Vœu (Hugo)
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- Si j'étais la feuille que roule
- L'aile tournoyante du vent,
- Qui flotte sur l'eau qui s'écoule,
- Et qu'on suit de l'oeil en rêvant ;
- Je me livrerais, verte encore,
- De la branche me détachant,
- Au zéphyr qui souffle à l'aurore,
- Au ruisseau qui vient du couchant.
- Plus loin que le fleuve qui gronde,
- Plus loin que les vastes forêts,
- Plus loin que la gorge profonde,
- Je fuirais, je courrais, j'irais !
- Plus loin que l'antre de la louve,
- Plus loin que le bois des ramiers,
- Plus loin que la plaine où l'on trouve
- Une fontaine et trois palmiers ;
- Par delà ces rocs qui répandent
- L'orage en torrent dans les blés,
- Par delà ce lac morne, où pendent
- Tant de buissons échevelés ;
- Plus loin que les terres arides
- Du chef maure au large ataghan,
- Dont le front pâle a plus de rides
- Que la mer un jour d'ouragan.
- Je franchirais comme la flèche
- L'étang d'Arta, mouvant miroir,
- Et le mont dont la cime empêche
- Corinthe et Mykos de se voir.
- Comme par un charme attirée,
- Je m'arrêterais au matin
- Sur Mykos, la ville carrée,
- La ville aux coupoles d'étain.
- J'irais chez la fille du prêtre,
- Chez la blanche fille à l'oeil noir,
- Qui le jour chante à sa fenêtre,
- Et joue à sa porte le soir.
- Enfin, pauvre feuille envolée,
- Je viendrais, au gré de mes vœux,
- Me poser sur son front, mêlée
- Aux boucles de ses blonds cheveux ;
- Comme une perruche au pied leste
- Dans le blé jaune, ou bien encor
- Comme, dans un jardin céleste,
- Un fruit vert sur un arbre d'or.
- Et là, sur sa tête qui penche,
- Je seraix, fût-ce peu d'instants,
- Plus fière que l'aigrette blanche
- Au front étoilé des sultans.