Sonnet (Stances et Poèmes, III)

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Œuvres de Sully Prudhomme
Alphonse Lemerre, éditeur, s.d. (Poésies 1865-1866 : Stances & Poèmes, p. 113).
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J’ai l’âme de l’aiglon dont l’aile vigoureuse
Frémit d’impatience aux mains du ravisseur ;
Il lui faut le soleil, la vie aventureuse,
Un vol indépendant ou le plomb du chasseur.

D’un climat sans beaux jours et d’une terre affreuse
L’exil amer pourtant ne m’est pas sans douceur ;
Car l’amitié sait joindre, habile et généreuse,
Les bontés de ma mère aux grâces de ma sœur.

Et vous voulez savoir quel bienfaisant génie,
Égayant de ses yeux l’ombre de ma prison,
Me tint lieu de grand jour, et d’air et d’horizon ?

Eh bien ! c’est vous, madame, et vous êtes bénie
De suppléer si bien famille, amour, printemps,
Patrie et liberté dans les cœurs de vingt ans !

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