Utilisateur:Pibewiki/Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Molécule
MOLÉCULE s. f. (mo-lé-ku-le — lat. fictif molecula, diminutif de moles, masse). Chim. Chacune des parties constituantes d'un corps composé, qui sont considérées comme étant la limite que la division mécanique puisse atteindre sans opérer la décomposition : Les phénomènes célestes comparés aux lois du mouvement nous conduisent à ce grand principe de la nature, savoir que toutes les MOLÉCULES de la matière s'attirent mutuellement en raison des masses et réciproquement au carré des distances. (Laplace.) Le soleil et la lune, lorsqu'ils opèrent leur passage au-dessus de la surface des mers, agissent par attraction sur leurs MOLÉCULES mobiles. (A. Maury.) Les MOLÉCULES d'eau, abandonnées par l'air, perdent leur état élastique. (Libes.) || Molécules élémentaires ou constituantes, Celles qui constituent les éléments des corps composés, et qui sont semblables ou homogènes. || Molécules intégrantes, Celles qui résultent de la combinaison des molécules élémentaires pour former par leur rapprochement un corps simple ou composé, et que l'on regarde comme dissemblables ou hétérogènes. || Molécules organiques, Matière toujours vivante et toujours active, qui, suivant Buffon, sert à la nutrition, au développement, à la réproduction des plantes et des animaux : Si Buffon et Needham avaient eu les expériences et les observations sur les animalcules des infusions, ils n'auraient pas fabriqué leurs MOLÉCULES ORGANIQUES et leurs forces végétantes. (Sennebier.)
— Fig. Elément : Les petites choses sont les MOLÉCULES des grandes. (H. Castille.) La famille domestique est la MOLÉCULE intégrante sociale. (Colins.)
— Zool. Nom donné quelquefois aux animaux microscopiques du sperme.
— Encycl. Chim. Etymologiquement, ce mot signifie petite masse, petite particule de matière. On conçoit que rien n'est plus vague ni moins significatif qu'une telle acceptation. Les mots atome, molécule, particule ont été pris indiffèrement les uns pour les autres dans les systèmes de physique et de philosophie, pour désigner les parties constituantes de la matière. On a beaucoup discuter pour savoir si ces parties étaient divisibles ou indivisibles, pour savoir quelles peuvent être leurs dimensions, etc. Toutes ces questions sont de pure métaphysique et n'ont pour le chimiste qu'un intérêt historique. Nous donnerons ici, au mot molécule, le sens précis et défini auquel on s'est arrêté dans la chimie moderne, sens qui le distingue du mot atome et d'autres jadis plus ou moins synonymes.
L'eau est composée d'oxygène et d'hydrogène ; l'acide chlorhydrique, d'hydrogène et de chlore. Soumettez-les l'un et l'autre à tous les moyens mécaniques de division, poussez la division jusqu'aux limites du possible par le raisonnement, la plus petit quantité ou d'acide chlorhydrique ainsi obtenue aura la même composition que la masse toute entière. Cette particule d'eau renfermera de l'hydrogène et de l'oxygène, cette particule d'acide chlorhydrique renfermera de l'hydrogène et du chlore. Ces petites masses sont donc elles-même composées. Par les agent chimiques vous les décomposez : de l'acide chlorhydrique, vous retirez du chlore et de l'hydrogène. Nous définirons dès lors la molécule la plus petite quantité d'un corps qui puisse exister en état libre, quantité indivisible par les agents mécaniques, l'atome étant la plus petite quantité d'un élément qui puisse exister dans une molécule. La plus petite quantité d'acide chlorhydrique sera une molécule ; la plus petite quantité de chlore et la plus petite quantité d'hydrogène qui puissent être renfermées dans cette molécule seront des atomes.
Il est impossible de songer à connaitre la grandeur ou le poids absolu des molécules. On ne peut saisir entre les molécules des différents corps que des rapports de poids et de volume, et ces rapports constituent la connaissance des poids et des volumes moléculaires. Ces poids et ces volumes sont rapportés à une unité constante, qui est le poids de l'atome d'hydrogène. Si l'on fait, par hypothèse, ce poids égal à 1, la grandeur des molécules des différents corps exprimera en chiffres combien de fois elles pèsent plus ou moins que l'atome d'hydrogène.
On appelle encore molécules les parties des corps simples les plus petites que nos moyens mécaniques permettent d'atteindre, et l'atome, dans ce cas, est encore l'élément de la molécule. C'est encore que la molécule d'hydrogène libre renferme 2 atomes d'hydrogène, et son poids est 2. La molécule de chlore libre est égale à 71, l'atome de chlore étant égal à 35,5. Un volume de chlore pèse en effet 35,5 fois plus que le même volume d'hydrogène. Une molécule d'acide chlorhydrique pèse 1 atome de chlore plus 1 atome d'hydrogène, c'est-à-dire 36,5.
C'est en adoptant cette dernière acceptation que l'on a distingué la molécule constituante ou élémentaire et la molécule intégrante. La première est simple, c'est-à-dire formée d'éléments homogènes ; telles sont les molécules d'or, du soufre, de l'argent ;la seconde est formée d'éléments composés, telles que celles d'un sel, d'un acide et de la plupart des minéraux.
Le phénomène de cristallisation est le résultat de l'association des molécules suivant certaines lois géométriques. Ces mêmes molécules s'associent aussi dans les corps organiques ; toutefois, ce ne sont plus ici des lois purement géométriques ou des affinités chimiques qui les rassemblent, mais bien la cohésion que produit un principe inconnu, désigné sous les noms divers de principe vital, force vitale, souffle vital, etc.
Le mouvement moléculaire est la vibration ou oscillation des molécules d'une infinité de corps qui, plongées dans l'eau et vues au microscope, semblent s'agiter sous l'impulsion d'un mouvement spontané. V. MOUVEMENT BROWNIEN.
On sait que Buffon avait appelé molécules organiques les éléments des corps organisés qu'il avait aperçus doués de ce mouvement. V. ATOME.