- Songe-Mensonge, Espoir, Déception (trilogie)
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[modifier] Songe-Mensonge
[modifier] I
- P’têt’ ben qu’un jour gn’aura du bon
- Pour l’ Gas qui croit pus à grand’ chose,
- Qu’ a ben sommeil, qu’ est ben morose
- Et qui bourlingue à l’abandon ;
- Pour l’ Gas qui marche en ronflant d’bout
- Et qui veut pus en foutre eun’ datte
- Et qui risqu’rait p’têt’ un sal’ coup
- S’il l’tait pus vaillant su’ ses pattes
- Et s’y n’ saurait pas qu’en fin d’ compte
- Pus ya d’ misère et d’ scélérats,
- Pus ya d’ l’horreur, pus ya d’ la honte,
- Pus ya d’ pain pour les magistrats !
- Oh ! p’têt’ ben qu’ oui, oh ! p’têt’ ben qu’ non,
- Gn’aura du mieux... du neuf... du bon
- Pour C’lui qui va la gueul’ penchée
- À l’heure où les aut’s sont couchés,
- Car c’ soir... faut r’filer la Comète,
- Malgré qu’ mes pieds soyent en viand’ crue ;
- Ce soir... c’ doit êt’ un soir de fête,
- C’est plein d’ rigolos dans les rues !
- Ô joie ! ô candeur !... non c’ qu’y gueulent,
- Gn’en a déjà qu’ ont leur muffée ;
- Y tienn’nt un copain qui dégueule
- Alorss que moi j’ai rien briffé.
- C’est des michets, c’est des maqu’reaux,
- C’est des « rastas », c’est des rapins,
- Des calicots et des youpins,
- Des band’s de rouchies et d’ poivrots,
- Des candidats au copahu,
- Des jeun’s genss’ qui fait dans l’ Commerce
- Et qui s’ sont dit : « Faut qu’on s’exerce
- À la grand’ noce, au grand chahut ! »
- (Ceuss’-là y gagn’nt cinq cigs par mois
- Et veul’nt la faire aux mecs braisés)
- Or pour s’offrir eun’ fill’ de joie
- Ce soir... n’a fallu s’ cotiser !
- Chacun deux thun’s... viv’ la jeunesse !
- Et les v’là quat’ pour eun’ gothon :
- Mais la pauv’ môm’ n’a qu’ deux tétons
- Et quoi qu’a fass’... qu’eun’ pair de fesses !
- Un seul couch’ra... hein, quel succès !
- Les aut’s y s’ tap’ront... sans personne
- (Ah ! qu’on est fier d’être Français
- Quand on regarde la Colonne !)
- Vrai, les pauv’s gas..., les malheureux,
- Les crèv’-d’amour..., les faméliques !
- Y pass’nt, les viveurs fastueux
- De la troisième République !
- Euss’, leur gueltre et leur faux chambard
- Et leurs punais’s à trois francs l’heure,
- C’est d’ la misère et du cauch’mar
- C’est d’ la cruauté qui m’effleure.
- Quand gn’en a pus... gn’en a encore,
- Y piaill’nt, y rouspèt’nt... y s’ querell’nt
- C’est du suffrage universel
- Qui passe et qu’ est content d’ son sort !
[modifier] II
- Ah ! les veaux tout d’ mêm’, les vagins,
- Les salopiots..., les pauv’s loufoques,
- C’est pas euss qui f’ront v’nir l’Époque
- Où qu’ les z’Homm’s y s’ront tous frangins,
- Où qu’ les Nations s’ pass’ront des langues,
- Comm’ des charlott’s en amiquié,
- Euss, y r’tourn’nt à l’orang-outangue
- De la cocotte au cocotier !
- Ça s’rait bath d’en faire un cocu,
- D’y soul’ver eun’ de ses bergères,
- Mais d’pis longtemps... j’ai mal vécu,
- J’ suis pas sûr d’êt’ eun’ bonne affaire ;
- (Dam’ !... j’ai fait l’ jacqu’ moi, et par trop,
- L’ poireau d’amour pour caus’ de dèche,
- La crêm’ de ma rac’ doit êt’ sèche
- Comm’ la moëll’ morte du sureau ;
- Pis... mal fringué... fauché... sans treffe,
- J’os’rai seul’ment pas y causer :
- Donc un béguin, c’est comm’ des nèfes,
- Quant au lapin... c’est tout posé !)
- Enfin ! N’empêch’ que v’là la puïe
- Qu’y m’ faut cor’ n’ tortorer qu’ la brume
- (Mêm’ que c’est comm’ ça qu’on s’enrhume
- Et qu’on s’obtient des pneumonies).
- Et n’empêch’ qu’en c’te nuit d’ plaisir
- Où trottaille ed’ d’ la bell’ gonzesse
- Au fin fond d’ ma putain d’ jeunesse
- Y s’ lèv’ comme un troupeau d’ désirs !
- Et quels désirs ! Des éperdus,
- Des ceuss’ qui font qu’on d’viendrait pègre,
- Des douloureux... des ben tendus,
- Vrai band’ de loups et d’ gorets maigres.
- Pourtant la lanc’ d’vrait les noyer,
- Oui, j’ t’en fous, ma viande hurl’ tout’ seule,
- Mon cœur va me sauter d’ la gueule
- Mes limandins vont aboyer !
[modifier] III
- Ah ! qu’ mes flaquants sont lourds ce soir...
- Oh ! un bain d’ pieds... eun’ pair’ d’ pantoufes
- (J’ai trop marné dans la mistoufe
- Dans la bouillasse et l’ désespoir !)
- Oh ! n’ pus êt’ planqué à la dure
- Et n’ s’rait-ce qu’eun’ nuit frimer l’ marlou
- Et m’ les rouler dans d’ la guipure
- Ousqu’on verrait guincher mes poux.
- Deux ronds d’ tendresse... un sou d’ sourire
- Et deux tétons en oneillers
- Pour s’y blottir, y roupiller
- Et les mamourer sans rien dire :
- Voui, deux tétons frais et joyeux,
- Marmots lourds à gueulett’s fleuries,
- Lingots d’amour et d’ chair chérie
- Beaux et miséricordieux,
- Oh ! d’ la santé... eun’ bonne haleine !
- D’ la peau jeun’... des bras de fraîcheur
- Et su’ tout ça coucher ma peine
- Et ma fatigue de marcheur...
- Car c’ soir vraiment j’ peux pus m’ cont’nir,
- J’éclate ! Y a trop d’ joie, trop d’ morues,
- Gn’ a trop d’ rigolos dans les rues,
- J’ m’en vas chialer... j’ m’en vas m’ périr...
- Assez ! ou j’ vas m’ sortir les tripes
- Et buter dans l’ blair des passants,
- Des premiers v’nus, des « innocents »,
- Dans c’ troupeau d’ carn’s qu’ est les bons types.
- Ceuss’-là dont la joie n’ fait pas grâce,
- J’ m’en vas leur z’y mett’ un bouchon...
- Noël ! Noël ! L’ preumier qui passe
- Y bouff’ra d’ la têt’ de cochon !...
[modifier] IV
- À moins qu’ ça n’ soye moi qui n’écope
- Y aurait des chanc’s pour qu’ d’eun’ mandale
- Un d’euss’ m’envoye râper les dalles
- Du « Rat Mort » au café Procope.
- Car euss’ n’ont pas dîné... d’ mépris
- Ni déjeuné d’un paradoxe :
- Tous ces muff’s-là, c’est ben nourri,
- Ça fait du sport... ça fait d’ la boxe.
- Pis quand même ej’ s’rais l’ pus costaud
- (Faut ben voir la réalité),
- Quand on est seul à s’ révolter
- Les aut’s boug’nt pas pus qu’ des poteaux.
- Alorss ? Quoi fair’ ? S’ foutre à la Seine ?
- Mais j’ suis su’ Terr’, faut ben qu’ j’y reste ;
- Allons r’marchons... rentrons not’ geste
- Pour cett’ fois... ça vaut pas la peine !
[modifier] Espoir
[modifier] V
- Comment qu’ ça s’ fait qu’ les taciturnes,
- Les fout-la-faim, les gars comm’ moi,
- Les membr’s du « Brasero nocturne »,
- Gn’en a pus d’un su’ l’ pavé d’ bois ;
- Ceuss’ qu’ont du poil et d’ la fierté,
- Les inconnus... que tout l’ mond’ frôle,
- Souffrent c’ qu’y souffr’nt sans rouspéter
- Et pass’nt en couchant les épaules ?
- C’est-y que quand le ventre est vide
- On n’ peut rien autr’ que s’ résigner,
- Comm’ le bétail au front stupide
- Qui sent d’avanc’ qu’y s’ra saigné ?
- Comment qu’ ça s’ fait qu’ la viande est lâche
- Et qu’on n’ tent’rait pas un coup d’ chien
- Et qu’ moins on peut... moins qu’on s’ maintient,
- Pus on s’ cramponne et pus qu’on tâche ?
- (Car c’est pas drôl’ d’êt’ sans coucher
- Pour la raison qu’on est fauché,
- Ou d’ pas s’ connaître eun’ tit’ maîtresse
- À caus’ qu’on est dans la détresse !)
- (L’ droit au baiser existe trop
- Pour les rupins qu’ est débauchés,
- Pour les barbes, pour les michets ;
- Le sans-pognon..., lui, bais’... la peau !)
- (Pourtant, vrai, on sait c’ qu’est la Vie
- Qui s’ traduit par l’ mêm’ boniment
- Qu’ dans la galette ou l’ sentiment
- On vous fait jamais qu’ des vach’ries !)
- Donc, comment qu’ ça s’ fait qu’on fait rien,
- Qu’on a cor’ la forc’ de poursuivre
- Et qu’ malgré tout, ben, on s’ laiss’ vivre
- À la j’ m’en-fous, à la p’têt’-bien ?
- Oh ! C’est qu’ chacun a sa chimère
- Et qu’ pus il est bas l’ purotain,
- Pus qu’y marin’ dans les misères,
- Pus que son gniasse est incertain,
- Et qu’ moins y sait où donner d’ l’aile,
- Comme en plein jour l’oiseau du soir,
- Pus qu’y se r’suc’ dans la cervelle
- Deux grains d’ mensonge et un d’espoir !
- Espoir de quoi ? Dam’ ! ça dépend :
- Gn’en a qu’espèr’nt en eun’ Justice,
- D’aut’s en la Gloir’ (ça, c’est un vice...
- Leur faut dans l’ fign’ trois plum’s de paon !).
- Mais l’ pus grand nombr’... l’est comm’ mézigue,
- Y rêv’ d’un coin qui s’rait quéqu’ part,
- N’importe, y n’ sait, où, pour sa part,
- Y verrait flancher sa fatigue :
- Un endroit ousque, sans charger,
- Ça r’ssemblerait à d’ la vraie Vie,
- À d’ l’Amour et à du manger,
- Mais pas comm’ dans les théories.
- Un soir d’été, deux brins d’ persil,
- Eun’ tit’ bicoque à la campagne
- Et quéqu’ chose à s’ mett’ dans l’ fusil
- (C’est pas des châteaux en Espagne !)
- Car y vient eune heure à la fin
- Où qu’ chacun veut vivre en artisse :
- L’ rupin... à caus’ des rhumatisses
- Et l’ pauvr’ pour bouffer à sa faim.
- Voui ! D’ la guimauv’, du sirop d’ gomme
- Pour chacun en particulier ;
- Mais v’là l’ chiendent, v’là l’ singulier,
- On vourait ça pour tous les hommes !
[modifier] VI
- Car, gn’a pas, on est fatigué,
- On n’ donn’ pus dans la Politique,
- Ses pantins noirs et leur chiqué,
- On sait qu’ tout ça, c’est des « pratiques ».
- On rigol’ d’eun’ Fraternité
- Où même’ quand c’est l’ Milord qu’ étrenne
- Et qu’ c’est son tour d’êt’ dans la peine,
- Ses frangins (!) l’y laissent barboter.
- On s’ fout d’un Dieu qui, s’il existe,
- A sûr’ment dû nous oublier ;
- Car d’pis l’ temps qu’on l’a supplié,
- L’aurait pu fair’ la Vie moins triste !
- On commenc’ par avoir son crible
- Des loufoqu’ries de nos Aïeux ;
- On vourait pas, si c’tait possible,
- On vourait pas trinquer pour eux...
- Nous on est droits... nous on respire
- (Ça n’est déjà pas si cocasse) ;
- Porquoi qu’y faut payer la casse
- Du preumier et du s’cond Empire ?
- On a soupé des comédies,
- Des moral’s, des phizolofies,
- L’Homm’ doit pus fair’ que son plaisir
- Et la beauté de ses désirs.
- On s’en fout des Idéalisses
- Qui su’ not’ râb’ se chamaillaient
- Et des z’avocats socialisses
- Poilus, gueulards et marseillais !
- On marche pus pour êt’ martyrs
- Ou d’ la confitur’ d’insurgés,
- Comm’ ceuss dont les z’oss’ments doiv’nt dire :
- — Malheurs ! Quand c’est qu’on s’ra vengés ?
- Porquoi qu’on s’rait viande à mitrailles
- Pour flingots à « persécussions » ?
- De Fourmies on r’monte à Versailles,
- C’est toujours les mêm’s solutions.
- On croit s’ battr’ pour l’Humanité,
- J’ t’en fous... c’est pour qu’ les Forts s’engraissent
- Et c’est pour que l’ Commerce y r’naisse
- Avec bien pus d’ sécurité.
- On se souvient des Communeux
- Dont on questionnait la cervelle
- En leur enfonçant les vitreux
- À coups d’ sorlots et d’ point’s d’ombrelles
- Et quand on r’tombe au temps présent,
- On n’ trouv’ pas ça pus amusant ;
- Y font vomir les satisfaits
- À qui pus rien ne fait d’effet ;
- Et vomir, les poir’s, les bett’raves,
- Les résignés à tronch’s d’esclaves
- Et tous les genr’s de révoltés
- Qui finissent par êt’... députés !
- Nous, on veut pus se l’ laisser mettre,
- Vaut mieux s’ tourner les pouc’s en rond ;
- Quand un larbin y parvient maître
- L’est cor pus carn’ que son patron !
- De quoi ? S’ fair’ scier pour ces gas-là ?
- Fair’ monter l’ tirag’ des gazettes ?
- Y val’nt pas l’ coup, vrai, nom de l’ là,
- Qu’ z’y restn’t aux wouater-clozettes !
- À part quéqu’s-uns qu’ ont d’ la bonté,
- Les aut’s sont par trop sûrs d’eux-mêmes ;
- Laissons les flemmards à leur flemme
- Et les salauds dans leur sal’té !
- Voui, qu’y z’y pionc’nt dans leur purin
- Fait d’or, d’ laideurs et d’arrogance ;
- Vrai, y manqu’nt par trop d’élégance.
- Y m’ dégout’nt, mes Contemporains !
- Car les modernes Aristos
- N’ont pas bezef des Paladins
- Qui se faisaient crever la peau
- Pour la Veuve et pour l’Orphelin.
[modifier] VII
- Donc, chacun il a sa chimère,
- (Mêm’ qu’il en est l’unique amant) ;
- Bibi a la sienne égal’ment...
- Suffit... j’ m’entends... c’est m’ n’ affaire !
- Voui, j’ suis un typ’, moi, j’en ai d’ bonnes ;
- Quand les aut’s y sont dans leur lit,
- Bibi y trimballe eun’ Madone :
- Notre-Dame-des-Démolis !
- Et pis l’ pus crevant d’ l’aventure,
- Qui fait mon chagrin panaché,
- C’est qu’ c’est lorsque j’ suis l’ pus fauché,
- L’ pus dans la nasse el’ pus dans l’ordure,
- C’est quand j’ vaudrais pas mêm’ eun’ claque,
- Quand j’ donn’rais pas deux ronds d’ ma peau
- Et qu’ « le long, le long du ruisseau »
- J’ vourais m’ fondre et devenir flaque,
- C’est quand j’ me sens l’ pus loqu’taillon,
- Quand j’ mâch’ mes cris comm’ des cartouches
- C’est quand j’ suis l’ pus rauque et farouche
- Qu’a m’apparaît comme un rayon !
- Voui, quand j’ vas ruer dans les brancards,
- Tout par un coup v’là qu’a s’élève,
- La Cell’ qui dort au fond d’ mes rêves
- Comme eun’ bonn’ Vierg’ dans un placard !
- Qui c’est ? J’ sais pas, mais alle est belle :
- A s’ lève en moi en Lun’ d’Été,
- Alle est postée en sentinelle
- Comme un flambeau, comme eun’ clarté !
- A m’ guette, alle écout’ si j’ l’appelle
- Du fond du soir et du malheur ;
- Mêm’ qu’alle a les tétons en fleur
- Et tout l’Amour dans les prunelles !
- Qui c’est ? J’ sais pas... p’têt’ la Beauté
- (À moins qu’ ça n’ soye la Charité).
- En tous cas c’est moi qu’alle attend
- Et v’là déjà pas mal de temps !
- Sûr qu’ c’est pas eun’ gerce à la roue
- Qui m’ mépris’ra pour manqu’ de carme
- Et tant que j’ pilonn’rai la boue
- Arpions en sang, châsses en larmes.
- Sûr que c’est pas eune Égérie
- Qui, bien qu’ repoussant du flingot,
- F’rait p’têt’ sa tourte et sa sûrie
- Pass’ que j’ jacqut’rai en parigot ;
- Et non pus eun’ fill’ de romances
- Qui s’enverrait l’Hercul’ du Nord
- Ou, pour endormir ses souffrances,
- M’ f’rait des queues avec un ténor !
- Ni eun’ virago, sac à schnick,
- Qui, pour soigner mon estomac,
- M’ pass’rait tous les jours à tabac
- Comm’ si qu’ j’aye épousé un flic (!)
- Ni eun’ bergeois’ qui f’rait ses magnes
- (Eune épateus’ de calicots)
- Et l’ raffût des toupies d’All’magne
- (Voyez rayon des boucicauts).
- Ni eun’ détraquée, eun’ pourrie,
- Eune écriveuse à faux jaspin,
- Ni eun’ poufiasse à front d’ Marie
- Qui s’appuierait des marloupins.
- Qui c’est ? J’ sais pas, alle est si loin !
- Alle est si pâl’ dans l’ soir qui tombe
- Qu’on jur’rait qu’ a sort de la tombe
- Ousqu’on s’ marierait sans témoins.
- Mais à forc’ d’errer et d’ muser
- Su’ des kilomèt’s de bitume,
- Quéqu’ soir d’horreur et d’amertume
- J’ me cogn’rai p’têt’ dans son baiser !
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- (— Mais d’ qui donc, feignant, mâche-angoisse,
- Princ’ des Couillons, mine à croquis,
- Gibier d’ Poissy qu’a l’ taf qu’on l’ poisse,
- Non, mais dis-nous donc l’ baiser d’ qui ?
- — T’en as d’ l’astuc’, c’est épatant !
- Ousqu’alle est ta Blanch’, ta Radieuse,
- Tu t’es pas vu, eh ! dégoûtant,
- Toi et ta requinpett’ pouilleuse ?)
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Ben, ma foi, si gn’a pas moyen,
- C’est pas ça qu’empêch’ra que j’ l’aime !
- Allons, r’marchons, suivons not’ flemme
- Rêvons toujours, ça coûte rien !
[modifier] Déception
[modifier] VIII
- Quand j’ m’amèn’rai su’ la Mason
- Qu’ j’ai dans l’idée, au coin d’ ma vie,
- Elle a s’ra just’ su’ sa sortie
- Pour aller fair’ ses provisions.
- Dès qu’a m’ verra, mince ed’ girie !
- (Un vrai coup d’ tronche en plein nichons)
- Et comm’ tout par un coup r’froidie,
- A d’viendra blanch’ comme un torchon !
- — Ah ! (Et a s’ mettra pour prier :)
- — Seigneur ! Jésus ! Mari’-Mad’leine !
- Et tous ceuss’ du calendrier
- Qui s’ foutent d’ la misère humaine.
- — Ah ! ben vrai... bonsoir ? Quiens ! Te v’là ?
- Ça n’est pas trop tôt, mon bonhomme,
- Allons, approch’, pos’ ton cul là,
- D’où c’est qu’ tu viens ? Comment qu’ tu t’ nommes ?
- — T’as l’air tout chos’... tu t’ sais en r’tard ;
- Mais j’ te dis rien pass’ que tu t’ traînes
- Et qu’ t’ as l’air d’avoir ben d’ la peine
- D’êt’ ben massif, d’êt ben mastar !
- — Mon guieu qu’ t’es grand ! Mon guieu qu’ t’es maigre !
- Ben sûr... tu n’es pas... financier,
- Ni député..., ni marl’..., ni pègre,
- Sûr que t’as z’un foutu méquier !
- — Tes clignotants sont fatigués !
- Tes ployants grinc’nt comm’ des essieux,
- T’es moch’..., t’es vidé..., t’es chassieux,
- T’es à fond d’ cal’..., t’es déglingué ;
- — Sûr ! T’as pas eu ta suffisance
- De brich’ton, d’ sommeil et d’amour,
- Et tes z’os qu’on doit voir à jour,
- Ça n’est guèr’ d’ la « réjouissance ».
- — T’as pus d’ grimpant... t’as pus d’ liquette,
- Tes lappe-la-boue bâill’nt de douleur,
- Et pour c’ qui est d’ ta riquinpette
- Alle est taillée dans du malheur !
- — Qui c’est ton parfum ? dis ? des fois ?
- (On pourrait t’ pister à la trace.)
- — Mossieu a mis son sifflet d’ crasse ?
- Mossieu va dans l’ monde à, c’ que j’ vois !
- — Ton bloum ! y dat’ du grand Empire !
- Ta plur’ grelotte, eh ! grelotteux !
- Et j’ devin’ cor à ton sourire
- Qu’ ton cœur aussi est ben loqu’teux !
- — T’ as dû n’avoir l’âme azurée
- D’ l’instruction... d’ l’astuce et d’ l’acquis
- Car avec ça t’as l’air... marquis,
- Oh ! mais... d’un marquis d’ la Purée.
- — J’ te connais comm’ si j’ t’avais fait,
- T’ es un rêveur..., t’ es z’eun’ vadrouille ;
- T’ as chassé que c’ que tu rêvais
- Et t’ es toujours rev’nu bredouille :
- — T’ as tell’ment r’filé la comète
- Qu’on la croirait cor’ su’ ton front ;
- T’ as du blanc d’ billard su’ la tête,
- T’ as comme eune Étoil’ su’ l’ citron !
- — Cause un peu si ça t’est possible !
- Aie pas peur, caus’ ?... Pheu ! c’est natté.
- Oh ! c’ qu’il est gonflé ton Sensible,
- On croirait qu’ y va éclater !
- — Gn’a ben longtemps que j’ t’espérais
- Et j’ comptais pu su’ toi, à c’t’ heure ;
- Mais pisque te v’là et qu’ tu pleures,
- Stope ! on verra à voir après :
- — Si ça t’ botte on f’ra compagnons
- (Bien qu’ tu soye schnocke et qu’ tu trouillotes)
- Mais j’ t’aim’ comm’ ça.... c’est mes z’ognons
- Et tout l’ reste il est d’ la gnognotte !
- — Arr’pos’-toi donc, va... fais un somme,
- T’ es pas pressé... tu viens d’ si loin ;
- Les purs-sangs qui sont pas des hommes
- Roupill’nt ben tout l’ long d’ leur besoin ;
- — Dors... laiss’ tout ça s’organiser,
- J’ suis la Beauté... j’ suis la Justice,
- Et v’là trente ans que tu t’ dévisses,
- Qu’ t’ es en marche après mon baiser !
- — T’ es ben un galant d’ not’ Époque,
- Un d’ nos cochons d’ contemporains
- Qu’ ont l’ cœur et la sorbonne en loques
- Et n’ savent où donner du groin.
- — Ah ! c’ que t’ as pris... non, c’est un rêve !
- Et j’ai qu’à voir ton ciboulot
- Pour m’ figurer qu’ ta part d’ gâteau
- Ne cont’nait sûr’ment pas la fève.
- — T’ as d’ l’orgueil, d’ la simplicité,
- Et d’vant la Vie t’ as fait ta gueule ;
- T’ as d’ l’usage... d’ la timidité,
- T’ es dign’, t’ es maigr’, t’ es jeun’... t’ es meule !
- — Aussi on n’ te gob’ pas beaucoup,
- T’ offens’s les muffs ; t’ es bon pour l’ bagne.
- Comment, sagouin, t’ avais pas l’ sou
- Et tu f’sais ta poire et tes magnes ?
- — Quiens... maint’nant, causons des gonzesses
- (Qué Sologn’ ce fut... tes vingt ans !)
- Aucune a compris les tendresses
- Qui braisoyent dans tes miroitants :
- — Et t’ es cor deuil et plein d’ méfiance
- À cause des fauvett’s qui dans l’ temps
- Ont fait pipi su’ tes croyances
- Et caca su’ ton Palpitant ;
- — Et des nombreus’s qui censément
- T’ont mené au pat’lin jonquille
- Et chahuté les sentiments
- Comm’ des croquants couch’nt un jeu d’ quilles.
- — Et les ment’ries qu’ tu sais déjà ;
- Nib ! T’ en veux pus pour un empire :
- Hein : — « Cœurs de femm’s, cœurs de goujats »,
- Et les meilleur’s... a sont les pires !
- — N’ te tracass’ pas, va... dors, mon gosse ;
- Dodo, mon chagrin.., mon chouné,
- La France est un pays d’ négoce,
- Tu sauras jamais t’y r’tourner !
- (Car la Femme a n’a qu’un pépin,
- Son mâl s’rait-y l’ roi des Rupins,
- L’ pus marioll’ de tous les royaumes,
- Pour Ell’... c’est jamais qu’un pauv’ môme.)
[modifier] IX
- Et v’là. — A caus’ra jusqu’au jour
- Comm’ ça en connaissanc’ de cause ;
- Ses mots... y s’ront des grains d’amour,
- Et en m’ disant tout’s ces bonn’s choses,
- Jusqu’à c’ que la Blafarde a s’ couche
- Dans son plumard silencieux,
- A mettra ses mains su’ ma bouche
- Et pis ses bécots plein mes yeux.
- (Car nous deux ça bich’ra tout d’ suite
- Et pour savoir si j’ suis amé
- Sûr, j’aurai pas besoin d’ plumer
- L’ volant mignon des marguerites !)
- J’ m’y vois. — A m’ prendra dans ses bras
- Comme eun’ moman quient son moutard,
- Comme un goualant d’ rues sa guitare
- Et a m’ f’ra chialer c’ qu’a voudra.
- Pour moi, ça s’ra mossieu Dimanche
- (J’y caus’rai pas... gn’en aurait d’ trop !)
- J’ s’rai là, crevé, langu’ dans les crocs
- Comme un vieux canasson qui flanche.
- Dormir alors... ah ! j’ dormirai
- L’instant où j’ la rencontrerai !
- Oh ! là là, qué coup d’ traversin :
- (Le tsar y s’ra pas mon cousin !)
- Dormir... dormir, jusqu’à Midi !
- Qu’a soye putain, qu’a soye pucelle,
- Le blair’ dans l’ poil de son aisselle
- Comme un moignieau qui rentre au nid !
- Sûr qu’a s’ra franch’, gironde et bonne,
- Son cœur y s’ra là pour un coup,
- Et ses tétons y s’ront si doux
- Que j’ la prendrai pour eun’ daronne.
- Et loin des gonciers charitables,
- Des philanthrop’s... des gas soumis,
- J’aurai d’ la soup’, du rif, eun’ table
- Et du perlo pour les z’amis.
- (Fini l’ chiqué des vieux gratins,
- Des pauv’s vieux cochons baladeurs !
- Fini, Mam’ Poignet et ses leurres
- Solitaires et clandestins !)
- Ah ! nom de d’là ! ce que j’ l’am’rai
- (Gn’aura qu’Ell’ qui s’ra ma Patrie)
- Elle et pis sa jeuness’ fleurie
- Comm’ le Luxembourg au mois d’ Mai !
- Ah ! quand c’est que j’y parviendrai
- À la Mason de Son Sourire,
- Quand c’est donc que je pourrai m’ dire :
- — Ma vieill’, ça y est, tu vas t’ plumer !
- Si c’est l’Hiver... p’têt’ qu’y f’ra chaud,
- Si c’est l’ Printemps p’têt’ qu’y f’ra tendre,
- Mais qu’y lansquine ou qu’y fass’ beau,
- Mon guieu... comme y f’ra bon d’ s’étendre !
- Voui, dormir... n’ pus jamais rouvrir
- Mes falots sanglants su’ la Vie,
- Et dès lorss ne pus rien savoir
- Des espoirs et des désespoirs,
- Qu’ ça soye le soir ou ben l’ matin,
- Qu’y fass’ moins noir dans mon destin,
- Dormir longtemps... dormir... dormir !
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Ho ! mais bon sang ! Cell’ que j’appelle
- Ça s’rait-t’y pas la Femme en Noir
- Qu’est à coup sûr la pus fidèle ?
- Oh ! là là, vrai ! La Dame en Noir
- (Qu’un jour tout un chacun doit voir
- Aux lueurs des trent’-six chandelles
- Qu’on allum’ pour la recevoir) ;
- Tonnerr’ de Dieu !... la Femme en Noir,
- La Sans-Remords... la Sans-Mamelles,
- La Dure-aux-Cœurs, la Fraîche-aux-Moelles,
- La Sans-Pitié, la Sans-Prunelles,
- Qui va jugulant les pus belles
- Et jarnacquant l’ jarret d’ l’Espoir :
- Vous savez ben... la Grande en Noir
- Qui tranch’ les tronch’s par ribambelles
- Et dans les tas les pus rebelles,
- Envoye son tranchoir en coup d’aile
- Pour fair’ du Silence et du Soir !
- (Et faire enfin qu’y ait du bon
- Pour l’ gas qui rôde à l’abandon).