Sésame et les lys/Les Lys des Jardins des Reines

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Traduction par Marcel Proust.
Mercure de France, 1906 (pp. 169-226).
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IIe CONFÉRENCE


LES LYS

DES JARDINS DES REINES


À Mademoiselle Suzette Lemaire cette traduction est offerte, comme un respectueux hommage, par son admirateur et son ami

M. P.
IIe CONFÉRENCE

LES LYS

DES JARDINS DES REINES

« Sois heureux, ô désert altéré ; que la solitude se réjouisse et fleurisse comme le lys ; et des lieux arides du Jourdain jailliront des forêts sauvages. » (ISAIE, xxxv, 1, Version des Septante) (1).


51. Il sera peut-être bon comme cette conférence est la suite d’une autre donnée précédemment, que je vous expose rapidement quelle a été, dans les deux, mon intention générale. Les questions qui ont été spécialement proposées à votre attention

(1) La version habituelle est : « Le désert et le lieu aride se réjouiront et la solitude sera dans l’allégresse et fleurîra comme une rose . Comparez._Modern Painters, vol. IV, ch. vn, § II: « Il faut p st*;t;ti’::*:;S;xsrzsêztzmn; *·*:u:“°;;“g2;:;;,t‘2‘;°à: °; M, _ .8 S’ S S H I1 îîtïmpner leurs} rpchîgs au; formes les plusl belles ; et gëles croëent

  • 1 Qçonqüus e ` sent fleurisse comme la rose. t aussi Fo s

Qhvigeray vol.- WV (ce` dernier assa e cité par Bard0¤x)r: •¢jLLll;l,§t0irç de le valléetaux rosespnfcstgpas révolue. Les montagnes "·;lqsîcoll¤nesjromprontlepsilence, ’éclateront en chansons ; et autour gdqlle; ledéàotflsse réjouira et jleurira comme la rose. >> (Note du traducteur.) I7O SÉSAME ET LES LYS dans la première, à savoir : « Comment et Ce que il faut lire », découlent d’une autre beaucoup plus profonde, que c’était mon but d’arriver à vous faire vous poser àvous-mêmes : « Pourquoi il faut lire. » Je voudrais que vous arriviez à sentir avec moi que,quelques avantages que nous donne au_jourd’hui la diffusion de l’éducation et du livre, nous n’en pourrons faire un usage utile que quand nous au- rons clairement saisi où Yinstruction doit nous con- duire et ce que la lecture doit nous enseigner. Je voudrais que vous vissiez qu’une éducation morale ( bien dirigée et tout à la fois des lectures bien choi-· sies mènent à la possession d’un pouvoir sur les mal-élevés et sur les illettrés, lequel pouvoirest, dans ' sa mesure, au véritable sens du mot, royal; confé- rant en effet la plus pure royauté qui puisse exister chez les hommes : trop d’autres royautés (qu’elles soient reconnaissables à des insignes visibles ou à ' un pouvoir matériel) n’étant que spectrales ou ty- ` ranniques ; spectrales , c’est-à-dire de simples aspects . et ombres de royauté, creux comme la mort, etï qui « ne portent que Papparence d’une couronne¤ royale » (1) ; ou encore tyranniques, c’est-à-dire subs-—_* tituant leur propre vouloir à la loi de justice et d’a- à mour par laquelle gouvernent tous les vrais rois. à 52.Il n’y a donc, je le répète - et comme je dé-à ' sire laisser cette idée en vous, je commence pari elle, et je iinirai par elle- qu’une seulevraie sorte de royauté; une sorte nécessaire et éternelle, qu’ellef (1) Milton, Paradis perdu, 11* chant, vers 678 (je transcris cette référence du Bulletin de l’Union pour l’acti0n morale qui 111'cst très; aimablement commun: uè par M. Lucien Fontaine (Bulletin des · x" et 15 décembre ISQÉI). LES LYS X7! soit couronnée ou non: à savoir, la royauté qui consiste dans un état de moralité plus puissante, dans un état de réflexion plus vraie que ceux des autres; vous rendant capable, par là, de les diri- ger, ou de les élever. Notez ce mot « état », nous avons pris l’habitude de 1’employer d’une ma- nière trop lâche. Il signifie littéralement la station _ (action de se tenir debout) et la stabilité d’une chose et vous avez sa pleine force dans son dérivé: « statue » — (la chose immuable),. La majesté » d’un roi (1) et le droit de sonroyaume a être ap- pelé un Etat reposent donc sur leur immuabilité à j tous deux: sans frémissement, sans oscillation d’é- quilibre; établis et trônant sur les fondations d’une loi éternelle que rien ne peut altérer ni renverser. \ 53. Convaincu que toute littérature et toute édu- cation est profitable seulement dans la mesure où elles tendent à affermir ce pouvoir calme, bienfai- ' sant et, et pause de cela, royal, sur nous-mêmes d’abord, et à travers nous, sur tout ce qui nous entoure — je vais maintenant vous demander de me suivre un peu plus loin et de considérer quelle part (ou quelle sorte spéciale) de cette autorité `· 'royale découlant d’une noble éducation peut à juste [titre être possédée parles femmes ; et dans quelle r mesure elles sont, elles aussi, appelées à un véri- table pouvoir de reines — non pas dans leur foyer i Seulement, mais sur tout ce qui est dans leur sphère. Et dans quel sens, si elles comprenaient et

 exerçaient comme il le faut cette royale ou gracieuse

A _. (x) State en anglais siàniûe aussi majesté. Ruskin dit : a kings Z majesty or v state ». » 172 SÉSAME ET LES LYS influence, l’0rdre et la beauté produits par un pou- voir aussi bienfaisant nous j ustiüeraient de dire en parlant des territoires sur lesquels chacune d’elles régnerait : « les Jardins des Beines ». 5A. Et ici, dès le début, nous rencontrons une question beaucoup plus profonde qui, si étrange que cela puisse paraître, demeure pourtant incer· » taine pour beaucoup d’entre nous, en dépit de son importance infinie. Nous ne pouvons pas déterminer ce que doit être le pouvoir de reine des femmes avant de nous être mis d’accord sur ce que doit être leur pouvoir f ordinaire. Nous ne pouvons pas nous demander comment Péducation pourra les rendre capa- bles de remplir des devoirs plus étendus avant de nous être mis d’accord sur ce que peut être leur vrai devoir de tous les jours. Et il n’y a jamais eu d’époque où l’on ait tenu de plus absurdes propos et laissé passer plus de songes creux `sur cette ques- tion — question vitale pour le bonheur de toute société. Les rapports de la nature féminine avec la _ masculine, leur capacité différente dïntelligence et de vertu, voilà un sujet sur lequel les opinions ; semblent loin d’être d’accord. Nous entendons p·ar- ler de la « missionn et des « droits » de la femme, _ comme s’ils pouvaient jamais être séparés de la à mission et des droits de l’homme — comme si elle ' et son seigneur étaient des créatures dont la na- ture fût entièrement distincte et les revendications , inconciliables. Ce qui est au moins faux.Mais peut- être plus absurdement fausse (car je veux anticiper par là sur ce que j’espère prouver plus loin) est l’i§ I Les LYS 173 ‘ dée que la femme est seulement l’ombre et le reflet docile de son seigneur, lui devant une irraisonnée et servile obéissance, et dont la faiblesse s’appuie à la supériorité de sa force d’âme. Ceci, dis-je, est la plus absurde de toutes les erreurs concernant celle qui a été créée pour venir en aide à l’homme. Comme s’il pouvait être aidé efficacement par une ombre, ou dignement par une esclave! · 55. Voyons maintenant si nous ne pouvons pas _ arriver à une idée claire et harmonieuse (elle sera harmonieuse sielle est vraie) de ce que Pintelligence « et la vertu féminines sont, dans leur essence et r ‘ dans leur rôle, par rapport à celles de l’homme ;_ · 1 » et comment les relations où elles se trouvent, fran- , chement acceptées, aident et accroissent la vigueur É — et l’honneur et l’aut0rité des deux. i i

 ` Et ici je dois répéter une chose que j’ai dite dans

tx la précédente conférence : à savoir que le premier ·‘ _, bénéfice de Pinstruction était de nous mettre en état ' , de consulter les hommes les plus sages et les plus

 grands sur tous les points difficiles et. qui méritent , '

à réflexion. Que faire un usage raisonnable des li- ' i

 _vres, c’était allerà eux pour leur demanderassisè _
 tance; leur faire appel quand notre propre con- V »
 naissance et puissance de pensée nous trahit;` pour "
 être amenés par eux jusqu’à une plus large vue  
 — um; conception plus pure ->-·_que la"`nôtre proi · ·

§—t_°’pre, ·et,pour recevoir d’eux f la jurisprudence des yi î'f` tribunaux etïcoursde tousles temps au .-lieu 'de`, gg; ,”,_ notresolitaire etinconsistante opinion} n ., `L Ã

Y  Ã? Faisons cela maintenant. Yoyons si les Tjplus Jf;,i

~:Elï· " Ã i f YA f'· , qi sêsaniizlnr LES LYS W grands, les plus sages, les plus purs de cœur des hommes de toutes les époques sont tombés d’accord ' dans une certaine mesure sur le point qui nous in- téresse. Ecoutons le témoignage qu’ils ontlaissé sur ce qu’ils ont tenu pour la vraie dignité de la femme, et pour le genre de secours dont elle doit être à l’homme. 56. Et d’abord prenons Shakespeare. Notons d’abord, pour commencer, que, d’une _ manière générale, Shakespeare n’a pas de héros; il n’a que des héroïnes. Je ne vois pas, dans toutes ses pièces, un seul caractère complètement héroïque, excepté l’esquisse assez sommaire de Henri V, ex:-1- g gérée pourles besoins de la scène; et celle plus som- maire encore de Valentine dans les Deux Gentils- hommes de Vérone.Dansles pièces travaillées et par- faites vous n’avez pasdehéros. Othello aurait puen É être un, si sa simplicité n’avait été si grande que de f se laisser devenir la proie des plus basses machi— nations qui se trament autour de lui ; mais il est le " seul caractère qui du moins approche de Phéroïsme. § Coriolan, César, Antoine se tiennent debout dans è leur force fêlée et tombent entraînés par leurs va- ‘ nités ; -— Hamlet est indolent et s’endort dans la ' spéculation (1) ; Roméo est un enfant sans patience ; :_ Ã (1) Comparez Maeterlinck : « Ne tparlons pas du père de Cordelia,

 dont Pinconscîcnce par trop mani este ne sera contestée par er- Q}

sonne; mais Hamlet, Ie penseur, est-il sage? Voit-il les crimes dEEl· ;_` - - seneur d’assez haut? (Il les aperçoit des sommets de lïntelligencc, il _ . mais non des sommets de la. onté.) Que serait-il advenu s’i1 avait contemple les fo1·t'aits·d’Elseneur des hauteurs dou Marcèmxrèle et Q A , Fénelon les eussent contemplés? Vous imaginez-vous une âme puisg. ~ sante et souveraine au lieu de celle d?Hamlet, et que là tragédie suive` son cours jusqu’a la tin ? Hamlet euse beaucoup maistnlent guère.-, 3 _ yrt, sage. (La”Sagesse et la Dcstînée.ll(Note2'du tra ,ue;¢¤«·.) · A `¢ , Les Lvs 175 le Marchand de Venise se soumet languissam- ment à la fortune adverse; Kent, dans le roi Lear, est entièrement noble de .coeur, mais trop rude et trop primitif pour être d’uue utilité véritable au moment critique et il tombe au rang d’un simple domestique.Orlando, non moins noble, est toutefois dans son désespoir le jouet du hasard,et il est con- duit, réconforte, sauvé par Bosalinde.Tandis qu’il n’y a guère de pièce dans laquelle nous ne voyions une femme parfaite, inébranlable dans un grave .espoir et un infaillible dessein ; Cordelia, Desclé- · mone, Isabelle, Hermione, Imdgène, la reine Cathe- rine, Perdita, Sylvia, Viola, Hosalinde, Hélène et la dernière et peut-être la plus aimable, Virgilie, sont sans défauts; conçues sur le plus haut modèle héroïque d’humanité. _ 57. Puis en second lieu observez ceci. Les catas- z trophes (1), dans chaque pièce, ont toujours pour

 cause la folie d’un homme; elles ne sont rache-

à tées, si elles le sont, que par la sagesse et la ` vertu d’une femme, et si celle-ci fait défaut, elles ne , ' .sont pas rachetées. La catastrophe où sombre le ~ Roi Lear est due àson propre manque de jugement, L à son impatiente vanité, à sa méprise sur les carac- v_ tères de ses enfants.La vertu de sa seule vraie fille

 l’aurait sauvé des outrages des autres, s’il ne l’a-,

Ã'_ vait lui-même chassée loin de lui. Et, cela étant, 1 elle le sauve presque. ` ‘f' D’0thello (2) je n’ai pas besoin de vous retra- Ã îli , (1) Comparez « les acteurs s'é1ancent, tenant en main déjà leur

   catastrophe ».(Comtesse Mathieu de Noailles, article sur la Laeur

5 ti ` sur la cime.)'(N¤te·du traducteur,) '

 g, `M. (n) « Ss naïveté et sa crédulité de demi-barbare. » (Maeterlinck.) · — 176 sésame ur ua ws

cer l’histoire; - ni l’unique faiblesse de son si puissant amour; ni Pinfériorité de son sens criti- que à celui même du personnage féminin de second plan dans la pièce, cette Emilie qui meurt en lançant contre son erreur cette déclaration sau- vage: « Oh la brute homicide? Qu’est—ce qu’un tel fou avait à faire d’une si bonne femme ? » Dans Roméo et Juliette, l’habile et courageux stratagème de la femme aboutit à une issue désas- treuse par Finsoucieuse impatience de son mari. V Dans le Conte d’Hive·1‘, et dans Cymbeline, le bon- heur et Pexisteuce de deux maisons priucières, le premier perdu depuis delongues années, la seconde mise en péril de mort par la folie et l’entêtement des maris, sont rachetés à la fin par la royale patience et la sagesse des femmes. Dans Mesure pour Mesure, la honteuse injustice du juge et la hon- teuse lâcheté du frère sont opposées à. la victorieuse véracitéet à Yadamantine pureté d’une femme. Dans Coriolan le conseil de la mère, mis en pratique à temps, eût sauvé son fils de tout mal ; l’oubli mo- , mcntané où il le laisse est sa perte; la prière de sa mère, exaucée à la iin, le sauve, non, à vrai dire, de ~ la mort, mais de la malédiction de vivre en des- tructeur de son pays. ` Et que dirais-je de Julia, fidèle malgré l’incons· . _ tance d’un amant qui n’est qu’un enfant méchant F? —d’Hélène, fidèle aussi malgré Iimpertinence et les injures d’un jeune fou? -—-dela patience d’Héro, I A de l’amour de Béatrice et dela sagesse paisiblement I V dévouée de « Pignorante enfant (1) » qui apparaît? (1) Marchand dc Venise, III, 2Q _ ` à V LES LYS I77 au milieu de l’impuissance, de Faveuglement et de la soif de vengeance des hommes, comme un doux ange, apportant le courage et le salut par sa pré- sence et déjouant les pires ruses du crime par ce qu’0n s’imagine le plus manquer aux femmes, la précision et l’exactitude de pensée. 58. ()bservez,ensuite, que, parmi toutes les prin- cipales figures des pièces de Shakespeare, il n’_y a qu’une femme faible -— Ophélie; et c’est parce qu’elle manque à Hamlet au moment critique et - n’est pas, et ne peut pas être, par sa nature, un guide pour lui quand il en a Lbesoin, que survient l’amère catastrophe. Enfin, bien qu’il y ait trois types méchants parmi les principales figures de · femmes -— Lady Macbeth, Regan et Goneril -- nous sentons tout de suite qu’elles sont de terribles exceptions aux lois ordinaires de lavie ; et, làencore, l néfastes dans leur influence en proportion même de ce qu’elles ontabandonné du pouvoir d’action bien·- faisante de la femme. Tel est, à grands traits, le témoignage de Shakespeare sur la place et le carac- · tère des femmes dans la vie humaine. Il les représente comme des conseillères infailliblement fidèles et sages -— comme des exemples incorruptiblement justes et purs — toujours puissants pour sanctifier, Q même quand elles ne peuvent pas sauver. i , _ 59. Non pas qu’il lui soit, en aucune manière, l comparable dans la connaissance de la nature de · l, · l’homme, -—- encore moins dans Pintelligence des `jcauses et du cours dela destinée,—mais se_ulement_ ‘ parce qu’il est l’écrivai·n qui nous aouvert le plus , A- large 'aperçu sur les conditions et la mentalité i7S sésame nr Les mrs moyenne de la société moderne, je vous demande _ de recevoir maintenant le témoignage de Walter Scott (1). Je mets de côté ses premiers écrits purement rûmantiques en pI‘0SC Cûmmc SRIIS valeur; Cl. qI101- que ses premières poésies romantiques soient très belles, leur témoignage n’a pas plus de poids que l’1- deal d’un enfant. Mais ses vraies œuvres, qui sont des études prises sur la vie écossaise, portent en elles un témoignage véridique; et dans toute la série de celles-là il y a seulement trois caractères d’hommes qui atteignent au type héroïque (2). - Dandie Dinmont (3), Bob Boy (lt) et Claverhouse; de ceux-ci, l’un est un fermier des frontières; l’au· tre un maraudeur; le troisième, le soldat d’une mauvaise cause. Et ils n’atteignent au type idéal de (1) Comparez Fors Clavigera, lettre ga: « Walter Scott est sans comparaison possible la plus grande puissance spirituelle en Europe depuis Shakespeare. » Comparez la haute estime où Scott est éga e- ment tenu par Carlyle, par Gœtbe, par Emerson. (Note du traduc— teur.) · (2) J’aurais dû,dpour rendre cette affirmation pleinement intelli- gible, indiquer les ilïérentes faiblesses qui abaissent l’idéal des autres grands caractères masculins, Pégoïsme et Fetroitesse d'esprit chez Redgauntlet, la médiocrité d’entl1ousiasme religieux chez Edouard Glendînninp (1) et d’autres analogues; et j’aura1s dû faire observer puül a par ois esquissé à Ferrière-plan des caractères vraiment par- · aits 5 trois d’entre eux (acceptons joyeusement cette marque de courtoisie adressée à l'Anglcterre et à ses soldats) sont des officiers angla1s_:Le colonel Gardiner (2), le colone} Talbot et le colonel Mannermg _(3).(N0te de l’auteur.) ~· (3) Dandic Dinmont, personnage de GuyMannering. Voir le même ` ouvrage, § g, io, 23, 114, etc. (Note du traducteur.) , (lt) iur Hob Roy, voir le même ouvrage, § aa, alt, ag, 30, 31, · 97, II4« (Note du traducteur.) ` ` É (I) personnage du Monastère. Sur le Monastère voir Fiction, Fair and Fou! e (publié dans cx On the Old Rond in), § 26,113, 114., M7 et surtout §IlI et aussi .‘ la, belle lettre 92 dans Fers Glevigern. (Note du traducteur.) _ ' (2) (Je personnage de Wnwerley est cité dans le même ouvrage (Fiction, Fair ¤¤d Feul)? M3. (Note du traducteur.) t -. , (3) Voir e même ouvrnge§ 109 et l 9. (Note du traducteur.) ` ‘ LES LYH I [79 l’héroïsme que par leur courage et leur foi, unis à une puissance intellectuelle vigoureuse mais inculte ou qu’ils appliquent de travers; tandis que ses caractères de jeunes gens sont les nobles jouets d’un sort fantasque et c’est seulement grâce à l’aide (ou aux hasards) de ce sort qu’ils survivent, sans les vaincre, aux épreuves qu’ils endurent passivement. D’un caractère discipliné, ou constant, ardemment attaché à un dessein sagement conçu, ou en lutte contre les manifestations du mal ennemi, net- tement déflé et résolument vaincu, il n’y a pas trace dans ses créations de jeunes hommes. Tandis que dans ses types de femmes, dans les caractères d’Ellen Douglas, de Flora Mac Ivor, de Bose Bradvvardine (1), de Catherine Seyton (2), de Diane Vernon (3), de Lilia Redgauntlet (lt), d’Alice Bridgenorth (5) , d’Alice Lee et de Jeanie Deans (6), avec d’inünies variétés de grâce, de tendresse et de puissance intellectuelle, nous trouvons tou. r jours un _sens infaillible de dignité et de justice; un esprit de sacrifice inaccessible à la crainte, prompt, infatigable, se dévouant à la simple appa- _ rence du devoir, à plus forte raison à l’appel d’un . devoir véritable; et, enfin, la patiente sagesse des (1) Sur Rose Bradwnrdine (personnage de vx Wawerley »), voir a Fiction, Fair and Foul » § zo. (Note du traducteur.) (4) Sur Catherine Seyton (personnage de « l’Abbé »), voir le ‘ même ouvrage, § 21. (Note du traducteur.) (3) Sur Diane Vernon (personnage de « Rob Roy »), voir le même ouvrage, § 22. (Note du traducteur,) (4) Sur Bedgnuntlet, voir le même ouvrage, passim, (5 Sur ce prénom d’Alice, voir même ouvrage, §1g, note 5 · , (Alice Bridgenorth est un personnage de Pevcril du Pic, Alice Lee ‘ e Woodstock). (Note du traducteur.) N (6) Sur Jenny Denns, voir le même ouvrage, § 113. (Note du tra- ducteur.) ' · . ISO SÉSAME ET LES LYS ‘· `aiïections longtemps contenues qui fait infiniment plus que protéger leurs objets contre une erreur passagère; peu à peu elle façonne, anime et exalte à les caractères des amants indignes, si bien qu’à la fin de l’hist0ire nous sommes tout juste capables, et pas plus, d’av0ir la patience d’éc0uter leurs suc- cès immérités. De sorte que toujours, avec Scott comme avec . Shakespeare, c’est la femme qui protège, enseigne et guide le jeune homme; et jamais, en aucun cas, ce n’est le jeune homme qui protège ou instruit sa ~ maîtresse. 60. Prenez maintenant, quoique plusbrièvement, de plus graves témoignages ·— ceux des grands Italiens et des Grecs. Vous connaissez bien le plan ; ' du grand poème de Dante —c’est un poèmed’amouI‘ Q, , qu’il adresse à sa Dame morte; — un chant de - bénédiction à celle quia veillé sur son âme. S’incli—· f nant seulement jusqu'à la pitié, jamais à l’am0ur, elle le sauve pourtant de la destruction,-le sauve î} ` de l’enfer. Il va se perdre, pour l’éternité,dans son désespoir; elle descend du ciel à son aide, et,pendant toute la durée de l’ascension au'Paradis, est son e maître, se faisant pour lui Pinterprète des vérités , les plus ardues, divines et humaines; et, en ajoutant f _ · les réprimandes aux réprimandes,lec0nduitd’ét0ile , —· · V en étoile (1). t _ · —, »

 Je n’insisterai pas sur la conception de Dante; i È

_ ssi je commençais, je ne pourrais finir; d’ailleurs ; °

 J · (Q) Sur cette ascension de Dante àla suite de Béatrice, voir Lucie    

j lîâlzglgzgïâûrleî Femmes dans ~1’œuvre de Daute,pp. 226-280. '(Notc _`·' A

 \   ·'   , Y ' vx"; Les mrs ISI "

vous pourriez penser qu’elle n’est que le rêve arbi- · traire ——- et isolé ·-— d’un cœur de poète. Aussi ._ je veux plutôt vous lire quelques vers d’un ouvrage sûrement composé par un chevalier de Pise en l’honneur de sadame vivante,pleinementcaractéris- tiques de la sensibilité des hommes les plus nobles du xm° siècle ou du commencement du xrvs, con- servé entre tant d’autres semblables témoignages del’l1onneur et de l’amour chevaleresques que Dante Ptossetti a recueillis pour nous chez les anciens poètes italiens : — ` « Car voyez! ’ta loi ordonne Que mon amour soit manifestement De te servir et honorer : Et ainsi fais-je; et ma joie est parfaite, D’être accepté pour le serviteur de ta règle (1). A peine reçu, je suis dans le ravissement Depuis que ma volonté est ainsi dressée A servir, ô fleur de joie, ton excellence. ' . Ni jamais, semble-t-·il, rien ne pourra plus éveiller _ w — Une peine ou un regret. ‘ —_ Mais en toi prend son appui chacune de mes pensées et , V de mes sensations I Parce que de toi toutes les vertus jaillissent _

 V Comme d’une fontaine.

g Ce qu’x'l y a dans lesdons que tufuis, c’cst la meilleure et la plus profitable sagesse Avec l’h0rmeur· sans défaillance. ' '

 ` En toi chaque souverain bien habite séparément .
 _· Plemplissant la perfection de ton empire.
   Dame, depuis que j’ai reçu ta plaisante image dans mon

ny . _ `· _ ' 4 cœur 5:; _ A Ma vie s’est1s0lee ' ’

`s"··` ·— '· · ' [ ,

Q -_.· ~·(i)«·I·tien ne vaut la douceur de son s t `té. B d 1 ' ;· ` ` M§4'(N0œ- dnu_u_ûductcur.)’t,ai l Ipqpl . 11 vr: »( au caire ) _ V

 A l- f' ' V ' «   ~ 183 _ SÉSAME ET LES LYS

Dans une brillante lumière, au pays de vérité. Elle qui jusqu’alors, à vrai dire, Avait tâtonné au milieu des ombres d’un lieu obscur Et pendant tant d’heures et de jours Avait à peine gardé le souvenir du bien. Mais maintenant mon servage Thppartient, etje suis plein de joie et de repos. C’est un homme que de la bête sauvage Tu as tiré, depuis que par ton amour je vis. » 61. Vous pensez peut-être qu’un chevalier grec n’aurait pas placé la femme aussi haut. que cet amant chrétien. Sa soumission spirituelle à ses lois n’aurait pas été sans doute aussi absolue; mais pour ce qui est de leurs caractères, c’est seulement parce que vous n’auriez pu me suivre aussi aisé- ment, que je n’ai pas pris les femmes de l’anti- quité grecque au lieu de celles de Shakespeare; et par exemple comme suprême idéal, comme type de la beauté et de la foi humaines, le simple cœur de mère et d’ép0use, d’Andromaque ; la sagesse divine et pourtant rejetée de Cassandre; la bonté enjouée et la simplicité d’une existence de princesse, chez Pheureuse Nausicaa; la calme vie de ménagère de Pénélope pendant qu’elle épie au loin la mer; la piété patiente, intrépide et le dé- A vouement sans espoir dela sœur et de la fille chez Antigone; la tete inclinée d’Iphigénie silencieuse , comme un agneau; et enfin l’attente de la résur- rection (1) rendue sensible à l’âme grecque quand _ revint de son propre tombeau cette Alceste qui, g V (1) Les mots ala résurrection d’A1ceste» se trouvent plusieurs fois - dans··Ruskin. Cf. The Queen of the nir, III, ga, Pleasures of En- - gland; IV. (Note du,traduotcur.)) ~ · a- qu /‘,· ws mrs 183 pour sauver son époux, traversa sereinement l’a- mertume de la mort. 62 . Maintenant je pourrais accumuler devant vous témoignages sur témoignages, si _j’en avais le temps. Je prendrais Chaucer et je vous montreraxs pourquoi il écrivit une légende des Bonnes Fem- mes (1); maisnon une légende de Bons Hommesnle prendrais Spencer et vous montreruis comment ses féeriques (2) chevaliers sont quelquefoxs trompés, et quelquefois vaincus ; mais l’âme d’Ur1 nest jamais obscurcie et Yépée de Brintomart n’est jamais brisée. Bien plus, je pourrais remonter en arrière jusqu’à Fcnseignement mythique des plus anciens âges et Vous montrer comment le grand peuple - dont il avait été écrit que c’est par une de ses Princesses ue serait élevé le Lévislateur de ll _ ao toute la terre (3), et non par une Femme de sa race, —-— comment ce grand peuple Egyptien, le plus sage de tous les peuples (lt), donna à l’Esprit de la ·_ Sagesse la forme d’une Femme; et dans sa main, comme symbole, la navette de la fileuse; et com- ^ ment le nom et la forme de cet esprit, adopté, I adoré et obéî par les Grecs, devint cette Athena _i (1) Ouvrage de Chaneer imite des Héroïdcs d’Ovide et des hagi0— ·` qgraphies chrétiennes. Dix-neuf héroïnes devaient prendre place dans

 ëcet ouvrage qui, resté incomplet, n’en comprend que neuf. (Note du

QL `(traductcur.) · L' ' (2-) allusions à_ la <¢ Fairy queen ~»` de Spencer (1589-1596). Le

 chcvaherde la (§r01x·Bouge notamment est d abord par les e¤cha11· _

agr] temcnts d’Arclnmàgus séparé d’Una. (Note du traducteur.) ·',·~ Q (3) Moïse, Cf. Exode, n. (Note du traducteur.) i

 A ‘ Z;-) Cf. Bzbte d'A_mœns : « L’Egypte fut pour tous les peuples la

gfypmere de _1a geomètrie, de Pastronomie, de llarchîtècture et de la ‘

 qhev<aler1e... Elle fut lféducatriee de Moïse et Phôtesse du Christ xt
 r`,'·~ (lll;¤¤7) et le bgaujnorceau sur l’Egypte,artistiquect uerrière dans

É*Lj!È,il¤.'*-çeuron¤e_‘d«0lw1èrj·sauvagc,·H5 a Guerre, (Note câutraducteurt) M ISI; SÉSAME ET 1.Es LYS au rameau d’olivier et au bouclier de nuages, à la foi en qui vous devez, en descendant jusqu’à ce jour, tout ce que vous tenez pour le plus précieux en art, en littérature, ou en modèles de vertu na- tionale. 63. Mais je ne veux pas m’égarer dans ces régions lointaines et mythiques; je veux seulement vous demander d'accorder sa légitime valeur au témoi- gnage de ces grands poètes et des grands hom- mes du monde entier, d’acc0rd, comme vous le r voyez, sur ce sujet. Je veux vous demander si l’on peut supposer que ces hommes, dans les œuvres capitales de leurs vies, n’ont fait que jouer avec des idées purement fictives et fausses sur les rela- tions de l’homme et de la femme; que dis-je? bien pires que fictives ou fausses ; car une chose peut être imaginaire et cependant désirable, si tou=· tefois elle est possible, mais cela, leur idéal de la femme,n’est, d’après notre habituelle conception des j relations du mariage, rien moins que désirable. La femme, disons-nou, ne doit ni nous guider, niseu- lement penser par elle-même. L’homme doit être _ toujours le plus sage; c’est à lui d’être la pensée, A la loi, c’est lui qui Pemporte par la connaissance, et par la sagesse, comme par la puissance. ' 6l;. N’est-il pas de quelque importance de nous faire une opinion sur cette question ? Sont-ce tous '· j ces grands hommes qui se trompent ou nous ? Sha-« ” kespeare et Eschyle, Dante et Homère ne font-Q È ils qtfhabiller des poupées pour nous;`ou, pire , que des poupées, des visions hors nature dont la réalisation, si elle était possible, amènerait jlëniargïïlî Les cvs 185 chie dans tous les foyers et ruinerait l`afi`ection dans tous les cœurs? Mais, si vous pouvez supposer cela, consultez enün l’évidencc des faits, telle que nous la fournit le cœur humain lui—même. Dans tous les âges chrétiens qui ont été remarquables par la pureté ou par le progrès, il y eut l’absolue dé- votion d'une fanatique obéissance vouée par Pa- mant à sa maîtresse, Je dis obéissance; non pas seulement un enthousiasme et un culte purement imaginatifs; mais une entière soumission, recevant de la femme aimée, si jeune soit-elle, non seule- ment l’encouragement,la louange et la récompense du labeur, mais, dans tout choix difficile à faire ou toute question ardue àtrancher, la direction de tout labeur. Cette chevalerie aux abus et à la dégrada- tion de laquelle nous pouvons faire remonter la responsabilité de tout ce qui s’est produit depuis de cruel dans la guerre, d’inj uste dans la paix, de corrompu et de bas dans les relations domestiques; dont l’originale pureté et la puissance organisèrent la défense de la foi, de la loi et de l’am0ur ; cette chevalerie,dis-je, donnait comme base à sa concep- tion d’une vie d’honneur la soumission du jeune chevalier aux ordres -— même si ces ordres étaient dictés par un caprice —-— de sa dame. Et cela,parce ' que ceux qui la fondèrent savaient que la première et indispensable impulsion d’un cœur vraiment ' instruit et cbevaleresque se trouve dans une aveugle hohéissance à sa dame; que là où cette vraie foi et .l cet esclavage ne sont pas, seront toutes les pas-

 sions perverses et malfaisantes; et que dans cette
 obéissanpe ravie à l’unique amour de sa jeunesse

d_·~·' A i _ · _ _ · i, 186 SÉSAME nr mas rvs est pour tout homme la sanctification de sa force et la continuité de ses desseins. Et cela non qu’une telle obéissance reste tutélaire ou honorable, si elle est rendue à celle qui en est indigne; mais parce qu’il devrait être impossible à un jeune homme vraiment noble —— et qu’il lui est,de fait, impossible s’il a été formé au bien-- d’aimer une femme aux doux avis de qui il ne pourrait se fier, ou dont les ordres suppliants pourraient le laisser hésitant à leur obéir. 65. Je rfargumenterai pas davantage la-dessus, car j’estime que c’est à la fois à votre expérience qu’il faut laissera connaître de ce qui fut et à votre cœur, de ce qui doit être. Vous ne pensez certai- nement pas que la coutume pour le chevalier de se faire agrafer son armure par la main même de sa dame était le simple caprice d’une mode romanes- que. C’est le symbole d’une vérité éternelle -- que l’armure de l’âme ne tient jamais bien cœur si ce n’est pas une main de femme qui l’a attachée. Et c’est seulement si elle l’a attaché trop lâche que l’honneur de l’l10mme fléchit. — Ne connaissez-vous pas ces vers charmants ? Je voudrais les voir sus par toutes les jeunes femmes ' d’A¤gleterre : cc Ah l la femme prodigue — elle qui pouvait A SB CIOUCB PEPSODDC HICHPB SOR prix Sachant qu’il n’avait pas à choisir, mais àupaper, Comment a··t-elle vendu au rabais le Paradis . Comment a-t-elle donné pour rien son présent sans prix, p Comment a-t-elle pillé le pain et gasplllé le vin, LÈS LYS 187 Qui, consommés l’un et Pautre avec une sage économie, De brutes auraient fait des hommes, et d`hommes des dieux  » 66. Tout ceci, concernant les relations des amants, je crois que vous Paccepterez volontiers. Mais ce dont nous doutons trop souvent, c’est qu’il soit bon de continuer ces relations pendant toute la durée de la vie. Nous pensons qu’elles conviennent entre amant et maîtresse, non entre mari et femme. Cela revient à dire que nous pensons qu’un respectueux et tendre hommage est dû à celle de Faffection de ` qui nous ne sommes pas encore sûrs, et dont nous ne discernons que partiellement et vaguement le caractère; et que le respect et Fhommage doit dis- paraître quandl’affection, tout entière, sans restric- tion est devenue nôtre, et quand le caractère a été par nous si bien pénétré et éprouvé que nous ne craignons pas de lui confier le bonheur de notre vie. Ne voyez-vous pas ce que ce raisonnement a de vil autant que d’absurde‘? Ne sentez-·vous pas que le mariage,partout où il y a vraiment mariage, n’est rien que le sceau et ia consécration du passage d’un éphémère à un indestructible dévouement et d’un inconstant à un éternel amour? 67. Mais comment, demanderez-vous,l’idée d’un rôle de guide pourla femme est-elle conciliable avec l’entière soumission féminine ‘? Simplement 811 ce que ce rôle est de guider vers le but et non de le (1) Covontry Patmore. Vous ne pourrez jamais le lire assez sou- vent ni assez attentivement; autant que je sache il est le seul poète VIVBIIÈ qui toujours fortiiîe et épure; les autres quelquefois assom- brissent etpresque toujours déprimant et découragent les imagina- txons dont 1 s se sont facilement emparés. tNote de l'Hl.li·C\ll'.) 188 SÉSAME ET LES LYS déterminer. Laissez-moi vous montrer comment ces deux pouvoirs me paraissent devoir être distingués I’un de l’autre. Nous sommes absurdes et d’une absurdité sans excuse quand nous parlons de « la supériorité » d'un sexe sur l’autre, comme s’ils pou- vaient être comparés en des choses similaires. Cha- cun possède ce que l’autren’a pas; chacun complète l’autre et est complété par lui; en rien ils ne sont semblables, et le bonheur et la perfection de cha- cun a pour condition que l’un réclame etreçoive de l'autre ce que seul il peut lui donner. 68. Voici maintenant leurs caracteres distinctifs. Le pouvoir de l’homme consiste à agir, à aller de l’avant, à protéger. Il est essentiellement l’être d’action, de progrès, le créateur, le découvreur, le défenseur. Son intelligence est tournée à la spécu- lation et à l’invention, son énergie aux aventures, â. la guerre ct à la conquête,partout où la guerre est juste et la conquête nécessaire. Maislapuissance de la femme est de régner, non de combattre, et son intelligence n’est ni inventive ni créatrice, mais tout entière d’aimable ordonnance, d’arrangement et de décision. Elle perçoit les qualités des choses, leurs aspirations, leur juste place. Sagrande fonc- - tion est la louange.Elle reste en dehors dela lutte, mais avec une justice infaillible décernela couronne dela lutte. Par son office et sa place, elle est pro- tégée du danger et de la tentation.L’homme, dans son rude labeur en plein monde, trouve sur son chemin les périls et les épreuves de toute sorte ; à lui donc les défaillances, les fautes, 1’inévitable erreur, à lui d’être·blessé ou vaincu, souvent éga- mas mrs 189 ré, et toujours endurci. Mais il garde la femme de tout cela.Au dedans de sa maison qu’elle gouverne, à moins qu’elle n’aille les chercher, il n’y a pas de raison qu’entre ni danger, ni tentation, ni cause d’erreur ou de faute. En ceci consiste essentielle- ment le foyer qu’il estlc lieude la paix, le refuge non seulement contre toute injustice, mais contre tout effroi, doute et désunion. Pour autant qu’il n’est pas tout cela,il nlestpas le foyer; si les anxié- tés de la vie du dehors pénètrent _jusqu’à lui, si la societé frivole du dehors, composée d’inconnus, d’indifférents ou d’eunemis, reçoit du mari ou de la femme la permission de franchir son seuil, il cesse d’être le foyer. Il n’est plus alors qu’une partie de ce monde du dehors que vous avez couverte d’un toit, et où vous avez allumé un feu. Mais dans la mesure où il est une place sacrée, un temple ves- talien, un temple du cœur sur qui veillent les Dieux Domestiques devantila face desquels ne peu- vent paraître que ceux qu’ils peuvent recevoir avec amour, pour autant qu’il est cela, que le toit et le feu ne sont que les emblèmes d’une ombre et d’uue flamme plus nobles, Vombre du rocher sur une terre aride (1) et la lumière du phare sur une mer démontée; pour autant iljustifie son nom et mérite sa gloire de Foyer. Et partout où va une vraie épouse, le foyer est toujours autour d’elle. Il peut n’y avoir au-des- sus de sa tête que les étoiles ;il peut n’y avoir à ses pieds d’autre feu que le ver luisant dans l’l1erbe humide de la nuit; le foyer n’en est pas moins par- _ (1) Allusion à Isaïe, xxxxi, 2. (Note du traducteur.) I2. xgo seems m Les ms tout où elle est; et pour une femme noble il s’é- tend loin autour d’elle, plus précieux que s’xl était lambrissé de cèdre (1) ou peint de vermillon, répandent au loin sa calme lumiere, pour ceux qui sans lui n’auraient pas de foyer. ôg. Telle, donc, je crois être, et ne voulez-vous pas reconnaître qu’elle l’est en effet, la vraie place et le vrai rôle de lafexnme. Mais ne voyez-vous pas que, pour les remplir, elle doit —— autant qu’on peut user d'un pareil terme pour HUB créature hu- `maine,—être incapable d’erreur? Aussi loin qu’elle règne, tout doit être juste, ou rien ne l’est. Elle doit être patiemment, mcorruptiblement bonne; instinctivement, infailliblement sage -— sage non en vue du developpement d’elle·même, mais du renoncement a elle—même : save, non our se mettre . . G . . . . . au-dessns de son mari, mais pour ne Jamais faiblir a son coté; sage non avec l étrmtesse d un orgueil insolent et sec, mais avec la douceur passionnée d’un dévouement modeste, infiniment variable parce qu’il peut s’appliquer à tout — la vraie mo- bilité de la femme. Dans son sens profond « La Donna e mobile (2) », mais no11 pas « Qual piùm’al vente »'; elle n’est pas non plus « variable comme l’ombre faite par le tremble léger et frisso nnant (3) », mais variable comme la lumière, que multiplie sa (r) allusion à Jérémie, xxu, xl. E « Mallieur a qui dit _: T Je me l')â.l.ll‘3.l UDC Pâlldô D'l8lS0l1 et dCS ctn CS blûll HOTES et (11 S OFCE È _ gi > il Y; pes fenâêtrespux la lambrisse de cèdre, et qui la peint de vermil on.» 1 ote u tra ucteur.) . · _ (2) Rigoletto. (Note du traducteur.) ' (3) Walter Scott (Marmion, 6· chant, stance 30). Référence du Bulletin de l'Un1on pour Faction morale, n¤ du 1¤' janvier :896. - (Note du traducteur.) ` LES LYS I9I pure et sereine réfraction afin qu’elle puisse s’em- - parer de la couleur de tout ce qu’elle touche et Fexalter. 70. J’ai essayé jusqu’ici de vous montrer quelle devrait être la place et quel le rôle de la femme. Nous devons maintenant aborder un second point: quel est le genre d’éducation qui l rendra capable de les remplir. Et sirvous trouvez vraie la concep- tion de son office et de sa dignité que je vous ai exposée, il ne sera pas difficile de tracer le plan de Féducation qui la préparer:-1 à l’un et l`élèvera· jusqu’à l’autre. E Le premier de nos devoirs envers elle, —— aucune personne raisonnable ne peut en douter--est de lui assurer une éducation et des exercices physiques · qui afiermissent sa santé et perfectionnent sa beauté; le type le plus élevé de cette beauté étant impossible à atteindre sans la splendeur de l’activité physique et d’une force délicate. Perfectionner sa beauté, dis-je, et en accroître le pouvoir; elle ne _ peut être trop puissante ni répandre trop loin sa lumière sacrée; seulement rappelez-vous que la liberté des mouvements du corps est impuissante à produire la beauté sans une liberté correspon- dante du cœur. Il est deux passages d’un poète (1) W qui se distingue, il me semble, entretous —— non L par sa puissance, mais par son exquise vérité, et î qui vous montreront la_ source et vous décriront

  1. ,24sÈÉîîi‘§2°ÃÉȤÃî”c¤î§‘§,îBî’Sîll‘.l”î..aX.‘É£l.Éî âanîpîlîëîîîaî ‘

p t .g`:êpe:1lpq Foul u, § 80 (On thepdld Road, 3• volume.) (Note du tra- I I92 sésame nr Les ms enipeu de mots tout Paceomplissement dela beauté féminine. Je vais vous lire les strophes mtroduc- trices, mais la dernière est la seule sur laquelle je llüllllô à appeler SpÉCl&l8KIlBHlL VOIFG 3ll,CIllL1OI1 Z L « Trois ans elle crût sous le soleil et Fondée. Alors Nature dit : « Une plus aimable fleur Sur terre ne fut jamais semée ; _ Cette enfant pour moi-même je prendrai ; Elle sera mienne, et je formerai ~ Une dame issue de moi seule. Moi-même pour ma chérie je serai _ ‘ A la fois la loi et l’impulsion ; et avec lmoi La fillette, dans le rocher et dans la plaine, Dans la terre et le ciel, dans la clairière et le bocage, Sentira à veiller sur elle un pouvoir Tantôt excitateur et tantôt réprimant. Les flottants nuages leur majesté prêteront · A elle, pour elle le saule se courbe; Ni elle ne manquera de discerner _ Même dans le mouvement de la tempête La grâce qui moulera ses Formes de jeune fille Par une silencieuse sympathie, Et des sentimentsvitauœ de joie ` Elèveront sa forme jusqu’à une royale stature, Gonfleront son sein virginal ; De telles pensées à Lucie je donnerai Pendant qu’elle et moi ensemble nous vivrons Ici dans cet heureux vallon. » « Des sentiments vitaux de joie »,remarquez-le. ll y a de mortels sentiments de joie ; mais ceux · _ qui sont naturels sont vitauxmécessaires à la vraie vie. . Et ils seront des sentiments de joie, s’ils sont vi- » taux. Nc croyez pas pouvoir rendre une jeune fille C gracieuSe,si vous ne la rendez pas heureuse. Il n’y 3 PRS UBC C0llll‘31l'll,·€ .lIllPOSéB 8.llX .bOIlS SBIll·ll'IlBI1lS naturels d’une jeune fille —— il n’y a pas d’obstacle mis à ses instincts d’amour ou d’effort — qui ne reste indélébilement écrit sur ses traits, avec une dureté qui est d’autant plus pénible qu’elle ôte leur éclat aux yeux de l'innocence et son charme au front de la vertu.

71. Voilà pour les moyens; maintenant notez bien la fin. Empruntez au même poète une parfaite description de la beauté de la femme.

« Une contenance en laquelle se rencontrent
De doux souvenirs, des promesses aussi douces. >>

Le charme parfait d’une contenance de femme peut consister seulement en cette paix majestueuse qui est fondée sur le souvenir des années heureuses et utiles, pleines de doux souvenirs; et de son union avec cette jeunesse peut-être plus émouvante qui contient encore le germe de tant de renouvellements et de tant de promesses,au cœur toujours ouvert, modeste à la fois et brillante de l’espoir de choses meilleures à acquérir et à donner. Il n’y a pas de vieillesse tant que subsistent ces promesses.

72. Ainsi donc, vous avez premièrement à modeler son enveloppe physique, et ensuite, quand la force qu’elle acquerra vous le permettra, à remplir et pétrir son esprit avec toutes les connaissances et toutes les pensées qui pourront tendre à affermir son instinct naturel de la justice et affiner son sens inné de l'amour. Toutes les connaissances devront lui être données qui la rendront plus capable de comprendre l’œuvre de l’homme et même d’y aider; et cepen- igâ si-Esazixis mr Les LYS dant elles devront lui être données non en tant que connaissances ——- non comme si cela lui était ou pouvait lui être un but que de connaître; il n’en est d’autre pour elle que sentir et Juger; il n’est aucunement important en tant que ce pourrait être. une raison cl’orgueil ou d’une plus grande perfec- tion en elle, qu’elle sache plusieurs langues ou une seule; mais il l’est infiniment, qu’elle soit capable de montrer de la bonté à un étranger, et de com- ` prendre la douceur des paroles d’un étranger. Il n’est aucunement important pour sa propre valeur ou dignité qu’elle soit versée dans telle ou telle science· mais il l’est infiniment u’elle uisse être ’ . élevée dans des habitudes de pensee exactes; qu’elle puisse comprendre la signification, la nécessité et la beauté des lois naturelles; et suivre au moins un des sentiers des recherches scientifiques jusqu’au seuil de cette amère Vallée d’Humiliati0n (1), dans laquelle seuls les plus sages et les plus courageux des hommes peuvent descendre , se tenant eux- mêmes pour d’éternels enfants, ramassent des galets sur une grèveinlinie (2). Il est depcu de conséquence (1) Cf., dans la Bible, la Vallée de Bénédicli0n(lI Chroniques,xx, 26), la vallée de Destruction (Joel, 11, 1l;, etc.), Mais l allusion est ici bien plus directe, à la vallée symbolique que doit traverser Chrétien, dans le Pilgrims progress du chaudronnier Tout est allé- gorie (un homme perfide, Sagesse mondaine, un homme secourable, Evangéliste, tentent de perdre et de sauver Chrétien, tandis que Maniable s’embourbe dans le marais du Découragement, etc.) dans ce livre auquel Buskin fait souvent allusion. (Note du traducteur.) (2) Allusion auParadis rcconquis deMilton : « Comme des enfants ramassent des galets sur la grève. ia D’où(nous dit la « Library Edi- _ tion n), cette parole de Newton qu’il << n’était qu’un enfant jouant sur le rivage de la mer etsüamusant après un galet d’un autre galet, Les mrs 195 qu’e}le sache la situation géographique d’un plus ou moins grand nombre de villes, ou la date de plus ou moins d’événements, ou les noms de plus ou moins de personnages célèbres ; ——-· ce n’est pas le but de l’éducati0n de convertir la femme en diction- naire; mais il est profondément nécessaire qu’on lui ait appris à pénétrer avec sa personnalité entiere dans l’histoire qu’elie lit; à garder de ses passa- ges une peinture vraiment vivante, dans sa bril- lante imagination; à saisir avec sa finesse instinc- tive le pathétique des faits eux-mêmes et le tragi- que de leur enchaînement que l’historien fait dispa- raître trop souvent sous des raisonnements qui les éclipsent et par la manière dont il prend soin de les disposer ; -—·— c’est son rôle à elle de suivre à la trace l’équité voilée des divines récompenses et de débrouiller du regard, à travers les ténèbres, Pécheveau du fil de feu qui unit la faute au châti- ment. Mais par-dessus tout, on devra lui apprendre "`A à étendre les limites de sa sympathie à cette his- l toire qui se fait pour toujours tandis que s’écou- t lent les moments où paisiblement elle respire; et § aux malheurs de notre temps qui, s’ils n’étaient pas, comme il le faut, pleures par elle, ne pour- raient plus revivre un jour. Elle doit s’exercer elle- ‘ même à imaginer quel en serait l’efï`et sur son âme et sur sa conduite, si elle était chaque jour mise en · présencede la souffrance qui n’est pas moins réelle parce qu’elle est cachée à sa vue. On devra lui _ apprendre à, mesurer un peu le néant du petit monde _ des coquillages après les coquillages, tandis que le grand océan de vérité s’étcndait au loin, inaccessible. » (Note du traducteur.) . E * i · Je <¢ ·'·. SÉHAME ET LES LYS où. elle vit et aime, par rapport au monde où Dieu vit et aime (1); et solennellement on devra lui ap- prendre à s’efi'orcer que ses pensées religieuses ne s’atl'aiblissent pas en proportion du nombre de ceux u’elles embrassent et ue sa rière ne soit as q ' l ` llq` l ' l l t moins arc ente que si e e imp orait e sou agemen d’un mal immédiat pour son mari ou son enfant, ` les multitudes de ceux ui quand elle la dit pour A q n’ont personne pour les aimer, quand c’est la prière « pour ceux qui sont désolés et accablés(2) ». 73. Jusqu’ici, je le crois, _j’ai rencontré votre assentiment; peut-être ne serez-vous plus avec rnoi dans ce que Je crois d’une 1mpér1euse necessxte de ( vous dire. ll est une science dangereuse pour les r fe1nmes——une science qu’on doit les mettre en garde ( de toucher d’une main profane - celle dela théolo- , gie. Etrange, et lamentablement étrange! que pen- l dant qu’elles sont assez modestes pour douter de leurs capacités ets'arrête1· sur le seuil de sc1ences où chaque pas est assuré et s’appuie sur des démons- . trations, elles plongent la tête la première, et sans un soupçon de leurincompétence, dans cette science devant laquelle les plus grands hommes ont trem- ble, où se sont égarés les plus sages. Etrange, de les voir complaisammentet orgueilleusemententas- ser tout ce qu’il y a de vices et de sottise en elles, d’arrogance, d’impertinence et d’aveugle incompré- hension, pour en faire un seul amer paquet de myr- rhe sacrée. Etrange, pour des créatures nées pour _ (1) Allusion à Tennysonz «Dicu qui toujours vit et aime. » (Note — du traducteur.) (z) Prayer book. · LES LYS 197 être l’Amour visible, que, là où elles peuvent le moins connaître, elles commencent avant tout par condamner et pensent se recommander elles- mêmes auprès de leur Maître, en se hissant sur les degrés de Son trône de Juge pour le partageravec Lui. Plus étrange que tout, qu’elles se croient gui- dées par l’Esprit du Consolateur dans des habitu- des d’esprit devenues chez elles de purs éléments de désolation pour leur foyer et °qu’elles osent convertir les Dieux hospitaliers du Christianisme en de vilaines idoles de leur fabrication; poupées spiri- tuelles qu’elles attiferont selon leur caprice, et desquelles leurs maris se détourneront avec une ~ méprisante tristesse de peur d’ètre couverts d’im- précations s’ils les brisaient. _ gl;. Je crois donc, apart cette exception, qu’une éducation de jeune fille comporte, comme classes et comme programmes, à peu près les mêmes études 6 qu’une éducation de jeune homme, mais dirigées dans un esprit entièrement différent. Une femme, quel que soit son rang dans la vie, devrait savoir tout ce que son mari aura vraisemblablement a savoir, mais elle doit le savoir dinmautre manière. Lui doit posséder les principes, et pouvoirapprofon- dir sans cesse, là ou elle n’au1·a que des notions générales et d’un usage quotidien et pratique. Non qu’il ne puisse être souvent plus sage pour les hom- mes d’apprendre les choses selon cette méthode en queique sorte féminine, pour les besoins de chaque jour, et d’aller chercher de préférence les instru-· ~ · ments de discipline et de formation de leurs esprits V dans les études spéciales qui, plus tard, pourront X98 suaama ET LES LYS I leur servir dans leur profession.Mais d’une manière générale un homme devrait savoir toute langue ou toute science qu’il apprend, àfoud ; -- tandis qu’une femme devrait savoir de la même langue ou science seulement ce qu’il lui faut pour être capable de sympathiser avec lesjoies de son mari et avec celles de ses meilleurs amis. il 75. Cependant, remarquez-le, elle ne doit tou-

cher à aucune étude qu’avec une exactitude exquise.

Il y a une immense différence entre des connais- sauces élémentaires et des connaissances super- ficielles, entre un ferme commencement et un in- firme essai de tout embrasser. Une femme aidera toujours son mari par ce qu’elle sait, si peu de chose qu’elle sache ; mais par ce qu'elle sait à moi- tié ou de travers, elle ne fera que Pagacer. Et en réalité s’il devait y avoir quelque différence ` entre une éducation de fille et une de garçon, je dirais que des deux la jeune fille devrait être diri- gée plus tôt, comme son intelligence mürit plus vite, vers les sujets profonds et graves ; que le genre de littérature quilui convient est non pas plus frivole, mais au contraire moins; déterminé en vue ` d’ajouter des qualités de patience et de sérieux à ses dons naturels de piquante pénétration de pen- sée et de vivacité d’esprit ; et aussi de la mainte-· ` nir à une altitude et dans une pureté de pensée très grandes. Je n’entre maintenant dans aucune ques- ·‘ , tion de choix de livres. Assurons-nous seulement qu’ils ne tombent pas en tas sur ses genoux du ' paquet du cabinet de lecture, humides encore de la dernière et légère écume de la fontaine de la folie. . LES LYS 199 76.Ni même de la fontaine de l’esprit; car,pour ce qui concerne cette tentation maladive de lire des romans, ce n’est pas tant ce qu’il y a de mauvais dans le roman lui-même que nous devons craindre que l’intérêt qu’il excite. Le roman le plus faible n’estpas aussi malsain pour le cerveau que les bas- ses formes de la littérature religieuse exaltée, et le plus mauvais roman est moins corrupteur que la fausse histoire, la fausse philosophie et les faux écrits politiques. Mais le meilleur roman devient dangereux, si, par Yexcitation qu’il provoque, il rend inintéressant le cours ordinaire de la vie, et développe la soif morbide de connaître sans profit pour nous des scènes dans lesquelles nous ne serons jamais appelés à jouer un rôle. l 77. Je parle des bons romans seulement ; et notre moderne littérature est particulièrement riche _' en de tels romans, dans tous les genres. Bien lus, en effet, ces livres sont d’une utilité réelle, n’étant

 rien moins que des traités d’anatomie et de chimie

du morales; des études de la nature humaine consi- ` ·— déree dans ses éléments. Mais j’attache une mince importance à cettefonction; ils ne sont presque p jamais lus assez sérieusement pour qu’il leur soit » permis de la remplir. Le plus qu’ils puissent faire _,it habituellement pour leurs lectrices est d’accroître qquelque peu la douceur chez les charitables et

 l’amertume chez les envieuses 5 car chacune trou-
 vera dans un roman un aliment pour ses disposi-

zïlitions innées. Celles qui sont naturellement orgueil- i leuses et jalouses apprendront de Thackeray à

 mépriser Yhumanité ; celles qui sont naturelle- ment bonnes, à la plaindre; et celles qui sont naturellement légères, à en rire. De même les romans

peuvent IIOUS rendre un très grand Service spirituel, en faisant vivre devant nous une vérité humaine que nous avions jusque-là obscurément conçue ; mais la tentation du pittoresque dans la composition est si grande que, souvent, les meilleurs auteurs de fictions ne peuvent y résister; et le tableau qu’ils nous donnent des choses est Sl forcé, ne montre tellement qu’un côté des choses que sa vivacité même est plutôt un mal qu’un bien.

78. Sans pour cela prétendre le moins du monde à essayer ici de déterminer à quel point la lecture des romans doit être permise, laissez—mo1 du moins vous affirmer très clairement ceci, que, — quels que soient les ouvrages qu’on lise, que ce soit des romans, de la»poésie ou de l’histoire -·-· ils devront être choisis non parce qu’on n’y trouve rien de mal, mais pour ce qu’ils contiennent de bien.Le mal que le hasard a pu éparpiller, çà et là, ou cacher dans un livre puissant ne fera jamais de mal à une noble fille (1); mais le vide

(1) Ces préceptes, Ruskin ne les a peut-être trouvés que dans sonintelligence, ils sont plus émouvants pour nous qui les avons vuvivre, qui les avons recueillis sacrés et vivants ayant traverse des générations en passant d’une pensée à une autre pensée (de la peut see de la mère éducatrice à la fille éduquée) ou ils s’inc0rpora1e¤t, shssimiluient, dirigeant et modifiant les fonctions de la vie spirituelle. Nous les avons recueillis dans le cœur infiniment pur, dans l’intelligence infiniment noble de femmes qui avaient été élevées d’a res eux par des mères trop pures aussi pour craindre le mal pour elles-mêmes ou pour leurs Elles, trop élevées d’esprit pour ne pas craindre la frivolité. ll y eut ainsi,à un certain moment, dans certaines familles de la bourgeoisie française, une sorte d’ardente religion de l’intelli¤·ence transmise àleurs filles par des mères qui ne redoutaient pour elle qu’un contact dangereux, celui de la vulâarité. Des mots crus quepouvait renfermer Molière, des situations ardies que pou- d’un auteur l’oppresse et son aimable nullité l’abaisse. Mais si elle peut avoir accès dans une bonne bibliothèque de livres anciens et classiques, il n’y a plus besoin de choix du tout. Mettez la revue et le roman du jour hors du chemin de votre fille ; lâchez-la en liberté dans la vieille bibliothèque les jours de pluie, et laissez-l’y seule. Elle saura trouver ce qui est bon pour elle; vous ne le pourriez pas : car c’est précisément la difïérenee entre la formation d’un caractère de fille et de garçon. -- Vous pouvez tailler un garçon et lui donner la forme que vous voulez (1), comme vous feriez d’une rose, ou le forger avec le marteau, s’il est cl’une meilleure Sorte, comme Vous feriez pour une pièce de bronze. Mais vous ne pouvez jamais donner par le marteau à une jeune fille quelque forme que ce soit. Elle croît comme fait une fleur — sans soleil, elle se fanera; elle déclinera sur sa tige, comme un narcisse, si vous ne lui donnez pas assez d’air; elle peut tomber et souiller sa tête dans la poussière si vous la laissez sans appui à certains moments de sa vie ; mais vous ne Penchaînerez jamais; il faut qu’elle prenne sa gracieuse forme à elle, son che-


vait renfermer George Sand,on n’en avait cure, la mère sachant que sa fille n’y songerait même pas. L’absencc de pudibonderie n’était que la sainte confiance d’un cœur inaccessible aux curiosités malsaines, qui ne se disait même pas qu‘il y était inaccessible, car il ne pouvait les concevoir.Par de telles mères, des femmes furent élevées dont la puissance intellectuelle et la grandeur morale ne furent jamais dépassées. On ne peut s’empêcher de le dire en retrouvant, en reconnaissant ici ces mots bénis qui avaient dirigé leur jeunesse, écarté d’elles la frivolité, entretenu en elles, avec une simplicité délicieuse, le feu sacré. (Note du traducteur.) .

(1) M. de Montesquieu disait d’un jeune artiste qui, depuis, l’avait payé d'ingratitude : « Moi qui l'ai taillé comme un if ! » min à elle, si elle doit en prendre aucun, et d’âme et de corps, il faut qu’elle ait toujours: .

« Son allure légère et libre de femme d’intérieur
Et ses pas d’une liberté virginale »

Lâchez-la, dis-je, dans la bibliothèque comme vous feriez d’un faon dans la campagne. Il connaît les herbes nuisibles vingt fois mieux que vous, et les bonnes aussi; et broutera quelques herbes amères et piquantes, bonnes pour lui (ce dont vous n’auriez pas eu le plus léger soupçon}.

79. Pour ce qui est de l`art,mettez les plus beaux modèles sous ses yeux, et faites en sorte que, dans . A tous les arts auxquels elle se livrera, son savoir soit si exact et siapprol`ondiqu’elle soit encore plus capable de comprendre que d’exécuter. Les plus beaux modeles, ai-je dit; j’entends par là les plus vrais, les plus simples et les plus utiles. Faites attention à ces épithètes : elles conviennent à tous les arts. Faites—en l’épreuve pour la musique, où vous devez penser qu’elles s'appliquent le moins. J"ai dit les plus vrais, ceux où les notes serrent de plus rès etex riment le lus fidèlement la signification des paroles, ou le caractère de l’emotion voulue; les plus simples aussi, ceux où le sens et l'intention mélodique sont rendus avec aussi peu de notes et

(x) Wordsworth. Je crois que j’ai donné dans une note de la traduction de la Bible d’Amiens des extraits (à propos de la cathédrale de Chartres) du chapitre de Val d’Arno intitulé : Franchise. A la fin de ce chapitre Ruskin cite ces vers de Wordsworth et associe l’idéal féminin qu’ils évoquent à la Libertas de la cathédrale de Chartres, à la Dèbonnaireté de Westminster, à la Diana Vernon de Scott, à Antigone et à Alceste, pour les opposer toutes à une moderne danseuse de cancan, à la « Liberté selon Stuart Mill et Victor Hugo », (Note du traducteur.) Les Lvs 203 aussi significatives que possibles; les plus utiles enfinscette musique qui fait les fortes paroles plus belles, qui les fait chanter dans nos mémoires cha- cune dans la gloire unique de sa sonorité, et qui nous les appuie le plus près du cœur pour l’heure ou nous aurons besoin d’elles. 80. Et ce n’est pas seulement pour les pro- grammes et le plan, mais c’est surtout pour l’es—- prit des études, qu’il faut vous appliquer à rendre Yéducation cl’une fille aussi sérieuse que celle cl’un garçon. Vous élevez vos filles comme sielles étaient destinées à être des 0bjets_d’étagères, et ensuite ai vous vous plaignez de leur frivolité. Ne les traitez • pas moins bien que leurs frères; faites appel chez elles aux mêmes grands instincts vertueux; à elles aussi apprenez que le courage et la vérité sont les piliers de leur être; pensez-vous qu’elles ne répon- dront pas à cet appel, braves et vraies comme elles sont, même à cette heure où vous savez qu’il n’est guère d’école de filles dans ce royaume chré- tien où le courage et la sincérité des enfants ne soit tenue pour une chose moitié moins importante que leur manière d’entrer dans une chambre, et ou toutes les idées de la société touchant le mode de leur établissement dans la vie n’est qu’une peste contagieuse de couardise et d’imposture —-— ' A de couardîse parce que vous n’osez pas les laisser vivre, ou aimer, autrement qu’au gré de leurs voi- ` sins, et d’imposture, parce que vous mettez pour A servir les üns de votre orgueil à vous, tout l’éclat des pires vanités de ce monde sous les yeux de vos _ filles, au moment même où tout le bonheur de leur aol; sésame nr Les ws l existence à venir dépend de leur force de résistance « t à se laisser éhlouir. l 81. Et donnez-leur enfin non seulement de nobles préceptes, mais de nobles précepteurs.Vous I prenez quelque peu garde avant d'envoyer votre fils au collège à l’espèce d’homme que peut être son professeur, et quelque espèce d’homme qu’il soit, vous lui.donnez du moins pleine autorité sur votre fils et lui témoignez vous-même certain res- pect; s’il vient dîner chez vous, vous ne le mettez , pas à une petite table; vous savez aussi que, au collège, le maître immédiat de votre enfant est · , sous la direction d’un plus haut maître, pour le- . quel vous avez le plus entier respect. Vous ne , traitez pas le doyen de Christ Church ou le Direc- l teur de la Trinité comme vos inférieurs. Mais quels maîtres donnez-vous à vos filles et quel respect témoignez-vous à ces maîtres que _ , , vous avez choisis? Pensez—vous qu’une fillette esti·- mera que sa conduite personnelle, et le dévelop- «. ; pement desson esprit soient choses d’une grande ·; importance quand vous confiez l’entière formation '_ C de son être moral et intellectuel à une personne A «. que vous laissez traiter par vos domestiques à 7 avec moins d’égards que votre femme de charge _ (comme si le soin de l’âme de votre enfant était une charge moins importante que celui des confi- à v tures et de l’épicerie) et à qui vous-même pensez' conférer un honneur en lui permettant quelque«  fois le soir de venir s’asseoir au salo11(t) ? A A q (1) « Nous avons convenu avec la marquise que, chaque fois que K je serais de trop au salon, elle me dirait: « Je crois que la pendule · À;. rss LYS 205 82. Tel est donc le rôle de la littérature, con- sidérée en tant qu’elle peut être une aide pour elle, —- tel le rôle de l’art. Mais il est encore une autre aide sans laquelle elle ne peut rien, une aide, qui, à elle seule, a fait quelquefois plus que toutes les autres influences ——·- l’aide de la sauvage et belle nature. Écoutez ceci, sur l’éducati0n del Jeanne d’Arc. ' » « L’éducation de cette pauvre fille fut humble au · regard de l’esprit du jour; fut inetiablement haute au regard d’une philosophie plus pure et mau- . vaise pournotre époque, seulement parce qu’elle l est trop élevée pour elle... k · « Après ses avantages spirituels, elle fut rede- —« vable surtout aux avantages de sa situation. La

 _ fontaine de Domrémy était à l’0rée d’une im-

_ `__mense forêt, et celle-ci était hantée à un tel point

 · par les fées que le curé était obligé d'aller dire la

Z1`} îmesse là une fois Yan, à seules fins de les contenir

'fddans de décentes bornes.. .
 _   « Mais les forêts de Domrémy -- elles étaient les
 gloiresde la contrée,parce qu’en elles séjournaient
 de mystérieux pouvoirs et d’antiques secrets qui p
qplanaient sur elle en une puissance tragique; il y

É,} ; avait là des abbayes avec leurs verrières « sembla- î'~g_Q`bl6S aux temples mauresques des Hîndous » qui îgjgsyexerçaient leurs prérogatives princières jusqu’cn .

 » (Lettre de MH- de Saint-Geneix, Jàsle marquis de Ville-
 c1té de mémoire.) Mais la marquise de ['Villemer était intelli-
 pt boâipc. Je connais en revanche desgens qui se croient très

g,,,.,, gun s et A une rcultnre raffinée, qui ont prié le professeur de fran-

Kêàis de leurülle,__personne_’t0ut. à fait remarquable, de passer par
 eseelxer de service ·_,dans_ laprès-mid: « pour ne pas rencontrer les-
 =». (Notegduv traducteur.) · ‘ qi I
   J > l ï ·   ia
 -,..   * · 1 v 4 e ,, v 206 SÉSAME ET LES LYS l

Touraine et dans les diètes germaniques. Elles avaient leurs douces sonneries de cloches qui per·· çaient les forêts à bien des lieues le matin et le soir et chacune avait sa rêveuse légende. « Assez peu nombreuses et assez disséminées étaient ces abbayes, pour ne troubler a aucun degré la profonde solitude dela région; pourtant assez nombreuses pour déployer un réseau ou une tente de chrétienne sainteté sur ce qui eût paru _ sans cela un désert païen ( 1). » Maintenant,vous ne pouvez pas, il est vrai, avoir » ici, en Angleterre, des bois de dix-huit milles de rayon du centre à la lisière;. mais vous pourriez: peut-être tout de même garder une fée ou deux . pour vos enfants, si vous aviez envie d’en garder., Mais en avez«-vous réellement envie ‘? Supposez que _ vous eussiez chacun, derrière votre maison, un<' · jardin assez grand pour y faire jouer vos enfants·,·· Ãïpî, avec juste assez de pelouse pour avoir la place d8 courir - pas davantage; supposez que vous ne Q;.1 puissiez pas changer d’habitation, mais que, vous le. vouliez, vous- puissiez doubler votre revenw, ·',i`·· oule quadrupler, en creusant un puitsra charbon gi au milieu de la pelouse, et en; convertissant lesèeoiàe tf; beilles de fleurs en monceaux de coke. Le feniez· iiVi‘ vous? J’espère que non. Je peux vous dire qi1e2·îÃjji vous auriez grandïtort si vousle faisiez, mêymer cela augmentait votre revenu dans la proportion _ quatre à soixante. ~ ' 1 qu ·«_, M Q 83; Et pourtant c’est. cela que-· vous— , q Y (1)»«.Jeanne.d’Arc », d’après Yhistoire de Franec»de`M; Michelelii (Euvres de Quincey, vol. Ill, prmq. (Note de l’·antcqr·.j‘ x I LES LYS 207 train de faire de toute l’Angleterre. Le pays entier l n’est qu’un petit jardin, pas plus grand qu’il ne j faut pour que vos enfants courent sur ses pelouses, f si vous voulez les laisser tous y courir. Et ce petit I jardin vous en ferez un haut fourneau, et le rem- plirez de monceaux de cendres, si vous pouvez, et ce seront vos enfants, non pas vous, qui souffri- ront de cela. Car toutes les fées ne seront point bannies; il y a des fées de la fournaise aussi bien l que des fées des bois, et leurs premiers présents “ semblent être « les flèches aiguës des puissants », , mais leurs derniers présents sont « des charbons l , de genièvre (1) ». ` I Sl;. Et cependant je ne puis pas —- bien qu’il n’y ait aucune partie de mon sujet que je sente

 plus profondément —— imprimer ceci en vous; car

‘· nous faisons si peu usage du pouvoir dela nature 'vrpendant que nous l’avons que nous sentirons à l ·—Ã__p.eine ce que nous aurons perdu. Tenez, sur l’autre _?°.~`rive de la Mersey, vous avez votre Snowdon, et fîjfvotre Menai Straits, et ce puissant roc de granit _g'_`·derrière les landes d’Anglesey, splendide avec sa

 ·`—. Écrête couronnée de bruyères, et son pied planté

j§f`·'dans— la mer profonde, jadis considéré comme sacré

 ,,·l   divin promontoire, regardant l’Occident; le
 ljIoly,Head‘ ou Head land, capable encore de nous

ëgfinspirer une crainte religieuse quand ses phares ` V

les premiers leurs feux rouges à travers
tempête, Voilà les montagnes, voilà les baies "
les îles bleues qui, chez les Grecs, eussent été

ëftôujours chéries, toujours puissantes dans leur ·

 ’(:i)îPsàuine cx:. (Note du traducteur.) ·
'Q 2 l·,' , » A ·
 » '- '   v t 208 SÉSAME mr Lus ws

influence sur la destinée de l’esprit national. Ce Snowdon est votre Parnasse; mais où sont ses Muses? Cette montagne de Holy head est votre île d’Egine; mais où est so11 temple de Minerve? 85. Vous dirai·_je ce que la Minerve chrétienne a accompli à l’ombre du Parnasse jusqu’en l’an ISAS? I . Voici une petite notice sur une école galloise à la page 261 du rapport sur le pays de Galles, publié par le Comité du Conseil de l’Instruction publique. .. Il s’agit d’une école située auprès d’une ville de 5.ooo habitants : « J’examinai alors une classe plus A l nombreuse, dont laplupart des élèves étaient entrées récemment à l’école. Trois fillettes déclarèrent, à C plusieurs reprises, qu’elles n’avaient jamais entendu parler de Dieu (deux sur six pensaient que le Christ » I était actuellement sur terre) ; trois ne savaient rien de la Crucifixion. Quatre sur sept ne connaissaient " r C pas les noms des mois, ni le nombre des jours de l’année. Elles n’avaient encore aucune notion de 'É l’addition passé deux et deux, ·ou trois et trois, L leurs esprits étaient absolument vides. » Oh ! vous, ïé femmes d’Angleterre ! depuis la princesse de ceÃ`f‘_· pays de Galles jusqu’à la plus simple d’entre vous, } ne croyez pas que vos propres enfants pourrontf entrer en possession de leur part dans le vrai Berll ‘ eail de repos tant que ceux-ci seront dispersés su1‘,4`5î” les montagnes comme des brebis quij n’·ont point.~;,§È de berger Et ne croyez pas que vos filles pour-.; p ront être élevées à la connaissance véritable de leu1;»_=;; _ (1) I.Pt0is, 22, 117, dont on peut. rapprocher, mais en. moins com-; ptète ressemblance avec le texte de Buskin, Nombz·es,,xxvn,- x·;.ë Q! Le texte des Rois est reproduit dans saint Mathieu, xx; 36. (N¤teî«î¤«î,ïÃl . du traductemn) , t · . , LES LYS 209 propre beauté humaine, tant que les lieux char- mants que Dieu fit à la fois pour être leurs salles d’études et leurs cours de récréation resterontdéso- lés et souillés. Vous ne pourrez pas les baptiser efficacement dans vos fonts baptismaux profonds d’un pouce, si vous ne les baptisez aussi dans les douces eaux que le grand Législateur (1) a fait jail- lir.à jamais des rochers de votre pays natal,-ces eaux qu’un païen eût adorées pour leur pureté, et que vous n’adorez que quand vous les avez pol- l luées. Vous ne pouvez pas conduire vos enfants aux pieds de vos étroits autels taillés à la hache dans ( vos églises,tandis que les autels de sombre azur qui ( _ s’élèvent jusque dans le ciel, ces montagnes où un j .. païen aurait vu les `pouvoirs du ciel re oser sur Q

 gchaque nuage qui les couronne, restent pfbur vous l

Q sans dédicace, autels élevés non à,mais par un Dieu iïincounu (2). _

 .86. Voilà donc ce qui est de la nature, ce qui
 est de Penseignement de la femme, voila pour ses
 fonctions domestiques et pour son caractère de

i v.À_ reine. Nous arrivons maintenant à notre dernière

1j‘·et plus importante question. En quoi consiste son$

jijrôle de reine àl’égard de l’Etat ? Généralement nous . fj·?'vivons sous cette im ression ue les devoirs de

_‘»·l’bon1me sont publicspet ceux dll
la femme privés.
 il peu estspîtout à fait ainsi. Tout homme 9.
 zremp irune tâc e- ou une obli ation-! erson-

f;Ãhelle,' qui concerne son propre horîie, et unil tâche fpgouvobligation, publique, qui*n’est que l’expansion· A

 î(·1)~ Exode, xxvu, 6. (Note du traducteur.) ' » E
 (Actes, xvu, 23. (Note du traducteur.) · » k l .
 =,·   ; ' 1 · » » ' ` Q, BIO I ÈÉSAME ET LES LYS

de l’autre, et qui concerne l’Etat. De même toute ’ femme a sa tâche, ou obligation, personnelle, qui concerne son propre home, et une tâche, ou obliga- tion publique, qui n’est que Fexpansion de celle-ci. _ Or, la tâche de l’homme, relativement à son pro- / pre home,est, comme nous l’avons dit, d’en assurer le maintien, le progrès, la défense, celle de la femme \ d’en assurer l’ordre, le charme confortable et la \ beauté. v , Elargissons ces deux fonctions. Le devoir de \ l’homme comme membre de Ia communauté est t _d’aider au maintien de I’Etat, à sa grandeur, à sa l défense. r , Le devoir de la femme comme membre de la ,,··

 communauté est d’aider à une sorte d’ordre danse']
 l’Etat, de douceur confortable et àlui donner une 

g l parure de beauté. ‘_ â ' Ce que l’homme est à sa propre porte, la défenf dant, s’il est besoin, contre l’insulte etple pillage}?-É` cela aussi, et s’y dévouant non dans une moîndregff, mais dans une plus large mesure, il doit l’être_ W _ portes de son pays, abandonnant son homé?,*asÈilÉf§ est besoin, même au pillard, pour—alIefcaccomplirÃQÈ le devoir plus haut` qui lui incombe. · Z _ ( , - Et de même, ce que la femme est a lfitàtérieurgiâ

 derrière ses portes, c’est-à-dire le centre,d(h·armogî,Ãi§

` ``~· ·_ nie, le baume de détresse e`t4leQmiroir

 __ Jiquand Yharmonie est —plus difficile, la .détresse,;L·plii§i§Qɧ§

É immédiate, la beauté plus rare, Ã g- ~ Q, l 1 4* Y, Et de même qu’a'u cœur de lïhommezèst

 ·_¢. p ca<;hé~ un instinct pourïtoiis ses  
 ~ ., le »· 1 » ‘ ~ ~— L   -· «·‘'»»  

‘ · ' · · ~ ·‘ - ·,»·~s i·<'···î?1¤â\« mas ms ` zu instinct qui ne peut être étouffé, mais seulement faussé et corrompu sivous le détournez de son but véritable : — de même qu’il y a cet instinct pro- fond de l’amour, qui, justement discipliné, mai- tient toutes les saintetés de la vie, et, faussement dirigé, les mine toutes; et doit faire l’un ou l'autre; — ainsi est-il dans le coeur humain un inextin-· guible instinct, l’amour du pouvoir, qui, justement dirigé, maintient toute la majesté de la loi et de la vie, et, mal dirigé, les détruit. 87. Profondément enraciné dans la plus in- time vie du cœur de l’homme, et du cœur de la femme, Dieu l’a mis là et l’y garde. Vainement — autant qu’à tort,vous blâmez et rebutez le désir du P pouvoir! La volonté céleste et l’intérêt humain sont que vous le désiriez de toutes vos forces. Mais . guelpouvoirft)? Ceci est toute la question. » , Pouvoir de détruire ? la force du Iion et l’haleine Q du dra on? Non certes. Pouvoir de uérir de t g . i . g > " racheter, de guider, de protéger. Pouvoir du sceptre g et du bouclier; le pouvoir de la main royale qui gguérit en touchant, qui enchaîne l’ennemi et délivre g' A le captif; le trône qui est fondé sur le roc de Jus- fitice, et qu’on descend seulement par les marches ~ ` de la Pitié—(2). Ne `convoiterez-vous pas un tel

,; pouvoir, ifaspirerez-vous pas à un trône comme
I-.  ti) `Comparez Lectures on Art, §3g : « Vexilla. re is prodeunt. » (

g,"_’_jQux, maisdc quel roi P Il y a deux xoriflummes; iaquelle plnntei ëg)·î·_`_r0nsgn0us sur les plus lointaines îles, —-· celle qui flotte dans les

 L··.·llan;1nes duciel, ou celle quîpend en son vil tissu d’or terrestre ‘? »

·î‘»’&.1(Notç du traducteur.) j gg _ ta) Allusion probable à I Psaumes, 89, 15, et peubêtro aussi à ij; lisais, xyz, 5. (Note du traducteur.) ,

 `z. ‘ '
 `·v:> ·‘ _ · · _ 2I2 sâsaum sr tus urs V

celui-là et à ne plus être seulement des ménagères, mais des reines ? 88. Il y a dejà longtemps que les femmes d’An- gleterre se sont arrogé, dans toutes les classes, un titre qui jadis n’appartenait qu’à la noblesse, · et ayant une fois pris l’habitude de se faire donner le simple titre de gentille femme (gentlewoman), qui correspond à celui. de gentilhomme (gentleman), insistèrent pour avoir le privilège de prendre le titre de Dame (Lady) (1), qui exactement corres- pond au seul titre de Seigneur (Lord). ' Je ne les blâme pas de cela (2) ; mais seulement (1) Je voudrais qu'on instituàt, pour la jeunesse anglaisedune certaine classe, un véritable ordre de chevalerie dans lequel Jeunes gens et jeunes filles à un âge donné seraient admis, à bon CSCICDÉ, au rang de chevalier et de dame; rang accessible seulement après un examen décisif, une épreuve qui porterait à la fois sur le carac- tere et sur le talent: et d’où l’on serait déchu si l'on était convaincu, par ses pairs, d’une action déshonorame. Une telle institution ~ serait parfaitement possible, et avec elle tous les nobles résultats qu’elle comporte, chez une nation qui aimerait l’honneur. Le fait — qu’clle ne soit pas possible chez nous, ne peut en rien discréditer ce projet. (Note de l’auteur.) (2) Au cours de Sésame et les Lys (et nous ne pouvions pas le noter chaque fois) nous voyons ainsilîuskiu faire souvent semblant d’accorde1· quelque chose au mal, de concéder aux faiblesses humai- nes. Loin de mépriser les sensations, il trouvera que plutôt nous n’en avons pas assez (§ 27), que les formes de la joie sont plus impor- _ tantes encore que celles du devoir (§ 36). A la page précédente, il exaltait la soif du pouvoir. Et tout à l‘heure il va dire que jamais une femme ne souhaitera assez être grande dame et n‘aura jamais d’assez nombreux vassaux. Mais des qu`il s'explique, la concession _ se trouve retirée ail fallait seulement s’entendre sur le sens des mots. . Du moment que « les passions » signifient l’amour de la vérité, et l’« ambition mondaine » la charité, e plus sévère médecin de notre » âme, peut nous en permettre Pusage. En réalité, ce qui est défendu U par une morale reste défendu par toutes les autres, parce que ce ui g est défendu c'est ce qui est nuisible et qu'il ne dépend pas du méde- cin de, l.’àme d’cn changer la constitution. Les apparences seules · .— sont renouvelées et le regime tout au plus « aromatisé • au parfum ` des choses défendues.Une morale du plaisir est au fond une morale · ' de devoir. Le nqm seul nous est concédé.(Jc ne parle ici qu’à—pro- ' pos de Rusluu, bien entendu,et ne prétends pas méconnaître la-pro- · · L _ ` LES LYS 2x3 des motifs étroits qui les poussent à cela. Je voudrais qu’elles désirent et revendiquent le titre de Lady, pourvu qu’elles revendiquent non pas simplement fonde diversité des morales, malgré Pidentité des régimes qu’cllcs nous prescrivent, et ce qu’elles gardent chacune de diffèrent et qu’ellcs tiennent de leur origine, utilitaire, mystique, etc,). Mais ou peut se demander si la meilleure manière d’habituer un malade à prendre du lait est d’ymêler une goutte de cognac,Qetn’est pas plutôt de lui appren- dre tout de suite à aimer le goût même du lait. Ici cette conception . uflatteusepourl’amour-propre >> du devoir socialmanque en realite son but. Quand une femme désire être lady, elle ne se soucie pas de l’ety- · mologie du mot, mais des privilèges mondains qui y sont attachés.Et si elle était une « lady » dans le sens que dit Ruskin. c'est-à-dire si , elle souhaitait seulement être femme de bien,elle ne souhaiterait pas (ou, en elle, ce ne serait pas la même personne qui le souhaiterailnêtre · appelée « lady ». — (Je ne parle pas de celles qui, de tous temps, ont éte« ladies n. Chez celles-là, avolontè d’être appelées « lady >> corres- _' pond ai quelque chose dfabsolument naturel et légitime, et aussi ~ ' étranger au snobisme que la volonté d’·un général d’être appele mon ·=, général). Lui donner ce petit appât du titre de lady pour l’aider à aire'le bien. c’est cultiver son amour-propre pour accroître sa cha- ' L rité, c’est-à-dire quelque chose de contradict01re,comme nous avons _ déjà vu Ptuskin nous autoriser à être ambitieux pourvu que nous ‘_ soyons d’abord philosophes. Une philosophie ou une charitéà quil ' le snobisme sert de seuil ou de terme, voilà une philosophie et une} 1 i charité qui ne se conçoivent pas bien clairement. Sans doute je force . ici, et bien grossièrement, la pensée de- Buskin. Et sans doute le

 mot « lady » n’a pas ici son sens strict. Mais enfin malgré tout il

à Ten garde quelque chose (il est un peu un de ces mots « masqués >> gg . contre lesquels Ruskin nous met en garde et ne semetpas assez en

 'garde lui-même) et introduit dans la pensée du lecteurces gracieuses
 confusions ou se plaisent aussi certains écrivains francais quand ils

ij mêlent, — en en parlant ·:1mme de choses analogues - la « no- `QÈ `blesse » du talent, « la noblesse » dela « naissance » et du carac-

 tère. La noblesse de la naissance, cela veut dire être duc, etc. .
 Et sans doute dans l’ord1·e des grandeurs dela chair et comme
 Tfacteur social, et pour tous les sentiments que cela met en jeu... ·

·g_ chez les autres, cela est im ortantj Mais c’esi, un pur calom-

·_;···bour ·de rapprocher cela de l)a «— noblessen au sens spirituel; ·`
il est fort utile de se rendre compte du sens des mots, dcne .
 jpas tout mêler et, de tant d’iclées confondues, de ne pas faire
l,_î's0i·tir une prétendue aristocratie de Yintelligence qui em runte a

j:z;·,,l?ar1stocratie de naissance son système de filiation par [le sang, gjjanon/par lîesprit, pour Yappliquer à la noblesse de l'esprit et Ena-

}}‘ïalc`ment fait un a noble » (dans tous les sens du mot qui en réalité

eggzaiursi n’e¤ ,a plus alors aucun) du neveu de Michelet. (Inutile de dire vilyque fignore s’il existe un neveu de Michelet et que j’ai pris ce yïyygrand nom au hasard,) (Note du traducteur.) . '

 il È, I . ‘
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I`,. L. ‘÷· I · î . zxlr siêsmn m- Les ws le titre, mais la charge et les devoirs qui sont signi- iiés par lui.Lady vent dire : « Quidonne du pam » ou « qui donne des pains » (1) et Lord signifie à « quîassure le maintien. des lois » et les deux titres Se réfèrent, non à la loi qui est maintenue dans la maison, non au pain qui est donné dans la maison mais à la loi qui est maintenue pour les multitudes; et au pain qui est rompu pour les multitudes. Si bien qu’un « Seigneur » (Lord) n’a droit légale- ment à son titre qu’autant qu’il maintient la justice du Seigneur des Seigneurs ; et une dame (Lady) n'a droit légalement à son titre qu’autant qu’elle prête aux pauvres, représentants de son Maître, i cette aide qu’un jour des Femmes, qui L’assistèrent · de leurs biens, reçurent la permission détendre à ce Maître Lui-même—— et autant qu’elle se fait con- naître comme Lui·même, en rompant le pain (2). 89. Et cette bienfaisantc et légale Domination, ' le pouvoir du Dominus, du Seigneur de la Maison, et de la Domina, ou Dame de la maison, est grand et vénérable, non par le nombre de ceux qui l’ont transmis en ligne directe, mais par le nombre de '· } ceuxsur lesquels il étend son empire; ilest toujours l l’objet d’une vénération religieuse partout où sa \ pl · (1) ix Brcadgiver » ou « Loaf givcr ». Bread est le pain. Loaf , · c’est un pain, une miche, c’est-à-dire le pain avec la forme que lui à ·‘ donnée le boulanger. (Note du traducteur.) (2) Saint Luc, xxiv, 30-35. Comparez une autre application du même texte dans Lectures on Art : « Et Part chretien ne sera de` - nouveau possible que quand il... se fera reconnaître, comme fit son ” Maître, en rompant le pain » (Lectures ou Art, IV, 16). Il est vrai,_,' que l'Inclex de « Lectures on Art » donne comme référence à.ce passage : Actes, 11, 42. Mais en se reportant à l’uu et Pautre texte, ~ e lecteur verra que -la réference au texte de saint Luc, pour être moins littérale, est plus exacte en esprit. (Note du traducteur.) _~ mas 1.vs 215 dynastie est fondée sur ses services et son ambition proportionnée à ses bienfaits. Votre imagination § se plaît à· la pensée que vous soyez de nobles dames, , avec une suite de vassaux. Qu’il en soit ainsi; vous _ ne sauriez être trop noble, et votre suite ne sau- rait être trop nombreuse; mais voyez à ce que cette suite soit de vassaux que vous serviez et nour- rissiez, pas seulement d’esclaves qui vous servent et nourrissent, et à ce que la multitude qui vous obéit soit la multitude de ceux que vous avez déli- vrés, et non réduits en captivité. go. Et ceci, qui est vrai d’une humble domina- tion, de la domination domestique, est également vrai de la domination de la reine ; cette très haute _ `dlignité vous est accessible, si vous voulez accepter aussi ees très hauts devoirs. Bex et Regina — Roi et Reine — « Bien-Faisants », (Right-doers) (1); ils “ ‘ diffèrent seulement de Lady et de Lord en ceci que leur ouvoir est le lus haut aussi bien sur l’es rit . — · P P,. . ·; que sur le corps; qu ils ne font pas que nourrir et · _ vêtir,mais dirigent et enseignent. Hé bien, que vous , en ayez ou non conscience, vous avez toutes, dans § _ plus d’un cœur, des trônes, avec une couronne qu’0n· i " ne dépose pas; reines vous devez toujours être (2), .` Pt3lIlCS POUP VOS fi tncés, I’BiIlCS POUP VOS lIl3I'lS et

   I (1) Raplprochez la Bible d’A miens sur David : « Roi et Prophète,

2 ,— âymbole e _ toute Boyauté divinement bienfaisante (Divinely right J ‘ omg) » (Bible d’Amicns, IV, 32), et la Couronne d’OIivier sauvage : =;;:__»«‘ Lui (le roi) dont la royauté signifie seulement que sa fonction est

 -d?êt1·e envers chacun bien·i·`aisant (righû doing) » (III, la Guerre).-

V; __·(N0te du traducteur.)

·;Ã,_î(2·)-COIDPHYCZ lay Couronne d’Oiivier sauvage
« La véritable

î épeuse dans la maison de' s0n·ma1·1 est une servante. C'eSt dans Soif

 cœur qu elle est reine. » (Note du traducteur.) 216 sêsAr<ra` ur mas hrs
vosfils; reines d’un plushaut mystère pourle monde

i plus distant de vous qui s’inclin-e et s’inclinera l toujours devant la couronne de myrte et le sceptre ( ( sans tache de la Femme.Mais, hélas! trop souvent vous êtes de paresseuses etînsouciantes reines, ( jalouses de votre majesté dans les plus petites cho- ses, pendant que vous l’abdiquez dans les grandes; et laissant le désordre et la violence faire libre- ment leur oeuvre parmi les hommes, au mépris de ce pouvoir que vous avez reçu directement en pré- sent du Prince de toute Paix et que celles d’entre vous qui sont mauvaises trahissent, pendant que celles qui sont bonnes Poublient. gr. « Prince de la Paix (1) ». Pensez à ce nom. Quand les rois gouvernent en ce nom, et les nobles, et les juges de la terre, eux aussi, dans leur étroit domaine et leur humaine mesure, en reçoi- l vent le pouvoir. Il n’est pas d’autres monarques l que ceux-là; toute autre monarchie que la leur est ‘ anarchie (2). Ceux qui gouvernent vraiment « Dei gratia » sont tous princes, oui, princes et princesses dela Paix. Il n’_y a pas u11c guerre dans le monde, __ Y non, pas une injustice, dont vous, femmes, ne I soyez responsables; responsables non de l'avoir_ provoquée, mais de ne pas l’avoir empêchée., Les- , hommes, par nature, sont enclins à combattre; ils _ combattront pour n’importe quelle cause ou pour · — aucune. C’est àvous de choisirleur cause pour eux, _ (1) Isaïe, rx, 5, Ptuskin fait souvent allusion à ce verset, notam- ment E Bzlzle d’Amzens, IV, 52, Unto this last, § 44, la Couronne ` ·· d’0l1v1er sauvage, § 31. (Note du traducteur.) _ (2) J’emprunte cette allitération, qui rend assez bien le arule » et .;«5q_·g;;pè1xlel texte, à l’Union pour Faction morale (Bulletin du i , il , ¢ ' il LES LYS 217 et de les retenir quand il n’y a pas de cause à dé- fendre. Il n’y a pas de souffrance, pas d’injustice, pas de misère sur la terre, dont vous ne soyez cou- pables. Les hommes peuvent supporter la vue de ces choses, mais vous ne devriez pas pouvoir la supporter. Les hommes peuvent fouler tout cela aux pieds sans rien ressentir, car la lutte est leur lot, et l’h0mme est pauvre de sympathie et avare d’espérance; vous seules pouvez sentir la profon- 2 deur de la peine et deviner le chemin de la guérison. l . Au lieu de vous efforcer à cette tâche, vous vous É en détournez ; vous vous Lenfermez derrière les É murs de vos parcs et les portes de vos jardins; et vous vous contentez de savoir qu’au delà il ya tout un monde inculte; un monde dont vous n’osez pas . pénétrer les secrets, et dont vous n’osez.pas con- cevoir la souffrance. gz. Je vous avoue que c’est là, pour moi, le ( plus confondent de tous les phénomènes que nous à présente l’humanité. Je ne suis pas surpris des abî- mes, où, quand elle est détournée de ce qui fait son » honneur, peut t0mberl’humanité. Je ne m’étonne ‘ pas de lamort de l’avare, dont les mains, en se rc-· ‘ lâchant, laissent pleuvoir l’or. Je ne m’ét0nne pas

 de la vie du débauche, un linceul enroulé autour de 1

-j_ses pieds. Je ne m’étonne pas du meurtre commis Q par un seul bras sur une seule victime, dans l’obscu-

 rité du chemin de fer, oui à l’ombre des roseaux du `

y ,_ marais. Je ne m’étonne même pas du meurtre auk ""pmyriades de mains, du meurtre des multitudes,

accompli comme une action d’éclat, en plein jour,

P par la frénésie des nations, ni des incalculable.; et .' rl; 2x8 SÉSAME ET LES LYS inimaginables forfaits amoncelés de l’cnfer au ciel par leurs prêtres et leurs rois. Mais ce qui m’étonne toujours — oli! combien cela m’étonnel — c’est F de voir parmi vous la femme tendre et délicate, son g enfant sur son sein, douée d’un pouvoir -—- si seu- l lement elle voulait l’exercer, sur l’enfant et sur le à père, — plus pur que les souffles du ciel et plus l fort que les vagues de la mer -— que dis-jc, d’un ' infini de bénédiction que son époux ne voudrait f pas céder contre la terre elle-même, quand même jl elle serait faite d’une seule topaze massive et par- faite (1) — de voir cette femme abdiquer une telle i · X majesté pour jouer à la préséance avec la voisine. dela porte en face. Oui cela m’étonne — oh! m’é- · tonne — dela voir le matin, dans toute la fraîcheur de son âme innocente, descendre dans son jardin, jouer avec la frange de ses fleurs protégées, et relever leurs têtes penchées, un sourire heureux au visage et sans nuage au front, parce qu’un petit . mur entoure sa place de paix, et cependant elle sait, dans son cœur, si elle voulait seulement cher-' cher à savoir, qu’au delà de ce petit mur couvert · de roses, l’herbe inculte, jusqu’à l’horiz0n,est arra-, ' chéejusqu’à la racine par l’agonie des hommes et qu’e~lle est battue par les flots montants de leur fr sang répandu. jyjgj 93. Avez·vous jamais songé au sens profond. qui est caché, ou du moins que nous pouvons lirc,_‘_i·§·î;é si nous le voulons faire, dans notre coutume de " (x) Allusion à cette réponse d’0theIlo à Emilia : « Si elle avait été fidèle ·- quand le ciel m’aurait offert un autre univers -- f0I‘mè*"‘Qî,i§ë d’IJ.Il8 Sûlllê ÈDPRZC massive et pllfê —-— jt} D8 ll3UI‘3lS p&S cédée Gil échange. » (Othello, scène XVI.) (Note du traducteur.) . l a ‘ i mas mrs _ arg , jeter des fleurs devant ceux que nous estimons les plus heureux? Pensez-vous que ce soit seulement pour les abuser de Pespérance que toujours le bonheur tombera ainsi en pluie à leurs pieds‘?Que . partout où ils passeront, ils fouleront une herbe au suave parfum, et que le sol rude s’adoucira pour eux, sous Pépaisseur des roses? Dans la mesure où ils croiront cela, ils auront à marcher sur des her- · bes amères et sur des épines, et la seule douceur sous leurs pas sera celle de la neige. Mais ce n’est pas ce qu’on se proposait de leur dire ; cette vieille coutume comportmt un ' sans meilleur. Le sentier que suit une femme bonne est certes jonché de _ fleurs; mais elles viendront derrière ses pas, non devant eux : « Ses pieds ont touché les prairies et . » les marguerites en sont restées roses (1). » y gl). Vous pensez que c’est là seulement une

 rêverie d’amant; — fausse et vaine (z)! Et si elle
 etait vraie? Peut·être pensez-vous que ceci aussi est

‘ une rêverie de poète : i p Même la légère campanule relève sa tête - V ·) Qui rebondit sous ses pas aériens (3), '; Mais c’est peu de dire d’une femme qu’e1le ne ` - détruit pas là où elle pose le pied. Il faut qu’elle

 (1) Tennyson, Maud. (Note du traducteur.)

'” .(2) ffcnnyson, nous dit la cr Library Edition u, se montra iqué de

 `cette interprétation, « Le jour même, dit-il à Thomas Wilson, où ·  

·')î;]’Cç)‘|Vl§ ce a,_`]e`qis les marguerites toutes roses à Maidcns Croft ))¢l’·I‘}B.VBlS GIIVÃB d8l1B)l)IDy€l‘ UDG à R.I1Sl(|.l'1 FIVCC cette SlISCI'lpf,l0Dl · ge un qmcusonge pathetxque. n Sur ces derniers mots, voir la note , .;ps);c 2?2'··(N0lZ6 du traducteur.) P

  Gîte de la description d’lZllen Douglas dans la Dame du Lac _

que I terScott, nous itla «L1brary Ed1t1on ». rN0te du traducteur .) , ` 4; 220 SÉSAME ET LES LYS V . ranime; les campanules doivent fleurir et non s’af- faisser quand elle passe. Vous pensez que e me jette

 dans de folles hyperboles. Pardon; pas le moins du

monde et je veux vraiment dire ce que je dis ici en 11H anglais tranquille, parlant résolument et sincè- rement. Vous avez entendu dire (et je crois qu’il y a plus qu’une üction dans ces paroles, mais admet- tons qu’elles ne soient qu’une fiction) que les fleurs ne fleurissent bien que dans le jardin de celui qui · les aime. Je sais que vous aimeriez que ce fût vrai; l vous penseriez que c’est une plaisante magie que de pouvoir épanouir plus richement la floraison de vos fleurs rien qu’en laissant tomber sur elles un regard de bonté; mieux encore, si votre regard avait le pouvoir non seulement de les réjouir, mais de les protéger; si vous pouviez ordonner à la noire nielle de rebrousser chemin et à la chenille anne- , lée d’épargner, - si vous pouviez ordonner à la rosée de tomber_pendant la sécheresse, et dire au vent du sud au temps des frîmas : « Viens, Vent du . sud, et souffle sur mon jardin, que tous ses par- fums d’aromates s’exhalent (1), » ce serait une grande chose, pensez-vous? Et ne pensez-vous pas que ce serait une chose plus grande encore, que tout cela (et beaucoup plus que tout cela) vous puissiez ‘ le faire pour des fleurs plus belles que celles- ' là — des fleurs qui pourraient vous bénir de les _ avoir bénies, et qui vous aimeraient de les avoir c ' aimées; des fleurs qui ont des 'pensées comme les vôtres, des vies comme les vôtres, et qui, sau- ` u (1) Cantique des Cantiques, rv, 16, l— Les ms 221 vées une fois, seraient sauvées pour toujours. Est- É ce la un faible pouvoir? Au loin, parmi les landes l et les rochers, — au loin dans l’obscur1té des Z rues terribles,_gisent ces faibles ileurettes, leurs fraîches feuilles déchirées, leurs tiges brisées; ne l) · descendrez vous jamais auprès d’elles pour les j bien arranger dans leurs petites corbeilles 0doran· E tes, pour les abriter, toutes tremblantes, du vent _ cruel? Les matins succéderont-ils aux matins, ` pour nous, mais non pour elles? L’aube se lèvera- V t·elle seulement pour regarder au loin les frêne- tiques Danses de la mort (1) ; et ne se lèvera—t-elle »' jamais pour rafraîchir de son souffle ces touffes vivantes de violette sauvage, et de chèvrefeuille, _ ‘—et de rose; ni pour vous appeler, par la fenê- ' . tre (ne vous donnant pas le nom de la Dame du V poète anglais, mais le nom de la grande Mathilde _ de Dante (2), qui, sur le bord de l’heureux Léthé, ' ~ se tenait debout, tressant les fleurs avec les fleurs î enguirlandes), disant : _ (1) Voir la note de la page 138, (Note de Yauteur.) j (2) « Et là. m’apparut. .... une Dame seule, laquelle s’en allait I ; , chantant, et cueillant l’une après l’autre les fleurs dont sa route était ï émaillée. Comme une femme en dansant tourne à terre sur elle- jj même et les pieds serrés, mettant à peine un pied devant l’autre, __ ainsi sur les petites fleurs vermeilles et jaunes, elle se tourna vers é ·' ‘moi, semblable aune vierge qui baisse ses yeux modestes. » (Divine

 ·`Comedie, Purgatoire, chant. XXVIII). Selon Mm" Lucie Félix~Fau1·c-
 Gdynu, Shelley, qui cite un fragment de la rencontre avec Mathilde,

`§_ . d3.l1S S3. CU1‘1‘0S§0IldB.llC0,` s'cst p¢UlZ·êÉI'C SOUVCIIU (( des PHS lég€l‘S (18 ëüalvlatliilde sur le sol embaumé pour évoquer la dame du Jardin, dans , àjxî le poème de la Sensitive, celle dont le pied semblait avoir compag-

 ·sion de Pherbe qu'il foulait », (Lucie élix·Faure, les Femmes de
 l’œuvre de Dante, page 218.) Voir donc assemblés Dante, Tennyson,

Z1. lluslun et Shelley. _.

 _ (Note du traducteur.)
 A - xl;. azz sésame ur Les ws 4

Viens dans le jardin, Maud, Car cette noire chauve-souris, la nuit, s’est envolée Et les parfums du chèvrefeuille flottent au loin Etle muse des roses s’exhale (x). V, Ne descendrez-vous pas parmi elles? parmi ceg

 Ouces c oses vivan es on e `eune collra e

( d ll t , d t l _] g ,

 jailli de la terre avec, sur lui, la couleur profonde du

§ ciel, s’élance, dans la vigueur des épis joyeux (2),

 et dont la pureté, lavée de la poussière, va s’0u·
 vrant, bouton par bouton, en la fleur de promesse;

E —— et encore elles se tournent vers vous, et pour _ vous « lepied d’alouette chuchote: J’entends, j’en- tends! — et le lys soupire : J’attends (3) ». - g5. Avez—vous remarqué que j’ai passé deux lignes quand je vous ai lu la première stance et pensez- ` vous que je les aie oubliées? Ecoutez-les mainte- ' nant : · Viens dans le jardin, Maud, I Car cette noire chauve·souris, la nuit, s’est envolée,. _ . Viens dans le jardin, Maud, ` ' Je suis sur la porte, tout seul. Qui est-ce; pensez-vous, qui se tient ainsi sur la [ »,—‘. porte de ce S1 doux jardin, seul, et vous attendant? Avez-vous jamais entendu parler non d’une Maud» I ma1s d’une Madeleine, qui, descendant à son jar- dm, à l’aurore, trouva quelqu’un qui attendait sur ·t~” _}, (1) Tennyson, Maud. · V i , _(a) L’Unio_n'pour Faction morale dit « avec l’essor d'un clocher ï"ï hem », ce qui est très acceptable; j’invoque en faveur du sens que` ""¢Èr· j’a1 adopté, non d’ailIeurs sans hésitation,l'autorité de M.de la Size-· ranne;(Cf. La Religion de la Beauté, p. 148.) (Note du traducteur) ai (3) (des vers de Maud sont cités par Huskiu comme exempleÉ`·':¤Q.îQ· . « exquis ¤• de « mensonge pathétique » dans le chapitre 'de Modèrn:"`·?=î` Painters qui porte ce titre (volume HI). (Note du traducteur.) j` 'i_ · ' ` E mas Lvs a23 la porte, quelqu’un qu’elle supposa être le jardi- nier (1) ? Ne l’avez-vous pas cherché souvent, Lui, cherché en vain, toute la nuit, cherché en vain à la porte de cet ancien jardin où l’Epée flamboyante est plantée (2) ? · Là Il n’est jamais; mais à la porte de ce yardm- ci Il attend toujours — il attend de vous prendre par la`main, prêt à descendre voir avec vous les fruits de la vallée, voir si la vigne a fleuri, et si . la grenade a bourgeonné. La vous verrez avec Lui les petites vrilles de la vigne que sa main conduit; là vous verrez (3) écla- __ Y ter les grenades où sa mainrà caché la graine cou- " l€U.I' (16 Süllg, et plt1S BIICOPC Z VOUS VSITCZ les tI‘0\1·

 PBS (l.CS 3.lÉlg`CS gîlI'CllCl1S, Cl]. Tômuâllt l€t1I’S 3.1l8S,
 écarter les oiseaux affamés des sentiers où ll a
 . semé, et, s’appelant l’uu l’autre à travers les ran-
   (1) Èaint Jean, xx, 15. Ruslrin a fait des mêmes versets un bel
 usage dans Fors Clavigera: « Rappelez-vous seulement des jours

il ou le Sauveur des hommes apparut aux yeux humains, se levant du I ` tombeau pour rendre manifeste son immortalité. Vous pensiez sans

É doute qu’il était apparu dans sa gloire, d’u¤e surnaturelle et incon-

`(` eevable beauté? Il apparut Si simple dans son aspect, dans ses vête-

 ` ments, que celle qui, de toute la terre, pouvait le mieux le recon-

Q, naître, l’apercevant à travers ses larmes, ne le reconnut pas. Elle le

 rit pour « le jardinier ». (Fors Clavigera, lettre XII). Comparez
i;._i·`€'ictor Hugo. la Iâiu dedSatan 
« Madeleine croira que c’est le

~` —`·i `ardinier, » (Note u tra acteur.)

 J (2) Genèse, in, al;. Voir une belle application de ce texte dans .
 ·· Modern Painters : - wc Et il mit à 1’orient du jardin un chérubin à

Q, 1’épée flamboyante. » —- « Ces flammes sont—e les inextinguibles et

 vraiment ne peut-on plus passer à travers les portes qui gardent le

tf ~ chemin? Ou plutôt n’est-ce pas que nous ne désirons plus y entrer 7,..

Tant que nous almcrons mieux combattre notre prochain que nog

sa fautes, etc. ; en vérité l’épée flamboyante se mettra en travers de' _ `ï?`·. tout chemin et les portes de l’Eden resteront fermées, jusqu’au jour

~où.nous aurons rentré au fourreau les pointes plus entlammées en··

'}" core de nos passions, etc.» (Modern Painters, partie VI, § 5x.)(Note · ·_,·îj‘ du traducteur.) ` , et (3) Cantique des Cantiques, 11, 15. (Note du traducteur.) 224 sëswn nr Les mrs ` gées des vignes, dire : « Emparons-nous des re-» uards (1),des petits renards qui ptllent nos vignes, parce que nos vignes ont de tendres grappes de raisins. » · (R Oh! reines que vous êtes,—ô re1nes ! —dans les collines et les calmes forêts vertes de ce pays qui est ^t,l d tlsdet èstls C VO PC CS l‘Cl'l&I‘ S 3l.lI‘0Il ·l S &I1l PC C C oiseaux de Pair des nids; et dans vos cités fau- dra-t-il ue les ierres aient à crier contre vous (I qu’elles sont les seuls ore1llers où le Fils de l’Homme peut reposer sa tête? _ _ ` ` (x) Allusion à saint Luc, xx, 58: « Mais Jésus lui répondit: Les — · renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des nids , mais le Fils de l’Homme n'a pas où reposer sa tête. » Comparez avec la ` Couronne d’0livier sauvage : ¤¤ cesC.l1asses gardées grâce auxquelles". à a été realisé mot à mot ou plutôt en fait ans la personne de Ses · auvres ce que leur Maître disait de lui-môme, que les renards et _. les oiseaux avaient des demeures, mais que Lui n’en avait point. » J (Conférence I, Le Trava1l.)(Sur le même verset encore, voir Eagles' Nest.) Avec cette ingéniosité merveilleuse qui, commentant les Evan- . giles à l’aide de 1`histoire et de la geographie (histoire et géogra- hie d’ai1leurs forcément un peu hypothétiques), iv donne aux moin- ` gres paroles du Christ un tel relief de vie et semb e les mouler exac- P tement sur des circonstances et des lieux d’une réalité indiscutable, mais qui parfois risqueparlà-même d’en restreindre un peu le sens et `. la portée, Renan, dont il peut être intéressant d’opposer ici la glose · à celle de Buskin, croit voir dans ce verset de saint Luc comme un L = signe que Jésus commençait à éprouver quelque lassitude de sa vie: - vagabonde. (Vie _de Jésus, page 324 des premières éditions.) Il , Qi; semble qu‘il y ait dans une telle interprétation, retenu sans doute î"·? par un sentiment exquis de la mesure et une sorte de pudeur sacrée, ~ _ . e germe de cette ironie spéciale qui se plaît à traduire, sous une forme terre à terre et actuelle, des paroles sacrées ou seulement.'.,;.; classiques, L'œuVI:e de Ilenân est SZHIS doute une grande œuvre,- une œuvre degéme. Mais par moments on n’aurait pas beaucoup t ' à faire pour your s’y esquisser comme une sort de Balle Hélène du Christianisme. (Note du traducteur.) Q, A-H L. î:·?«î'T* · jf

 F) :·«    

` xii à il ·


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