« Un « Évêque » signifie « une personne qui voit ». Un « pasteur » signifie « une personne qui nourrit ». La caractère le plus "inépiscospal" qu’un homme puisse avoir est par conséquent d’être aveugle. Le plus "impastoral" est, au lieu de nourrir, d’avoir besoin d’être nourri, d’être une bouche. Mettez les contraires ensemble et vous avez « Aveugles bouches ». Nous pourrons trouver quelque utilité à poursuivre cette idée. A peu près tous les maux sont venus a l’Église d’Évêques qui désiraient le pouvoir plus que la lumière. Ils souhaitent l’autorité, non la vigilance. Tandis que leur fonction réelle n’est pas de gouverner ; elle est d’exhorter et de réprimander vigoureusement, mais c’est la fonction de Roi de gouverner : la fonction de l’Évêque est de surveiller son troupeau (…)
Là-bas, tout au fond de cette petite rue, Bill et Nancy se cassent les dents mutuellement. L’Évêque sait-il tout là-dessus ? A-t-il un œil sur eux ? Peut-il en détail nous expliquer comment Bill a pris l’habitude de frapper Nancy sur la tête ? S’il ne le peut pas, il n’est pas un Évêque, eût-il une mitre aussi haute que le cloche de Salisbury, il n’est pas un Évêque ; il a cherché à être à la barre au lieu d’être à la hune ; il n’a pas la vue des choses. « Mais non », dites-vous, ce n’est pas son devoir de veiller sur Bill dans la rue. » Quoi ! les grosses brebis qui ont de riches toisons, vous pensez que c’est seulement après celles-là qu’il doit regarder, tandis que (….Milton) « les brebis affamées tournent les yeux vers eux et ne sont pas nourries, outre que l’horrible loup à la patte sournoise (l’évêque ne sachant rien de cela) chaque jour dévore avidement, sans qu’aucun compte en soit rendu » ? « Mais ceci n’est pas notre conception d’un Évêque. » Peut-être que non : mais c’était celle de saint-Paul, et c’était celle de Milton. Ils peuvent avoir raison, ou il se peut que ce soit nous ;mais nous ne pouvons pas espérer pouvoir lire l’un ou l’autre en mettant notre pensée sous leurs mots.
Je continue : « Mais enflés de vent et de brouillard pestilentiels qu’elles respirent. » Ceci répond au lieu commun : « si les pauvres ne sont pas surveillés dans leurs corps ; ils ont la nourriture spirituelle. » Et Milton dit : « Ils n’ont rien qui ressemble à la nourriture spirituelle, ils sont seulement enflés de vent. » tout d’abord, vous pouvez croire que ceci est un symbole grossier et obscur. Mais je le répète, c’en est un tout à fait exact et littéral.
Prenez vos dictionnaires grec et latin et trouvez le sens de « Spirit ». Ce n’est qu’une contraction du mot latin « souffle » et une traduction vague du mot grec qui veut dire « Vent ». C’est le même mot qui est employé dans le teste : « Le vent souffle où il lui plaît » et dans cet autre : « Ainsi en est-il de tout homme qui est né de l’esprit » [Jean II, 8-9], ce qui signifie né du souffle, c’est-à-dire du souffle de Dieu, - âme et corps. Nous en avons le vrai sens dans nos mot « inspiration » et « expirer ». Maintenant il y a deux sortes de souffle dont le troupeau peut-être rempli, le souffle de Dieu et celui de l’homme. Le souffle de Dieu est la santé et la vie et la paix pour les troupeaux, comme l’air du ciel aux troupeaux sur les collines ; mais le souffle de l’homme (le mot que lui appelle spirituel) est la maladie et la contagion pour eux comme le brouillard du marais. Ils en sont corrompus intérieurement, ils en sont bouffis comme un cadavre l’est par des miasmes de sa propre décomposition. Ceci est littéralement vrai de tout faux enseignement religieux ; le premier et le dernier indice en est cette « bouffisssure » [allusion à 1 Corinthiens VIII, 1]. Vos enfants convertis qui enseignent leurs parents ; vos forçats convertis qui enseignent les honnêtes gens ; vos sots convertis qui, ayant vécu la moitié de leur vie dans une stupéfaction crétine et s’éveillant tout à coup au fait qu’il y a un Dieu, s’imaginant en conséquence être son peuple spécial et son messager ; vos sectes de toutes espèces, petites et grandes, catholiques et protestantes, d’Église haute ou basse, autant qu’elles se croient seule dans le vrai et les autres dans le faux ; et avant tout dans chaque secte ceux qui tiennent que l’homme peut être sauvé en pensant bien au lieu d’agir bien, par la parole au lieu de l’acte, et par la foi au lieu des œuvres, ceux-là sont les vrais enfants du brouillard, des nuages, ceux-là sans eau, des corps, ceux-là, de vapeur putrescente et de peau, n’ayant ni sang ni chair, des cornemuses gonflés pour être cornées par les démons, corrompues et corruptrices, « gonflés de vent et des brouillards pestilentiels qu’elles respirent. »
Enfin revenons aux lignes relatives au droit de porte les clefs, car maintenant nous pouvons les comprendre. Remarquez la différence entre Milton et Dante dans leur interprétation de ce droit ; pour une fois c’est chez ce dernier que la pensée est la plus faible; il suppose que les deux clés sont celles de la porte du ciel ; l’une est d’or, l’autre d’argent ; elles sont données par saint Pierre à l’Ange Sentinelle et il n’est pas facile de déterminer ce que symbolisent les différentes substances des trois marches de la porte, ni des deux clefs ; mais Milton fait de l’une, celle d’or, la clef du ciel, l’autre, de fer, est la clé de la prison dans laquelle les maître malfaisants devront être enchaînés, qui « ont emporté la clef du savoir et cependant n’y sont pas entrés eux-mêmes ».[Luc II, 52] Nous avons vu que les devoirs de l’Évêque est de nourrir ; et de tous ceux qui font ainsi, il est dit : « Celui qui arrose, sera arrosé lui-même ». [« Tel qui donne libéralement devient plus riche, et tel qui épargne à l’excès ne fait que s’appauvrir. L’âme bienfaisante sera rassasiée Et celui qui arrose sera lui-même arrosé. » (Proverbe XI, 24-25)] Mais l’inverse est vrai aussi. Celui qui n’arrose pas sera lui-même desséché et celui qui ne voit sera lui-même privé de la lumière, enfermé dans une prison perpétuelle. Et cette prison vous reçoit ici-bas aussi bien que dans la vie à venir ; celui qui devra être au Ciel chargé de chaînes le sera d’abord sur la terre. Cet ordre aux anges forts dont l’apôtre Pierre est l’image : « Prenez-le, liez-lui les mains et les pieds et jetez-le dehors » [Matthieu XXII, 12-14] est en réalité donné contre le maître, pour chaque appui non accordé, pour chaque vérité refusés, pour chaque mensonge inculqué ; de sorte que plus il enchaîne, plus il est étroitement enchaîné, et rejeté d’autant plus loin qu’il égare davantage, jusqu’à ce que à la fin les barreaux de la cage se referment sur lui et, comme « celle d’or s’ouvre », celle de fer se referme ».
« …la sorte d’examen mot à mot d’un auteur qui se nomme à juste titre lecture, attentifs à chaque nuance et expression, et nous mettant toujours à la place de l’auteur; annihilant notre propre personnalité et cherchant à entrer dans la sienne, de façon à pouvoir dire avec certitude; « ainsi pensait Milton », non : « ainsi pensais-je en lisant mal Milton ». Et en suivant cette méthode vous arriverez graduellement à attacher moins de valeur dans d’autres occasions à votre propre « je pensais ainsi ». Vous commencerez à vous apercevoir que ce que vous pensiez était une chose de peu d’importance; que vos pensées sur n’importe quel sujet ne sont peut-être pas les plus claires et les plus sages auxquelles on puisse arriver là-dessus; en fait, que, à moins que vous ne soyez une personne remarquable, on ne peut pas dire que vous ayez de pensées du tout; que vous n’avez pas de matériaux pour cela, en aucun sujet important, ni de raisons de « penser », mais seulement d’essayer d’apprendre davantage. Bien plus, il est probable que de toute votre vie (à moins comme je l’ai dit, que vous ne soyez une personne remarquable), vous n’aurez le droit d’avoir d’ « opinion » sur quoi que ce soit, excepté sur ce qui est immédiatement à votre portée. Ce qui doit de toute nécessité être fait, il n’est pas de doute que vous pouvez toujours décider de le faire. Avez-vous une maison à tenir en ordre, une marchandise à vendre, un champ à labourer, un fossé à curer ? Il n’y a pas besoin d’avoir deux opinions sur la manière de faire cela, et ce sera à vos risques et périls si vous n’avez rien de plus qu’une opinion sur la manière de procéder dans ces cas-là. Et de même, en dehors de vos propres affaires, il y a un ou deux sujets sur lesquels vous êtes tenus de n’avoir qu’une opinion. Que la friponnerie et le mensonge sont coupables et doivent être sur-le-champ chassés à coup de fouet, toutes les fois qu’ils sont découverts, que la convoitise et l’amour de se quereller sont des dispositions dangereuses même chez les enfants et des dispositions mortelles chez les hommes et les nations; que, en fin de compte, le Dieu du ciel et de la terre aime les gens actifs, modestes et bons, et déteste les paresseux, les querelleurs, les orgueilleux, les avares et les cruels; sur ces faits généraux vous êtes tenus de n’avoir qu’une opinion, et celle-là très forte. Pour le reste, concernant religions, gouvernements, sciences, arts, vous trouverez en général que vous ne pouvez savoir RIEN, rien juger; que le mieux que vous puissiez faire, quand même vous seriez une personne instruite, est de garder le silence, de vous efforcer d’être plus éclairé chaque jour, de comprendre un petit peu plus les pensées des autres, et dès que vous essayerez de le faire honnêtement vous découvrirez que les pensées, mêmes des plus sages, ne sont guère plus que des questions bien posées. Mettre un point difficile en lumière et vous exposer les raisons qu’il y a de ne pas avoir d’opinion, c’est tout ce que, généralement, ils peuvent faire pour vous; et tant mieux pour eux et pour nous si en fait ils sont capables de « mêler de la musique à nos pensées et de nous attrister de doutes célestes » [Emerson : To Rhéa] L’auteur dont je vous ai lu un passage n’est pas parmi les plus grands ou les plus sages. Il voit clairement aussi loin qu’il voit, et par conséquent il est facile de découvrir tout ce qu’il veut dire; mais avec de plus grands hommes vous ne pouvez pas aller au fond de leur pensée; ils ne la mesurent pas complètement eux-mêmes : elle est si vaste ! (…)
Vous ne serez pas capable, je vous le répète, avant bien et bien des jours, d’arriver à la pensée véritable, à l’enseignement donné par ces grands hommes, mais en les étudiant un tant soit peu de façon honnête, vous vous rendrez capable d’apercevoir que ce que vous avez pris pour votre propre « jugement » était un simple préjugé apporté par le hasard, et les algues flottantes, inertes et mêlées, d’une pensée à la dérive; bien plus, vous verrez que l’esprit de la plupart des hommes n’est en réalité guère mieux qu’une lande de bruyère sauvage, négligée et rebelle, en partie stérile, en partie recouverte des broussailles malfaisantes et des herbes vénéneuses, semées par le vent, d’une croyance perverse; que la première chose que vous ayez à faire pour eux et pour vous-même est de mettre promptement et dédaigneusement le feu à ceci; de réduire toute la jungle en de salutaires amas de cendres, puis alors de labourer et de semer. Tout le vrai travail littéraire qui s’étend devant vous pour la vie doit commencer par l’obéissance à cet ordre : « Défrichez votre champ et ne semez pas parmi les épines. » [Jérémie IV, 3] (…)
« Ayant donc écouter les grands maîtres de façon à ce que vous puissiez entrer dans leurs pensée, vous avez à monter plus haut encore, vous avez à entrer dans leur cœur. De même que vous allez à eux d’abord pour avoir une vision claire, de même vous devez demeurer avec eux afin que vous puissiez partager à la fin leur juste et puissante passion (…)
Vous savez que j’ai dit de cette grande société des Morts qu’elle ne permettrait pas à « aucune personne vaine ou vulgaire d’entrer là ». Que pensez-vous que j’ai voulu dire par une personne vulgaire ? Qu’entendez-vous vous-même par vulgarité ? Voilà une question sur laquelle vous trouverez profit à réfléchir; disons seulement pour l’instant que l’essence de la vulgarité réside dans l’absence de sensations. La simple et innocente vulgarité est simplement la rudesse inéduquée et incorrigée du corps et de l’esprit; mais, dans la vraie vulgarité inné, il y aun terrible endurcissement, qui à son point extrême devient capable de toute espèce d’habitudes bestiales et de crime, sans crainte, sans plaisir, sans horreur, et sans pitié. C’est par la main rude et le cœur mort, par l’habitude malsaine, par la conscience endurcie, que les hommes deviennent vulgaires. Ils sont pour toujours vulgaires précisément dans la proportion où ils sont incapables de sympathie, de vive compréhension, de tout ce qui, en pressant le sens et en allant au fond d’un terme banal mais exact, peut s’appeler le « tact », ou le « sens du toucher » , du corps et de l’âme; ce tact que le Mimosa possède entre tous les arbustes, que la femme pure possède par-dessus toutes les créatures, l’affinement et la plénitude de la sensation qui va plus loin que la raison, guide et sanctificateur de la raison elle-même. La Raison ne peut que déterminer ce qui est vrai, c’est la passion donnée par Dieu à l’humanité qui seule peut reconnaître ce que Dieu a fait de bon. (…)
Nous recherchons donc cette grande assemblée des morts, non pas seulement pour apprendre d’eux ce qui est vrai, pour surtout pour sentir avec eux ce qui est juste. Maintenant, pour sentir avec eux nous devons être pareils à eux, et aucun de nous ne peux devenir cela sans peine. Comme la vraie connaissance est une connaissance disciplinée et éprouvée, non la première pensée qui nous vient, de même la vraie passion est une passion disciplinée et éprouvée – non la première passion qui nous vient. Les premières qui viennent sont les vaines, les fausses, les trompeuses; si vous leur cédez, elles vous entraîneront capricieusement au loin, en poursuites vaines, en enthousiasmes creux, jusqu’à ce qu’il ne vous reste ni vrai but ni vraie passion. Non qu’aucun des sentiments que peut éprouver l’humanité soit mauvais en lui-même, il est mauvais seulement quand il est indiscipliné. Sa noblesse réside dans sa force et sa justice; il est mauvais quand il est faible et ressenti pour une cause chétive. Il y a une admiration médiocre, comme celle de l’enfant qui voit un jongleur lancer des balles d’or et ceci est bas si vous voulez. Mais croyez-vous que l’admiration soit sans noblesse ou la sensation moindre, avec laquelle chaque âme humaine est appelée à suivre les balles d’or du ciel lancées à travers la nuit par la Main qui les fit ? Il y a une curiosité médiocre, comme est celle d’un enfant ouvrant une prote défendue, ou d’un domestique fouillant dans les affaires de son maître; et une noble curiosité explorant au prix des dangers la source du grand fleuve au delà du sable – la place du grand continent au delà de la me; une plus noble curiosité encore qui explore la source du fleuve de la vie, et l’étendue du continent du Ciel – les chose « jusqu’au fond desquelles les anges désirent voir » [1 Pierre 12] De même l’intérêt est sans noblesse qui vous rive aux péripéties et à l’intrigue de quelque conte futile; mais pensez-vous que l’intérêt soit moindre, ou plus grande, avec laquelle vous observez, ou devriez observer comment se comporte le Sort et la Destinée avec la vie d’une nation agonisante ? Hélas ! c’est l’étroitesse, l’égoïsme, la petitesse de votre sensation que vous avez à déplorez en Angleterre aujourd’hui; sensation qui se dépense en bouquets et en discours; en divertissements et en parties fines, en combats simulés, en gais spectacles de marionnettes, pendant que vous pourriez tourner les yeux et voir de nobles nations massacrées, homme par homme, sans un secours ni une larme [Allusion à l’anéantissement, en 1864, de la Pologne]
J’ai dit « petitesse » et « égoïsme » de sensation, mais il eût suffit de dire « injustice » ou « injustesse » de sensation. Car rien ne peut mieux distinguer un gentleman d’un homme vulgaire, rien ne peux mieux distinguer une nation noble (il y a eu de telles nations) d’une foule, que ceci : à savoir que ses sentiments sont constants et réglés, résultant d’une contemplation exacte et d’une réflexion impartiale. Vous pouvez persuader une foule de n’importe quoi; ses sentiments peuvent être, sont généralement, dans l’ensemble, généreux et droits, mais elle ne leur offre aucune base et n’en est pas maîtresse; vous pouvez l’amener en la taquinant ou en la flattant à n’importe lequel d’entre eux, à votre gré; elle pense par contagion, généralement, attrapant une opinion comme un rhume, et il n’y a rien de si petit qui la fasse rugir quand un accès à lieu; rien de si grand qu’elle n’oublie en une heure quand l’accès est passé. Mais les passions d’un gentleman ou d’une nation noble sont réglées, mesurées et continues. Une grande nation, par exemple, ne dépense pas toutes ses facultés nationales pendant une couple de mois à peser les témoignages d’un malfaiteur isolé (ayant accompli un meurtre isolé) et, pendant une couple d’années, ne voit pas ses propres enfants se massacrer les uns les autres par mille ou par dix milles chaque jour, en considérant seulement l’effet sur le prix du coton, et sans se soucier en aucune façon de savoir de quel côté de la bataille est le droit. Une grande nation n’envoie pas non plus ses petits garçons pauvres en prison pour avoir volé six noix quand elle permet à ses banqueroutiers de voler avec grâce leurs centaines de mille livre, et à ses banquiers, riches des épargnes des pauvres gens, de suspendre leurs paiements « par force de circonstances auxquelles ils ne peuvent commander », non sans ajouter : « avec votre agrément »; et quand elle permet que de grandes terres soient achetées par des hommes qui ont gagné leur argent en parcourant en tous sens les mers de Chine sur des vapeurs de guerre, vendant de l’opium à la bouche des canons et changeant au bénéfice d’une nation étrangère la demande ordinaire du voleur de grand chemin : « Votre argent ou votre vie » en celle de « Votre argent et votre vie ! » Une grand nation ne permet pas non plus que les vies de ses pauvres qui n’ont rien fait de mal leur soient enlevées, brûlées par la fièvre des brouillards ou pourries par la peste des fumiers, pour l’amour d’une rente supplémentaire de six pences par semaine à servir à leur propriétaires; ni qu’on discute alors avec, avec d’hypocrites larmes et de diaboliques sympathies, si elle ne devrait pas préserver pieusement et nourri tendrement les vies de leurs meurtriers (…) Et finalement une grande nation ne se moque pas du Ciel et de ses Puissances, en affectant la croyance en une révélation qui déclare que l,amour de l’argent est la source de tout mal, et en proclamant en même temps qu’elle n’est mue et ne veut être mue dans tous ses actes importants et décisions nationales par aucun autre amour.
(…) Nous avons besoin d’une discipline plus serrée que celle de la lecture; en tous cas, soyez certains que nous ne pouvons pas lire (…) [Le public] est devenu incapable de penser dans la folie de sa rapacité. Heureusement votre maladie n’est pas jusqu’à présent beaucoup plus grave que cette incapacité à penser (…) et quoique l’idée que chaque chose doit « rapporter » ait infecté si profondément le but de toutes nos actions…
…que même si nous voulions jouer au bon Samaritain nous ne sortirions jamais nos deux pence pour les donner à l’hôte sans dire : « Quand je reviendrais tu me donneras quatre pence », il y a encore quelques capacité de noble passion restée au plus profond de notre cœur (…) Aucune nation ne peut durer qui a fait d’elle-même une simple foule, quoique restée généreuse de cœur. Il faut qu’elle commande à ses passions et les dirige, ou ce sont elles qui lui commanderont, un jour, avec des fouets de scorpions. Par-dessus tout, une nation ne peut pas durer si elle n’est qu’une foule qui ne s’occupe que d’argent, elle ne peut pas, sans être punie, elle ne peut pas, sans cesser d’être, continuer à mépriser la science, à mépriser l’art, à mépriser la nature, à mépriser la compassion, et à concentrer son âme sur les Pence [ou dollars, par analogie] (…)
Je dis d’abord que nous avons méprisé la littérature. En quoi, comme nation avons-nous souci des livres ? Combien croyez-vous que nous tous réunis nous dépensions pour nos bibliothèques publiques ou privés, comparativement à ce que nous dépensons pour nos chevaux ? (…) Ou bien pour descendre encore plus bas (…) Quel rang occuperait sa dépense pour la littérature comparée à sa dépense pour une alimentation luxueuse ? Nous parlons de la nourriture de l’esprit comme de celle du corps; or, un bon livre contient une telle nourriture, inépuisablement; c’est une provision pour la vie, et pour la meilleure partie de nous-mêmes. (…) une chose précieuse nous l’est d’autant plus qu’elle a été acquise au prix du travail et de l’économie et si les bibliothèques étaient à moitié aussi coûteuse que les banquets officiels, ou si les livres coûtaient la dixième partie de ce que coûtent les bracelets, même des hommes et des femmes frivoles pourraient quelquefois soupçonner qu’il peut y avoir autant d’utilité à lire qu’à grignoter et à briller. Tandis que précisément le bon marché de la littérature fait oublier même aux gens sages que si un livre vaut d’être lu il vaut aussi d’être acheté. Un livre ne vaut quelque chose que s’il vaut beaucoup et n’est profitable qu’une fois qu’il a été lu, et relu, et aimé, et aimé encore…
Je dis que nous avons méprisé la science. « Quoi! » vous écriez-vous, « ne marchons-nous pas en avant dans toutes les découvertes; est-ce que le monde entier n’est pas étourdi par l’ingéniosité ou la folie de nos inventions ? » Nous sommes assez content, en effet, de faire notre profit de la science (…) mais si un homme scientifique s’adresse à nous pour avoir un os ou une croûte, ceci est une autre affaire...(…) Si un particulier s’achète un télescope et découvre une nouvelle nébuleuse, vous poussez autant de cris pour cette découverte que si c’était vous qui l’aviez faite (…) mais cet accident d’un homme découvrant comment il peut s,employer lui-même utilement est-il le moins du monde à votre honneur ?
Je dis que vous avez méprisé l’art. « Quoi, répondez-vous, n’avons-nous pas nos expositions d’art qui ont des milles de longueur, est-ce que nous n’avons pas consacré des milliers de livres à l’achat de simples peintures ? N’avons-nous pas des écoles et des institutions d’art…? » Oui, certainement, mais tout cela est affaire de boutique. Vous voudriez bien vendre des toiles aussi bien que vous vendez du charbon (…); vous voudriez retirer à toutes les autres nations le pain de la bouche, si vous le pouviez. Comme vous ne le pouvez pas, votre idéal de vie est de vous tenir à tous les carrefours de l’univers comme les apprentis de Ludgate criant à chaque passant : « De quoi avez-vous besoin ? » Vous ne savez rien de vos dons naturels ni de l’influence du milieu…
Vous avez méprisé la nature, c’est-à-dire toutes les sensations profondes et sacrées des spectacles naturels. Les révolutionnaires français ont fait des écuries des cathédrales de France, vous avez fait des champs de course avec les cathédrales de la terre. Votre unique conception du plaisir est de rouler…Vous avez été placer un pont de chemin de fer sur les chutes de Staffhouse (…) vous avez détruit le rivage de Clarens (…) Il n’y a pas une paisible vallée que vous n’ayez remplie de feu (…) où vous n’ayez imprimé des traces de suie; pas une cité étrangère, où l’extension de votre présence n’ait été marquée sur ses jolies vielles rues et ses jardins heureux par une dévorante lèpre blanche d’hôtels neufs et de boutiques de parfumeurs (…) Il est triste de n’avoir que d’obscures conceptions du devoir; plus triste, il me semble, d’avoir des conceptions pareilles de la joie.
Enfin, vous méprisez la compassion. (…) [Les pauvres] (…) nous leur rendons notre aide ou si blessante ou si pénible, qu’ils aiment mieux mourir que de la prendre de nos mains; ou, pour troisième alternative, nous les laissons si incultes et ignorants qu’ils se laissent mourir silencieusement comme des bêtes sauvages, ne sachant que faire ni que demander (…)
Si nous étions sainement non-chrétiens, de telles choses seraient impossibles : c’est notre christianisme d’imagination qui nous aide à commettre de tels crimes, parce que nous nous complaisons aux somptuosités de notre foi pour y trouver une sensation voluptueuse; parce que nous le revêtons, comme toutes choses, de fictions. Le christianisme dramatique de l’orgue et de la nef, des matines de l’aube et des saluts du crépuscule – le christianisme dont nous ne craignons pas d’introduire la parodie comme un élément décoratif dans les pièces où nous mettons en scène le diable (…) (le lendemain nous distribuons des brochures, pour la conversion des pêcheurs si ignorants sur ce que nous croyons être la signification du 3e commandement;) – ce christianisme éclairé au gaz, inspiré du gaz, nous rend triomphants et nous retirons le bord de nos vêtements de la main des hérétiques qui se le disputent. Mais arriver à accomplir un peu de simple justice chrétienne, avec une sincère parole ou action (…), faire de la foi chrétienne une règle de vie et baser sur elle une réforme sociale ou un désir de réforme – nous savons trop bien ce que vaut notre foi pour cela ! vous pourriez plutôt extraire un éclair de fumée de l’encens qu’une vraie action ou passion de votre moderne religion…Vous ferez bien de vous débarrasser de la fumée et des tuyaux d’orgue aussi : Laissez-les, avec les fenêtres gothiques et les vitraux peints, au metteur en scène; rendez votre âme d’hydrogène carburé en une saine expiration, et occupez-vous de Lazare qui est sur le seuil. Parce qu’il y a une vraie église partout où une main vient secourable à une autre, et c’est là la seule vraiment « Sainte Église » ou « notre Mère l’Église » qui jamais fut, et jamais sera.
Tous ces plaisirs donc et toutes ces vertus, je le répète, vous les méprisez en tant que nation. Vous comptez, sans doute, parmi vous, des hommes qui ne les méprisent pas; du travail de qui, de la force, de la vie, et de la mort de qui vous vivez, sans jamais leur dire merci. Votre santé, votre amusement, seraient tous également impossibles sans ceux-là que vous méprisez ou oubliez. Le sergent de ville qui arpente toute la nuit la ruelle sombre pour épier le crime que vous y avez créé…le matelot luttant contre la rage de l’Océan, l’étudiant silencieux, penché sur ses livres ou ses fioles; le simple ouvrier sans gloire et presque sans pain, accomplissant sa tâche comme vos chevaux traînent vos charrettes, sans espoir et dédaigné de tous. Voilà les hommes par lesquels l’Angleterre vit, mais ce n’est pas eux la nation; ils n’en sont que le corps et la force nerveuse, agissant encore en vertu d’une vieille habitude dans une survie convulsive, après que l’âme a fui. Notre désir, notre but de nation ne sont que d’être amusés, notre religion, en tant que nation, c’est la représentation de cérémonies ecclésiastiques, et la prédication de somnifères vérités (ou plutôt contre-vérités), capable de tenir le peuple tranquille à son travail, pendant que nous nous amusons; et la nécessité de ces amusements nous tient comme un malaise fébrile où la gorge est desséchée et où les yeux sont égarés, - déraisonnant, pervers, impitoyable. Combien littéralement ce mot mal-aise, la négation et l’impossibilité de tout aise, exprime l’état moral de la vie anglaise et de ses amusements !
Quand les hommes sont occupés comme ils doivent l’être, leur plaisir naît de leur travail, comme les pétales colorés d’une fleur féconde; quand ils sont fidèlement serviables et compatissants, toutes leurs émotions deviennent fortes, profondes, durables et vivifiantes à l’âme, comme un pouls normal au corps.
Mais maintenant n’ayant pas de véritables occupations, nous versons toute notre énergie virile dans la fausse occupation de faire de l’argent; et n’ayant pas de vraies émotions, il nous faut attirer de fausses émotions pour jouer avec, non pas innocemment, comme des enfants avec des poupées, mais criminellement et ténébreusement…
La justice que nous ne pratiquons pas, nous l’imitons dans le roman et sur la scène; à la beauté que nous détruisons dans la nature nous substituons les changements à vue des féries et (la nature humaine réclamant impérieusement au fond de nous une terreur et une tristesse, de quelque genre que ce soit), pour remplacer le noble chagrin que nous aurions dû supporter avec nos frères, et les pures larmes que nous aurions dû verser avec eux, nous dévorons le pathétique de la cour d’assises, et recueillons la rosés nocturne du tombeau.
Il est difficile d’apprécier la vraie signification de ces choses; les faits sont en eux-mêmes assez atroces; la mesure de la faute nationale qui y est impliquée est peut-être moins grande qu’elle ne pourrait paraître d’abord. Nous permettons ou causons chaque jour des milliers de morts, mais nous n’avons pas l’intention de faire le mal; nous mettons le feu aux maisons et nous ravageons les champs des paysans, cependant, nous serions fâchés d’apprendre que nous avons nui à quelqu’un. Nous sommes encore bons dans notre cœur, encore capables de vertus, mais seulement comme le font les enfants. Chalmers, à la fin de sa longue vie, ayant eu une grande influence sur le public, était agacé que sur un sujet d’importance on fit appel devant lui à l’opinion publique; il laissa échapper dette exclamation impatiente : « Le public n’est rien de plus qu’un grand enfant! » Et la raison pour laquelle j’ai laissé tous ces graves sujets de réflexion se mêler à une enquête sur la manière de lire est que, plus je vois nos fautes et misères nationales, plus elles se résolvent pour moi en états d’inculture enfantine et d’ignorance des plus ordinaires habitudes de pensé. Ce n’est, je le répète, ni vice, ni égoïsme, ni lenteur de cerveau qu’il nous faut déplorer, mais une insouciance incorrigible d’écoliers différant seulement de celle du véritable écolier par son incapacité à être aidée qui vient de ce qu’elle ne reconnaît pas de maître.
…nous jouons avec les paroles des morts, qui pourraient nous instruire, et les jetons loin de nous, au gré de notre volonté amère et insouciante, sans guère songer que ces feuillets que le vent éparpille furent amoncelées non seulement sur une pierre funéraire, mais sur les scellés d’un caveau enchanté, - que dis-je? Sur la porte d’une grande cité de rois endormis…(…) nous ne savons pas l’incantation du cœur qui les éveillerait; (…) Et comme les rois quii sont descendus dans l’Hadès y accueillirent les nouveaux arrivant en disant : « Êtes-vous aussi devenus faibles comme nous ? », ainsi ces rois avec leur diadème que rien n’a terni, n’a ébranlé, nous aborderaient en disant : « Êtes-vous, aussi, devenu pur et grand de cœur comme nous ? Êtes-vous aussi devenu un des nôtres ? »
Grand de cœur et grand d’esprit – « magnanimité », être cela c’est bien en effet être grand dans la vie; le devenir de plus en plus, c’est bien « avancer dans la vie » - dans la vie elle-même – non dans ses atours. Mes amis, vous rappelez-vous cette vieille coutume scythe, lorsque mourait le chef d’une maison ? Comment il était revêtu de ses plus beaux habits, déposés dans son char et porté dans les maisons de ses amis; et chacun d’eux le plaçait au hait bout de sa table et tous festoyaient en sa présence. Supposez qu’il vous fût offert en termes explicites, comme cela vous est offert par les tristes réalités de la vie, d’obtenir cet honneur scythe, graduellement, pendant que vous croyez être encore en vie. Supposez que l’offre fût celle-ci : « Vous allez mourir lentement, votre sang deviendra de jour en jour plus froid, votre chair se pétrifiera, votre cœur ne battra plus à la fin que comme un système rouillé de soupapes de fer. Votre vie s’effacera de vous et s’enfoncera à travers la terre dans les glaces de la Caïne [du nom de Caïn, cercle de l’enfer, Dante chant V et XXXII] Mais jour par jour votre corps sera plus brillamment vêtu, assis dans des chars plus élevés et sur la poitrine portera de plus en plus d’insignes honorifiques – des couronnes sur la tête, si vous voulez. Les hommes s’inclineront devant lui, auront les yeux fixés sur lui et l’acclameront, se presseront en foule à sa suite du haut en bas des rues; on lui élèvera des palais, on festoiera avec lui au haut bout de la table, toute la nuit; votre âme l’habitera assez pour savoir qu’on fait tout cela, et sentir le poids de la robe d’or sur ses épaules et le sillon du cercle coupant de la couronne sur le crâne; pas plus. « Accepteriez-vous l’offre ainsi faite verbalement par l’ange de la mort ? Le plus humble d’entre nous, l’accepterait-il, croyez-vous ? Cependant, de fait, dans la pratique, nous essaierons de la saisir au vol, chacun de nous dans une certaine mesure, beaucoup parmi nous la saisissent dans sa plénitude d’horreur. Chaque homme l’accepte qui désire faire son chemin dans la vie, sans savoir ce que c’est que la vie; qui comprend seulement qu’il lui faut acquérir plus de chevaux et plus de valets, et plus de fortune, et plus d’honneur et non pas plus d’âme personnelle. Celui-là seul avance dans la vie dont le cœur devient plus tendre, le sang plus chaud, le cerveau plus vif, et dont l’esprit a’en va entrant dans la vivante paix. Et les hommes qui ont cette vie en eux sont les vrais maîtres ou rois de la terre, eux et eux seuls. Toutes les autres royautés pour autant qu’elles sont vraies ne sont que le résultat et le traduction des leurs dans ;a réalité. Si moins que cela, elles sont ou des royautés de théâtre, de coûteuses parades, ornées à vrai dire de joyaux véritables et non de clinquants, mais quand même pas autre chose que les joujoux des nations; ou bien alors elles ne sont pas des royautés du tout, mais des tyrannies ou rien que la résultante concrète et effective de la folie nationale; pour laquelle raison j’ai dit d’elles d’ailleurs : « Le gouvernements visibles sont le jouet de certaines nations, la maladie d’autres, le harnais de certaines, et le fardeau du plus grand nombre. »
Mais je n’ai pas de mots pour l’étonnement que j’éprouve quand j’entend encore parler de Royauté, même par des hommes réfléchis, comme si les nations gouvernées étaient une propriété individuelle et pouvaient se vendre ou s’acheter, ou être acquise autrement, comme des moutons de la chair desquels le roi doit se nourrir, et dont il doit recueillir la toison; comme si l’épithète indignée d’Achille pour les mauvais rois : « Mangeurs de peuple » - était le titre éternel et approprié de tous les monarques, et si l’extension du territoire d’un roi signifiait la même chose qu l’agrandissement des terres d’un particulier. Les rois qui pensent ainsi, aussi puissants soient-ils, ne peuvent pas plus être les vrais rois de la nation que les taons sont les rois d’un cheval; ils le sucent, et peuvent le rendre furieux, mais ne le conduisent pas. Eux et leurs cours, et leurs armées, sont seulement, si on pouvait voir clair, une grande espèce de moustiques de marais avec une trompe à baïonnettes et une fanfare mélodieuse et bien stylée dans l’air de l’été; le crépuscule pouvant s’ailleurs être parfois embelli, mais difficilement assaini, par ces nuages étincelants de bataillons d’insectes. Les vrais rois, pendant ce temps-là, gouvernent tranquillement, si du tout ils gouvernent, et détestent gouverner (…)
Cependant le roi visible peut aussi en être un véritable, si jamais vient le jour où il veuille estimer son royaume d’après sa force vraie et non d’après ses limites géographiques. Il importe peu que la Trent vous arrache un chanteau ici ou que le Rhin vous enveloppe un château de moins là. Mais il importe à vous, roi des hommes, que vous puissiez vraiment dire à cet homme : « Va » et qu’il aille, et à cet autre : »Viens » et qu’il vienne. Que vous puissiez diriger votre peuple, comme vous le pouvez pour les eaux de la Trent, et il importe que vous sachiez bien pourquoi vous leur dites d’aller ici ou là. Il vous importe, roi des hommes, de savoir si votre peuple vous hait et meurt pour vous, ou vous aime et vit par vous. Vous pouvez mieux mesurer votre royaume par multitudes que par milles et compter des degrés de latitude d’amour non pas partant mais se rapprochant d’un équateur merveilleusement chaud et infini.
Mesurer ! – que dis-je; vous ne pouvez pas mesurer. Qui mesurera la distance entre le pouvoir de ceux qui « font et enseignent » [Matthieu V, 19], et sont les plus grands dans le royaume de la terre et du ciel, et le pouvoir de ceux qui défont et consument, dont le pouvoir dans sa plénitude n’est rien que le pouvoir du ver et de la rouille.
Étrange ! de penser comment les Rois-Vers amassent des trésors pour le ver et les Rois-Rouille qui sont à la force de leurs peuples comme la rouille à l’armure, entassent des trésors pour la rouille, et les Rois-Voleurs des trésors pour les voleurs; mais combien peu de rois ont jamais entassé des trésors qui n’avaient pas besoin d’être gardés, des trésors tels que plus ils auraient de voleurs, mieux cela serait. Vêtements brodés, seulement pour être déchirés; casque et glaive faits pour être ternis, joyaux et or pour être dissipés : - il y a trois sortes de rois qui ont amassés ces trésors là. Supposez qu’un jour survînt une quatrième sorte de roi qui aurait lu dans quelque obscur écrit de jadis qu’il existe une quatrième sorte de trésors que les joyaux et les richesses ne peuvent égaler et qui ne peuvent non plus être estimés au poids de l’or. (…) le trois grands anges de la Conduite, du Travail et de la Pensée, nous appelant encore, et attendant au seuil de nos portes, pour nous mener par leur pouvoir ailé, et nous guider avec leurs yeux infaillibles, à travers le chemin qu’aucun oiseau ne connaît et que l’œil du vautour n’a pas vu [Job XXVIII, 7]. Supposez qu’un jour survienne des rois qui auraient entendu et cru cette parole et à la fin ramassé et découvert des trésors de – Sagesse – pour leurs peuples. Songez quelle chose surprenante cela serait, étant donné l’état présent de la sagesse publique !
Que nous conduisions nos paysans à l’exercice du livre au lieu de l’exercice de la baïonnette ! Que nous recrutions, instruisions, entretenions en leur assurant leur solde, sous un haut commandement capable, des armées de penseurs au lieu d’armées de meurtriers !...

