Théologie portative, ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne

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Théologie portative
Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne

1768



INTRODUCTION


Toute peine vaut salaire. Les lois de l'équité demandent que dans une nation les citoyens soient récompensés ou punis à proportion des avantages qu'ils procurent ou des maux qu'ils font à leurs concitoyens. L'intérêt général exige que les hommes les plus utiles soyent les plus considérés ; que ceux qui sont inutiles soient honnis et méprisés, que ceux qui sont dangereux soient détestés et châtiés. C'est sur ces principes évidents que nous devons régler nos jugements. Les rangs, les prérogatives, les honneurs, les richesses sont des récompenses que la société, ou ceux qui la représentent, décernent aux personnes qui lui rendent les plus importants services, ou dont elle a le plus de besoin : si la société se trompait là-dessus, si elle accumulait les marques de sa reconnaissance sur des personnes indignes, inutiles ou dangereuses, elle se nuirait à elle-même, et sa conduite extravagante viendrait infailliblement de quelque opinion fausse ou de quelque préjugé. Ces principes sont de nature à n'être contestés par personne. Ils sont suivis dans toutes les nations, qui par les avantages qu'elles accordent semblent reconnaître toujours les avantages qu'elles reçoivent elles-mêmes, ou du moins qu'elles attendent. Elles rendent leurs hommages aux souverains, elles leur confient un pouvoir plus ou moins étendu, elles leur accordent des revenus et des subsides, parce qu'elles les regardent comme les sources du bonheur national, parce qu'elles veulent les dédommager des soins pénibles du gouvernement. Elles honorent les nobles et les grands parce qu'elles les regardent comme les défenseurs de l'État, comme des citoyens plus éclairés que les autres et capables de les guider en aidant le souverain dans les travaux de l'administration. Enfin ces nations montrent la vénération la plus profonde aux prêtres, parce qu'elles les regardent, avec raison, comme un ordre d'hommes choisis par la divinité même pour guider les autres dans la voie du salut, qui doit être l'objet des plus ardents désirs des peuples, lorsqu'ils sont assez sages pour sentir la préférence que méritent les biens éternels et durables sur les biens temporels et périssables de ce monde, qui n'est qu'un passage pour arriver à une vie beaucoup meilleure. La religion est un des plus grands mobiles des hommes. Les fausses religions, qui sont l'ouvrage de l'imposture, partagent avec la vraie, qui est l'ouvrage de la divinité, le droit de faire des impressions vives et profondes sur l'esprit des nations. Pénétrés de respect pour une divinité toujours incompréhensible, agités de craintes et d'espérances, en un mot religieux, tous les peuples de la terre ont regardé les prêtres comme les plus utiles des hommes, comme ceux dont les lumières et les secours leur étaient les plus nécessaires ; en conséquence dans tout pays le clergé constitua toujours le premier ordre de l'état ; il fut en droit de commander à tous les autres, il jouit des plus grands honneurs, il fut comblé de richesses, il eut un pouvoir supérieur même à celui des souverains, qui furent en tout temps obligés de fléchir le genou devant les ministres des puissances inconnues qui recevoient les adorations des peuples.

DISCOURS PRELIMINAIRES


Presqu'en tout temps et partout les prêtres ont été les maîtres des rois ; loin que le pouvoir souverain s'étendît sur les ministres du ciel, il fut obligé de lui céder ; les prêtres jouîrent de la grandeur, de la considération, de l'impunité. Souvent ils justifièrent leurs excès par les volontés des dieux, qui furent eux mêmes à leurs ordres ; en un mot le ciel et la terre furent forcés de leur obéir, et les souverains ne trouvèrent d'autre moyen d'exercer l'autorité qui leur avait été confiée, qu'en se soumettant eux-mêmes à l'autorité plus redoutable des ministres des dieux. Les prêtres des religions fausses que nous voyons répandues sur la terre jouissent donc, ainsi que les prêtres de la vraie religion, du pouvoir le plus illimité. Tout est bien reçu par les peuples, quand il est merveilleux ou lorsqu'il vient de la divinité ; ils n'examinent jamais rien d'après leurs prêtres, qui sont partout accoutumés à commander à leur raison et à subjuguer leur entendement. Ne soyons donc point surpris si nous voyons partout le sacerdoce jouir de privilèges immenses, de richesses inépuisables, d'une autorité toujours respectée, enfin du pouvoir même de mal faire sans en être puni. Nous le voyons en tout pays prescrire des rites, des usages, des cérémonies quelquefois bizarres, inhumaines, déraisonnables : nous le voyons tirer parti d'une foule d'inventions que sur sa parole l'on regarde toujours comme divines.

Les prêtres ont sacrifié des hommes presqu'en tout pays. Il fallait rendre les dieux terribles pour que leurs ministres fussent et plus respectés et mieux récompensés. Ils ont introduit des usages religieux utiles à leurs plaisirs, à leur avarice et à leurs passions ; enfin ils ont commis des crimes aux yeux des peuples, qui sous le charme où ils étaient, bien loin de les punir, leur ont sû gré de leur excès et se sont imaginé que le ciel leur deviendrait plus propice à mesure que leurs prêtres seraient plus criminels.

Chez les phéniciens Moloch demandait qu'on lui sacrifiât des enfants. On lui faisait des sacrifices semblables chez les carthaginois ; la déesse de la tauride voulait qu'on lui immolât les étrangers ; le dieu des mexicains exigeait des milliers de victimes humaines ; les druides chez les celtes sacrifiaient les prisonniers de guerre. Le dieu de Mahomet voulait qu'on étendît sa religion par le fer et par le feu, et par conséquent exigeait qu'on lui sacrifiât des nations entières. Enfin les prêtres du dieu vivant ont, comme de raison, plus fait périr d'hommes pour l'appaiser, que les prêtres de toutes les nations ensemble n'en ont jamais immolé.

En effet, ce qui est abus et crime dans les fausses religions devient légitime et saint dans la vraie religion. Le dieu que nous adorons est, sans doute, plus grand et ne doit pas être moins redoutable que les faux dieux des païens ; ses prêtres ne doivent être ni moins respectés ni moins récompensés que les leurs. En conséquence nous voyons que les ministres de Jéhovah, sans s'amuser à fouiller dans les entrailles de quelques victimes, soit d'hommes soit d'animaux, ont tout d'un coup fait égorger des villes, des armées, des nations, en l'honneur de la vraie divinité ; ce fut, sans doute, pour prouver sa supériorité et pour nous pénétrer du saint respect qui est dû à ses ministres. Ainsi loin de leur faire un crime de ces sacrifices nombreux qu'ils ont faits ou causés sur la terre, ils doivent nous inspirer de hautes idées de notre dieu : loin de les blâmer de ces saintes persécutions, de ces saintes boucheries, de ces supplices inouïs, qui paraissent des atrocités et des crimes à des yeux prévenus, nous devons leur en savoir gré, nous devons admirer les notions merveilles et sublimes qu'ils nous donnent de notre dieu ; nous devons redoubler de soumission pour ses ministres qui nous apprennent sa grandeur et qui font de si grandes choses pour lui plaire. Il est vrai que l'humanité rebelle peut quelquefois se révolter contre des pratiques que la nature et la raison désapprouvent, mais nous savons que la nature est corrompue et que la raison nous trompe ; la foi seule nous suffit, et avec de la foi nos prêtres n'ont jamais tort.

C'est donc par les yeux de la foi que nous devons considérer les actions de nos prêtres et alors nous trouverons toujours que leur conduite est juste, et que celle qui paraît criminelle ou déraisonnable est souvent l'effet d'une sagesse profonde, d'une politique prudente, et doit être approuvée par la divinité, qui ne juge point des choses comme les faibles mortels. En un mot avec beaucoup de foi nous ne verrons jamais dans les actions du clergé rien qui puisse nous scandaliser. Cela posé, il nous sera facile de justifier nos prêtres et nos évêques des prétendus excès que leur reprochent des hommes profanes et superficiels, ou des impies qui manquent de foi. On les accuse souvent d'une ambition démesurée ; on parle avec indignation des entreprises du sacerdoce contre la puissance civile ; on est révolté de l'orgueil de ces pontifes qui s'arrogent le droit de commander aux souverains eux-mêmes, de les déposer, de les priver de la couronne. Mais au fond est-il rien de plus légitime ? Les princes ainsi que leurs sujets ne sont-ils pas soumis à l'église ? Les représentants des nations ne doivent-ils point céder aux représentants de la divinité ? Est-il quelqu'un sur la terre qui puisse le disputer à ceux qui sont les dépositaires de la puissance du très-haut ?

Rien n'est donc mieux fondé aux yeux d'un chrétien rempli de foi que les prétentions du sacerdoce. Rien n'est plus criminel que de résister aux ministres du seigneur ; rien n'est plus présomptueux que de vouloir se placer sur la même ligne qu'eux ; rien de plus téméraire que de prétendre les juger ou soumettre des hommes tout divins à des loix humaines. Les prêtres sont sous la juridiction de Dieu, et comme ce sont eux qui sont chargés de l'exercer, il s'ensuit que les prêtres ne peuvent être soumis qu'aux prêtres.

Les relations de quelques voyageurs nous apprennent que sur la côte de Guinée les rois sont obligés de subir une cérémonie sacerdotale nécessaire à leur inauguration, et sans laquelle les peuples ne reconnaîtraient pas leur autorité. Le prince se met à terre, tandis que le pontife lui marche sur le ventre et lui met le pied sur la gorge, en lui faisant jurer qu'il sera toujours obéissant au clergé. Si le pontife d'un misérable fétiche exerce un droit si honorable, à plus forte raison quel doit être le pouvoir du souverain pontife des chrétiens, qui est le vicaire de Jésus-Christ en terre, le représentant du dieu de l'univers, le vice-régent du roi des rois.

Tout homme bien pénétré de la grandeur de son dieu, doit être pénétré de la grandeur de ses prêtres ; autant vaudrait-il nier l'existence de ce dieu que de refuser les hommages qui sont dus à ses ministres ; celui qui désobéit aux ministres, chargés par un monarque d'exercer son autorité, est, sans doute, un rebelle qui résiste au monarque lui-même. L'on voit donc que rien ne doit être plus grand sur la terre qu'un prêtre, qu'un moine, qu'un capucin, et que les princes des prêtres sont les plus grands des mortels. Le curé est toujours le premier homme de son village, et le pape est, sans contredit, le premier homme du monde.

Le salut est la seule chose nécessaire ; nous ne sommes en ce monde que pour l'opérer avec crainte et tremblement , nous devons craindre Dieu et trembler devant ses prêtres ; ils sont les maîtres du ciel, ils en possèdent les clefs, ils savent seuls le chemin qui y mène, d'où il suit évidemment que nous devons leur obéir préférablement à ces rois de la terre, dont le pouvoir ne s'étend que sur les corps, tandis que celui des prêtres s'étend bien au-delà des bornes de cette vie. Que dis-je ! Si les rois eux-mêmes ont, comme ils doivent, le désir de se sauver, il faut qu'ils se laissent aveuglément conduire par les guides et les pilotes spirituels, qui seuls sont en état de procurer le bonheur éternel à ceux qui se montrent dociles à leurs leçons. Il suit de là que les princes qui manquent de docilité à leurs prêtres manquent indubitablement de foi, et peuvent par leur exemple anéantir la foi dans l'esprit de leurs sujets. Mais comme sans foi il est impossible de se sauver, et comme la plus importante des choses est de se sauver, on doit en conclure que c'est au clergé à voir ce qu'il faut faire des princes qui sont indociles ou sans foi ; souvent il trouve qu'oportet unum mori pro populo, doctrine très déplaisante pour les rois, très nuisible à la société, mais dont les jésuites assûrent que l'église doit très bien se trouver, et que le très-saint père n'a jamais eu le courage de condamner. On voit donc que les princes sont en conscience et par intérêt obligés d'être toujours soumis au clergé ; les souverains n'ont de l'autorité dans ce monde que pour que l'église prospère : l'État ne pourrait être heureux si les prêtres n'étaient contents ; c'est, comme on sait, de ces prêtres que dépend le bonheur éternel, qui doit bien plus intéresser les princes eux-mêmes que celui d'ici bas. Ainsi leur autorité doit être subordonnée à celle des prêtres qui savent seuls ce qu'il faut faire pour arriver à la gloire. Le souverain ne doit donc être que l'exécuteur des volontés du clergé, qui n'est lui-même que l'organe des volontés divines. Cela posé, le prince ne remplit son devoir et ne doit être obéi que quand il obéit à Dieu, c'est-à-dire, à ses prêtres ; dès que ceux-ci le jugent nécessaire au bien de la religion il est de son devoir de tourmenter, de persécuter, de bannir, de brûler ceux de ses sujets qui ne travaillent point à leur salut, qui sont hors du chemin qui y conduit, ou qui peuvent contribuer à égarer les autres.

En effet tout est permis pour le salut des hommes ; rien de plus légitime que de faire périr le corps pour rendre l'âme heureuse ; rien de plus avantageux à la politique chrétienne que d'exterminer de vils mortels qui mettent obstacle aux saintes vues des prêtres. Ainsi loin de reprocher à ceux-ci les cruautés salutaires qu'ils ont souvent employées pour ramener les esprits, on aurait dû leur permettre de redoubler, s'il est possible, ou du moins de rendre plus durables les rigueurs qu'ils font éprouver aux mécréants ; cela leur rendrait, sans doute, plus aimable la religion qu'on veut leur faire embrasser. Celui qui découvrirait un moyen de rendre les supplices des hérétiques plus longs et plus douloureux, ferait, sans doute un grand bien à leurs âmes, et mériterait très bien de l'église et de ses ministres. Ainsi loin de blâmer la sévérité que les ministres de la religion exercent ou font exercer par le bras séculier, c'est-à-dire, par les princes, les magistrats et les bourreaux sur ceux qu'ils ont dessein de ramener au giron de l'église, un bon chrétien devrait seconder leur zêle charitable et imaginer de nouveaux moyens, plus efficaces que les anciens, pour déraciner les erreurs et pour sauver les âmes.

Que l'on cesse donc de reprocher à l'église ses persécutions, ses exils, ses prisons, ses lettres de cachet, ses tortures, ses bûchers. Plaignons-nous au contraire en voyant que toutes ces saintes rigueurs, employées dans tous les siècles, n'ont point eu l'effet desiré. Tâchons de découvrir quelques moyens plus sûrs d'extirper les hérésies, et surtout ne recourons jamais à la douceur ni à une lâche tolérance, qui, si elle est conforme à l'humanité, serait incompatible avec l'esprit de l'église ou avec le zêle dont un chrétien doit brûler ; avec l'humeur d'un dieu terrible ; avec le caractère de ses prêtres, qui pour obtenir nos respects et nos hommages doivent être encore plus terribles et plus inexorables que lui.

C'est avec aussi peu de fondement que les impies reprochent aux ministres du seigneur ces querelles aussi intéressantes que sacrées, qui sont les causes les plus fréquentes des troubles, des divisions, des persécutions, des guerres de religion, des révolutions que l'on voit arriver ici bas. Ces aveugles ne voient-ils pas qu'il est de l'essence d'une église militante de combattre toujours ? S'ils avaient de la foi ils verraient, sans doute, que la providence pleine de bonté pour ses créatures, veut les sauver ; que les souffrances et les malheurs sont les vraies routes du salut ; que le bonheur et la tranquillité engourdiraient les nations dans une indifférence dangereuse pour l'église et ses ministres ; qu'il est de l'intérêt des chrétiens de vivre dans la misère, l'indigence et les larmes ; qu'il est de l'intérêt de la religion que ses prêtres se disputent, que leurs sectateurs se battent, que les peuples soient malheureux en ce monde pour être heureux dans l'autre. Toutes ces vues importantes se découvrent à ceux qui ont le bonheur d'avoir une foi bien vive ; rien n'est plus propre à remplir ces mêmes vues que les disputes opiniâtres des théologiens, qui, pour accomplir les projets favorables de la providence, nous donnent lieu d'espérer qu'ils se querelleront et qu'ils mettront leurs sectateurs aux prises jusqu'à la consommation des siècles.

Loin de reprocher, comme on fait, l'avarice et la cupidité aux ministres de l'église, ne devrait-on pas montrer la reconnaissance la plus sincère à des hommes qui se dévouent pour nous, qui se chargent de nos possessions, souvent acquises par des voies iniques, qui nous débarassent des richesses qui mettraient des obstacles infinis à notre salut ? C'est pour que les nations se sauvent que le clergé les dépouille ; il ne les plonge dans la pauvreté que pour les détacher de la terre et de ses biens périssables, afin de s'attacher uniquement aux biens durables qui les attendent en paradis, s'ils sont bien dociles à leurs prêtres et bien généreux à leur égard.

Quant à l'inimitié pour la science dont on fait un crime au clergé, elle est formellement prescrite par l'écriture sainte ; la science enflerait les laïques, c'est-à-dire, les rendrait insolents et peu dociles à leurs guides spirituels ; les chrétiens doivent demeurer dans une enfance perpétuelle ; ils doivent rester toute leur vie sous la tutelle de leurs prêtres, qui ne voudront jamais que leur bien. La science du salut est la seule qui soit vraiment nécessaire ; pour l'apprendre il suffit de se laisser mener. Que deviendrait l'église si les hommes s'avisaient de raisonner ?

Que dirons-nous des avantages inestimables qui résultent pour les hommes de la théologie ! De saints prêtres sont perpétuellement occupés à méditer pour les autres les éternelles vérités. À force de rêver et de se creuser le cerveau, ils parviennent à découvrir les idées sans lesquelles les nations vivraient dans les ténebres de l'erreur. À force de syllogismes ils viennent à bout d'éteindre pour toujours l'affreux bon sens, de dérouter la logique mondaine, de fermer la bouche à la raison, qui jamais ne doit se mêler des affaires de l'église. À l'aide de cette théologie les femmes mêmes sont à portée d'entrer dans les querelles de religion, et le peuple est au fait des vérités nécessaires au salut. À l'égard de la morale qu'on accuse les prêtres de pervertir, de changer en pratiques et en cérémonies, de mépriser eux-mêmes ou de ne point enseigner aux hommes ; ceux ci n'ont aucunement besoin d'une morale humaine, qui serait trop souvent incompatible avec la morale divine et surnaturelle. Les vertus chrétiennes que nos prêtres nous enseignent sont elles donc faites pour être comparées avec ces vertus chétives et méprisables qui n'ont pour objet que le bonheur de la société ? Cette société est elle donc destinée à être heureuse ici bas ? Ne lui vaut-il pas mieux d'avoir la foi qui la soumet aux prêtres, l'espérance qui la soutient dans les maux qu'on lui fait, la charité si utile au clergé ? N'est-ce donc pas assez pour se sauver d'être humble, c'est-à-dire, bien soumis ; d'être dévôt, c'est-à-dire, bien dévoué à tous les saints caprices de l'église, de se conformer aux pratiques qu'elle ordonne ; enfin d'être, sans y rien comprendre, bien zêlé pour ses décisions ? Les vertus sociales ne sont bonnes que pour des païens, elles deviendroient inutiles ou même nuisibles à des chrétiens ; pour se sauver ils n'ont besoin que de la morale de leurs prêtres ou de leurs casuistes, qui bien mieux que des philosophes savent ce qu'il faut faire pour cela. Les vertus chrétiennes, la morale évangélique, les pratiques de dévotion, les cérémonies sont d'un grand produit pour l'église ; les vertus humaines ou profanes ne lui donnent aucun profit et sont souvent très contraires à ses vues.

Cela posé, quel est l'homme assez ingrat ou assez aveugle pour refuser de reconnaître les fruits que la société retire de ces prédications continuelles, de ces instructions réitérées que nous font des docteurs zêlés, dont la fonction pénible est de nous répéter sans cesse les mêmes vérités évangéliques, que le peu de foi des hommes les empêche de comprendre ? Depuis près de dix-huit siècles les nations sont prêchées et nous avons lieu de croire qu'elles le seront encore longtemps. Si l'on nous dit que malgré les efforts incroyables de nos prêtres et de nos saints moines on ne voit guères d'amendement, nous dirons que c'est un effet sensible de la providence qui veille toujours sur ses prêtres, et qui sent bien que si les hommes se corrigeaient, s'ils avaient des lois plus sensées, une éducation plus honnête, une morale plus intelligible, une politique plus sage, les prêtres ne nous seraient plus bons à rien. Il est, sans doute, entré dans les vues de la providence, que les hommes fussent toujours méchants pour que leurs guides spirituels eussent toujours le plaisir de les prêcher et d'être éternellement payés de leurs instructions éternelles.

La politique mondaine et la morale profane sont, grâces à notre sainte religion, entièrement négligées : la première consiste à s'entendre avec les prêtres, la seconde à se conformer exactement aux pratiques qu'ils ordonnent ; c'en est, sans doute, assez pour que la religion fleurisse et que l'église prospère. Aujourd'hui toute la politique consiste à se lier d'intérêts avec le clergé, et toute la morale consiste à l'écouter. Si les hommes s'avisaient un jour de songer sérieusement à la politique ou à la morale humaine, ils pourraient bien se passer de la religion et de ses ministres. Mais sans religion et sans prêtres que deviendraient les nations ? Elles seraient assurément damnées ; il n'y aurait plus chez elles ni sacrifices, ni couvents, ni expiations, ni pénitences, ni confessions, ni sacrements, ni aucunes de ces pratiques importantes ou de ces cérémonies intéressantes, dont depuis tant de siècles nous éprouvons les bons effets, ou qui font que les sociétés humaines sont si soumises au sacerdoce. Si les hommes allaient se persuader qu'il faut être doux, humains, indulgents, équitables, on ne verrait plus de discordes, d'intolérance, de haines religieuses, de persécutions, de criailleries, si nécessaires au soutien du pouvoir de l'église. Si les princes sentaient qu'il est utile que leurs sujets vivent dans l'union, que le bon sens et la justice exigent que l'on souffre que chacun pense comme il voudra pourvu qu'il agisse en honnête homme et en bon citoyen ; si ces princes au lieu du catéchisme allaient faire enseigner une morale intelligible, que serait-il besoin de disputes théologiques, de conciles, de canons, de formulaires, de profession de foi, de bulles, etc. Qui sont pourtant si nécessaires au bien de la religion, et si propres à exciter de saints tumultes dans les États ? Enfin si des êtres raisonnables s'avisaient jamais de consulter leur raison, que le sacerdoce a si sagement proscrite, que deviendrait la foi, sans laquelle nous savons que l'on ne peut être sauvé ? Tout cela nous prouve évidemment que l'église n'a nul besoin de cette morale humaine et raisonnable que l'on a la témérité d'opposer à la morale divine évangélique, et qui pourrait causer à la fois la ruine de la religion et du sacerdoce, dont on ne peut point se passer. Si les souverains consultaient la raison, l'équité, les intérêts futiles d'une politique terrestre, ils veilleraient à l'instruction des peuples, ils feraient des lois sages, ils rendraient leurs sujets raisonnables, ils seraient adorés chez eux : sur le pied où sont les choses, les princes, ennemis de l'idolâtrie, n'ont pas tant de peines à prendre ; il leur suffit d'être dévôts ou bien soumis aux prêtres, qui seuls doivent être adorés, pour que tout aille le mieux du monde ; l'autorité temporelle n'est en danger que quand l'église est mécontente, et dès lors, comme on sait, cette autorité ne peut plus être légitime. Quant aux moeurs religieuses des sujets, les seules qui soient nécessaires à l'église, les prêtres y pourvoiront toujours ; ils les confesseront, ils les absolveront, ils leur diront des messes, ils leur administreront des sacrements, et quand ils seront à la mort ils leur remettront facilement tous les crimes de leur vie, pourvu qu'ils soient bien généreux à l'endroit du clergé. Que peut-on désirer de plus que d'aller en paradis ? Les prêtres en ont les clefs, ainsi la morale des prêtres suffit, toute autre morale est inutile ou dangereuse ; elle anéantirait les absolutions, les indulgences, les expiations, les scrupules, les donations à l'église, en un mot toutes les choses qui contribuent à la puissance du sacerdoce, et à la gloire du dieu.

On nous dira peut être, que les prêtres montrent souvent beaucoup de mépris pour les vertus mêmes qu ils prêchent aux autres ; que l'on voit quelquefois des pontifes, des ecclésiastiques, des moines vivre dans le libertinage, et se livrer ouvertement à des vices que la morale chrétienne condamne ; en un mot tenir une conduite opposée à leurs leçons. Je réponds 1 que ce n'est point aux laïques à juger leurs prêtres, qui ne sont comptables de leurs actions qu'à eux-mêmes. Je réponds 2 que la charité veut que lorsqu'un prêtre commet le mal nous ne nous en apercevions jamais. Je réponds 3 qu'un prêtre en commettant quelque action qui nous parait criminelle peut souvent faire du bien, et nous le sentirions si nous avions plus de foi. Si, par exemple, un moine laisse ses sandales à la porte d'une femme, (comme il arrive en Espagne) son mari doit supposer qu'il travaille au salut de sa femme ; s'il les surprend en flagrant délit, il doit remercier Dieu qui veut ainsi l'éprouver ou l'affliger par l'entremise de l'un de ses serviteurs, qui se trouve par là lui rendre un très grand service à lui-même. D'ailleurs, si, par impossible, des prêtres manquaient de mœurs, il faut toujours se souvenir de faire ce qu'ils disent et non pas de qu'ils font. Il faut avoir de l'indulgence pour des hommes qui sont de chair et d'os comme les autres ; Dieu leur permet de tomber quelquefois pour apprendre aux laïques à se défier de leurs propres forces, puisque les prêtres eux-mêmes sont sujets à tomber. En un mot le bandeau de la foi doit toujours nous empêcher d'apercevoir les dérèglements du clergé ; le manteau de la charité est fait pour les couvrir. Tout chrétien qui sera pourvu de ces deux pièces importantes ne trouvera rien de choquant, ou qu'on ne puisse justifier, dans la conduite des ministres de l'église. Celui qui n'a pas bonne opinion des prêtres du seigneur devient bientôt un impie ; mépriser le clergé, c'est mépriser l'église ; mépriser l'église, c'est mépriser la religion ; mépriser la religion, c'est mépriser le dieu qui en est l'auteur. D'où je conclus que mépriser les prêtres c'est être un incrédule, un athée, ou, ce qui est encore pis, c'est être un philosophe. Il est évident qu'un homme qui pense ainsi sur le compte du clergé ne peut avoir ni foi, ni loi, ne peut être vertueux, ne peut être bon citoyen, bon pere, bon mari, bon ami, bon soldat, bon magistrat, bon médecin etc. En un mot il n'est bon qu'à bruler, afin d'empêcher les autres d'imiter sa façon de penser.

Ces réflexions sommaires doivent suffire pour nous faire sentir les obligations immenses que nous avons au clergé ; je les récapitule en peu de mots. C'est à l'ambition si légitime des prêtres que nous devons les combats continuels du sacerdoce et de l'empire, qui, pour le bien de nos âmes, ont depuis tant de siècles désolé les États, dérouté la politique humaine, et rendu les gouvernements faibles et chancelants. C'est à la ligue du sacerdoce et de l'empire que les peuples en plusieurs pays sont redevables du despotisme, des persécutions, des saintes tyrannies qui ont dévasté pour la plus grande gloire de Dieu les plus florissantes contrées. C'est aux saintes querelles des prêtres entre eux que nous devons les hérésies et les persécutions des hérétiques ; c'est aux hérésies que nous devons la très sainte inquisition, ses buchers et ses tortures, ainsi que les exils, les emprisonnements, les formulaires, les bulles etc. Qui, comme on sait, remédient parfaitement aux erreurs et les empêchent de s'étendre. C'est au zêle du sacerdoce que nous devons les révolutions, les séditions, les guerres de religion, les régicides et les autres spectacles édifiants que la religion depuis dix-huit siècles procure à ses enfants chéris. C'est à la sainte avidité du sacerdoce que les peuples sont redevables de l'indigence heureuse, de ce découragement salutaire, qui étouffent l'industrie partout où les prêtres sont puissants. C'est à leur louable inimitié pour la science que nous devons le peu de progrès des esprits dans les connaissances mondaines et leurs progrès immenses dans la théologie. C'est à leur morale toute divine que nous devons l'heureuse ignorance où nous sommes de la morale humaine, qu'il serait bon d'oublier : c'est à leurs casuistes que nous devons cette morale merveilleuse et calculée qui nous rend à peu de frais les amis de Dieu : enfin c'est à leurs vices mêmes, à leurs saintes tracasseries que nous devons les épreuves qui nous conduiront au salut.

Joignez à tout cela les prières ferventes, les instructions charitables, l'éducation merveilleuse dont depuis tant de siècles les nations recueillent visiblement les fruits, et vous reconnaitrez, mes frères, que vous ne sauriez trop faire pour des hommes qui se dévouent pour notre bien en ce monde, et à qui, suivant toute apparence, nous devrons un jour le bonheur éternel en échange de celui dont ils nous privent ici bas. Ainsi que tout bon chrétien se pénètre d'un respect profond pour les prêtres du seigneur ; qu'il sente les obligations immenses qu'il leur a ; que les princes les placent sur le trône à leurs côtés, ou plutôt qu'ils leur cèdent une place qui ne peut être plus dignement occupée ; qu'ils commandent également aux souverains et aux sujets ; que revêtus d'un pouvoir illimité, toutes leurs volontés soient reçues sans murmure par les nations dociles, ils ne peuvent jamais abuser de leur puissance, elle tendra toujours nécessairement au bien-être de l'église, qui ne sera jamais qu'une seule et même chose avec le clergé.

En effet ne nous y trompons pas, mes chers frères, l'église, la religion, la divinité même sont des mots qui ne désignent que le sacerdoce, envisagé sous différents points de vue. L'église est un nom collectif pour désigner le corps de nos guides spirituels ; la religion est le système d'opinions et de conduite imaginé par ces guides pour vous mener plus surement. À force de théologie la divinité s'est elle-même identifiée avec vos prêtres, elle ne réside plus que dans leur cerveau, elle ne parle que par leur bouche, elle les inspire sans cesse, elle ne les dément jamais.

D'où vous voyez que vos prêtres sont ce que vous connaissez de plus sacré dans l'univers. Ces prêtres forment l'église ; l'église décide du culte et de la religion ; la religion est l'ouvrage de l'église dans laquelle Dieu ou l'esprit de Dieu ne peut se dispenser de résider. D'après ces vérités si frappantes, auxquelles l'incrédulité la plus audacieuse ne peut point se refuser, vous voyez que les droits du clergé sont vraiment des droits divins puisqu'ils ne sont que les droits de la divinité même. Les intérêts du clergé sont les intérêts de Dieu lui-même. Les droits, les intérêts, la cause du clergé ne peuvent se séparer de ceux de la divinité, qui réside en eux, de même que l'âme réside dans le corps, et s'affecte de tout ce qui fait impression sur ce corps. En un mot Dieu, la religion, l'église sont la même chose que les prêtres. C'est de cette trinité que résulte l'être unique que l'on nomme le clergé .

En fixant ou simplifiant ainsi vos idées, mes très chers frères, tout le système de la religion se découvrira sans nuages à vos yeux. Vous comprendrez que le culte divin est l'hommage que le clergé juge nécessaire d'imposer aux nations ; vous sentirez que nos dogmes sont les opinions de ce même clergé ; vous verrez que la théologie est l'enchainement de ces mêmes opinions ; vous concevrez que les disputes du clergé sur les dogmes viennent du peu d'harmonie qui subsiste quelquefois entre Dieu, qui est l'âme de l'église, et les prêtres qui en sont le corps. Vous reconnaitrez que Dieu, la religion et l'église doivent changer d'avis quelquefois puisque le clergé est forcé d'en changer. Vous comprendrez qu'obéir à Dieu, à la religion, à l'église, c'est obéir au clergé, et par conséquent que regimber contre le clergé c'est se révolter contre le ciel ; en médire c'est blasphémer : le mépriser c'est être impie ; l'attaquer c'est s'en prendre à Dieu lui-même ; toucher à ce qui lui appartient c'est commettre un sacrilège ; enfin vous sentirez que ne point croire au clergé c'est être athée , c'est ne point croire en Dieu lui-même. Monarques ! Grands de la terre ! Nations ! Tombez donc en tremblant dans la poussière aux pieds de vos prêtres divins ; baisez les traces de leurs pas ; pénétrez-vous d'une sainte frayeur. Profanes ! Qui que vous soyez, rampez comme des insectes devant les ministres du très-haut ; ne levez jamais un front audacieux devant les maitres de votre sort ; ne portez jamais un oeil curieux dans le sanctuaire redoutable, ni sur les importants mystères de vos guides sacrés ; tout ce qu'ils disent est vérité ; tout ce qu'ils ordonnent est utile et sage ; tout ce qu'ils exigent est juste, tout ce qu'ils enseignent sont des arrêts du ciel, ce serait un crime affreux de les examiner. Souverains ! Montrez l'exemple de l'obéissance, de la crainte, du respect le plus servile : sujets ! Quand vos prêtres l'exigent, forcez vos souverains à plier sous le joug. Princes de la terre, votre pouvoir dépend de votre soumission aux ministres du ciel ; tirez donc l'épée pour eux, exterminez pour eux, appauvrissez vos peuples pour les faire vivre dans la splendeur et l'abondance. Nations ! Dépouillez-vous vous-mêmes pour accumuler vos richesses périssables sur des hommes tout divins, à qui seuls la terre appartient ; sinon, redoutez la vengeance des ministres courroucés du dieu de la vengeance ; songez qu'il est en colère contre la race humaine ; songez que ses bienfaits ne sont dûs qu'aux prières de ses favoris, devant lesquels jamais vous ne pouvez trop vous abaisser. Enfin souvenez-vous toujours que ce n'est que par leurs recommandations et leur crédit que vous pourrez entrer dans le séjour de la gloire, et mériter l'éternelle félicité, qui seule est digne d'occuper vos pensées ; vous ne l'obtiendrez qu'en vous rendant malheureux ici-bas, qu'en y rendant vos prêtres heureux, qu'en vous soumettant sans examen à toutes leurs volontés : voilà le chemin du bonheur, que je vous souhaite, au nom du père, du fils et du saint-esprit.

Ainsi soit-il.

DICTIONNAIRE


Aaron


Grand prêtre des hébreux, digne frère de Moïse, et le parfait modèle de nos prêtres modernes. Il fit adorer, et adora lui-même, le veau d'or, en quoi il est assez bien imité par ses successeurs dans le sacerdoce ; le peuple d'Israël fut puni de la sotise de son prêtre, qui ne fut point châtié lui-même, à cause des immunités du clergé. Aaron pour avoir manqué de foi fut exclus de la terre promise, et c'est pour l'imiter que nos prêtres ne croient point toujours aux belles choses qu'ils nous disent. Malgré ces bagatelles Dieu, qui connait tout ce que vaut un grand prêtre, s'intéressait si fort à lui, qu'il a compté jusqu'aux grelots qu'il devait porter à sa jaquette ; cela doit nous faire sentir que rien de ce qui touche les prêtres n'est indifférent à Dieu.


Abbayes


Asiles sacrés contre la corruption du siècle, qui dans des temps de foi vive, furent fondés et dotés par de saints brigands, et destinés à recevoir un certain nombre de citoyens ou de citoyennes très utiles, qui se consacrent à chanter, à manger, à dormir, le tout pour que leurs concitoyens travaillent avec succès.


Abbé


C'est un père spirituel qui jouit des revenus temporels attachés à une abbaye, à condition de dire son bréviaire, de tourmenter ses moines et de plaider contre eux. Tout les abbés de ce monde ne jouissent point d'une abbaye, quoiqu'ils en aient bonne envie ; plusieurs ne jouissent que du droit d'aller vêtus de noir, de porter un rabat, et de colporter des nouvelles.


Abnégation


Vertu chrétienne qui est l'effet d'une grâce surnaturelle ; elle consiste à se haïr soi-même, à détester le plaisir, à craindre comme la peste tout ce qui nous est agréable ; ce qui devient très facile pour peu qu'on ait une dose de grâce efficace ou suffisante pour entrer en démence.


Abraham


C'est le père des croyants. Il mentit, il fut cocu, il se rogna le prépuce et montra tant de foi que, si un ange n'y eût mis la main, il coupait la jugulaire à son fils, que le bon dieu, pour badiner, lui avait dit d'immoler : en conséquence Dieu fit une alliance éternelle avec lui et sa postérité, mais le fils de Dieu a depuis anéanti ce traité, pour de bonnes raisons que son papa n'avait point pressenties.


Absolution


C'est la rémission des péchés que l'on a commis contre Dieu : les prêtres de l'église romaine l'accordent aux pécheurs, en vertu d'un blanc-seing de la divinité : invention très commode pour mettre bien à l'aise des fripons timorés, qui pourraient bien conserver des remords si l'église n'avait point l'attention de les rassurer.


Abstinences


Pratiques très saintes ordonnées par l'église ; elles consistent à se priver des bienfaits de la providence, qui n'a créé les bonnes choses que pour que ses chères créatures n'en fissent aucun usage ; l'on voit qu'en ordonnant des abstinences la religion remédie sagement à la trop grande bonté de Dieu.


Absurdités


Il ne peut y en avoir dans la religion ; elle est l'ouvrage du verbe ou de la raison divine, qui, comme on sait, n'a rien de commun avec la raison humaine. C'est faute de foi que les incrédules croient trouver des absurdités dans le christianisme ; or, manquer de foi, est, sans doute, le comble de l'absurdité. Pour faire disparaître du christianisme toutes les absurdités il ne faut qu'y être habitué dès l'enfance et ne les jamais examiner. Plus une chose est absurde aux yeux de la raison humaine plus elle est convenable à la raison divine ou à la religion.


Abus


Il s'en glisse parfois dans l'église, malgré les soins vigilants de la divinité ; on en est quitte pour réformer ces abus lorsqu'ils font trop crier. D'ailleurs ce ne sont que des gens sans foi qui s'aperçoivent de ces abus, ceux qui en ont assez n'en remarquent jamais.


Adam


C'est le premier homme. Dieu en fit un grand nigaud, qui pour complaire à sa femme, eut la bêtise de mordre dans une pomme, que ses descendants n'ont point encore pu digérer.


Agneau de dieu


C'est Jésus-Christ. L'écriture nous dit de craindre la colère de l'agneau qui, suivant l'apocalypse, est plus méchant qu'un loup, et plus colère qu'un dindon. v Enfer.


Agnus-dei


Petits gâteaux de cire, bénis par le pape lui-même, et qui par conséquent ont reçu de la première main la vertu miraculeuse d'écarter les prestiges, les enchantements, les orages. Voilà pourquoi le tonnerre ne tombe jamais dans les pays qui sont pourvus de cette sainte marchandise.


Aliénation


Les biens ecclésiastiques ne peuvent point s'aliéner ; les prêtres n'en sont que les gardiens ; c'est Dieu qui en est le propriétaire ; mais il est toujours mineur et sous la tutelle de l'église. Il n'est permis aux prêtres que d'aliéner leur esprit, ou bien celui des dévotes qui écoutent leurs saintes leçons.


Aliments


Rien n'est plus important au salut que de mettre du choix dans ses aliments : l'église romaine, en bonne mère, s'intéresse à la santé de ses enfants, elle leur prescrit un régime et les met fréquemment à la diète. voyez Jeûne et Maigre.


Alliances


Dieu, qui est immuable, a fait deux alliances avec les hommes ; la première qu'il avait juré devoir être éternelle, ne subsiste plus depuis longtemps ; la seconde durera suivant les apparences tant qu'il plaira à Dieu ou à ses prêtres, ou à la cour.


Âme


Substance inconnue, qui agit d'une façon inconnue sur notre corps que nous ne connaissons guère ; nous devons en conclure que l'âme est spirituelle. Or personne n'ignore ce que c'est que d'être spirituel. L'âme est la partie la plus noble de l'homme, attendu que c'est celle que nous connaissons le moins. Les animaux n'ont point d'âmes, ou n'en ont que de matérielles ; les prêtres et les moines ont des âmes spirituelles, mais quelques-uns d'entre eux ont la malice de ne point les montrer, ce qu'ils font, sans doute, par pure humilité.


Amour


Passion maudite que la nature inspire à un sexe pour l'autre, depuis qu'elle s'est corrompue. Le dieu des chrétiens n'est point galant, il n'entend point raillerie sur le fait de l'amour ; sans le péché originel les hommes se seraient multipliés sans amour, et les femmes seraient accouchées par l'oreille.


Amour divin


C'est l'attachement sincère que tout bon chrétien, sous peine d'être damné, doit avoir pour un être inconnu, que les théologiens ont rendu le plus méchant qu'ils ont pu, pour exercer sa foi. L'amour de Dieu est une dette, nous lui devons surtout beaucoup pour nous avoir donné de la théologie.


Amour propre


Disposition fatale par laquelle l'homme corrompu a la folie de s'aimer lui-même, de vouloir se conserver, de désirer son bien-être. Sans la chute d'Adam nous aurions eu l'avantage de nous détester nous-mêmes, de haïr le plaisir, de ne point songer à notre conservation propre.


Anachorètes


Hommes très saints, justement estimés dans l'église, qui pour être plus parfaits, se sont éloignés du commerce des humains, dans la crainte d'avoir le malheur de leur être bons à quelque chose.


Anathèmes


Imprécations charitables que les ministres du dieu de paix lancent contre ceux qui leur déplaisent, en les dévouant, pour le bien de leurs âmes, à des supplices éternels, quand ils ne peuvent point faire subir à leurs corps des supplices temporels.


Ânes.


Animaux à longues oreilles qui sont patients et malins. Ils sont les vrais modèles des chrétiens, qui doivent se laisser bâter et porter la croix comme eux. Jésus monta un âne, qui ne lui appartenait point, lorsqu'il fit son entrée glorieuse dans Jérusalem, action par laquelle il voulût annoncer que ses prêtres auraient le droit de monter et de bâter les chrétiens et les chrétiennes jusqu'à la consommation des siècles. Cet article est de M Fréron.


Anges


Courriers du cabinet céleste, que Dieu dépêche à ses favoris. Sans les anges Dieu serait réduit à faire ses commissions lui-même. Chaque chrétien a l'avantage d'avoir un ange gardien, qui l'empêcherait de faire bien des sottises, si cela ne nuisait point au libre arbitre ; les archanges sont aux anges ce que nos archevêques sont aux évêques ; la divinité s'en sert dans les ambassades importantes.


Annates


Les souverains catholiques permettent très sagement à un prêtre étranger de rançonner les prêtres de leurs États, sans cela ceux-ci ne pourraient légitimement exercer le droit divin de rançonner leurs concitoyens.


Annonciation


Visite de cérémonie d'un pur esprit lorsqu'il troussa son compliment à une vierge de Judée : il en résulta un marmot aussi grand que son papa, qui n'a pas laissé de faire un certain bruit dans le monde, sans celui que nous avons lieu d'espérer qu'il y pourra faire encore, si les hommes sont toujours aussi sages qu'ils l'ont été.


Antilogies


Terme théologique pour désigner les contradictions qui se trouvent, parfois, dans la parole de Dieu. Ces contradictions ne sont jamais qu'apparentes, elles ne sautent jamais qu'aux yeux des aveugles, ceux qui sont éclairés par la foi voient sur le champ que Dieu ne saurait se contredire lui-même, à moins que ses ministres ne lui fassent changer d'avis.


Antipodes


C'est une hérésie que d'y croire. Dieu, qui a fait le monde, a dû savoir ce qui en était, or il n'y a point cru lui-même, comme on le voit par ses livres.


Antiquité


Elle n'a jamais pu se tromper ; l'ancienneté est toujours une preuve indubitable de la bonté d'une opinion, d'un usage, d'une cérémonie, etc. Il est très important de ne rien innover ; les vieux souliers sont plus commodes que les neufs, les pieds n'y sont point gênés. Le clergé ne doit jamais démordre de ce qu'il a toujours pratiqué. L'église la plus vieille est la moins sujette à radoter.


Anthropologie


Manière de s'exprimer des écrivains sacrés ; elle consiste à supposer des yeux, des mains, des passions, des noirceurs, des malices, au pur esprit qui gouverne l'univers dans sa bonté. Dieu a fait les hommes à son image, et les prêtres ont fait Dieu à l'image des prêtres, voilà pourquoi nous le trouvons si charmant.


Apocalypse


Livre très respectable et très curieux de l'écriture sainte, que Newton a commenté. Il contient de saints contes inventés par St Jean, qui sont un peu moins joyeux que ceux de La Fontaine, mais bien plus propres à faire trotter la cervelle des grands enfans qui les lisent. Pendant trois siècles l'église grecque, dont était l'apôtre St Jean, a regardé l'apocalypse comme un livre apocryphe, mais les pères latins, qui étaient bien plus au fait, l'ont tenu pour sacré, ce qui paraît décisif pour sa canonicité.


Apôtres


Ce sont douze gredins fort ignorants, et gueux comme des rats d'église, qui composaient la cour du fils de Dieu sur la terre, et qu'il chargea du soin d'instruire tout l'univers. Leurs successeurs ont fait depuis une fortune assez brillante, à l'aide de la théologie, que leurs devanciers, les apôtres, n'avaient point étudié. D'ailleurs le clergé, comme la noblesse, est fait pour acquérir plus de lustre à mesure qu il s'éloigne de sa première origine, ou qu'il ressemble moins à ses devanciers.


Apparition


Visions merveilleuses qu'ont l'avantage d'avoir ceux ou celles à qui Dieu fait la grâce spéciale d'avoir le cerveau timbré, des vapeurs hystériques, de mauvaises digestions, et de mentir effrontément.


Appel comme d'abus


Usage impie et injurieux à l'église ; il est méchamment établi dans quelques pays, où l'on a la témérité d'en appeller à des juges profanes des décisions des juges sacrés, qui sont, comme on sait, incapables d'abuser de leur ministère ou de mal décider.


Appelants


Ce sont en France des jansénistes qui ont sagement appelé de la bulle unigenitus au futur concile général, qui décidera définitivement les disputes sur la grâce : suivant les dernières nouvelles on est sûr que ce concile se tiendra sans faute la veille du jugement dernier.


Arche sainte


C'est la caisse du clergé. Dieu n'entend point raillerie sur la cassette de sa femme ; elle contient, comme on sait, les biens et les joyaux de la communauté. Les princes, qui sont souvent assez près de leurs pièces, sans la foi qui les retient seraient quelquefois bien tentés d'y toucher ; néanmoins, en s'y prenant comme il faut, ils pourraient sans danger tenter l'aventure ; Dieu, qui par fois sommeille, leur laisserait emporter le coffre-fort sans mot dire.


Archevêque


Titre inconnu dans les premiers siècles de l'église, mais inventé depuis par l'humilité des pasteurs, qui, après s'être élevés sur le dos des profanes, ont cherché à s'élever peu à peu sur le dos les uns des autres, pour mieux voir ce qui se passe dans le bercail de Jésus-Christ.


Argent


Il est une source de crimes dans la société ; les prêtres doivent faire tous leurs efforts pour en soulager les fidèles, afin qu'ils marchent plus lestement dans la voie du salut. Jésus-Christ ne voulait pas que ses apôtres prîssent de l'argent, mais l'église a depuis bien changé tout cela ; aujourd'hui sans argent point de prêtres. Le tout pour accomplir cet ordre du lévitique chap xxvii v 18. Supputabit sacerdos pecuniam. Le prêtre comptera son argent.


Armes


Les clercs ne peuvent point en porter ; mais ils peuvent les mettre en cas de besoin entre les mains des laïques, pour se livrer des combats que le clergé s'amuse à voir du mont Pagnot, où il élève au ciel ses mains sacrées, afin d'implorer son secours en faveur de ceux qui combattent pour ses droits divins ou ses saintes fantaisies.


Asile (droit d')


Dans plusieurs États vraiment chrétiens les églises et les monastères jouissent du droit de fournir une retraite sûre aux voleurs, aux filous, aux assassins, pour les soustraire à la rigueur des lois : usage très avantageux à la société, et qui doit rendre les ministres de l'église très chers à tous les vauriens.


Assassinat


Cas prévôtal pour les laïques, mais privilégié pour les clercs ; ceux-ci, dans quelques contrées, jouissent du droit de voler et d'assassiner, sans pouvoir être repris par la justice ordinaire. D'ailleurs on sait que l'église jouit de droit divin du droit d'assassiner les hérétiques, les tyrans et les mécréants, ou du moins de celui de les faire assassiner par les laïques, vu qu'elle abhorre le sang.


Athées


Noms que les théologiens donnent assez libéralement à quiconque ne pense pas comme eux sur la divinité, ou ne la croit pas telle qu'ils l'ont arrangée dans le creux de leurs infaillibles cerveaux. En général un athée c'est tout homme qui ne croit pas au dieu des prêtres. voyez Dieu.


Attributs divins


Qualités inconcevables qu'à force d'y rêver les théologiens ont décidé devoir nécessairement appartenir à un être dont ils n'ont point d'idées. Ces qualités paraissent incompatibles à ceux qui manquent de foi, mais elles sont faciles à concilier quand on n'y réfléchit point. Les attributs négatifs dont la théologie gratifie la divinité nous apprennent qu'elle n'est rien de tout ce que nous pouvons connaître, ce qui est très propre à fixer idées.


Attrition


Terme théologique qui désigne le regret qu'un chrétien a de ses fautes, en vue des châtiments dont elles peuvent être suivies. Ce regret suffit pour appaiser Dieu, suivant les jésuites, mais il ne suffit point suivant les jansénistes : Dieu nous apprendra, sans doute, un jour qui des deux a rencontré.


Avarice


Péché capital dans les laïques, qui doivent toujours se montrer généreux à l'endroit de l'église ; quant à l'église, elle ne doit point se piquer de générosité : ses biens sont à son mari, qui gronderait si sa femme faisait trop bien les choses envers des coquins de laïques, qu'elle ne doit point gâter.


Ave Maria


Compliment élégant et bien troussé, que l'ange Gabriel fit de la part de Dieu le père à la vierge Marie, qu'il allait obombrer ou couvrir. Cette vierge depuis sa mort ou son assomption, est très flattée toutes les fois qu'on lui rappelle cette gaillarde aventure, qui lui fait beaucoup d'honneur.


Avenir


C'est un pays connu des géographes spirituels, où Dieu paiera, sans faute, à leur échéance toutes les lettres de change que ses facteurs ou courtiers auront tirées sur lui : on n'a point appris jusqu'ici qu'il ait laissé protester les lettres de ses gens d'affaires ; elles sont, comme on sait, toujours payables à vue.


Avent


Temps de jeûnes, de mortifications et de tristesse, pendant lequel les bons chrétiens se désolent de l'arrivée prochaine de leur libérateur.


Augures


Nos augures modernes doivent bien rire toutes les fois qu'ils se rencontrent, où, quand le verre à la main, ils raisonnent de la sottise de ceux qui ne sont point du collège des augures.


Aumône


C'est toute distribution de son propre bien ou de celui des autres faite en vue de perpétuer la sainte oisiveté des prêtres, des moines, des fainéants, ou de tous ceux qui trouvent qu'il est bien plus commode de prier que de travailler.


Austérités


Moyens ingénieux que les chrétiens parfaits ont imaginés pour se tourmenter eux-mêmes ; afin de faire un grand plaisir au dieu de la bonté : il est toujours charmé de l'esprit que ses chers enfans montrent dans ces sortes d'inventions, les austérités ont de plus l'avantage de faire ouvrir de grands yeux à ceux qui sont témoins de ces merveilleuses folies ; elles paraissent très sages à tous ceux qui ont la simplicité de la foi.


Autels


Ce sont les tables de Dieu, qui dégouté de tous les mets dont on le régalait autrefois, veut aujourd'hui que ses sacrificateurs lui servent son propre fils, qu'ils mangent ensuite eux-mêmes ou font manger à d'autres, en se réservant, comme de raison, la sauce. À la vue de ce repas friand la colère du père éternel est désarmée, il est l'ami de cœur de tous ceux qui lui viennent croquer son cher fils à sa barbe. L'autel dans un sens figuré est toujours opposé au trône ; ce qui signifie que les prêtres donnent souvent de la tablature aux souverains. Néanmoins quand l'église est attaquée, il est bon de crier que l'on sappe et le trône et l'autel ; cela rend l'église intéressante, cela fait que le souverain se croit en conscience obligé d'entrer dans sa querelle et de s'intéresser pour elle, même contre ses propres intérêts. Quand les princes ont bien de la foi, il est aisé de leur faire entendre que quand on en veut aux prêtres, c'est à eux-mêmes que l'on en veut.


Autodafé


Acte de foi, régal appétissant que l'on donne de temps à autres à la divinité. Il consiste à faire cuire en cérémonie des hérétiques ou des juifs, pour le plus grand bien de leurs âmes et pour l'édification des spectateurs. On sait que le père des miséricordes eut toujours un goût décidé pour la grillade.


Autorité ecclésiastique


C'est la faculté dont jouissent les ministres du seigneur de convaincre de la bonté de leurs décisions, de l'authenticité de leurs droits, de la sagesse de leurs opinions, à l'aide des prisons, des soldats, des fagots et des lettres de cachet.


Azyme (pain)


Il s'est élévé jadis une importante dispute dans l'église, pour savoir si Dieu aimait mieux être changé en pain levé qu'en pain azyme ou sans levain. Cette grande question, après avoir longtemps partagé l'univers, est heureusement décidée ; une portion des chrétiens fait usage du pain levé, et l'autre se sert du pain azyme ou sans levain.



Babel (tour de)


Parabole ou allégorie sous laquelle la bible a selon toute apparence voulu désigner prophétiquement la théologie, et faire entendre que tout ceux qui voudraient s'élever jusqu'à Dieu et raisonner de son essence ne s'entendraient pas plus qu'un hottentot et un français, qu'un bas-breton et un suisse, qu'un curé et son seigneur, qu'un moliniste et un janséniste.


Balaam


Faux prophête, dont l'ânesse avait, dit-on, la faculté de parler ; ce qui est regardé par les esprits forts comme un conte à dormir de bout ; cependant ce miracle se perpétue dans l'église, où rien n'est plus ordinaire que de voir des ânes et des ânesses parler, et même raisonner sur la théologie.


Bancs


Sièges de bois sur lesquels les théologiens placent leurs derrières sacrés, et que souvent ils se jettent à la tête dans les conférences amicales et polies qu'ils ont sur la religion.


Bâtards


Ce sont des vauriens dont les parents n'ont point payé l'église pour acquérir le droit de coucher ensemble. En conséquence de la sage jurisprudence introduite par le péché originel, les bâtards doivent être punis de la faute de leurs pères ; on les prive des avantages dont jouissent les enfans de ceux qui ont payé pour coucher.


Baptême


Sacrement indispensablement nécessaire au salut. Dieu n'admettra personne dans sa gloire à moins qu'une fois en sa vie il n'ait reçu de l'eau froide sur l'occiput. Cette eau a la vertu de laver un enfant d'un péché énorme, expié par le fils de Dieu, et qui ne s'était commis que quelques milliers d'années avant que les parents de l'enfant songeassent à le fabriquer.


Béatification


Acte solennel par lequel le pontife romain, qui a des nouvelles sûres de l'autre monde, déclare à l'univers qu'un moine, qu'il n'a point connu, jouit de l'éternelle félicité et peut être complimenté à ce sujet.


Bedeaux


Ce sont des gens d'église qui vivent de l'autel, aussi bien que les prêtres ; on assure qu'ils font leur soupe avec le pain bénit.


Bégueules


Voyez dévotes, couvent, religieuses.


Bénédictions


Charmes, enchantements, cérémonies magiques par lesquelles les ministres du seigneur, en levant deux doigts en l'air et en marmottant de saintes conjurations, évoquent le tout-puissant et le forcent à lâcher le robinet de ses grâces sur les hommes et sur les choses ; ce qui leur fait sur le champ changer de nature, et ce qui remplit surtout le gousset du clergé. Quand une chose est bénite elle est sacrée , elle cesse d'être profane, on ne peut plus y toucher sans sacrilége, sans profanation, sans mériter d'être brûlé.


Bénéfices


Revenus attachés à un office ecclésiastique, et perçus au nom de Dieu par un membre du clergé, qui dès qu'il en est pourvu le possède de droit divin , et n'en a par conséquent obligation à personne. Il n'est permis à un prêtre de posséder qu'un seul bénéfice, c'est une des règles de l'église que nous voyons le plus fidèlement observée.


Bible


Livre très saint, inspiré par l'esprit de Dieu, qui contient tout ce qu'un chrétien doit savoir et pratiquer. Il est à propos que les laïques ne le lisent jamais ; la parole de Dieu ne manquerait pas de leur nuire, il vaut bien mieux que les prêtres lisent la bible pour eux ; ils ont seuls l'estomac assez fort pour la bien digérer, les laïques doivent se contenter des produits de la digestion sacerdotale.


Biens ecclésiastiques


Ce sont les biens appartenant à l'église par conséquent à Dieu qui est son mari ; elle ne l'a épousé qu à condition de la communauté des biens, sans cela elle n'eût point consenti à prendre un vieux barbon, dont elle n'a pas de douaire à espérer.


Blasphèmes


Paroles ou discours qui attachent à des objets inconnus des idées qui ne leur conviennent point, ou bien qui leur ôtent celles que les prêtres ont décidé leur convenir. D'où l'on voit que blasphémer c'est n'être pas de l'avis du clergé, ce qui est évidemment le plus affreux des crimes.


Bonnes âmes


Ce sont celles qui font du bien à l'église ou qui ont soin de faire bouillir la timbale des sacrificateurs ou la marmite sacrée.


Bonnet quarré


C'est, dit-on, l'éteignoir du bon sens . On affuble le péricrâne d'un docteur d'un bonnet quarré pour lui faire sentir que sa fonction désormais sera d'éteindre dans les autres la raison, qu'à force d'étudier il est heureusement parvenu à éteindre en lui-même.


Bonté


Perfection divine. Dieu est parfaitement bon, sans aucun mélange de méchanceté ; il est vrai que malgré sa bonté il nous fait, ou permet que l'on nous fasse du mal, mais cela ne prouve rien, il est toujours bon pour ses prêtres, cela doit nous suffire.


Bourreau


C'est toujours le meilleur chrétien d'un État et le citoyen le plus orthodoxe. Il est l'ami du clergé, le défenseur de la foi, l'homme le plus utile aux prêtres ou à la cause de Dieu.


Bras séculier


Ce sont les souverains, les magistrats, les archers et les bourreaux, auxquels l'église, pour le bien de ses enfants, livre en mère tendre tous ceux qu'elle n'a pas la cruauté de massacrer elle même.


Bréviaire


Recueil de prières en beau latin que les ecclésiastiques possesseurs de bénéfices, afin de gagner leur argent, sont obligés de réciter tous les jours, sous peine d'être inutiles à la société.


Bulles


Lambeaux de parchemin, revêtus d'un sceau de plomb, que le serviteur des serviteurs de Dieu expédie, quand il s'agit soit de tirer de l'argent, soit d'exciter quelque sainte fermentation dans les pays qui ont besoin d'exercice. Sans la bulle unigenitus la France eût été depuis cinquante ans dans le plus affreux engourdissement.



Calamités


Toutes celles dont la providence permet que le genre humain soit affligé n'ont pour objet que l'avantage du sacerdoce. Jamais les peuples ne sont plus dévots que quand ils ont bien peur ou quand ils sont bien malheureux. Pour que le clergé eût lieu d'être content il faudrait que les calamités, et sur tout les contagions et les pestes, fussent un peu plus fréquentes ; les prêtres pourraient alors recueillir des héritages ou du moins ils auraient le plaisir d'enterrer bien du monde.


Calomnie


Moyen très légitimement et très saintement employé par les prêtres, par les dévots, et surtout par les dévotes, contre les ennemis de leurs confesseurs et de l'église ; le tout pour la plus grande gloire du dieu de vérité.


Calendes grecques


Époque sûre à laquelle les prêtres renvoient les fidèles pour vérifier l'efficacité de leur bréviaire, l'authenticité de leurs droits et l'utilité de leurs leçons. voyez Avenir et Paradis.


Canoniques (livres)


On nomme ainsi les livres de l'écriture sainte contenus dans la bible, avoués par l'église et que ses prêtres ont vu de leurs propres yeux écrire et composer au saint-esprit lui-même.


Canonisation


Cérémonie solennelle par laquelle le très saint père, forcé par les miracles d'un saint homme trépassé depuis cent ans, ou par l'argent de ceux qui s'intéressent à sa réputation, notifie que cet homme est en paradis, qu'on peut en sûreté de conscience brûler des cierges en son honneur, et donner pourboire aux moines ses confrères.


Canons


Règles et décisions par lesquelles des évêques assemblés en concile fixent, jusqu'à nouvel ordre, les dogmes invariables de la foi, la discipline de l'église, expliquent et corrigent la parole de Dieu, se font des titres et des droits incontestables, anathématisent tous ceux qui oseraient en douter, et se font obéir avec succès quand les canons des princes viennent à l'appui des canons de l'église.


Cantique des cantiques


Livre saintement graveleux qui contient les amours de Dieu avec son église. Ils sont décrits si décemment que les juifs n'osaient le lire avant trente ans ; les chrétiens, à force de foi, y trouvent de quoi s'édifier et s'instruire.


Capuchon


Morceau d'étoffe de laine, destiné à couvrir la nuque et la science renfermée dans une caboche monacale. La forme de ce saint chiffon a causé, comme on sait, de grands débats dans l'église, et a fait brûler plusieurs centaines de moines encapuchonnés.


Capucin


C'est un bouc à deux pieds, chargé de crasse, d'ignorance et de poux, qui chante du nez dans son couvent, et qui se montre dans les rues pour édifier les bonnes femmes et faire peur aux petits enfants.


Carcasse.


Voyez Sorbonne.


Cardinal


C'est un prêtre tout rouge qui, en vertu d'un bref du pape, devient égal aux rois, et se soustrait de leur obéissance, hors le cas où il s'agit d'en recevoir des grâces, qu'il a la bonté d'accepter par complaisance pure. Les cardinaux sont vêtus de rouge ou de couleur de feu pour qu'ils ne perdent jamais de vue le sang qu il faut répandre pour le bien de l'église, et les fagots qu'il faut allumer pour soutenir la foi.


Carême


Temps de mortifications et de jeûne par lequel les chrétiens plus dévots que les autres préparent leur estomac à manger l'agneau pascal, dont la chair serait très indigeste si l'on ne faisait diète et si l'on ne se purgeait comme il faut avant de la manger.


Carmes


Moines, qui par une grâce spéciale attachée à leur ordre, ont des talents cachés, qu'ils mettraient plus souvent en évidence si la foi n'était pas diminuée sur la terre.


Casuistes


Algébristes spirituels, qui ont su calculer et réduire en équations les sottises qu'un bon chrétien peut faire sans trop fâcher la divinité.


Catéchisme


Recueil d'instructions pieuses, inintelligibles et nécessaires que les prêtres ont soin d'inculquer aux petits chrétiens pour les accoutumer de bonne heure à déraisonner toute leur vie.


Catholique


Signifie universel. L'église catholique ou universelle est celle dont les trois quarts et demi du genre humain n'ont jamais entendu parler, et dont les prêtres par une faveur spéciale ne sont presque jamais d'accord entre eux ; ce qui prouve clairement que les vérités qu'ils annoncent ne sont point concertées.


Cause de Dieu


C'est la cause des prêtres, qui comme on sait, sont ses avocats, ses intendants, ses procureurs, mais qui ont rarement reçu de lui des pleins pouvoirs pour accommoder ses affaires par la voye de la douceur.


Causes finales


Les théologiens sont les confidents de la divinité ; ils

connaissent les motifs secrets de toutes ses actions, et trouvent que c'est pour le plus grand bien de l'espèce humaine qu'il y a des pestes, des guerres, des famines, des punaises, des cousins et des querelles théologiques sur la terre. Il est au moins certain que tout ce qui arrive dans le monde tourne toujours au profit du sacerdoce ; la divinité n'a jamais que son clergé en vue dans tout ce qu'elle fait ici-bas.


Célibat


Correction sagement faite par l'église romaine à l'ordre de se multiplier que Dieu lui-même avait donné dans la bible. Un bon chrétien ne devrait point se marier ; quant aux prêtres, ils n'ont pas besoin de femmes, les laïques en ont assez pour eux ; un prêtre marié courrait risque de s'unir d'intérêts à ses concitoyens, ce qui ne convient nullement aux vues saintes et profondes de l'église catholique apostolique et romaine.


Cénobites


Moines qui ne vivent en commun, afin d'être à portée de se faire plus efficacement enrager les uns les autres, et par là de mériter le ciel, qui ne s'obtient que par ceux qui enragent ici-bas.


Censures


Qualifications infamantes données par les théologiens à des personnes ou à des livres qui n'ont pas le bonheur de leur plaire ou de s'accorder avec leurs infaillibles idées. Nous ne présumons point que notre petit dictionnaire soit susceptible de censure.


Cérémonies


Ce sont des mouvements du corps sagement ordonnés par les prêtres dans la vue de plaire à Dieu ; elles sont d'une telle importance qu'il vaudrait mieux qu'une nation pérît par le fer et par le feu que d'en omettre ou d'en changer une seule. voyez Rites.


Certitude


Dans la religion elle consiste dans l'évidence que les oints du seigneur ne peuvent jamais ni se tromper eux-mêmes ni nous tromper. D'où l'on voit que la certitude théologique est mieux fondée que la certitude physique, qui n'a pour garants que nos sens, qui sont sujets à nous tromper.


Cervelle


Pour être bon chrétien il est très important de n'avoir point de cervelle, ou de l'avoir bien rétrécie. On peut à l'aide d'un confesseur, d'un précepteur ou d'un couvent la rendre telle à ses enfants. Voyez Éducation. Catéchisme. Couvent. Universités.


Chair (la)


Elle est toujours opposée à l'esprit ; il faut la mortifier, c'est une recette infaillible pour tenir l'esprit en gaieté. L'œuvre de la chair c'est comme qui dirait la fornication. L'aiguillon de la chair, c'est... voyez, Carmes.


Chaîre


C'est la boite à Pandore des chrétiens ; c'est la tribune aux harangues d'où les orateurs sacrés débitent leurs utiles leçons ; il en sort quelquefois des hérésies, des révoltes, des ligues, des guerres très nécessaires pour égayer les peuples et ranimer la foi.


Chaise stercoraire


Chaise percée, sur laquelle le pape nouvellement élu place son derrière sacré, afin que l'on soit à portée de vérifier son sexe, pour ne plus tomber dans l'inconvénient d'une papesse.


Chanoines


ce sont des prêtres communément plus chargés de cuisine que de science ; ils se rendent très utiles à l'état pour le bien duquel ils chantent souvent en dormant un beau latin qu'ils n'entendraient pas même s'ils étaient éveillés.


Chant


La divinité a un goût décidé pour le chant, pourvu qu'il soit bien lugubre et bien triste. Voilà pourquoi les chrétiens dépensent tant d'argent pour lui faire brailler nuit et jour des psalmodies ennuyeuses pour les oreilles sans foi.


Charité


C'est la plus importante de toutes les vertus ; elle consiste à aimer par-dessus toutes choses un dieu que nous ne connaissons guère, ou ses prêtres que nous connaissons très bien. De plus elle veut que nous aimions comme nous-mêmes notre prochain, pourvu néanmoins qu'il aime Dieu ou ses prêtres et qu'il en soit aimé ; sans cela il est convenable de le tuer par charité. Mais la vraie charité et la plus essentielle consiste à graisser la patte aux prêtres ; cette vertu seule suffit pour couvrir tous les péchés.


Charlatans


Ce sont des amis sincères du genre humain, qui ne cherchent jamais que son bien. Il y en a de sacrés et de profanes ; ceux-ci sont des coquins. Les autres sont d'honnêtes gens, qui débitent avec privilège du roi et du premier médecin des âmes, l'orviétan spirituel ; ils ont communément l'attention de nous rendre bien malades, afin de nous prouver la bonté de leur remède. voyez Prêtres.


Charnel


C'est ce qui n'est point spirituel : les hommes charnels sont ceux qui n'ont point assez d'esprit pour sentir le mérite des biens spirituels, pour lesquels on leur dit de renoncer au bonheur. En général les hommes charnels sont ceux qui ont le malheur d'être composés de chair et d'os, ou d'avoir du bon sens.


Chasteté


Vertu religieusement observée par les prêtres, les moines et les moinesses d'Italie, de Portugal et d'Espagne, en qui leurs voeux éteignent pour toujours les démangeaisons auxquelles les profanes sont sujets.


Chrême (saint)


Mélange de baume et d'huile, enchanté par un évêque ; il devient propre à faire descendre les grâces d'en-haut et à graisser les chrétiens dont la peau est trop aride.


Chrétien


C'est un bon homme, une brebis du bon dieu, qui dans la simplicité de son cœur se persuade qu'il croit fermement des choses incroyables, que ses prêtres lui ont dit de croire, surtout quand il n'y a jamais rêvé : en conséquence il est persuadé que trois ne font qu'un, que Dieu s'est fait homme, qu'il a été pendu, qu'il est ressuscité, que les prêtres ne peuvent jamais mentir, et que ceux qui ne croient point aux prêtres seront damnés sans rémission.


Christianisme


Système religieux attribué à Jésus-Christ mais réellement inventé par Platon et par St Paul, perfectionné par les pères, les conciles, les interprètes, et suivant les occasions corrigé par l'église pour le salut des hommes. Depuis la fondation de cette religion sublime, les peuples sont devenus bien plus sages, plus éclairés, plus heureux qu'auparavant ; à compter de cette heureuse époque on n'a vu ni dissensions, ni troubles, ni massacres, ni déréglements, ni vices : ce qui prouve invinciblement que le christianisme est divin, qu'il faut avoir le diable au corps pour oser le combattre, et qu'il faut être fou pour oser en douter.


Chronologie


L'esprit-saint a fixé dans la bible l'époque précise de la création du monde ; mais l'esprit-saint n'est pas d'accord avec lui-même sur cette époque quand il parle en hébreu, en grec ou en latin ; il l'a fait tout exprès pour exercer notre foi et pour amuser Messieurs Souciet et Newton.


Ciboire (saint)


Vase sacré, dans lequel, pour les garantir des rats, les prêtres catholiques renferment pour le besoin un magasin de petits dieux, qu'ils font manger aux chrétiens quand ils ont été bien sages.


Ciel


Pays fort éloigné, où réside le dieu qui remplit l'univers de son immensité. C'est de ce pays que nos prêtres font venir à peu de frais, les dogmes, les arguments et les autres denrées spirituelles et aériennes qu'ils débitent aux chrétiens ; c'est là, qu'assise sur les nuées la divinité par leurs ordres, répand sur nos climats les rosées ou les déluges, les pluies douces ou les orages, les calamités ou les prospérités et surtout les querelles religieuses, si utiles au maintien de la foi. Il y a trois ciels, comme chacun sait ; st Paul a vu le troisième, mais il ne nous a point donné la carte du pays, ce qui embarrasse beaucoup les géographes de l'académie.


Cimetières


Terrains bénits et découverts, où jusqu'à la résurrection des morts, l'église permet à ses enfants trépassés de pourrir en plein air, quand ils n'ont point assez d'argent pour acquérir le droit de pourrir dans un temple et d'infecter les vivants. Comme les riches n'entrent guères en paradis, il est honnête de les bien loger pour leur argent en attendant le jugement.


Circoncision


Le père éternel, qui, comme on sait, a parfois des fantaisies, voulait jadis que ses amis se rognassent le prépuce ; son fils lui-même s'est soumis à cette belle cérémonie ; mais depuis son papa s'est radouci ; il n'en veut plus aux prépuces de ses amis, il est content pourvu que jamais ils n'en fassent usage. v Amour.


Clefs (pouvoir des)


Ce sont les passe-partouts du ciel : Jésus-Christ les a lui-même remis à son église ; elle seule a droit d'ouvrir et de fermer le paradis ; le pape est son suisse ; sans argent point de suisse.


Clerc


Nom générique sous lequel on désigne tout chrétien qui s'est consacré au service divin, ou qui se sent appellé à vivre sans travailler, aux dépends des coquins qui travaillent pour vivre.


Clergé


C'est le premier des corps dans tout État bien policé ; Dieu le destina lui-même à remplir les plus nobles et les plus importantes fonctions ; elles consistent à chanter, à débiter des chansons, et à se faire bien payer de la céleste musique. Clergé signifie héritage ou portion . Le clergé n'est si riche que parce qu'il possède l'héritage de Jésus-Christ qui, comme on sait, a laissé une très bonne succession.


Cloches


Instruments théologiques ou bruyants, destinés, comme les prêtres, à étourdir les vivants, et à inviter les morts à bien payer l'église. Les cloches sont très chrétiennes vu qu'elles sont baptisées, nous devons même présumer qu'elles conservent toujours l'innocence baptismale, avantage que n'ont point la plupart des chrétiens.


Coactif


Se dit d'un pouvoir qui a le droit de contraindre ; l'église n'a point ce droit, elle le laisse aux souverains à condition qu'ils ne manqueront point de s'en servir toutes les fois que le clergé leur donnera ses ordres.


Coadjuteurs


Quand un évêque, qui paraît aux mécréants n'avoir pas de très grandes affaires, ne peut plus remplir les fonctions pénibles de son saint ministère, on lui donne un coadjuteur pour l'aider, et alors le troupeau possède deux bergers au lieu d'un, ce qui fait qu'il est très bien gardé, le diable n'ose plus alors roder autour du bercail.


Colère


Péché capital pour tout chrétien laïque, qui ne doit se fâcher que lorsque l'église se fâche, par ce qu'alors c'est Dieu qui se met en colère : en effet le dieu de la bonté est très colère ; ses enfants bien-aimés sont nés dans sa colère ; il est donc à propos de se mettre en colère quand il est lui-même en colère. Car il se fâcherait à coup sûr si l'on était moins colère que lui. Les prêtres ont le vrai thermomètre de la colère divine.


Comédiens


Gens qui exercent une profession abominable et qui déplaisent très justement aux ministres du seigneur ; ils sont proscrits et excommuniés en France, qui est un royaume très chrétien, où l'on sait que les prêtres possèdent de droit divin le privilège exclusif de jouer la comédie.


Commentateurs


Savants docteurs, qui à force de se mettre l'esprit à la torture parviennent quelquefois à mettre la parole de Dieu d'accord avec le bon sens, ou à rencontrer des tournures pour alléger le fardeau de la foi.


Commerce


Le commerce est interdit aux prêtres et aux moines ; ils peuvent néanmoins très légitimement faire quelques petits profits sur les marchandises rares qu'ils font venir de l'autre monde ; ils n'y gagnent guères en France que cent millions pour zéro. C'est assez bien placer son argent. Jésus Christ, comme on sait, chassa les vendeurs du temple, c'étaient selon toute apparence des marauds de laïques, à qui il voulut apprendre qu'il ne convient qu'aux prêtres de faire une boutique de la maison du seigneur.


Communion


Banquet spirituel où l'on sert une viande assez légère, qui est propre à nourrir les âmes des bons chrétiens, mais très indigeste pour ceux qui n'ont point assez de foi.


Compagnie de Jésus


C'est une compagnie de grenadiers spirituels dont Jésus-Christ est le capitaine. Elle fait rage partout où on la met en quartier ; cependant communément elle n'en veut point aux femmes, les petits garçons ne s'en tirent pas à si bon marché.


Compulsions


Politesses très pressantes que le christianisme a mises à la mode pour inviter à la foi ceux qui peuvent en manquer. Elles consistent à faire entrer ou rentrer dans la voie du salut à force de lettres de cachet, de prisons, de tortures ou même à coups de canon, quand on a de l'artillerie à ses ordres.


Conciles


Assemblées solennelles d'évêques, réunis pour se concerter avec le St esprit (qui est toujours de l'avis du plus fort) sur les dogmes et les arrangements nécessaires à l'église. Les conciles sont utiles pour corriger, expliquer, altérer la parole divine et la doctrine reçue, et pour fixer jusqu'à nouvel ordre les articles de la foi sans laquelle le genre humain ne peut être sauvé.


Conclave


Lieux où s'assemblent les cardinaux de la très-sainte église romaine, quand il s'agit délire un vicaire infaillible à Jésus-Christ. Le st esprit ne manque jamais d'assister à ces sortes d'assemblées, voilà pourquoi le conclave ne fait jamais un choix douteux.


Concordat


Convention faite entre un pape et un roi très chrétien, par laquelle l'un et l'autre ont disposé de choses sur lesquelles ils n'avaient aucun droit.


Concorde


Elle règne toujours parmi les chrétiens et surtout entre leurs théologiens ; la preuve la plus indubitable de la divinité du christianisme se tire de la concorde inaltérable qui subsiste entre ses disciples. C'est un miracle perpétué qui confond la raison humaine !


Concupiscence


Ce mot, qui peut paraitre mal sonnant et déshonnête à des oreilles délicates, est théologique et partant n'a rien d'indécent. Il signifie le penchant maudit que les hommes, depuis le pêché d'Adam, ont pour tout ce qui est capable de leur donner du plaisir.


Confesseur


Prêtre qui a reçu des pouvoirs de son évêque ; c'est-à-dire, à qui Dieu lui-même a passé procuration en bonne forme pour écouter les sottises que malgré son omniscience Dieu a besoin qu'on lui découvre, sans cela il ne pourrait savoir à quoi s'en tenir sur la conscience de celui qui se confesse à son prêtre.


Confession auriculaire


Invention très utile aux fidèles et surtout très commode aux prêtres de l'église romaine ; par son moyen ils sont au fait des secrets des familles, à portée de soutirer l'argent des poltrons, de brouiller les ménages, d'exciter au besoin de saintes révolutions. L'église est privée d'une partie de ces avantages dans les pays où l'on ne veut point se confesser.


Confirmation


Sacrement ou cérémonie sacrée, qui consiste à graisser le front et appliquer un soufflet sur la joue d'un polisson, ce qui le rend pour toujours inébranlable dans sa foi.


Conscience


C'est le jugement que nous portons au dedans de nous-mêmes sur nos actions ; dans les profanes il est guidé par la raison, dans les chrétiens il est réglé par la foi, par le zèle, par la soumission que nous devons à nos saints prêtres. En conséquence la conscience d'un dévot l'oblige souvent d'être méchant, et même de bouleverser la société par un motif de conscience.


Consécration


Paroles magiques, à l'aide desquelles un prêtre de l'église romaine a le pouvoir de forcer le dieu de l'univers à quitter son déjeuner pour venir se changer en pain et se faire croquer lui-même.


Consolations


La religion chrétienne fournit des consolations infinies aux dévots : elle les console des maux et des tribulations de cette vie en leur apprenant qu'ils ont affaire à un dieu bon, qui les châtie pour leur bien dans ce monde périssable, et qui, par un effet de sa tendresse divine, pourrait avoir la fantaisie de les cuire éternellement, ce qui est très consolant pour les frileux.


Contemplation


Occupation très utile surtout quand on n'a pas de grandes affaires. On sent que rien ne peut être plus agréable à Dieu que de s'occuper du soin de rêver à la suisse ; la société d'ailleurs retire de très grands fruits de ces rêves sacrés.


Controverses


Importantes disputes sur les objets contestés entre des théologiens de sectes différentes. Aux yeux des hommes charnels ce sont des vétilles, indignes d'occuper des animaux raisonnables, mais au fond ces disputes sont très utiles à l'église militante, qui par là se tient en haleine, et nourrit dans les esprits de saintes animosités très avantageuses au clergé.


Conversions


Changements miraculeux et rares, qui sont dus à la grâce du très-haut, et dont la société recueille communément les plus grands fruits. Ils font qu'une coquette surannée quitte le rouge ; qu'une femme aimable se change en piegriéche ; qu'un homme du monde devient un chat-huant ; enfin qu'un financier en mourant, désespéré de ne pouvoir emporter avec lui le fruit de ses rapines, laisse son bien à l'église ou à des hôpitaux pour l'acquit de sa conscience, pour le repos de son âme, et pour le salut de ceux qu'il a dépouillés.


Convulsionnaires


Prophétesses jansénistes qui prophétisent, qui font des sauts, qui se font crucifier, échiner, tourmenter pour prouver que les jésuites sont des coquins, que M l'archevêque a tort, que le père Quesnel a raison, que la grâce efficace par elle même fait faire de belles gambades quand elle a de quoi payer. Voyez Secours .


Cordeliers


Moines mendiants, qui depuis cinq cens ans édifient l'église de Dieu par leur tempérance, leur chasteté et leurs beaux arguments. Ils ne possèdent rien en propre, leur soupe, comme on sait, appartient au saint père.


Correction fraternelle


Dans la religion chrétienne chacun doit se mêler de la conscience de son voisin et s'intéresser vivement à son salut. Il faut le reprendre de ses fautes et surtout tâcher de le faire revenir de ses erreurs. Quand il n est point docile il faut le fuir et le haïr, ou bien le tourmenter et le tuer, quand on est le plus fort.


Cour


Sans la cour l'église ne peut guères prospérer, le St esprit ne bat que d'une aile : c'est là que l'orthodoxie se décide en dernier ressort ; les hérétiques sont toujours ceux qui ne pensent pas comme la cour. Les divinités d'ici bas règlent communément le sort des divinités de là-haut. Sans Constantin Jésus-Christ n'eût jamais fait une grande figure sur la terre.


Couvent


Lieu saint où l'on renferme sous la clef une couvée de moines ou de moinesses, afin de les séquestrer de la société. On les lâche néanmoins dans le public quand il s'agit de lever sur les peuples les impôts spirituels qui se payent argent comptant. Les couvents de filles sont très utiles pour débarrasser les familles, et surtout les fils ainés, des sœurs qui les incommodent. Ces saintes maisons servent d'ailleurs à l éducation du beau-sexe, c'est-à-dire à former des citoyennes bien crédules, bien peureuses, bien ignorantes, bien dévote, en un mot de saintes bégueules très utiles au clergé.


Crainte


C'est le commencement de la sagesse ; jamais on ne raisonne mieux que quand on a bien peur ; les poltrons sont les gens les plus utiles à l'église ; si jamais les hommes reprenaient du courage les prêtres seraient infailliblement découragés.


Création


Acte incompréhensible de la toute-puissance divine qui de rien a fait tout ce que nous voyons. Les athées nient la possibilité du fait, mais ils manquent de foi ; les théologiens leur prouveront que des riens suffisent pour mettre l'univers en combustion ; l'église leur fera voir qu'avec rien on peut faire de l'or et de l'argent. D'où l'on voit que les prêtres du très-haut partagent avec lui le pouvoir de créer ; personne n'ignore que le prêtre Needham sait créer des anguilles.


Crédibilité


L'on appelle motifs de crédibilité les raisons convaincantes ou les preuves évidentes qui nous forcent à croire une chose. Dans la religion les motifs qui nous font croire, c'est la parole de monsieur le curé, c'est l'ignorance, c'est l'habitude, et surtout c'est la crainte de se faire des affaires.


Crédulité


Tout bon chrétien doit être dans cette heureuse simplicité qui dispose à croire sans examen les choses les moins croyables sur la parole de ses guides spirituels ; ceux-ci sont évidemment incapables de se tromper eux-mêmes et encore moins de tromper les autres, ce qui ne serait pas bien.


Crimes


Dans la religion ce ne sont point les actions les plus nuisibles à la société, ce sont celles qui sont les plus nuisibles au clergé ; le plus grand de tous les crimes est de manquer de foi, ou de confiance en lui, c'est d'examiner ses opinions ; c'est de voler une sacristie, c'est de montrer du mépris pour les choses sacrées ; tous ces crimes sont punis par le feu, soit dans ce monde soit dans l'autre.


Croire


C'est avoir une confiance sans bornes dans les prêtres. Un bon chrétien ne peut se dispenser de croire tout ce qu'on lui dit de croire, sans cela il n'est bon qu'à brûler ; s'il nous dit que la grâce lui manque, qu'on le brûle toujours ; la divinité en lui refusant sa grâce annonce qu'elle ne le juge bon qu'à brûler, pour réchauffer la foi de ses élus.


Cruauté


Disposition fâcheuse dans le commerce de la vie ordinaire, mais très nécessaire au soutien de la religion. L'humanité n'est point de saison quand il s'agit de la divinité, ou de ses divins ministres.


Croisades


Expéditions saintes, ordonnées par les papes, pour débarasser l'Europe d'une foule de vauriens dévots, qui pour obtenir du ciel la rémission des crimes qu'ils avaient commis chez eux, en allaient bravement commettre de nouveaux chez les autres.


Croix


C'est le signe et l'étendard du salut. Ce sont des bâtons croisés, qui représentent la potence à laquelle la divinité fut pendue. Les ministres du seigneur, comme frère Jean Des Antomures, s'en servent avec succès pour assommer les coquins qui viennent piller leur clos. Porter sa croix c'est se chagriner saintement, se tourmenter soi-même ; quand on ne peut mieux faire, il est bon de tourmenter les autres, afin de les aider à gagner le paradis.


Crosse


C'est le lituus, le bâton augural des romains, que dans les cérémonies de l'église portent les évêques ou les abbés croisés. Il est fait pour annoncer aux chrétiens qu'ils sont de vraies brebis, qui n'ont rien de mieux à faire que de se laisser bien tondre par leurs sacrés bergers.


Culte


Suite de cérémonies ou de mouvements du corps et des lèvres, qui sont d'une nécessité absolue pour plaire au souverain de l'univers ; il n'a besoin de personne, mais il prendrait en mauvaise part si l'on négligeait l'étiquette imaginée par ses gens, et si l'on omettait les compliments qui flattent sa vanité ou celle de ses prêtres. Le vrai culte est toujours celui dont le cérémonial est reglé par ceux qui ont le droit de nous faire griller si nous refusions de nous y conformer.


Curé


Prêtre établi dans chaque paroisse pour répéter du latin et de la théologie à des manants, pour les faire enrager afin d'en tirer la dîme, et pour intenter des procès à son seigneur.


Curiosité


C'est un très grand péché. Dieu condamna jadis le genre humain à la mort pour la curiosité d'une femme qui voulut connoître et le bien et le mal ; ce qui prouve qu'on risque de lui déplaire souverainement quand on a le bon sens, ou quand on veut en savoir plus que nos prêtres ne veulent que nous en sachions.



Damnation


Nous devons croire, sous peine d'être damnés, que le dieu des miséricordes pour apprendre à vivre aux pécheurs après leur mort, et pour corriger les vivants qui n'en pourront rien voir, damne éternellement le plus grand nombre des hommes pour des fautes passagères ; par un miracle éclatant de sa bonté divine il les fera durer toujours, afin d'avoir le plaisir de les brûler toujours. L'église a, comme Dieu, le droit de damner ; il y a même des gens qui croient que sans elle Dieu ne damnerait personne, il ne le fait jamais que pour égayer sa femme.


Daterie


Nom que l'on donne à Rome à un bureau sacré, où, moyennant des espèces, on distribue des bénéfices, des dispenses, des grâces du saint esprit et même le droit de commettre des péchés.


David


C'est l'un des plus grands saints du paradis, le vrai modèle des rois. Il fut rebelle, paillard, adultère, assassin, etc. Il couchait avec les femmes et faisait tuer les maris, mais il fut bien dévôt et bien soumis aux prêtres, ce qui lui valut d'être appellé homme selon le coeur de Dieu ; Dieu même jusqu'à ce jour n'est jamais de plus belle humeur que lorsqu'on lui répete les vaudevilles que ce saint homme a composés.


Débrouilleur


Saint homme dont la fonction auprès des femmes riches et dévotes est de les aider à débrouiller leur petite conscience, à éclaircir leurs petits doutes, à calmer leurs petits scrupules, à évaluer leurs petits péchés, afin de les mettre en état de faire une bonne petite confession ; le débrouilleur se charge aussi quelquefois du soin de brouiller le ménage.


Déicide


Crime commis par les juifs en faisant mourir un dieu, qu'ils n'eurent point l'esprit de démêler dans un juif à cheveux roux, qui les attrapa pour les punir ensuite d'avoir été attrapés.


Déisme


Systême impie, vu qu'il suppose un dieu trop raisonnable, qui n'exige rien des hommes que d'être bons et honnêtes, et qui ne leur demande ni foi, ni culte, ni cérémonies. On sent que ce systême est absurde et ne convient nullement au clergé ; une telle religion n'aurait pas besoin de prêtres ; ce qui serait fâcheux pour la théologie.


Délations


La religion chrétienne est, comme on sait, l'appui de la société et le soutien des moeurs. Voilà pourquoi surtout dans les pays où la sainte inquisition est établie. L'église a des espions et force à la délation les parents, les amis, les valets ; ce qui rend la société très sûre, les mœurs trés honnêtes, et le commerce de la vie infiniment agréable.


Déluge


Correction paternelle, infligée au genre humain par la providence divine, qui, faute d'avoir prévu la malice des hommes, se repentit de les avoir faits si malins, et les noya une bonne fois pour les rendre meilleurs ; ce qui eut, comme on sait, un merveilleux succès.


Déposition


Les évêques seuls ont droit de juger et de déposer un évêque, les souverains, sans sacrilége, ne peuvent exercer ce droit ; depuis que Samuël déposa le roi Saül, les évêques ont acquis le droit de déposer les rois ; d'où l'on voit que c'est très légitimement que Louis Le Débonnaire fut déposé par des évêques au concile de Soissons, et que le pape a le droit incontestable de déposer les rois.


Devoirs


Dans la religion ce sont ceux qui sont fondés sur les rapports qui subsistent entre les hommes et leurs prêtres. D'où l'on voit que c'est aux prêtres seuls à fixer les devoirs d'un bon chrétien. Ils consistent à bien prier, à bien écouter ce qu'ils n'entendent point, et surtout à bien payer les ministres du seigneur.


Dévotion


C'est un saint dévouement aux prêtres, ou une pieuse exactitude à remplir les pratiques qu'ils recommandent. Les dévots, c'est-à-dire, les chrétiens, duement pénétrés de ces grands sentiments, ont l'avantage d'être plats, ennuyeux, insociables et par conséquent très dignes d'aller bien vite en paradis. Les dévotes sont de saintes bégueules qui travaillent efficacement au salut de tous ceux qui les approchent, en leur donnant un saint dégoût pour les choses de ce monde ; le mari d'une dévote doit être au moins souvent tenté de se sauver de chez lui.


Diable


C'est le panurge de la cour céleste ; la cheville ouvrière de l'église. Dieu pourrait d'un seul mot le replonger dans le néant, mais il s'en garde bien, il en a trop besoin, pour mettre sur son compte toutes les sottises dont on pourroit l'accuser ; il le laisse donc faire et supporte patiemment les tours de page qu'il joue sans cesse à sa femme, à ses enfants, à lui-même. Dieu ne peut se passer du diable ; la crainte de Dieu n'est souvent que la crainte du diable ; c'est la religion de beaucoup de bons dévots, qui sans le diable pourraient bien ne pas trop songer ni à Dieu ni à ses prêtres.


Dieu


Mot synonyme de prêtres ; ou, si l'on veut, c'est le factotum des théologiens, le premier agent du clergé ; le chargé d'affaires, le pourvoyeur, l'intendant de l'armée divine. La parole de Dieu c'est la parole des prêtres ; la gloire de Dieu c'est la morgue des prêtres ; la volonté de Dieu c'est la volonté des prêtres. Offenser Dieu c'est offenser les prêtres. Croire en dieu c'est croire ce qu'en disent les prêtres. Quand on dit que Dieu est en colere, cela signifie que les prêtres ont de l'humeur. En substituant le mot prêtres à celui de dieu la théologie devient la plus simple des sciences. Cela posé, l'on doit conclure qu'il n'existe point de vrais athées, vû qu'à moins d'être imbécille, on ne peut nier l'existence du clergé, qui se fait très bien sentir. Il y aurait bien un autre dieu, mais les prêtres ne s'en soucient point ; c'est au leur qu'il faut s'en tenir, si l'on ne veut se faire griller. voyez Déisme.


Dignités


Ce sont des distinctions mondaines que dans la religion d'un dieu humble l'on accorde à ses humbles ministres, à qui il ne convient plus d'être aussi misérables qu'il l'étoit lui même pendant son séjour en ce monde.


Dimanche


Jour consacré au seigneur, c'est-à-dire destiné à rendre hommage à ses prêtres, en écoutant leurs beaux sermons, en assistant à leurs cérémonies, en se joignant à leurs divins concerts, et en s'ennivrant ensuite à la courtille.


Directeur


C'est un saint homme à col tors, communément très friand ; dont la fonction est de venir dans les familles faire naître des scrupules, brouiller les époux, faire gronder les enfants et les gens, mettre à l'envers les cervelles des dévotes pour les guider plus sûrement dans le chemin du salut.


Discipline


Ce sont les arrangemens ou réglements salutaires que les ministres du seigneur jugent convenables à leurs intérêts, et qu'ils changent, à volonté, pour se conformer aux intentions immuables de la divinité. Ce mot désigne encore un instrument de corde ou de fil de fer, qui fait grand bien à l'âme quand on l'applique sur le corps.


Dispenses


Permissions de mal faire que le pape ou les évêques accordent moyennant finance ; en vertu de ces dispenses ce qui était illicite et criminel devient légitime et permis, vu que le produit des dispenses augmente les fonds de la caisse du père éternel et compagnie.


Disputes


Débats édifiants et intéressants que l'on voit assez souvent s'élever entre les interprètes infaillibles de la parole de Dieu, qui, pour le plus grand bien de son église, n'a point voulu parler trop clairement, de peur que ses chers prêtres n'eussent point à se chamailler.


Divorce


Il est absolument interdit aux chrétiens, chez qui le mariage est indissoluble. Il en résulte, sans doute, les plus grands biens pour les époux, qui très souvent ne peuvent s'accorder, car alors ils se tourmentent efficacement pendant toute leur vie, ce qui ne peut manquer de les conduire tout droit en paradis. Le divorce n'est permis qu'aux évêques, qui peuvent, quand ils veulent, troquer une femme pauvre pour en prendre une plus riche et plus cossue.


Dîmes


Elles appartiennent de droit divin aux ministres de l'église. Les apôtres, comme chacun sait, avaient les dîmes à Jérusalem. La loi ancienne, abrogée par Jésus-Christ, adjugeait les dîmes aux prêtres juifs, d'où il suit que la dîme de tous les biens, doit, sous la loi nouvelle, appartenir au clergé. D'ailleurs rien n'est plus légitime que de faire travailler les laboureurs pour ce pauvre clergé, qui fait de la théologie pour eux, leurs femmes et leurs enfants.


Doctrine


C'est ce que tout bon chrétien doit croire, sous peine d'être brûlé, soit dans ce monde soit dans l'autre. Les dogmes de la religion sont des décrets immuables de Dieu qui ne peut changer d'avis que quand l'église en change.


Doigt de dieu


Toutes les fois qu'un grand événement, ou une révolution, ou une calamité tournent au profit du clergé, ces choses indiquent le doigt de Dieu, qui a toujours en vue ses bons amis les prêtres, excepté quand la griffe de satan donne au bon dieu sur les doigts.


Dominante


On appelle religion dominante celle du prince, qui à l'aide des sabres, des bayonnettes et des mousquets prouve invinciblement aux autres religions de son pays qu'elles ont tort, que son confesseur a raison, et que c'est son conseil qui doit régler la croyance ou la foi.


Domination (esprit de)


L'ambition ou le désir de dominer sont des passions heureusement inconnues des ministres de l'évangile ; leur empire n'est point de ce monde, il est tout spirituel ; contents de dominer sur les esprits, ils ne craignent point que les corps, ou les étuis des esprits, manquent jamais d'être souples à leurs saintes volontés.


Donations


Ce sont les présents que l'église, par bonté pour ses enfants, consent à recevoir de leurs mains profanes ; le clergé ressemble à Messer Aldobrandin qui homme à présents étoit ; non qu'il en fît, mais il en recevoit . Tout ce qu'on donne à Dieu appartient au clergé. dabunt domino et erit sacerdotis. voyez nombres chap v, v 8.


Dons gratuits


De droit divin le clergé ne doit rien à l'État ; s'il contribue à ses besoins c'est par condescendance pure ; il ne vit dans l'État que pour être protégé, respecté, payé ; il lui fait assez d'honneur en l'honorant de sa présence, en l'aidant de ses prières, en l'éclairant de ses lumières, en le soulageant de ses écus.


Douceur évangélique


Elle consiste a inculquer la foi à force d'injures, de menaces et de supplices ; c'est à l'aide de ces bonbons que l'église fait avaler à ses enfants la pillule de la foi.


Dragons


Missionnaires très orthodoxes que la cour de Versailles envoya aux huguenots pour argumenter contre eux sur la transsubstanciation, les ramener au giron de l'église, et leur prouver que le pape et le confesseur du roi ne peuvent jamais se tromper.


Droit canonique


C'est le recueil des lois, des ordonnances, des constitutions, des décisions, des bulles etc. Que les ministres du seigneur ont imaginé pour former la jurisprudence sacrée qu'ils se sont faite à eux-mêmes. Elle est quelquefois contraire à la raison, à la jurisprudence civile, aux droits des souverains, et même au droit naturel, mais tous ces droits sont faits pour céder à des droits divins.


Droits divins


Ce sont les droits dont jouissent incontestablement tous ceux qui sont assez forts pour empêcher les autres de contester leurs droits, ou qui ne sont point curieux de les voir discuter. Dieu, comme on sait, est la même chose que ses prêtres, d'où il suit que les droits des prêtres sont toujours des droits divins. L'église jouit de droit divin du droit incontestable de se faire des droits divins, d'empêcher que jamais l'on ne doute de ses droits divins.


Dureté


On reproche communément la dureté aux gens d'église ; c'est en eux un effet de la plus sublime vertu ; un bon chrétien doit être parfaitement insensible. Il est un parfait prêtre quand Dieu lui fait la grâce de joindre une tête de fer à un cœur d'airain ; lorsqu'il a bien dîné, le monde entier doit lui être indifférent. C'est près du lit des moribonds que l'on voit surtout briller le stoïcisme sacerdotal. voyez Mourants.



Eau bénite


On l'appellait eau lustrale chez les païens, mais nos prêtres la rendent très sainte et très chrétienne, et très efficace, à l'aide de quelques enchantements, que l'on trouve dans les grimoires sacrés que l'on nomme rituels .


Ecclésiastiques


ou gens d'église. Nom générique sous lequel on désigne tous ceux qui composent l'armée que la divinité, pour le bien de nos âmes, fait vivre à discrétion ici-bas.


École


C'est l'arène où descendent nos gladiateurs sacrés, pour s'escrimer et disputer sans fin sur les vérités évidentes que Dieu lui-même a révélées. Ce sont ordinairement les peuples qui sont blessés des puissants coups que les théologiens se portent, ce qui est, sans doute, un miracle étonnant.


Écriture sainte


C'est la même chose que la bible. C'est un recueil descendu du ciel tout exprès pour que les prêtres y trouvassent tout ce qu'ils avaient besoin d'y trouver. L'écriture sainte renferme tout ce qu'un chrétien doit faire et croire, pour peu qu'il y joigne seulement un million de volumes de commentaires, de syllogismes, de casuistes et de théologiens.


Édification


Édifier quelqu'un c'est fortifier en lui par sa conduite et son exemple le saint respect qu'il doit avoir pour la religion ou pour les volontés des prêtres ; quant aux prêtres ils sont toujours édifiants, surtout en Espagne et en Italie, aussi voit-on qu'ils y sont fort considérés.


Éducation chrétienne


Elle consiste à faire contracter dès l'enfance aux petits chrétiens l'habitude salutaire de déraisonner, de croire tout ce qu'on leur dit, de haïr tous ceux qui ne croient pas ce qu'ils croient ; le tout pour former à l'état des citoyens bien sensés, bien raisonnables, bien tranquiles et surtout bien soumis au clergé.


Église


C'est comme qui dirait le clergé : or ce clergé c'est la femme de Jésus-Christ ; c'est elle qui porte les culottes ; son mari est un bon homme qui ne se mêle de rien et qui ne la contredit jamais pour avoir la paix chez lui. En effet la bonne dame n'est point aisée ; quelquefois elle traite ses enfants qui regimbent avec une dureté que leur papa n'approuverait point s'il osait se mêler du ménage.


Élus


Ce sont ceux que Dieu dans sa miséricorde choisit pour leur donner les petites entrées chez lui ; il y aura bien dans chaque siècle une demi-douzaine d'élus, qui auront le plaisir ineffable de voir griller le reste du genre humain.


Encensoir


Cassolette sacrée dans laquelle on fait brûler des parfums pour régaler les narines de la divinité ; les prêtres sont ses parfumeurs privilégiés ; mettre la main à l'encensoir se dit donc par métaphore pour désigner le crime détestable de tout prince ou magistrat qui auraient l'impertinence de mettre le nez dans les affaires des prêtres, sans en être priés.


Enfance


État de faiblesse, d'ignorance et d'imbécillité, dans lequel il est nécessaire d'entretenir et de plonger les chrétiens, afin que les prêtres puissent les conduire plus aisément en paradis, dont ils seraient exclus s'ils devenaient assez grands pour se conduire eux mêmes, ou pour marcher sans lisières.


Enfer


C'est le foyer de la cuisine qui fait bouillir en ce monde la marmite sacerdotale. Elle fut fondée en faveur de nos prêtres ; c'est pour qu'ils fassent bonne chère, que le père éternel, qui est leur premier cuisinier, met en broche ceux de ses enfants qui n'auront point eu pour leurs leçons la déférence qui leur est due. Au festin de l'agneau les élus mangeront des incrédules grillés, des riches en fricassée, des financiers à la sauce robert, etc. Etc. Etc.


Enterrements


Cérémonies que les prêtres du seigneur rendent plus ou moins lugubres par leurs saints hurlements, suivant qu'ils sont payés plus ou moins grassement.


Enthousiasme


Sainte ivresse qui grimpe au cerveau de ceux à qui Dieu fait la grâce de boire en large dose le bon vin que les prêtres débitent dans leurs saints cabarets. Voyez Fanatisme et Zêle.


Épreuves


Ce sont des pièges ingénieux et subtils que pour s'amuser la divinité, qui sait tout et qui lit dans les coeurs, tend aux hommes qu'elle favorise, afin de découvrir leurs dispositions cachées, et pour savoir à quoi s'en tenir sur leur compte.


Erreur


C'est toute façon de penser en matière de religion qui diffère de celle des prêtres à qui nous devons notre confiance. Il n'est point chez les chrétiens de crime plus impardonnable que de se tromper, c'est celui qu'avec raison l'on punit avec le plus de rigueur ; il n'y a guères que le feu qui puisse éclairer efficacement et remettre dans le bon chemin celui qui est assez bête pour errer.


Espérance


Vertu chrétienne qui consiste à mépriser tout ce que nous connaissons de bon ici-bas, pour attendre dans un pays inconnu les biens inconnus que nos prêtres, pour notre argent, nous apprennent que nous connaîtrons quelque jour.


Esprit


Chacun sait ce que c'est qu'un esprit ; c'est ce qui n'est point matière. Toutes les fois que vous ne saurez pas comment une cause agit, vous n'aurez qu'à dire que cette cause est un esprit, et vous serez très pleinement éclairci.


Esprit (saint)


C'est le troisième des dieux qui composent le seul dieu des chrétiens. La fonction de celui-ci est d'inspirer les prêtres, et de se trouver au milieu d'eux toutes les fois qu'il en est requis. Aux yeux des hommes charnels le saint-esprit ne montre point toujours infiniment d'esprit.


Esprits forts


Ce sont ceux qui n'ont pas l'esprit faible ; ou qui n'ont point reçu de Dieu une échine assez souple pour se laisser bâter par les ministres du seigneur.


Éternité


C'est ce qui n'a ni commencement ni fin. Comme la chose est plus facile à dire qu'à comprendre, il est bon que tout chrétien la médite à l'aide de son confesseur, qui ne manquera pas de lui en faciliter l'intelligence ; en attendant, sous peine d'être éternellement rôtis, nous devons, en dépit du prédicant Petit-Pierre, nous tenir pour certains que les peines de l'enfer seront éternelles ; Jésus-Christ avait oublié de le dire, mais l'église, qui en sait plus long que lui, l'a dit et le répète sans cesse, pour la consolation de ses très chers enfants, dont au moins les 99 centièmes seront damnés. voyez Consolations.


Études


Pour un théologien profond, c'est travailler toute sa vie à embrouiller ses idées, et à remplir sa caboche de saints mots, auxquels ni lui-même ni tous ceux qui n'auront point reçu des grâces surnaturelles ne pourront jamais attacher aucun sens raisonnable. Les études pour les laïques consistent à apprendre du latin et sur tout la soumission qui est due au clergé.


Eucharistie


Sacrement merveilleux dans lequel le dieu de l'univers a la bonté de se donner lui-même à manger à ses prêtres, et aux chrétiens dont l'estomac est assez fort pour pouvoir le digérer.


Eunuques


Il serait à propos pour le bien de la religion que tous les chrétiens fussent eunuques et les femmes bouclées ; par ce moyen le monde finirait plutôt, et Dieu par conséquent n'y serait plus offensé.


Évangile


Signifie bonne nouvelle. La bonne nouvelle que l'évangile des chrétiens est venu leur annoncer, c'est que leur dieu est très colère, qu'il destine le plus grand nombre d'entre eux à des flammes éternelles, que leur bonheur dépend de leur sainte bêtise, de leur sainte crédulité, de leur sainte déraison, du mal qu'ils se feront, de leur haîne pour eux-mêmes, de leurs opinions inintelligibles, de leur zêle, de leur antipathie pour tous ceux qui ne penseront ou qui ne feront pas comme eux. Telles sont les nouvelles intéressantes que la divinité, par une tendresse spéciale, est venue annoncer à la terre ; elles ont tellement égayé le genre humain que depuis l'arrivée du courrier qui est venu les apporter de là-haut, il n'a fait que trembler, que pleurer, que se quereller et se battre.


Évêque


Signifie inspecteur. C'est un prêtre qui, sans femme, a, comme quelques insectes, la faculté de se reproduire et de multiplier son espèce. L'épiscopat est un fardeau si pénible que c'est toujours à son corps défendant qu'un abbé de cour s'en charge ; on est obligé de vaincre par trois fois sa épugnance sincère pour un évêché qu'il a sollicité dix ans. Voyez Ordre.


Examen


Quand on est bon catholique, ce serait un grand péché que de prétendre examiner ce que dit le clergé, qui se dit infaillible ; quand on est protestant il est légitime et permis d'examiner par soi-même ce que dit le clergé, qui ne se dit point infaillible, pourvu néanmoins que l'on trouve par cet examen que le clergé protestant ne se trompe jamais.


Excommunications


Ce sont des peines spirituelles que les pasteurs de l'église infligent à celles de leur brebis qui ont la clavelée : autrefois elles faisaient sécher sur pied, et quelquefois mourir les princes d'apoplexie ; aujourd'hui les excommunications ne produisent point des effets si marqués, ce qui vient de ce que la foi devient plus rare sur la terre.


Exercices de piété


Ce sont de petites occupations spirituelles imaginées par les prêtres pour empêcher les ames dévotes de s'engourdir. Sans ces petits exercices les bonnes femmes et les gens désoeuvrés courraient risque de s'ennuyer, ou seraient en danger de s'occuper de choses utiles à leurs familles et au monde pervers.


Exorcismes


Actes d'autorité sur les démons, exclusivement exercés par les ministres de l'église romaine. À force d'eau-bénite, de paroles et de cérémonies, on oblige l'esprit malin de sortir des corps où il n'était jamais entré, ou bien où il était entré pour de l'argent.


Expiations


Expier c'est éteindre des dettes contractées avec Dieu ; les expiations sont des cérémonies inventées par les prêtres qui sont les gens d'affaire de la divinité ; celle-ci en passe toujours par tout ce que ses prêtres veulent ; elle remet les dettes aux hommes toutes les fois que ses gens d'affaire ont été bien payés.


Extases


Syncopes sacrées, durant lesquelles les saints, et surtout les saintes, ont le bonheur de rêver et de voir des bluettes. Les personnes sujettes à avoir des extases sont communément celles à qui la providence fait la grâce d'être bien folles ou bien frippones. Voyez Visions.


Extrême-onction


Sacrement respectable de l'église romaine ; il est très utile pour effrayer les mourants. Il consiste à graisser les bottes de ceux qui sont prêts a entreprendre le voyage de l'autre monde.


Ezéchiel


Grand prophête de Judée et surtout homme à belles visions. Il est fameux par ses bons déjeunés, auxquels nos prophêtes modernes ne portent point envie. Ezéchiel est assûrément, après le jésuite Sanchez et le portier des chartreux, l'ecclésiastique le plus ordurier que je connaisse.



Fables