avant que la lutte ne fût terminée ; elle était trop émue! Paolo revient victorieux; c’est pour Bertold une occasion de confirmer les horribles soupçons qu’il a conçus ; il insiste pour que ce soit Françoise elle-même qui décerne l’écharpe au vainqueur, et lui donne le baiser, prix de la victoire. Françoise troublée refuse; mais Bertold le veut; il avait déjà tout compris !..... Cette scène, essentiellement dramatique, est toute de l’auteur. Il est donc à regretter qu’il n’ait pas demandé davantage à son imagination ! Résumons-nous. Les deux premiers actes sont froids; il y a un peu trop de mysticité, même pour cette époque. On trouve une belle scène au premier acte, de belles pages au quatrième; ce sont des scènes d’intérieur touchantes, des évènemens domestiques, comme dit l’auteur, des chagrins comme il en est entré dans le cœur de bien des femmes !... enfin il y a de la passion vraiment sentie et de la vérité dans le dernier acte, peut-être un peu trop de déclamation !

Quoi qu’il en soit, on ne se permettra pas, sans doute d’adresser à M. Drouineau le reproche mal fondé que l’on a fait à cette nouvelle école, déjà si féconde en beaux talens, d’outrager la mémoire de nos grands maîtres. Ecoutez M. Drouineau dans la préface de son drame : « Jeunes gens que nous sommes, dit-il, inclinons-nous devant les grands génies qui nous dotés d’un théâtre si riche, si beau, si admirablement régulier! Hommage à Molière, à Corneille, à Racine, à Voltaire, noms que tout Français ne devait pas prononcer sans un tressaillement d’admiration et d’orgueil. Ne l’oublions point : autrefois, avant d’entrer dans la lice, les athlètes saluaient les statues de leurs devanciers placées sous des portiques, et ne les insultaient pas. »

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(1) Timothée Dehay, libraire, rue Vivienne, n° 2 (bis). Paris, 1830.


Musée Cosmopolite. - Allez voir Alger au musée cosmopolite de M. Mazzara, (1), si vous voulez bien comprendre tous les mouvemens de notre armée de terre et de notre marine, depuis son entrée dans la baie de Sidi-el-Feruch, jusquà sa marche glorieuse au fort de l’Empereur. Vous n’y remarquerez pas seulement une page d’histoire, car le tableau, par le mérite seul de son exécution et la vérité de ses effets, vaut la peine d’être vu. Regardez Alger d’abord, ne vous occupez d’Alexandrie qu’ensuite ; car si vous commenciez par ce dernier, peut-être trouveriez-vous le premier un peu terne et n’y reconnaîtriez-vous pas ce soleil brûlant, et cette atmosphère diaphane du ciel d’Afrique, dont Alexandrie nous présente un effet, tandis que c’est Alger qui s’éveille encore voilé par les vapeurs de la mer et les brumes du matin.

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(1) Rue de Provence, n° 18.


Ethelgide ou le cinquième siècle, roman historique; par madame Dieudé-Defly (1). – L’action de ce roman, comme l’indique le titre, commence vers 450. Mérovée régnait alors sur les Francs de la seconde Belgique, Valentinien III gouvernait faiblement l’empire d’Occident, et les Romains occupaient encore le centre de la Gaule : mais incapables de résister aux Francs, ils étaient devenus leurs alliés.

C’est de 450 à 456, époque marquée par l’invasion d’Attila; le sac de Rome, par Genseric ; l’expulsion des Suèves par Théodoric II, et la révolte des Francs contre Childéric Ier, que l’auteur a mis en action ses personnages.

Ce dernier prince est le héros du roman, On sait que ce monarque, qui était le plus beau et le plus vaillant guerrier de son siècle, fut d’abord chassé par ses sujets, qui mirent à sa place AEgidius; mais celui-ci s’étant rendu odieux par sa tyrannie, il fut à son tour renversé du trône, où Childéric remonta à sa place. Quelques-uns des personnages appartiennent donc à l’histoire ; les autres sont de pure invention.

L’ouvrage, du reste, annonce une instruction et des connaissances historiques qu’il est rare de trouver dans une femme, et les notes placées à la fin de chaque volume prouvent que madame Dieudé avait non-seulement étudié l’histoire du temps qu’elle retrace, mais qu’elle connaît aussi bien l’histoire ancienne et moderne, et quelques langues étrangères.

Le style de l’ouvrage est pur. Les scènes d’amour y sont peintes avec une réserve remarquable ; elles traînent quelquefois en longueur, mais elles sont toujours vraies. Il y a des passages vigoureux et fortement touchés : en un mot, l’auteur a su rendre son héros intéressant au milieu même de ses désordres et tirer parti d’une époque barbare qui semblait dépourvue d’évènemens propres à émouvoir la sensibilité du lecteur. Toutefois nous nous permettrons quelques observations.

Childéric nous semble pour cette époque un peu trop civilisé dans ses manières et son langage. Nous trouvons aussi que l’auteur a fait son héroïne d’une vertu trop rigide. Ethelgide, en effet, épouse un certain Brithennès. Au bout de quelque temps de mariage, il part pour l’armée, et bientôt Ethelgide apprend la fausse nouvelle de sa mort. Il y a déjà plus de trois ans qu’elle croit l’avoir perdu, lorsque son père Arbogaste donne l’hospitalité à Leutharis, lequel Leutharis n’est autre que Childéric fils de Mérovée, qui, retenu chez Arbogaste par une blessure, parvient dans cet intervalles, et sous ce nom suppose, à se faire aimer d’Ethelgide et de son père, au point qu’en mourant le vieillard consent à leur union. Mais la douleur qu’éprouve Ethelgide d’avoir perdu son père retarde leur mariage. Dans cet intervalle arrive Brithennès, que l’on croyait mort. Mue alors par un sentiment qui devait être inconnu dans ces temps barbares, Ethelgide, qui est païenne, qui doit avoir suivi les mœurs de son temps alors fort relâchées, et à qui les lois romaines apportées dans les Gaules permettaient le divorce, préfère un homme qu’elle connaît à peine, à Childéric qui s’est enfin fait connaître qu’elle aime, et qui lui apporte une couronne.

Sauf celle légère invraisemblance, l’ouvrage est fort distingué dans son genre ; il mérite d’être connu, et quand on l’aura lu, on verra que nous ne l’avons pas jugé trop favorablement.

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(1).Gagniard, éditeur, quai Voltaire, n° 15.


Temple anté-diluvien. - C’est une grande question que celle de savoir si le monde est plus ancien qu’on ne l’a cru pendant long-temps. D’après l’ère des brachmannes, l’âge du monde est calculé à 3,892,858 ans ; d’autres calculs le font remonter encore plus haut , tandis qu’il en existe qui ne lui donnent que 5,558 ans. Certaines traditions placent un espace immense entre le déluge et la naissance de Jésus-Christ, tandis que selon le texte samaritain, il n’aurait eu lieu que 3044 ans avant Jésus-Christ.

Au surplus notre dessein n’est pas de nous immiscer dans ces débats; nos yeux sont encore couverts d’un voile obscur, que le temps, de savantes recherches, ou le hasard peut-être feront disparaître un jour. Et qui n’hésiterait à décider une telle question, quand le savant Cuvier, dans son cours d’histoire naturelle, s’appuyant sur des faits et des documens qui paraissent incontestables, cherche à prouver que l’apparition de l’homme sur la terre ne remonte pas au delà de trois mille ans avant l’ère chrétienne ? Nous ne donnerons donc point notre avis sur un sujet d’une aussi haute importance.

Le déluge, au contraire, n’est plus aujourd’hui un objet de doute pour personne : tout s’accorde de plus en plus pour démontrer la vérité d’une grande catastrophe : tout s’accorde pour prouver que cette catastrophe a détruit des montagnes, éteint des races monstrueuses, transporté leurs débris dans des régions lointaines, en un mot qu’elle a labouré le globe. Reste à savoir si quelques constructions immenses et d’une grande solidité, n’auraient pas pu résister à ce bouleversement général.

Tel est le sujet d’un ouvrage de M. Mazzara (1), intitulé Temple anté-diluvien, dit des Géans. Il en a découvert les ruines dans l’île de Calypso, aujourd’hui Gozo, près de Malte, durant un voyage qu’il fit en Afrique en 1827.

Quand on a vu les gravures de M. Mazzara qui nous représentent les vastes débris de ce temple, et qu’on en a lu l’explication, une foule d’idées se présentent à l’imagination ; doit-on conserver cette pensée de l’éducation. Première qui nous montre tout anéanti par le déluge? Faut-il croire que ce temple existait avant l’effroyable cataclysme ? Qu’y aurait-il donc d’impossible à ce qu’une construction immense, comme devait l’être ce monument, eût pu résister en partie au séjour des eaux sur la terre ? Nous disons, en partie, car il n’en reste plus que des masses informes et des rochers entassés les uns sur les autres. En quelques endroits néanmoins on trouve des pierres travaillées et placées avec assez de précision pour indiquer le travail de l’homme.

Au reste, pour donner une idée de l’ouvrage de M. Mazzara, nous allons extraire du texte quelques-unes de ses réflexions : « Pour partir d’une époque non contestée, dit-il, admettons que le monde n’existe, que depuis 5588 ans. Le déluge a eu lieu, selon cette manière de compter, l’an du monde 1656 ; Noé, à cette époque, possédait déjà assez de connaissances pour construire l’arche qui dû surnager pendant trois-cent-soixante-quinze jours au milieu du plus vaste océan. Cent cinq ans après, toutes les familles réunies sont en état d’élever la tour de Babel; deux cent quarante ans après le déluge fut creusé le lac Moeris, et onze cent quarante-quatre ans après le même événement furent construites les deux grandes pyramides de Memphis. Ces étonnantes productions nous montrent clairement que, si dans cet espace de temps ceux qui vinrent après le déluge purent arriver à de tels résultats, nous n’avons aucun droit de contester aux anté-diluviens des notions suffisantes pour avoir élevé un simple temple. Les premiers hommes ne furent pas étrangers au sentiment d’adoration de la Divinité ; ils lui présentèrent leurs offrandes et lui élevèrent des autels.

» Le séjour des eaux à la surface du globe, pendant trois cent soixante-quinze jours est-il donc suffisant pour avoir détruit tous les ouvrages des hommes? Non! Par quels moyens donc notre temple situé au sommet d’une montagne insulaire, pourrait-il avoir été comblé, si ce n’est par une inondation générale ? Les eaux, s’étant retirées, ont déposé, dans l’intérieur de l’édifice, des limons auxquels les murs ont servi de barrière en fermant les issues ; le temps a insensiblement découvert les faces extérieures ; mais la main seule des hommes pouvait en déblayer l’intérieur.»

« Ce ne sont donc point les rêves d’une imagination fantastique, et bien moins encore le désir du merveilleux qui ont porté l’auteur à faire remonter si haut dans l’histoire du monde l’origine de ce temple. La contemplation des restes des premiers âges, leur comparaison avec les monumens que nous a légués l’antiquité, les traditions de l’histoire, les limites, la nature, la situation et l’aspect du sol qui supporte ces ruines, tout confirme l’idée d’une ancienneté primitive, et tout semble nous dire que ce temple a précédé le déluge...

« Mais, par une destinée commune à tout ce qui existe, il semble que ce temple ne se soit montré que pour courir à une ruine complète. Au milieu d’une population ignorante, chaque jour les pierres taillées en sont enlevées pour les moindres besoins, et ses masses informes sont brisées pour servir de barrières qui retiennent les terres sur la pente des rochers.

« L’auteur a donc regardé comme un devoir de faire connaître ces restes précieux au monde savant qui accueille toujours favorablement jusqu’aux moindres découvertes. Heureusement, si ces vestiges, dignes d’un si haut intérêt, doivent à ses efforts leur conservation et l’attention des hommes éclairés! »

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(1) Paris, chez l’auteur, rue de Provence, n° 18, Engelmann et compagnie, rue du Faubourd-Montmartre, n° 6. Mongie aîné, libraire, boulevart des Italiens, n° 10.


Le Garde national, Moniteur des 44,000 communes du royaume. On s’abonne à Paris, rue du Helder, n° 21.

Après de violentes commotions, quand un peuple abandonné à lui-même, roi il y a un mois, vient de rentrer dans ses foyers, n’exigeant rien, satisfait de son intelligence et de son courage, quand l’ordre se rétablit, plus admirable qu’avant les jours de la victoire, une foule de journaux, nés dans la bataille, ont paru, bons et mauvais, mais tous s’écriant à l’envie : Gloire au peuple ! gloire à notre garde nationale  !!!

C’est devenu un beau nom que le titre de garde national; un journal a eu l’heureuse idée de s’en emparer : il continuera sans doute sa marche ascendante; car il n’y a pas un seul citoyen qui ne voudra dans ses longues heures de garde charmer ses loisirs par la une d’un journal qui lui fera connaître tous ses devoirs d’homme au service de la patrie qu’il a si puissamment contribué à sauver.

Le Garde national paraît tous les jours; il doit s’entretenir une correspondance étendue entre toutes les villes de France.

Fidèle à son titre comme le garde citoyen l’est à son poste, il veillera à la conservation des droits publics et au maintien de l’ordre. Il consacrera ses principaux articles aux meilleurs moyens d’organisation, d’émulation et d’entretien de la garde nationale, aux faits généraux, aux résultats politiques, aux nouvelles diverses, aux progrès scientifiques, agricoles, commerciaux et industriels, à une biographie nationale : enfin, sous le titre de Veillées au corps-de-garde, il donnera un article anecdotique ou de mœurs, dont le sujet se rattachera autant que possible à la spécialité de ce journal.

Parmi les journaux nés de notre nouvelle organisation nous enterons le Patriote, journal du peuple, qui se fait remarquer par la rédaction de ses articles. On doit des éloges à ses fondateurs, car c’est un journal impartial, et, quoiqu’il ait quelque analogie avec un autre, il est beaucoup plus modéré dans les opinions qu’il émet, et s’attache plutôt à défendre nos droits qu’à attaquer le pouvoir : aussi doit-il être lu par tous les gens sages, et qui cependant ne veulent pas voir perdus pour la France les fruits de notre glorieuse révolution.


Au moment où l’ordre social troublé un instant commence à se rétablir, il surgit de toutes parts une foule d’associations tendant à favoriser les industries de toute espèce, et à faire partager aux habitans des campagnes le bien être qui doit en résulter. De ce nombre est la Compagnie d’assurances mutuelles contre la grêle. Nous signalons bien volontiers aux propriétaires territoriaux cette société philanthropique, qui a pour but de garantir mutuellement ses membres des périls et dommages que pourraient causer les ravages de la grêle aux récoltes pendantes par racines, jusqu’à leur enlèvement. Les conditions de l’assurance sont on ne peut plus favorables aux membres de la société : elles annoncent, à l’article 10 des status, qu’il y a exclusion de toute solidarité, et que pour un prix proportionné à la valeur de ses récoltes, chaque membre est à l’abri de la grêle, de ce fléan terrible et destructeur. Les bureaux de la direction sont à Paris, rue du Bac.


Atlas universel de géographie physique, politique, ancienne et moderne, contenant les cartes générales et particulières de toutes les parties du monde, rédigé conformément aux progrès de la science , pour servir l’intelligence de l’histoire, de la géographie et des voyages par Brué, géographe du roi, membre de plusieurs sociétés savantes, etc. Paris, chez l’auteur, rue des Maçons-Sorbonne, n° g.

Ce magnifique ouvrage a fondé depuis long-temps la réputation de son auteur. Il est recherché aujourd’hui par toute l’Europe savante. L’atlas de M.. Brué est devenu en effet indispensable, non-seulement aux personnes qui s’occupent de géographie, mais à tous ceux qui cultivent l’histoire. Nous ajouterons qu’il peut aussi servir de modèle, sous le rapport typographique.

Action héroïques des Parisiens pendant les journées des 27, 28et 29 juillet 1830, ou traits de courage et de patriotisme, etc. Paris, chez Thimothée Dehay, libraire, rue Vivienne, n° 2 bis : 1 vol. in-18. Prix : 1 fr. 50 c.


Le Navigateur, journal des naufragés et des autres évènemens nautiques; par une société de marins. Au Hâvre, chez Hue, libraire, rue des Drapiers; et l’Hoste, rue de Paris, n° 16; Paris, Alexandre Mesnier, place de la Bourse.

Prix : Paris, pour l’année 18 fr., pour 6 mois 10 fr. Ce recueil paraît tous les mois par cahiers de 50 à 60 pages in-8°, et forme 2 vol. par an.


La dernière fête de Tivoli a été remarquable. Le directeur de ce beau jardin n’avait rien épargné pour la rendre complète ; aussi depuis long-temps n’y avait-on vu une aussi brillante réunion. Nous engageons M. Robertson à continuer ; il est sur la bonne route, et c’est ainsi qu’il verra se renouveler chaque fois cette foule admiratrice de ses prodiges. II y a une pensée nationale, dont on doit tenir compte au directeur de cet établissement, c’est le désir qu’il a d’attirer les étrangers, de captiver leurs suffrages et d’étendre ainsi les limites de notre commerce et de notre industrie


Les Français en Afrique; par M. Eugène Desmares. Paris, chez tous les marchands de nouveautés.

L’auteur commence par faire sa profession de foi ; c’est-à-dire par nous apprendre qu’il est pour la nouvelle école. Aussi son poème s’en ressent-il ; mais si le romantique à ses défauts, il a ses beautés ; c’est aussi ce qu’on rencontre dans l’ouvrage de M. Eugène Desmares. Si l’on y trouve de belles strophes, on en trouve aussi de très-défectueuses et de hasardées. Nous pourrions en citer des unes et des autres ; mais le manque d’espace nous sauve des critiques, et nous prive des éloges. En somme, c’est l’ouvrage d’un jeune homme qui débute, et dont les premiers pas méritent l’intérêt et des encouragemens.

M. Desmares nous annonce un nouveau poème en dix chants sur la restauration de notre liberté. C’est un beau sujet sans doute mais quand on a le talent de M. Desmares, et qu’on veut rendre ses sujets populaires, la prose offre des avantages plus réels et plus généralement appréciés.


[modifier] La revue de la Garde nationale

(Champ-de-Mars, 29 août 1830)
O patria !...

Je l’ai vue cette fête de famille... J’ai vu des milliers de fronts rayonnans d’une joie pure s’incliner et saluer une belle journée, un nouveau roi, les drapeaux d’Austerlitz et les airs de la liberté.

Tout y était à cette fête : l’enfant qui essayait ses premiers pas ; les jeunes fille qui, sur la pointe du pied, l’oeil attentif et curieux, dévorait cette enceinte ; la mère, qui dans ses bras tenait élevé son dernier enfant afin qu’il vît cet autel aérien dressé pour les sermens. Les hommes, que dis-je, les guerriers (car l’Empereur de glorieuse mémoire les eût pris pour ses vieux soldats), les guerriers donc étaient là rangés comme au jour des batailles, le corps immobile, le regard brillant et l’ame en feu.

Au milieu du Champ-de-Mars, sous un beau ciel, et par un soleil d’août, s’étendaient de longues lignes aux armes éblouissantes, aux couleurs variées ; des tourbillons de poussière dorée s’interposaient entre ces milliers de spectateurs. Tantôt il leur semblait apercevoir les soldats alignés, les cavaliers rapides comme une vision d’Ossian ; tantôt ces femmes jolies, ces toilettes éclatantes apparaissaient au milieu du nuage diaphane comme un harem des houris du prophète. Le monument de l’Ecole-Militaire était seul grave comme le temps : il était là, comme le dieu Terme, pour séparer les héritages et assister aux débats des dynasties et des peuples.

Vous tous qui avez vu ces panaches, ces aigrettes, ces plumes flottantes, ces pennons surmontés du coq gaulois et laissant déployer au vent les couleurs de l’indépendance, ces milliers de baïonnette étincelantes, aiguisées seulement pour l’ennemi; vous qui avez senti votre cœur battre et vos paupières se mouiller à la vue de ce glorieux peloton de jeunes vétérans blessés, de ces candides filles qui venaient offrir des fleurs à la reine, comme ce peuple venait lui offrir son bras ; dites, quelles étaient vos émotions ?..... Avez-vous remarqué cette heureuse reine, cette heureuse mère qui, dans le trouble où la jetait tant de bonheur, ne savait ce qu’elle devait préférer, ou de ce qui assurait un trône à ses enfans, ou de ce qui accroissait le nombre de ceux qu’elle devait aimer ?...

Quel changement!... Il y a quarante années, une autre reine portait ici fièrement sa couronne. Après un long drame, la fille d’un Français se montra, encore à moitié parée du manteau consulaire. Elle était pleine de grâces et de bonté. La fille des Césars lui succéda, ne recevant d’éclat que du puissant génie qui commandait aux Rois. On dit qu’elle oublia bientôt qu’elle était la femme de NAPOLEON... Enfin cette couronne advint à une princesse, née avec l’aurore de notre liberté. Vous la voyez simple et modeste comme au milieu de ses enfans.

Que de changemens aussi en trois soleils !... L’ordre social détruit et renouvelé sur d’autres bases, une royauté antique, liée au monde entier par des traités, à l’Europe par la politique, à presque tous les souverains par la parenté, de venue fugitive, passant de l’incroyable sécurité de Saint Cloud à l’indécision de Rambouillet, et terminant par l’abdication une vie politique qui aurait pu faire le bonheur du plus bel empire du monde, tandis que...., mais respectons de infortunes. D’ailleurs, que pourrions-nous dire d’un prince à cheveux blancs qui n’a plus de patrie pour séjour, plus de palais pour demeure, plus de tombeau à Saint-Denis, et plus de ROIS pour enfans ?... Ah ! si sa chute peut encore permettre à son ame d’être accessibles aux impressions causées par le récit de nos grands évènemens, quelle doit être douloureuse pour lui la funeste page qui contient l’histoire de ces trois journées ! Comme il doit la suivre des yeux en frémissant !... Malheureuse famille, qui ne s’apercevait pas que le siècle s’avançait comme le dictateur romain précédé de ses faisceaux de commandement !!!

Mais voyez encore cette milice citoyenne qui a sauvé la capitale, et dont l’unique ambition est d’assurer le repos de la patrie. Admirez ces soldats surgis de leur demeure paisible, et se plaçant aussitôt avec joie sous les ordres de ce vieux général qui se retrouve aujourd’hui pour terminer avec eux un mouvement qu’il avait commencé il y a quarante années.

Entendez-vous le canon ? Il vous rappelle celui qui retentissait si péniblement il y a un mois, et qui se mêlait à l’effrayant beffroi de Notre-Dame. Hé bien ! il salue maintenant un monarque nouveau, et son bruit n’est plus qu’un signal d’union et de joie.

Un mois ! oui, le mois dernier. Le temps comme aujourd’hui était resplendissant de lumière... c’eût été un beau jour de fête ; mais les balles, mais la mitraille... ; aussi tout est dit maintenant, et le dernier boulet qui vint frapper les barricades, du même coup renversa une dynastie et fit jaillir un trône... Entendez-vous ces acclamations ?

Et ces étrangers, que veulent-ils, en agitant leurs chapeaux parés de nos couleurs. Ecoutez... « Allons, s’écrient-ils, que les timides prennent courage ; c’est l’époque où il fait bon de mettre son étendard au vent : la liberté marche : elle a touché le Nord, et se dirige vers ces beaux lieux où le soleil est chaud, le ciel pur, et les nuits favorables aux travaux des braves. Elle va dresser ses tentes au milieu des empires, et les rois sages la salueront.... »

Quelle sympathie ! quel besoin universel ! comme elles arrivent au cœur ces palpitantes émotions ! comme elles me rappellent ma jeunesse ! Né à l’époque où tout commençait à se mouvoir, je me suis cru bercé dans le casque d’un soldat. J’aimais aussi alors, comme aujourd’hui, à voir les armes reluire au soleil, à entendre les chevaux hennir et frapper du pied, à voir flotter la bannière sous laquelle plus tard je reçus mes premières blessures, ma première épaulette et ma première croix... Mon imagination s’est toujours émue au bruit du tambour des camps, du clairon des batailles, et des clameurs enivrantes des soldats.

Jours poétiques de ma jeunesse, pourquoi, semblables à ces beaux momens du soir, qui rendent mal les heures du frais matin, venez-vous, trompeurs, apparaître à mes heures de retraite.

Belle revue ! je te salue : beau soleil ! n’annonce point d’orages ; disparais tranquille dans ces nuages de pourpre et d’or. Puisse ma chère patrie ne connaître jamais d’autre tumulte que ces joyeuses acclamations, d’autre appareil militaire que ces fêtes de famille !!!...

(Extrait d’un ouvrage inédit, intitulé : Esquisses, Souvenirs et Traditions, par le baron de MORTEMART-BOISSE.)


N.B. Quoique cette partie de notre recueil ne soit destinée qu’aux publications imprimées, nous croyons devoir déroger à l’usage ordinaire en annonçant ici que nous avons été assez heureux pour obtenir la communication d’un manuscrit sur un Voyage autour du monde, que nous devons à l’obligeance d’un de nos savans collaborateurs, M. Perrottet. L’abondance des matières, qui va toujours s’augmentant, nous a seule empêché jusqu’à ce jour d’en insérer quelques fragmens. Nous espérons cependant pouvoir bientôt nous acquitter envers l’auteur. En attendant, nous croyons devoir signaler toute la partie relative aux grandes îles de l’Asie, qui nous a paru offrir des détails entièrement neufs et plein d’intérêt.

Mouvement héliaque de la terre, nouveau système de la matière, par M. Guesney, avocat à Coutances. Paris, à la librairie galerie Vivienne, n° 6; 2 vol. In-8°.

Nous reviendrons prochainement sur cet ouvrage, dont le plan et la conception font honneur à l’auteur.


Quatre années de séjour dans l’Afrique méridionale, par Cowper Rose, officier au corps royal du génie, traduit de l’anglais, par M. Cabanis, un vol. In-8°. Prix : 6 fr. Chez Ab. Cherbuliez, libraire, rue de Seine-Saint-Germain, n° 57, et à Genève, même maison.


Histoire des conquêtes des Normands en Italie, en Sicile et en Grèce ; par Gauthier d’Arc, chez L. De Bure, rue de Bussy, n° 30.

Le manque de loisir nous prive de parler plus au long de cet excellent écrit; mais nous aurons occasion d’y revenir dans nos esquisses du moyen-âge.


Cours de géographie. M. Barbié du Bocage, professeur à la faculté des lettres, doit ouvrir le lundi, 6 décembre, à onze heures et demie, son cours de géographie à la Sorbonne. Il traitera cette année de la géographie moderne, considérée dans ses rapports avec la géographie ancienne. Il terminera son cours par un exposé succinct des progrès des connaissances géographiques depuis la fin du dix-huitième siècle jusqu’à nos jours. Le cours continuera les lundis et jeudis à la même heure.


Voyage en Egypte et en Nubie, de 1805 à 1827; par M. J.-J. Riffaut, contenant un grand nombre de planches représentant les monumens de ces contrées, leurs costumes et l’histoire naturelle.

Pressés par le temps, gênés par l’espace, nous nous bornerons à signaler ici ce bel ouvrage, qui formera 3 vol. In-fol., de cent planches, et 5 vol. De texte de format in-8° (Prix 500 francs). Aussitôt que nous aurons reçu le texte, nous nous empresserons de donner une analyse raisonnée de cet ouvrage, qui suffirait à lui seul pour faire une réputation, si les travaux de M. Riffaut n’étaient déjà connus et appréciés du public.


Mouvement héliaque de la terre : nouveau système de la nature : par M. Guesney, avocat à Coutances. Paris, Le Marquière, libraire, galerie Vivienne, n° 5; 2 vol. In-8°.

Par divers argumens l’auteur prouve qu’il s’opère pendant la durée du mouvement héliaque des changemens si considérables sur la planète de la terre, que pour quelques contrées le changement de latitude est de plus de 46°.

Partant de là, il n’est donc pas étonnant, dit-il, de trouver au Kamtschatka des vestiges de l’éléphant, puisqu’il y a douze cents ans ce pays était entre les tropiques ; il n’est pas étonnant que la Russie paraisse un pays nouveau, puisqu’il n’y a que cinq mille cinq cents ans que le pôle nord de l’équateur était sur Saint-Pétersbourg, et l’on ne pouvait pas plus y aborder qu’on ne peut aborder au pôle où le capitaine Parry n’a pu pénétrer.

Il n’est pas étonnant que l’on ait trouvé dans des histoires antiques des traditions annonçant que le soleil s’était levé à l’ouest, le mouvement haliaque venant prouver qu’à Paris le soleil se lèvera à l’ouest actuel dans 12,980 ans d’ici, c’est-à-dire, l’an 14,810 de notre ère.

Selon lui, les déluges ne sont pas un accident, mais une suite naturelle d’un mouvement régulier, qui, changeant le point culminant des eaux dans le courant équatorial, fait envahir par la mer successivement les différens continens, etc.

Nous nous arrêtons ; ce que nous venons de dire suffit pour montrer quel a été le but de l’auteur. Nous ne jugerons pas ostensiblement son ouvrage, c’est aux savans à donner leur opinion ; mais quel que soit leur jugement, qui du reste doit servir de décision sur des matières de cette nature, l’ouvrage n’en est pas moins plein d’intérêt, et n’en mérite pas moins de fixer l’attention du public.


Résumé de l’histoire des Belges : par Louis Mazzara

Ce petit ouvrage, qui offre assez d’intérêt, surtout à cette époque où les Belges fixent sur eux l’attention de l’Europe, est susceptible cependant d’un reproche, c’est de ne pas donner assez de détails sur des évènemens de la plus haute importance. Nous ne dirons rien; sous le rapport du style; le nom seul de l’auteur indique assez que c’est celui d’un étranger qui mérite de l’indulgence.

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