Seul (Prudhomme)

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Œuvres de Sully Prudhomme
Alphonse Lemerre, éditeur, s.d. (Poésies 1865-1866 : Stances & Poèmes, pp. 115-116).
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À Charles Lassis.

 
Le bonheur suit sa pente et rit
Sans témoins, comme un ruisseau coule :
Celui qu’une amante chérit
N’en parle jamais à la foule.

O bruit connu d’un léger pas,
Clair baiser d’une bouche rose,
Soupir qui ne se note pas,
Accent qui n’est ni vers ni prose !

Quel chant, quel trouble aérien
Est assez frais pour vous redire ?
Aht l’amour est un si grand bien
Que ses heureux n’ont pas de lyre !


Mais celui qui n’est pas aimé,
Qui ne peut embrasser personne,
Étreint un luth inanimé
Qui prenant sa vie en frissonne ;

Dans la gloire il cherche l’oubli
De sa solitude profonde,
Et d’un cœur qui n’est pas rempli
Tend la coupe infinie au monde.

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