Vie de Beaumarchais/Œuvres complètes (Beaumarchais)

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Vie de Beaumarchais
Œuvres complètes de Beaumarchais


Quand Beaumarchais disait, prenant pour devise un hémistiche du Mahomet de Voltaire : « Ma vie est un combat, » il disait vrai, mais il ne disait pas assez. Sa vie fut tout ensemble un combat et un tourbillon enveloppant, entraînant, mêlant tout, dans un conflit de faits et de choses, qui est peut-être, et nous allons le prouver, le plus étrange, le plus ondoyant, le plus divers, qui ait jamais agité une existence humaine.

Le caractère de l’homme fut toutefois plus étonnant encore que sa vie par la façon dont il s’y montra toujours, comme son Figaro, « supérieur aux événements ; » par sa ténacité, à l’invincible sourire, car son intrépidité toute française avait un peu de celle du Béarnais, dont un poëte[1] a dit : « Son courage riait ; » par sa verve surtout et par son esprit, qui furent, sans faiblir un instant, la chaleur et la clarté de cette fournaise ; enfin, par l’aplomb infatigable et la multiplicité de ressources qui, en tant de circonstances, le dégagèrent de l’imbroglio de sa vie, comme Figaro, son image et son reflet, bien plus encore que sa création, se dégage de l’imbroglio de sa comédie.

Beaumarchais n’était pas son nom. Il ne le prit qu’à vingt-cinq ans, quelques mois après son premier mariage, d’un « petit fief » que possédait sa première femme[2] . Il s’appelait Caron, et les prénoms qu’il reçut de son parrain, fils du fabricant de chandelles Picart, étaient Pierre-Augustin.

Il naquit à Paris, le 24 janvier 1732, chez son père l’horloger André-Charles Caron, dont la boutique, portant en grosses lettres le nom du maître à son plafond[3], s’ouvrait rue Saint-Denis, assez près de la rue des Lombards, entre l’hôpital Sainte-Catherine[4] et la rue de la Heaumerie.

Il vint ainsi au monde dans ce coin prédestiné, dans ce quartier, dont les Halles sont le centre, et d’où l’on peut dire que la meilleure part de notre théâtre comique est sortie.

Rappelez-vous, en effet : Molière est né rue des Vieilles-Étuves, au coin de la rue Saint-Honoré, à deux pas de ces piliers des Halles, où d’ailleurs son enfance se passa ; Regnard naquit sous les piliers mêmes ; Beaumarchais, rue Saint-Denis, dans la partie qui s’en rapproche ; et Scribe, enfin, dans la même rue aussi, et plus près encore : sa maison natale existe toujours, avec le Chat noir en relief de son enseigne, au coin de la rue de la Reynie.

L’horloger Caron, converti d’assez fraîche date, était né dans la religion protestante, comme tant d’autres de la même industrie, auxquels Genève, après l’émigration forcée qui suivit la révocation de l’édit de Nantes, a dû sa fortune. Il en garda une certaine sévérité de principes, dont son fils n’hérita guère, mais qui du moins, sauf quelques rares erreurs — la plus grave fut la dernière[5] — l’empêcha de tomber dans ces écarts d’irréligion qui furent la maladie et la ruine de son siècle.

Homme d’intelligence et d’entreprise, et, par là, digne précurseur de son fils, André-Charles Caron, pour faire vivre sa famille fort nombreuse — il avait eu dix enfants pendant les douze premières années de son mariage — ne s’en tenait pas aux seules ressources de son métier. Il s’occupait, ce qui d’ailleurs ne l’en éloignait guère, d’inventions, de machines. En 1726, au moment où fut posé ce grand problème de mécanique, que la vapeur devait résoudre beaucoup plus tard, sur le meilleur système à adopter pour remorquer les bateaux et remonter les rivières, il figura parmi les concurrents, sans grand succès, à ce qu’il semble[6], mais aussi sans découragement.

Vingt ans après, il suivait encore cette idée, et tout ce qui s’y rapporte, avec une compétence qui avait fini par être une autorité. Le gouvernement espagnol ayant voulu, en 1746, se renseigner sur les machines à employer pour draguer les ports et les rivières, c’est l’horloger Caron qui fut consulté[7]. Il fit un mémoire des plus complets, et ainsi s’établirent entre l’Espagne et lui des relations que son fils devait reprendre dix-huit ans plus tard, dans un tout autre sens.

Ce mémoire, retrouvé parmi les papiers de la famille, dont M. de Loménie a tiré un si curieux parti pour son intéressant ouvrage sur Beaumarchais, prouve, ainsi qu’un grand nombre de lettres de la même provenance, combien cet artisan parisien avait d’aptitudes et d’étendue d’esprit. C’était, ce qui achève de le poser comme le préparateur du génie de son fils, un véritable lettré de l’industrie. Tout le monde, chez lui, écrivait, faisait des vers ; on eût dit un petit hôtel de Rambouillet d’arrière-boutique.

Jeanne-Marguerite, la plus jeune de ses filles — il n’en eut pas moins de six — jouait la comédie avec une verve de gaillardise surprenante, que n’effarouchaient même pas, à ce qu’il paraît, les parades salées de son frère, qu’on lira plus loin dans leur texte inédit, et dont elle fut, avec la comtesse de Turpin, la meilleure actrice[8].

Marie-Julie, une autre des sœurs, un peu plus âgée, se laissait aller davantage encore au penchant de littérature et d’art si marqué dans cette maison. Elle aussi jouait à ravir la comédie et les parades, parfois même elle y mettait de son style. Quelques scènes, qui ne sont peut-être pas des moins gaillardes, passent pour être d’elle, d’après une tradition de la famille. Elle n’en était pas moins sérieuse à ses heures. Un petit livre, qu’elle tira des Nuits d’Young, et que son frère fit imprimer à sa typographie de Kehl, en est la preuve[9].

Dans ses grandes luttes, il l’eut pour collaboratrice. Plus d’une page des Mémoires contre Goëzman lui est due[10]. Elle tournait à merveille l’épître et le couplet, et pour donner raison au refrain qui termine le Mariage de Figaro, « tout finit par des chansons, » elle mourut une chanson sur les lèvres.

C’est de toutes ses sœurs celle qui le comprit le mieux, et qu’en retour il aima le mieux lui-même. Pour ajouter un lien de plus à ceux de la fraternité, il voulut, quand il eut pris le nom qu’il a rendu célèbre, que Julie le prit aussi, ce qui fit dire avec une certaine malice par Goëzman, dans un de ses mémoires : « Le sieur Caron a emprunté à une de ses femmes le nom de Beaumarchais, qu’il a prêté à une de ses sœurs[11]. »

Elle était grande musicienne, composait elle-même les airs de ses chansons, et les chantait en s’accompagnant de la harpe, dont elle jouait presque aussi bien que son frère. Nous verrons plus loin qu’il y était, lui, de première force, de même au reste que sur plusieurs autres instruments, la guitare, la flûte, la viole, etc. Comment se donna-t-il tous ces talents, et bien d’autres, dont nous allons voir l’éclosion étonnante ? On ne sait, car son éducation fut des plus rapides et des moins complètes.

L’intelligence et la facilité, qui, chez certaines natures d’exception, feraient vraiment croire au prodige des sciences infuses, suppléèrent, et lui tinrent lieu du reste.

À treize ans, en 1745, sa première communion faite, les études étaient closes pour lui, et il rentrait à la boutique paternelle, pour n’être plus qu’un apprenti[12]. Le père Caron, qui n’avait que ce fils, car de trois autres, ses aînés, le dernier était mort depuis six ans[13], voulant que le métier dont il avait lui-même hérité de son père ne se perdit pas dans la famille, tenait de la façon la plus absolue à ce que Pierre-Augustin fût horloger.

Voilà pourquoi il le faisait si vite revenir à la boutique, sans s’être auparavant mis, à ce qu’il semble, en fort grands frais pour son instruction.

Quoique lui-même assez lettré, comme nous l’avons dit, il paraît n’avoir guère insisté, pour son fils, sur l’éducation littéraire, telle, par exemple, qu’elle se donnait chez les Jésuites, dont, pour cette raison, Beaumarchais, on l’a su par son ami Gudin, regretta toujours de n’avoir pas été l’élève, comme l’avait été Molière[14].

Plus fortement instruit, plus vivement initié à la connaissance des modèles, peut-être eût-il plus tôt senti l’éveil de son propre génie pour le théâtre, et s’y fût-il abandonné plus complètement, avec moins de distraction. Alors, c’est encore Gudin qui parle, il n’eût pas désespéré de faire de réels chefs-d’œuvre, ce qu’en ces derniers temps surtout, aux heures de la modestie finale, ses pièces ne lui semblaient pas être[15].

C’est dans une sorte d’école de métier, ou, comme nous dirions aujourd’hui, d’école professionnelle, établie à Maisons-Alfort, et complètement absorbée quelques années après par l’école vétérinaire qui d’abord n’en était qu’une partie, que Beaumarchais, selon Gudin[16], passa les quelques années consacrées à ses études assez élémentaires. Lui-même ne nous en a pas parlé. Le seul souvenir de son séjour dans cette maison, où, quelque temps après qu’il y eut passé, on ne vendait plus que « de bonnes médecines de cheval, » est « la lancette vétérinaire » de Figaro.

On sait aussi, par une lettre qu’il écrivit quarante-cinq ans plus tard, en septembre 1790, à Mirabeau, à propos des pauvres Minimes de Vincennes, dont on allait alors vendre les bâtiments, la chapelle et le clos, qu’un de ses plus grands plaisirs à douze ans était de courir à travers champs de Maisons-Alfort jusque chez ces bons moines, et d’y admirer dans leur sacristie le beau tableau de Jean Cousin, le Jugement dernier, dont son rêve, devenu très-riche, était de faire l’ornement de la chapelle de sa magnifique maison du boulevard[17]. C’est aujourd’hui, au Louvre, un des trop rares chefs-d’œuvre de l’école française du seizième siècle.

Son émotion, chaque fois qu’il put le revoir, fut si vive, qu’encore un peu, sollicité d’ailleurs par les sermons d’un vieux minime « qui le prêchait sur le texte du grand tableau, en accompagnant son sermon d’un goûter, » il se serait fait moine. Cet accès de grâce, qui lui était venu du tableau, du sermon et du goûter, ne tint guère. L’an d’après, rentré chez son père, il était à de bien autres idées, mais d’une précocité tout aussi vive : il aimait, et voulait se tuer par chagrin d’amour ! « J’avais eu, écrivit-il bien plus tard sur la marge d’une de ses lettres de ce temps-là, j’avais eu une folle amie, qui, se moquant de ma vive jeunesse, venait de se marier. J’avais voulu me tuer[18]. »

Et cela, ne l’oublions pas, à treize ans ! Figaro commençait par Chérubin.

Il ne va pas tarder à entrer lui-même en scène, avec toute son ardeur de tempérament, son infatigable besoin d’escapades et d’entreprises ; « cette chaleur de sang, dont j’ai bien peur que l’âge ne me corrige pas, » écrivait-il avec tant de raison, lorsqu’il n’avait encore que vingt ans[19] ; cette fièvre de mouvement et d’action, qui ne s’arrêta pas une heure, et surtout cet aplomb incomparable qui faisait dire si spirituellement par le chevalier d’Éon, à l’époque de leur grande brouille : « Il a l’insolence d’un garçon horloger qui aurait trouvé le mouvement perpétuel[20]. »

À dix-huit ans, il se sentait étouffer dans la boutique de la rue Saint-Denis, et ses échappées d’indépendance et de sans-gêne désolaient le sévère horloger. Il s’occupait beaucoup trop de « sa maudite musique, » comme disait son père, et pas assez de la fabrication ou du rhabillage des montres. S’il travaillait, et c’était toujours avec une habileté de main, une ingéniosité d’invention dont le père s’émerveillait, il n’était pas toujours assez discret pour sa part de profits ; il suppléait un peu trop par le grappillage à ce qu’il trouvait d’insuffisant dans les dix-huit livres qu’on lui donnait par mois. Il soupait en ville plus souvent qu’il n’eût fallu, rentrait trop tard, ne se levait pas assez tôt ; et, dans ses escapades hors du logis, il se faisait par son esprit, ses tours d’adresse et ses chansons — car, à treize ans, il rimait déjà — certaines intimités et certains succès, dont le ton trop lâché, qu’on retrouvera dans ses parades, était surtout le désespoir de son père : « Avec le cœur d’un honnête homme, lui écrivait plus tard un de ses amis le capitaine d’Artilly, tu as toujours eu le ton d’un bohème[21]. » C’était un reste de sa jeunesse à la diable dans les cabarets, cafés et autres lieux du quartier des Halles.

Un jour, la mesure se trouva comble, et Pierre-Augustin fut bel et bien chassé de la maison. Que fera-t-il ? Ce qu’il faisait pour rire, il le fera pour vivre : il est grand et robuste, il chante et tourne à ravir les couplets, il a pour le jeu des gobelets un tour de main étonnant ; il courra les rues et les carrefours, chantant, faisant l’hercule, et escamotant.

Le pamphlet le plus vif qui lui fut décoché plus tard, car il était d’un homme d’infiniment d’esprit, le duc de Lauraguais, qui l’avait bien connu, fait allusion à ces beaux projets du jeune Caron mis sur le pavé : « Quelques anecdotes, lit-on dans ce libelle, en forme de prospectus, pour les mémoires de sa vie, quelques anecdotes sur la ressource qu’il comptait tirer de la force de son corps et de son adresse à escamoter, lorsque son père le chassa de la maison paternelle[22]. »

Il s’en tint au projet, et n’en vint pas, croyons-nous, à l’exécution. Un ami, qui était même un peu parent, le banquier Cottin[23], et un autre des intimes, M. Paignon, prévenus sous main par le père, recueillirent ou aidèrent le pauvre expulsé, et préparèrent son retour au logis. Sa mère, que nous ne rencontrons dans sa vie qu’à ce moment, où l’on comprend si bien que son cœur et ses supplications durent intervenir, y fut encore plus active : « À l’égard de votre mère, lui écrivit le père, quand il fut sur le point de céder, et qu’il voulut par avance le ramener envers elle à un respect dont il s’était sans doute écarté : à l’égard de votre mère, qui s’est vingt fois mise à la brèche depuis quinze jours pour me forcer à vous reprendre, je remets à une conversation particulière à vous faire bien comprendre tout ce que vous lui devez d’amour et de prévenance[24]. »

La paix fut signée, et Pierre-Augustin semble s’être alors assez docilement soumis aux exigences de régularité de conduite et de travail qui en avaient été les conditions. C’est sur ce dernier point, le travail, où le reste avait d’ailleurs son gage et sa garantie, que le père insista par-dessus tout, certain qu’avec l’habileté et l’intelligence qu’avait son fils, il pourrait, si un peu d’assiduité venait en aide, n’être pas moins qu’un horloger de premier mérite : « J’entends, lui disait-il encore dans la lettre qui servit de préliminaire à la réconciliation, et dans laquelle, en même temps que le bon sens et la sévérité du père, on trouve l’enthousiaste conviction de l’artisan épris de son métier, j’entends que vous n’employiez les talents que Dieu vous a donnés qu’à devenir célèbre dans votre profession. Souvenez-vous qu’il est honteux et déshonorant pour vous d’y ramper, et que, si vous ne devenez pas le premier, vous ne méritez aucune considération. L’amour d’une si belle profession doit vous pénétrer le cœur, et occuper uniquement votre esprit. » Pierre-Augustin fut obéissant au conseil, si bien même qu’il n’y eut bientôt pas à Paris de plus habile horloger que lui.

En septembre 1733, quoiqu’il n’eût qu’un peu plus de vingt et un ans et demi, il se faisait déjà distinguer par l’Académie des sciences pour l’invention de l’un de ces mécanismes délicats qui servent à régulariser le mouvement des montres, et qu’on appelle « échappements. » Le Paute lui en contesta la priorité, le trouvant bien hardi de se faire inventeur à l’âge où d’autres sortent à peine d’apprentissage ; mais, après un débat de plus d’une année, avec échange de lettres, dont le jeune Caron, qui comprenait déjà les avantages de la publicité par un journal, communiqua au Mercure les plus intéressantes pour sa cause[25] ; c’est en sa faveur que l’Académie finit par conclure. Le 4 mars 1734, elle lui donna, pour attester sa découverte, un certificat des mieux en règle, dont, même au temps de ses autres succès, il resta toujours fier, et qu’après lui sa famille conserva pieusement. « Peu de gens savent, dit La Harpe à qui nous devons ce détail, que cet homme si fameux par ses procès gagna le premier de tous à l’Académie des sciences[26]. »

Son ambition, qui, depuis, devait se dépenser, au risque de s’y perdre, sur tant d’autres choses de la diversité la plus infinie, ne visait pas alors plus haut que l’horlogerie, et ses plus minuscules inventions : faire pour madame de Pompadour une montre en bague de quatre lignes de diamètre au plus, se remontant sans clé, pour trente heures, à l’aide d’un cercle à crochet autour du cadran ; après cette montre, « la plus petite qu’on eût encore faite, » en entreprendre une autre pour le roi, toute pareille, mais à répétition, ce qui en doublait la difficulté ; fabriquer ensuite, « dans le goût de ces montres, » une petite pendule à deux cadrans, pour une des filles du roi, Madame Victoire[27] ; et, comme récompense, obtenir d’être présenté à Louis XV et à Mesdames, puis d’être agrégé à la Société royale de Londres[28], acheminement naturel pour arriver à notre Académie des sciences, comme un de ses maîtres, l’horloger Le Roy[29] : voilà où tendaient tous ses efforts.

Il ne fut pas de la Société de Londres, et bientôt il n’y pensa pas plus qu’à l’Académie des sciences ; mais, en revanche, l’autre partie de son rêve, être introduit à la cour, s’y donner peu à peu ses libres entrées et y rester, se réalisa, et amena le changement le plus complet dans sa fortune.

Les filles de Louis XV étaient folles de musique, et Beaumarchais, nous l’avons vu, y était passé maître sur toutes sortes d’instruments, entre autres la harpe, encore assez peu maniée alors, et pour laquelle, malgré la défense de son père, qui, au moment de leur réconciliation, ne lui avait permis que la flûte et la basse de viole[30], il s’était fait d’une force supérieure.

Ce fut le trait d’union : il était arrivé chez Mesdames comme horloger, il resta comme musicien, organisateur de concerts intimes[31], et surtout, ce dont il fit toujours son grand moyen d’action, comme homme d’esprit. Je n’ai pas besoin de dire à quel point il l’était, et avec quelle variété de ressources, et aussi quel aplomb, ce qui, loin de lui nuire, comme en ces sociétés de moins grand air que froisse toute supériorité se faisant trop valoir, le servit, au contraire, chez le roi, chez ses filles, et le Dauphin leur frère, où l’on était trop haut pour s’offusquer de ce que son ton avait d’avantageux.

Il possédait au reste, pour flatter les grands sans déchoir, un art étonnant, auquel il ne fallait pas moins, il est vrai, que tout son esprit et la réputation que, sur ce point, il eut d’assez bonne heure. « Il avait toujours, dit La Harpe[32], l’air d’être convaincu qu’ils ne pouvaient pas être d’un autre avis que le sien, à moins d’avoir moins d’esprit que lui, ce que lui-même ne supposait jamais, comme on peut le croire, surtout avec ceux qui en avaient peu ; et, s’énonçant avec autant de confiance que de séduction, il s’emparait à la fois de leur amour-propre et de leur médiocrité, en rassurant l’une par l’autre. »

D’autres avantages le servirent encore dans ce monde, où « le plus joli homme, » comme on disait, n’était jamais le moins mal venu : sa taille élevée et bien prise[33], sa belle mine, qui, plus tard, après la maturité des rudes épreuves, prit quelque chose de l’air « d’un vieux soldat en retraite[34] ; » sa physionomie étincelante, qu’éclaira toujours, même lorsque la surdité, dont il fut atteint assez jeune, y eut jeté quelque hésitation, le regard le plus vif, le plus assuré ; et enfin, dans ses belles années, ce dont furent surtout frappées les femmes, « cette ardeur involontaire, a dit Gudin, qui s’allumait en lui à leur aspect[35]. »

Il savait trop ce qu’il avait de séduisant pour n’en pas user, même où il aurait dû l’oublier le plus. Quand plus tard même il dut cesser d’aller chez les filles du roi, sa disgrâce, à ce qu’il parait, serait venue de là. On n’a là-dessus rien de bien certain ; et ce que disent les chansons du temps d’une « stupide frasque » qui l’aurait fait éconduire[36] ne fait soupçonner tout au plus qu’une inconvenance de familiarité, assez d’accord, au reste, avec ses allures mal corrigées par l’éducation. Quelques mots de lui, que Collé donne comme absolument authentiques, sont seuls un peu plus clairs. Collé vient de parler de l’accès que « ses petits talents » lui avaient donné chez Madame Adélaïde, l’aînée des filles du roi, et il ajoute[37] : « Il s’était mis si fort à son aise chez Madame de France, que M. de Saint-Florentin se crut obligé de lui écrire pour lui donner ordre de sortir de Versailles, et de n’y plus reparaître. S’étant établi depuis à Paris, on prétend qu’il a dit à quelqu’un qui lui demandait la cause de sa retraite de la cour : « Qu’il n’étoit pas étonnant que, jeune comme il l’étoit, point mal de figure, et partagé de nombre de petits talents, qui sont les délices des femmes, on n’ait craint que tout cela ne montât au bonnet de Madame Adélaïde. » On m’a assuré, continue Collé, que ces derniers mots étoient ses propres termes. »

Connaissant l’homme, ils ne nous étonnent pas trop, à l’époque surtout où Collé les lui prête, c’est-à-dire beaucoup plus tard, lorsque sa familiarité chez Mesdames, qui, malgré ce qu’il y mit d’aplomb, fut assez lente à établir, et ne lui demanda même pas moins de quatre ans de soins et d’assiduité[38], l’eut posé enfin près d’elles sur ce ton de liberté qui, une fois pris, monte si vite, lorsque le caractère y pousse, jusqu’à la complète hardiesse.

Au moment où nous sommes, il est loin d’en être là. Il n’a encore qu’un pied en cour, mais qu’il saura, il est vrai, pousser vite en avant. Il se sent tant d’assurance, et son désir d’arriver est si vif ! En 1755, l’année de sa dernière lettre au Mercure, il a déjà tâté des grands, il a parlé au roi, il a vu Mesdames, et, quoi qu’il en dise, l’horlogerie lui plaît moins. Il y est célèbre, pourtant, et, ce qui a bien son prix, il y est son maître. Depuis son succès, il a quitté la boutique paternelle, près de Sainte-Catherine, et s’est établi pour son compte un peu plus loin, dans la même rue Saint-Denis, près de celle de la Chanvrerie, en face de Saint-Magloire. Il est chez lui ; mais il aura vingt-quatre ans bientôt, et il étouffe entre « ces quatre vitrages[39]. » Combien une petite charge en cour, fût-ce la plus modeste, lui plairait mieux !

Un bon hasard, conséquence d’une bonne fortune, la lui procura. La femme de l’un des contrôleurs de bouche, M. Franquet, l’avait remarqué à Versailles ; et, pour entrer en connaissance, lui avait apporté, quelques jours après, sa montre à réparer. Elle était de dix ans au moins son aînée, mais fort avenante encore, riche d’ailleurs, et pourvue d’un mari chez qui l’âge, l’état maladif, et une jolie charge à acheter, car sa mauvaise santé menaçait de la lui interdire avant qu’il fût peu, étaient autant de chances et d’espérances pour Pierre-Augustin.

Quelques jours après, la maison de M. Franquet, rue des Bourdonnais, n’avait pas de visiteur plus assidu, et bientôt d’ami plus intime. Il fut aux petits soins pour le mari, à tel point que les mauvaises langues prétendirent plus tard qu’il s’était fait son laquais[40] ! En quelques mois il l’eut complètement gagné : Franquet, de plus en plus souffrant, lui vendait sa charge, moyennant un prix dérisoire, car c’était une rente viagère dont, ce qui n’ajoutait guère au sérieux de l’affaire, le père Caron garantissait le payement ! La vente faite, le 9 novembre 1755, on persuadait à Franquet d’aller se rétablira la campagne, dans un petit bien qu’il avait à Vert-le-Grand, et moins de deux mois après, le 3 janvier, il y mourait d’apoplexie[41].

Jamais veuvage prévu n’avait certes mis plus d’empressement à satisfaire ceux qui l’attendaient. Il ne fallait pas moins pour l’impatience de celle qu’il rendit libre. Soit que le défunt eût été un assez vilain homme et un assez mauvais mari, soit que la passion pour celui qui devait le remplacer fût d’une violence à ne rien entendre, à ne pas souffrir de retard, il est certain que c’est lui qui dut, avant même que M. Franquet fût mort, engager madame à savoir mieux attendre : « Si, lui écrivait-il par exemple dans une lettre, dont la famille se fit une arme pour le long procès qu’ils eurent ensemble, et qui fut même communiquée à l’un de ses plus ardents adversaires de l’affaire Goëzman, qui en envenima un de ses factums[42], si j’écoutais les sentiments de compassion que vos chagrins m’inspirent, j’en détesterais l’auteur ; mais lorsque je pense qu’il est votre mari, qu’il vous appartient, je ne puis que soupirer en silence, et attendre du temps et de la volonté de Dieu qu’il mette en état de vous faire éprouver le bonheur pour lequel vous semblez destinée. »

La bonne âme ! mais comme on sent bien qu’il a ses raisons pour être moins pressé, qu’il y a dans son jeu dix ans de moins que dans celui de madame Franquet, et qu’en pareil cas, ce n’est pas la jeunesse qui est l’âge de l’impatience.

Il savait déjà prendre tous les tons, on le voit par sa lettre, et aussi jouer tous les rôles. On faillit en avoir la preuve par une comédie qu’il imagina pour amener à composition « des débiteurs peu délicats » de la veuve, et dans laquelle il ne songeait pas moins qu’à se déguiser en confesseur ! Le plan dressé et les rôles choisis entre les amis de madame Franquet, elle s’opposa à ce que cette farce, dont la combinaison semble renouvelée du plus fameux roman de Lesage, fût poussée plus avant[43].

Celui qui fut si bien Figaro ne put pas ainsi commencer par être Gil Blas.

La veuve, dont nous connaissons le peu de résignation dans l’attente, n’avait qu’une pensée : se remarier au plus vite. L’année exigée par son deuil lui parut même trop longue ; elle en supprima deux mois : Franquet était mort en janvier 1756, elle se remaria en novembre. Les Caron, assez rigoristes, comme nous l’avons vu, trouvèrent sans doute que c’était un peu prompt, car ils n’assistèrent pas au mariage. Ils se contentèrent de donner leur consentement par écrit[44].

Le ménage n’alla pas sans quelque trouble, non que Pierre-Augustin fût un mauvais mari, loin de là ; ses trois femmes — nous verrons qu’il se maria trois fois — furent au contraire fort heureuses avec lui, et l’un de ses amis, M. d’Atilly, en témoignait dans une lettre qu’il lui écrivit pendant son second veuvage[45] ; mais, en épousant à vingt-quatre ans madame Franquet, qui s’en donnait trente-quatre, sans probablement tout avouer, il avait fait, ce qu’il ne pouvait oublier pas plus que sa femme, un mariage d’intérêt, un mariage d’argent : et c’est l’intérêt, c’est l’argent qui gâtèrent tout. La femme se fit de sa fortune une autorité que le jeune mari supporta mal, et dont il se vengea par des froideurs qui ne raccommodèrent rien. La famille, d’ailleurs, notamment la mère, la veuve Aubertin, qui vivait encore, lui était fort hostile, et tâchait de ramener à elle ce qu’elle pouvait d’une fortune qu’il avait crue toute à lui du jour qu’il s’était marié. Donation entière lui en avait été faite par le contrat de mariage ; mais ce contrat n’avait pas été « insinué », c’est-à-dire enregistré, comme nous dirions à présent, et il restait ainsi sans valeur. Qu’un malheur survint, ce qui n’était que trop à craindre, car la nouvelle épouse manquait de santé, et passait même pour poitrinaire, et adieu pour le mari ce qu’en tout cela son ambition, son désir d’être riche avaient rêvé d’avantages.

Il est aisé de concevoir ce qu’une situation pareille, l’époux tâchant de faire consacrer ses droits, les parents s’efforçant de les faire maintenir tels qu’ils étaient, faute d’enregistrement, devait amener de troubles et de brouilles. On alla jusqu’à parler de séparation, d’après du moins ce qui nous semble à conclure d’une lettre que Beaumarchais écrivit à sa femme, et dans laquelle il est fait allusion à tout ce que nous venons d’indiquer : arrogance dominatrice de l’épouse, froideur du jeune mari qui n’a que cette revanche, et, par-dessus tout, « difficultés d’arrangements », qui peuvent amener le dénouement dont nous parlions :

« Ah ! Julie, écrit-il, que les temps sont changés ! Tout nous interdisait autrefois l’amour que nous avions l’un pour l’autre ; qu’il étoit vif alors, et que mon état étoit préférable à celui d’à présent ! Ce que vous appelez ma froideur n’est seulement qu’une retenue de sentiments dont je cache la trace, de peur de donner trop de prise sur moi à une femme qui a changé son amour en domination impérieuse.

« Ma Julie m’épouse, mais cette Julie, qu’un tendre regard faisoit expirer de plaisir dans les temps d’ivresse et d’illusion, n’est plus qu’une femme ordinaire, à qui des difficultés d’arrangement font à la fin penser qu’elle pourrait bien vivre sans l’homme que son cœur avait préféré à toute la terre[46]. »

Un événement, dont la soudaineté surprit autant qu’elle les effraya la famille et le mari, qui pourtant ne s’agitaient qu’en cette prévision, la mort de Julie, enlevée en quelques heures par une fièvre putride, le 29 septembre 1757, dix mois seulement après le mariage, sembla terminer tout, mais n’arrangea rien. Les procès commencèrent entre la belle-mère et Pierre-Augustin, qui vainement voulut se faire fort d’un écrit de sa femme à ses derniers moments, et vainement aussi faire enregistrer par surprise le contrat avec donation que, nous l’avons vu, l’absence de cette formalité rendait nul[47]. La belle-mère sut se pourvoir assez à temps pour que son gendre ne gardât aucun droit sur l’héritage, « ce qui, a-t-il dit plus tard, me laissa nu dans la rigueur du terme[48]. » La mort rapide de Franquet lui avait préparé une fortune, que ruinait celle plus foudroyante encore de sa femme ; et il ne resta ainsi qu’avec des ennuis souvent renouvelés, à la mort surtout de sa belle-mère, qui fut pour la famille une occasion de reprendre le procès, afin de le ruiner encore plus, si c’était possible[49] ; avec un peu de honte aussi, car tout mariage en amène quand il n’a été, comme celui-ci, qu’un marché et une affaire ; enfin, avec la tache imméritée mais ineffaçable que lui infligèrent les plus abominables soupçons. Un bruit, qui devait se réveiller plus odieux et plus tenace à chacune de ses grandes luttes dont le temps approche, se mit alors à courir, et ne fit pas moins de lui qu’un double assassin. D’où venait-il ? on le devine : de la soudaineté des deux morts successives de Franquet et de sa femme : après avoir empoisonné l’un pour tenir la veuve et la fortune, il aurait empoisonné l’autre pour ne plus garder que l’argent !

C’est en vain qu’il cria que rien de cet argent ne lui était resté, faute d’avoir pris les précautions légales qui pouvaient selon la loi le lui garantir, et sans lesquelles le crime dont on l’accusait était aussi inutile qu’odieux ; c’est en vain que les meilleurs esprits, entre autres Voltaire, répétèrent, lorsque sa verve fut la mieux en lutte et en succès de gaieté et de courage, qu’un homme de ce caractère ne pouvait avoir été criminel, que jamais empoisonneur ne saurait être si drôle[50] ; l’opinion ne lui revint pas assez pour l’absoudre enfin de l’absurde et déplorable soupçon. Quand bien des années après, dans ce dernier combat où il eut à lutter contre l’homme bilieux et farouche, dont le talent fut le moins compatible avec les agiles vivacités du sien, il entendit cet adversaire, l’avocat Bergasse[51], lui crier « qu’il suait le crime[52] » ; il n’y avait encore là qu’un écho de plus en plus envenimé de l’abominable accusation.

Nous verrons même qu’un la compliqua d’une autre : à la mort de sa deuxième femme, qui, sans être aussi prompte, ne se fit pas non plus attendre, on prétendit qu’il s’était rendu veuf cette seconde fois par le même procédé que la première ! Mais n’anticipons point. Il s’en faut de plus de dix ans que nous en soyons là, et bien des événements sur lesquels nous glisserons, comme son infatigable vivacité l’y fit glisser lui-même, vont pendant ce temps se passer pour Beaumarchais.

Ce nom, que nous continuons de lui donner, car il ne le quittera plus, était la seule épave de son mariage. Le petit bien de sa femme, d’où il lui venait, s’en retourna, comme le reste, à la famille, mais sans qu’on lui contestât, à ce qu’il paraît, cette seule chose qu’il en avait prise, et qui d’ailleurs n’en était que l’ombre. Il s’en fit une ombre de noblesse, derrière laquelle il dissimula de plus en plus ce qui lui restait du jeune horloger Pierre-Augustin Caron, dont il voulait qu’on se souvînt le moins possible à la cour, où, lorsqu’il y retourna sitôt qu’il fut veuf, et n’ayant d’abord, pour rejeter dans les grandes affaires dont il faisait son but, d’autre ressource que l’influence et le crédit qu’il en pourrait tirer, il s’aperçut qu’on n’oubliait pas assez son origine. Plus il y eut de succès comme musicien et comme homme d’esprit, ce qui ne tarda guère, Mesdames l’ayant fait de mieux en mieux leur préféré, et le Dauphin leur frère, qu’il amusait de ses franchises, disant à qui voulait l’entendre : « C’est le seul homme qui me parle avec vérité[53] ; » plus, en un mot, il monta comme courtisan, plus l’envie de ceux que cette faveur gênait s’acharna à lui rappeler qu’il n’était qu’un ancien garçon horloger. C’est dans ce temps-là qu’il eut à Versailles cette aventure bien connue avec un jeune sot de la cour, qui lui avait, en passant, donné sa montre à regarder, et qui dut la ramasser en fort mauvais état sur le parquet, pendant que Beaumarchais lui disait : « Je vous avais bien prévenu, monsieur le comte, que je n’étais plus, dans ce métier-là, qu’un maladroit. »

C’est à cette époque aussi que lui arriva cette affaire beaucoup plus grave avec le chevalier de C..., dont, après une insulte de celui-ci à Beaumarchais sur son origine et ses premiers temps, le dénouement fut un duel au bois de Boulogne, où l’insulteur, frappé en pleine poitrine, fut relevé mourant. Les suites pouvaient être des plus sérieuses pour Beaumarchais, mais son adversaire ayant eu la générosité de ne pas le nommer avant de mourir, et le roi, à la prière de ses filles, ayant défendu qu’on parlât de l’affaire, il ne fut pas inquiété.

Ces messieurs de la cour, qui ne voulaient pas l’accepter comme gentilhomme, mais à qui il prouvait si bien que le courage du moins ne lui manquait pas pour l’être, avaient avec lui des façons beaucoup plus liantes, lorsqu’il s’agissait de services à lui demander, services d’argent presque toujours, qu’il s’était mis à même de pouvoir rendre en se mêlant de toutes ces sortes d’affaires où nous allons le voir tout à l’heure ; mais qui, le plus souvent, faute de restitution lui firent de chaque débiteur un ennemi. S’il faillit avoir, à peu de temps de là, un second duel, où son adversaire eût été M. de Sablière ; si plus tard il se brouilla avec M. de Lauraguais, d’abord un de ses meilleurs amis ; si Mirabeau lui garda rancune, et, comme nous verrons, le lui fit cruellement sentir ; enfin, si bien auparavant, au moment à peu près où nous sommes, il eut avec M. de Meslé, marquis de Faily, une affaire poussée assez loin, et qui pouvait l’être encore davantage, ce fut, chaque fois, pour quelque prêt d’argent, quelques avances plus ou moins vite réclamées, ou bien quelques garanties imprudemment données, et pour lesquelles il eut à faire de vifs reproches à ceux qui en avaient abusé.

Ce fut le cas de M. de Meslé. Beaumarchais s’était fait sa caution près de certaine demoiselle pour vingt et un mille francs de diamants, que le marquis trouva moyen de se faire livrer avant la conclusion complète du marché, et courut aussitôt revendre « à toute perte ». Lorsque Beaumarchais l’eut appris, et fut certain aussi que des 10,500 francs, moitié du prix, pas un sou n’avait été donné, malgré les conventions, et que la lettre de change promise pour le reste n’avait pas été signée, il fit sentir à M. de Meslé, par une lettre des plus vertes, ce qu’il y avait de peu délicat dans cette conduite qui compromettait si fort sa garantie.

Ils se rencontrèrent à quelques jours de là dans le foyer de la Comédie, et s’expliquèrent si vivement qu’il fallut sans retard aller dégainer auprès. Le marquis, fort peu brave, s’y refusait, sous prétexte qu’il n’avait qu’une épée de deuil. Beaumarchais lui fit voir qu’avec « sa petite épée d’or » il n’était pas mieux armé, et, bon gré, mal gré, l’entraîna sous un réverbère près de la fontaine de la rue d’Enfer, où, après quelques passes, il lui fit une légère éraflure à la poitrine. Le marquis cria que s’il avait sa bonne épée, les choses ne se passeraient pas ainsi : « Allez la chercher, et retrouvons-nous ici à onze heures, » lui riposta Beaumarchais, qui là-dessus le quitta et s’en alla souper chez la demoiselle aux diamants. Il y trouva M. de la Briche, introducteur des ambassadeurs, qui lui prêta l’épée plus sérieuse qu’il portait, et vite, sans attendre l’heure marquée pour la seconde rencontre, il courut chercher M. de Meslé à son hôtel : « Là, dit-il dans une lettre où toute l’affaire est racontée et qui fait partie de ses manuscrits à la Comédie française, là le cher marquis, tapi dans ses draps, me fit dire qu’il avait la colique, et qu’il me verrait le lendemain. Il vint en effet, et me balbutia quelques excuses que je le forçai de venir réitérer chez le prince Beloleski. notre ami commun : ce qu’il fit[54] . »

La demoiselle chez qui nous venons de le trouver est du monde qu’il voyait le plus alors, du moins à Paris. Déjà trop affairé pour s’occuper de passions de difficile approche, il s’en tenait à celles où l’on va vite, à l’amour tout fait, comme disait Caraccioli. Madame de Burman, cette charmante Fanny avec laquelle il eut une correspondance de quelques jours pour un portrait donné, repris et rendu[55], était une baronne de ce monde-là[56]. Beaumarchais y connut aussi de fort près mademoiselle Lacour[57], avec qui des rimes galantes, telles que certain Hommage du matin, que nous avons lu autographe[58], furent surtout sa monnaie courante ; puis encore mademoiselle La Croix de l’Opéra, qu’il avait prise à son ami le prince Beloleski[59], et qui nous semble bien être la même que cette marquise de La Croix, dont les succès comme jolie femme et comme chanteuse étaient si grands dans le monde diplomatique à Madrid, quand, peu après, il s’y trouva avec elle. En ce cas, n’est-ce pas lui qui l’y aurait amenée ? On peut d’autant mieux le supposer, que leur intimité là-bas était des plus étroites, et que, lorsque la marquise fut en passe de devenir la maîtresse du prince des Asturies[60], Beaumarchais, qui voyait un intérêt patriotique dans cette influence d’une Française sur l’héritier du trône d’Espagne, y aida quelque peu. Son mémoire au ministre, qu’on lira plus loin, et dans lequel on voit qu’il se faisait de si grand cœur le Figaro de cette Rosine d’opéra près du prince Lindor, est sur ce point d’un très-bon Français, sinon d’un homme très-scrupuleux.

Il était de son temps, où pour ces sortes d’affaires bien peu de gens y regardaient de près. Des deux mondes, celui qui se croyait encore honnête et sérieux touchait l’autre alors presque à s’y mêler ; aussi Beaumarchais les confondait-il, et il ne semblait jamais qu’il eût changé, lorsqu’avec la plus merveilleuse agilité de conscience il avait passé de celui-ci à celui-là.

Son aplomb chez les filles du roi, et même chez la reine, où il était fort bien vu, et avait pour ami particulier un des premiers écuyers, M. de la Châteigneraie, ne perdait rien, par exemple, à ses fréquentations d’une tout autre espèce. Il y était aussi à l’aise que si, avant d’y venir, il n’avait pas fait quelque fredaine chez Le Normant d’Étioles, mari de madame de Pompadour, et, quoique publiquement séparé, resté assez bien avec elle pour la laisser lui donner à Paris un hôtel rue du Sentier, payé avec l’argent du roi[61].

Beaumarchais, qui sentait là une influence de main gauche qui pourrait le servir si, du côté de la reine et de ses filles, l’influence de main droite venait à lui manquer, était l’hôte assidu de M. Le Normant rue du Sentier, et à Étioles, où quand venait la fête de saint Charles, patron du seigneur, il brochait en style grivois quelque chanson ou quelque parade dans le goût de celles dont on trouvera plus loin, pour la première fois, deux ou trois échantillons des plus salés.

C’est, croyons-nous, chez Le Normant qu’il connut Pâris-Duverney, grand ami, comme on sait, conseiller des plus intimes de madame de Pompadour, et celui qui s’entremettait le plus volontiers dans ce ménage, où, nous l’avons dit, la séparation n’empêchait pas toujours les rapprochements. La marquise n’oubliait pas que Le Normant était le père de sa fille Alexandrine, et Le Normant, pour qui c’était une ressource, l’oubliait encore moins.

Il ne fut pas indifférent à Beaumarchais de faire chez lui la connaissance de Pâris-Duverney, et il ne fut pas non plus indifférent à celui-ci d’y connaître Beaumarchais. L’un se dit que ce vieux financier, le plus intelligent des quatre Pâris — il avait eu trois frères — toujours resté au plus fort de ces grandes affaires, où jadis, par exemple, il avait fait la fortune de Voltaire, en l’intéressant dans les vivres, pourrait bien aussi aider à la sienne ; et l’autre, de son côté, pensa que ce Beaumarchais, si bien en cour près de Mesdames, et par elles près du roi lui-même, pourrait peut-être le servir pour ce qui était un des grands désirs de sa vieillesse.

Il avait, ce qui restera sa gloire, fondé l’École militaire, d’où notre École de Saint-Cyr est sortie, et dans ce temps, où les défaites de la guerre de Sept Ans, au lieu d’éveiller l’idée de revanche, n’avaient amené que le dégoût des batailles, bien peu de gens lui en tenaient compte. Le roi lui-même, et c’est ce qui désolait surtout Pâris, ne semblait pas le savoir.

Beaumarchais, quand le vieux financier et lui se furent entendus, se fit fort de le lui apprendre, et, qui plus est, de l’obliger à voir l’École militaire. Il y parvint. Mesdames, dont avec ce brio de persuasion qu’il apportait partout il sut exciter à propos la curiosité, y vinrent les premières ; et Louis XV, qu’il ne fallait que mener, suivit pour admirer comme elles, et comme elles féliciter Pâris-Duverney, radieux d’avoir pu le recevoir. Ce fut pour Beaumarchais, à qui il en devait la joie, et qui eut l’adresse de le lui faire sentir par quelques mots de recommandation que lui dirent Mesdames, non-seulement partie gagnée, mais fortune faite. Pâris le mit de toutes ses affaires, et, afin de l’y pousser mieux en lui donnant plus de crédit par plus d’apparence, il lui prêta comme entrée de jeu les 56,000 livres qu’il fallait pour l’achat d’une de ces charges de secrétaire du roi, qui par le fait seul de l’acquisition vous rendaient nobles. Quand plus tard, dans le procès Goëzman, on lui reprochera de se targuer de noblesse sans en avoir, il pourra riposter que l’on a menti, qu’il en a et bien à lui : « il peut en montrer la quittance. »

Il ne s’en tint pas là. Secrétaire du roi en 1761, il faillit devenir maître des eaux et forêts l’année suivante. Une des grandes maîtrises se trouvait à vendre. Il y fallait 500,000 livres, Paris lui en fit l’avance. Mais la morgue de ceux dont il serait ainsi devenu le collègue, et qui, bien qu’ils ne fussent guère de meilleure maison, comme il le leur prouva dans un mémoire assez vif[62], ne voulaient point parmi eux de cet ancien horloger, fit manquer le marché. Ce que tenta Pâris en le recommandant à MM. Bertin et de Beaumont, ce qu’essaya aussi M. de la Châteigneraie au nom de Mesdames n’aboutit à rien. Beaumarchais se dédommage en achetant la charge peut-être moins en vue, mais plus aristocratique, de lieutenant des chasses à la capitainerie du Louvre, qui fit de lui un vrai magistrat, nous le verrons, et de robe longue, comme Brid’Oison. Après M. le duc de la Vailière, son chef, il fut le plus haut justicier pour tous les délits de braconnage dans la banlieue de Paris.

Vers le même temps, pour ajouter encore à son importance, il se fit propriétaire. Il acquit au prix de 60,000 livres[63], fort beau denier pour le temps, la maison qui porte aujourd’hui le numéro 36 de la rue de Condé, près de l’Odéon, et dont la physionomie a si peu changé qu’il semble encore qu’on en va voir sortir, par la porte cochère, Beaumarchais dans ce fameux carrosse qui lui fut alors tant reproché, bien qu’il ne se le fût donné que pour mieux suffire à tous les besoins, à tous les mouvements de son activité sans trêve. « Il ne faut dans la vie, disait-il comme le maréchal de Belle-Isle, que du pain et des chevaux. »

Paris, la France ne suffirent bientôt plus à cette fièvre d’action, à cette passion du mouvement. Il partit pour l’Espagne, où Pâris-Duverney, dont il y fut clandestinement l’agent, et qui le lesta au départ d’un viatique de 200,000 livres, voyait les plus grosses affaires à traiter pour la subsistance des troupes, la colonisation de la Sierra Morena, etc., etc.

Beaumarchais en flairait d’autres encore dans le genre de celle que nous indiquions tout à l’heure en deux mots à propos de la marquise de La Croix, et qui étaient si essentiellement du ressort de sa politique à la Figaro. Comme il fallait à tout cela le plus absolu secret, il donna pour prétexte à son voyage d’Espagne, dont tous les buts étaient à cacher, l’aventure de sa sœur et de Clavijo, ce fameux roman de séduction puis d’abandon, où il se prêtera un si beau rôle, quand, plus tard, sommé d’expliquer son long séjour à Madrid, il en révélera les péripéties avec une si complaisante fantaisie, et cherchera ainsi la justification où déjà il a trouvé le prétexte.

Il eut en Espagne de grands succès d’esprit et de musique. Causeur, chanteur et harpiste, il fit merveille, mais ce fut tout. Quoi qu’il tentât avec « cette facilité de conception » qu’il avouait être une de ses forces[64], et avec cette ardeur d’activité qui ne laissait pas « la gaieté du soir gâter le travail du matin[65] », il ne put, au milieu de l’universelle inertie, aboutir à quoi que ce fut. Il n’en rapporta rien que ce qu’il avait apporté : des chansons ! Au retour, le plus fort de son bagage était les séguedilles castillanes ou andalouses, dont à cette époque déjà il songeait à disposer les airs sur les couplets d’une farce qu’il avait faite pour une des fêtes d’Étioles, et qui, après avoir failli devenir ainsi un opéra-comique pour les comédiens italiens, fut définitivement la comédie du Barbier de Séville, pour le Théâtre-Français.

Faire des pièces était sa visée alors, sa préoccupation nouvelle. Dégoûté des affaires par celles qu’il avait manquées en Espagne, et par la tournure défavorable de certains intérêts qu’il avait dans notre colonie de Saint-Domingue, où, sans cela peut-être, il se serait retiré, en quittant Madrid ; moins engoué de la cour, où son trop d’aplomb avait fini par faire baisser son succès, et où, lorsqu’il y revint, il ne ressaisit pas son crédit ; un peu désenchanté de l’amour, qu’il s’était avisé de prendre au sérieux avant son départ, et qui, pour l’en récompenser, lui fit retrouver au retour celle qu’il aimait prête à oublier ce qu’elle avait juré, pour épouser un de ses amis ; il songeait à se consoler de toutes ces déceptions, de toutes ces déconvenues par le théâtre, qui, lui-même, vous en réserve bien d’autres. La pièce qu’il fit alors fut conforme à ses mélancolies ; elles en expliquent même le genre et le ton si peu ordinaires chez lui. Ce fut un drame — nous pouvons lui donner ce nom, puisqu’elle fut, comme le remarque Gudin[66], la première à oser le prendre — ce fut Eugénie ou la Vertu malheureuse, ainsi que disait le sous-titre[67], qui ne fut pas conservé, et que je regrette : il nous donne, mieux que tout le reste, le mot de ces cinq actes larmoyants, de cet imbroglio éploré où, dans un sentimentalisme renouvelé de Richardson, et avec la phraséologie dont les drames de Diderot, alors une des plus ferventes admirations de Beaumarchais[68], avaient mis l’emphase à la mode, se mêlent et se noient les éléments les plus divers, les idées les plus disparates : un épisode du Diable boiteux, de Lesage, quelques lambeaux de Clarisse Barlowe, quelques autres de la Miss Jenny de madame Riccoboni, des réminiscences de l’aventure de Clavijo avec la sœur de l’auteur, etc., etc.

Quoiqu’il eut grand’peine à douter d’une chose dès qu’il s’en voulait bien mêler, Beaumarchais eut des craintes pour ce coup d’essai, et ne négligea rien de ce qui pourrait l’y aider. Pour avoir tout à lui les comédiens, il leur donna sa pièce, sans prétendre à aucun droit ; et pour se rallier les gens de cour, il la communiqua aux plus éclairés : le duc d’Orléans, le duc de Noailles, et sa fille madame de Tessé, M. de Nivernais, etc. Il alla même jusqu’à vouloir présenter à Mesdames « cet enfant de sa sensibilité. » Il leur écrivit pour obtenir de leur lire ses cinq actes, « afin qu’ils fussent honorés de leurs larmes, comme l’auteur l’avait toujours été de leurs bienfaits[69]. » Nous doutons qu’il y parvint. Son crédit près d’elles, nous l’avons dit, décroissait alors, et cela, il n’en faut pas douter, à cause de ces « frasques » de fatuité et d’aplomb dont nous avons parlé, d’après Collé et Rivarol. C’est à partir de ce moment que nous ne le trouvons plus dans leur monde.

Une aide de ce côté aurait, d’ailleurs, été pour sa pièce d’un maigre secours. Du reste de la cour il ne devait guère attendre davantage. C’est le public, c’est le parterre qu’il lui fallait ; il ne l’eut pas. L’envie s’y trouvait partout contre lui, et il en sentit toutes les morsures. On ne lui pardonnait pas d’être quelque chose, étant parti de rien ; d’être riche, d’avoir charge en cour, et, comme dit Grimm, qui me semble un peu du nombre de ces envieux-là, « de faire le petit-maître », et par surcroît, chose moins excusable, l’homme d’esprit.

La pièce, donnée le 29 janvier 1767, fut sifflée à cause de l’auteur, et aussi pour elle-même, ce qu’il reconnut en corrigeant à outrance, entre la première et la seconde représentation, les deux derniers actes, qui avaient surtout pâti. Elle marcha alors, elle se soutint même, sept fois de suite d’une première traite, et sept fois encore d’une seconde, lorsque Préville, qui l’avait fait interrompre à cause d’une indisposition, l’eut fait reprendre. Il était pour beaucoup dans ce succès, moins chaud que réchauffé. Mademoiselle Doligny, qui jouait Eugénie, et qui plus tard joua Rosine, y avait aussi sa belle part ; mais on disait que l’argent de l’auteur y était pour bien plus encore. Il aurait, assurait-on, payé deux ou trois cents claqueurs à la seconde représentation[70], et même il serait allé, à la reprise, jusqu’à faire jeter de l’argent dans le parterre[71]. On l’avait sifflé parce qu’il était riche, c’est à l’argent qu’il demandait sa revanche : quoi de plus juste ! L’esprit toutefois devait, par la suite, la lui donner beaucoup plus belle.

Les Deux Amis, son second drame, joués trois ans après, le 13 janvier 1770, eurent une fortune à peu près pareille[72] : mêmes cahots à la première représentation, surtout vers la fin ; et aux suivantes, même ressaut vers le succès, peut-être à cause des mêmes moyens.

L’argent ainsi eût été doublement de la pièce, dont, on le sait, le sujet roule sur deux banqueroutes, ce qui même faisait dire, la première fois, que l’insuccès du drame était la troisième. Un couplet chantait aussi :

C’est un change où l’argent circule,
Sans produire aucun intérêt.

Beaumarchais avait compté sur l’à-propos de deux ruines à grand fracas, dans les affaires du moment : celle de Billard et celle de Grizel ; mais le public avait trouvé que ce qui passionne les finances ne suffit pas comme passion de drame.

La jalousie, cette fois comme la première, n’avait pas non plus manqué contre Beaumarchais. Il ne comptait encore qu’envieux et ennemis au parterre, à ce point même que cette sorte de haine universelle étant connue et pour ainsi dire avouée, quelqu’un put écrire sur l’affiche, à la suite du titre les Deux Amis, « par un auteur qui n’en a aucun. »

Heureusement, comme l’a fort bien remarqué M. de Loménie[73], qu’il avait alors des consolations, et savait cette fois où se prendre pour se remettre d’une chute. Entre ses deux drames malheureux, il s’était trouvé un bonheur. Le 11 avril 1768, il s’était remarié, et comme à son premier mariage, il avait pris une riche veuve, libre depuis fort peu de mois : c’était la belle et encore jeune madame Lévêque, à qui son premier mari, garde général des menus, avait laissé une grosse fortune[74], ce qui mit Beaumarchais en étal de reprendre ses affaires, d’acheter de compte à demi avec Pâris-Duverney, dont ce fut le dernier marché, l’immense forêt de Chinon, et de rêver, pour le fils qui lui naquit bientôt, les plus belles espérances de fortune.

Vains projets encore ! Tout ce bonheur, qui sans doute l’eût fixé, croula. La mère mourut en couches le 21 novembre 1770, et le fils ne lui survécut pas deux années. Que va faire Beaumarchais ? des pièces. Malgré Eugénie, malgré les Deux Amis, c’est encore au théâtre qu’il songe, lorsqu’après la mort de son fils, qui seul, comme il l’écrivait en 1771 à une duchesse, l’attachait « à ces objets de finances, mortels pour les gens de lettres, » il n’a plus personne pour qui travailler dans les affaires, et avoir besoin d’y devenir riche.

Elles se vengèrent bien de ce projet d’abandon, par les ennuis sans nombre et sans fin où elles le jetèrent et dont nous touchons les premiers.

En avril 1770 il avait réglé ses comptes avec Pâris-Duverney, enfin las de la finance et trop vieux d’ailleurs pour y rester. Par ce règlement, Paris avait non-seulement reconnu Beaumarchais complètement quitte envers lui, mais s’était déclaré son débiteur pour une somme de quinze mille livres, payable à sa volonté. Il était temps pour ce compte définitif ; trois mois après, le 15 juillet, avant que Beaumarchais ne se fût fait payer des quinze mille livres, Pâris-Duverney mourait, laissant toute sa fortune au comte de la Blache, son petit-neveu par les femmes, qu’il avait lui-même élevé, et qui lui devait, plus qu’à ses mérites, son grade de lieutenant-général. Le comte et Beaumarchais, qui lui préférait un autre neveu de Paris, M. de Meyzieu, n’étaient pas, il s’en faut, en très-bons termes : « Il me hait comme un amant aime sa maîtresse, » disait Beaumarchais, et c’était vrai. Le premier acte de M. de la Blache, comme héritier de Pâris-Duverney, en fut une première preuve : il refusa d’accepter l’arrêté de compte de Beaumarchais et de son oncle, déclara nulle la signature de celui-ci, et, au lieu de payer les quinze mille livres que cette signature garantissait à Beaumarchais, il lui en réclama cent trente-neuf mille, dont le règlement lui donnait décharge. Comment arrivait-il à ces beaux calculs ? Ni plus ni moins que par une accusation de vol contre son adversaire. Il soutenait que Beaumarchais avait soustrait à son oncle un blanc-seing de trois pages, et que pour arriver jusqu’à la fin de la troisième, où se trouvait la signature, il avait allongé de son mieux ce compte d’apothicaire, qui de débiteur le faisait créancier.

Aux requêtes de l’Hôtel — c’était alors le tribunal de première instance — où l’affaire fut portée au mois d’octobre 1771, après plus de quinze mois de pourparlers inutiles, on ne fut pas de l’avis de M. de la Blache. Le 22 février 1772, une première sentence le débouta de sa demande, et le 14 mars, une seconde ordonna l’exécution du règlement de compte. M. de la Blache en appela devant la Grand’Chambre, mais sans que cet appel mît Beaumarchais en bien grand souci. En février 1773, près d’un an après — les procès marchaient encore plus lentement qu’aujourd’hui — l’affaire était toujours pendante.

Il en attendait le résultat avec le plus grand calme, avec la plus absolue confiance, tout en faisant répéter au Théàtre-Français, pour le carnaval qui approchait, son Barbier de Séville[75], lorsqu’un incident des plus inattendus, des plus étranges, vint tout à coup compliquer toutes ses affaires : retarder indéfiniment sa pièce, et contribuer à lui faire perdre son procès.

Parmi les grands seigneurs qu’il voyait le plus alors était le duc de Chaulne, sorte de colosse brutal et fou, qu’un peu de goût pour les gens et les choses d’esprit recommandait seul. C’est par là que l’avait pris Beaumarchais, qu’il eut l’imprudente candeur de conduire presque aussitôt chez sa maîtresse, mademoiselle Ménard, dont le drôle eut bientôt gagné mieux que l’amitié[76]. Elle était de la haute galanterie, La Harpe la traite même de courtisane[77], et — ce qui se conciliait, déjà — elle était aussi du théâtre. À la Comédie Italienne, où elle jouait à la façon de madame La Ruette, on l’avait applaudie dans le rôle de Louise du Déserteur. Je croirais même volontiers que c’est à elle que Beaumarchais pensait pour le rôle de Rosine, lorsque son Barbier, qu’une sotte boutade d’amour-propre de l’ancien perruquier Clairval, à qui il destinait Figaro, et qui craignit d’être accusé de trop le jouer au naturel, fit rejeter de son théâtre, était encore un opéra-comique.

M. de Chaulne ne tarda pas, tout extravagant qu’il fût, à voir la sottise qu’il avait faite en rapprochant Beaumarchais de la.Ménard; c’est à elle qu’il s’en prit. Ses brutalités de jaloux lurent telles qu’elle dut s’enfuir dans un couvent et y rester quelques semaines. Quand elle le crut plus calme, et eut d’autre part obtenu de Beaumarchais qu’il sérail d’une assiduité moins suivie, plus prudente, elle revint chez elle.

Un matin, M. de Chaulne y tombe comme la foudre. L’envie lui a pris de tuer son rival, dont pourtant il devrait moins se défier. On est le 1 I février, dans deux jours son Uni hier sera joué au Théâtre-Français, et c’est à cela qu’il pense, bien plus qu’à mademoiselle Ménard. 11 n’est pas, en effet, chez elle quand le due y arrive. Mais Gudin, son ami le plus intime, dont nous aurons souvent à reparler, s’y trouve[78]. 11 entend les premières menaces de M. de Chaulne contre Beaumarchais, et. vite s’esquive pour aller le prévenir.

Il le rencontre dans sa voiture au carrefour Buci, et là il le supplie de venir chez lui pour échapper au duc qui veut le tuer : « Il ne tuera que ses puces, » riposte Beaumarchais fort peu effrayé. Sa charge de lieutenant de la capitainerie l’appelle au Louvre, et, s’il se décide à aller chez Gudihpourse garer deM. le duc, ce ne sera que plus tard. Là-dessus ils se quittent.

À peine Gudin est-il au Pont-Neuf, qu’il se’ sent, suivant son expression, « enlevé comme un oiseau[79]. » Le due, qui se faisait conduire chez Beaumarchais, nie île Condé, l’a ainsi happé au passage pour le jeter dans son fiacre où il recommence à lui dire qu’il veut tuer son ami, et qu’il doit le lui trouver à tout prix. Gudin résiste, ce monstre le prend aux cheveux, ils lui restent dans la main, car il porte perruque, et, au milieu des lire- el de- huées de la foule, qui voit tout par les portière, ouvertes, ils arrivent rue de Condé, où (ludin s’esquive encore.

M. de Chaulne frappe à la porte et demande Beaumarchais. On a l’imprudence de lui répondre qu’il est au Louvre. Il y court, le trouve en robe à l’audience de la capitainerie, et, comme un furieux, le somme de venir lui parler. Beaumarchais passe dans un cabinet, où le duc lui répète ce qu’il a déjà tant crié , qu’il veut le tuer, lui déchirer le cœur, boire son sang : « Ah! ce n’est que cela, monsieur le duc, réplique l’autre avec le plus beau sang-froid; à votre aise, mais souffrez que les affaires passent avant les plaisirs; » et il rentre à l’audience. Elle dure deux heures, devant le due qui se démène et piaffe.

Dès qu’elle est finie, Beaumarchais quitte sa robe et le prie du s’expliquer. Mais le duc ne veut que se battre, et sur-le-champ. Beaumarchais accepte, à la condition, comme pour son affaire avec M. de Meslé, qu’on lui laissera prendre une épée plus sérieuse que celle qu’il porte. Le duc lui répond que M. de Turpin, qui sera témoin du duel, lui en prêtera

une, et tous deux montent, pour aller chez lui, dans le carrosse de Beaumarchais où, chemin faisant, M. de Chaulne ne cesse de l’invectiver des injures les plus ignobles, « les plus crochetorales, » c’est son mot. Arrivés chez M. de Turpin, ils le trouvent quisorl et leur dit qu’il ue pourra se mettre à leur disposition qu’après quatre heures. Beaumarchais se fait alors ramener chez lui, malgré le duc, qui veut l’entraîner à son hôtel et, pendant toute la route, menace de le poignarder s’il n’y consent pas.

Quand ils sont rue de Condé, chez Beaumarchais, le duc semble un instant plus calme. Le dîner est prêt, il accepte d’y prendre place ; mais tout à coup sa fureur le reprend, il se jette sur l’épée que Beaumarchais sans défiance vient de quitter, et il veut l’en percer. Beaumarchais pare le coup, prend à bras le corps M. de Chaulne, et pendant que celui-ci lui déchire le visage avec ses ongles il le pousse jusqu’à la cheminée et sonne. Tous ses valets montent, le cuisinier en tète, qui, aussi vigoureux que le duc, saisit une I ûchepour l’assommer. « Désarmez-le seulement, » dit Beaumarchais, et la rixe recommence de plus belle avec coups et avec cris, dont le plus étrange est celui-ci de M. de Chaulne à qui Beaumarchais a riposté enfin par un coup de poing en plein visage : « Misérable ! tu frappes un duc et pair ! »

Cette lutte folle, dont nous ne pouvons suivre toutes les reprises et toutes les péripéties, ne cesse qu’après que M. de Chaulne, qui, acculé à l’escalier, a roulé jusqu’en bas avec Beaumarchais, et s’est relevé son épée en main pour blesser le laquais à la tète, percer le lu-as du cuisinier et couper à moitié’ le nez du cocher, s’esl enfin laissé désarmer par le commissaire Chenu, que Gudin revenu tout exprès pour ce dénouement est allé’ chercher.

L’affaire, avec un furieux comme M. de Chaulne, qui s’en alla partout renouveler ses menaces contre son ennemi ; et avec nu railleur comme Beaumarchais, qui le soir même. encore saignant de ses écorchures, courut tout cimier dans son monde et en faire des gorges chaudes, ne pouvait que s’ébruiter et avoir des >uites. Le tribunal des maréchaux s’en saisit. Le due s’expliqua par un Mémoire, et Beaumarchais par un autre que M. de Loménie a retrouvé, et qui nous a servi beaucoup pour notre récit.

Les maréchaux mirent le tort du côté’ de M. le duc bien qu’il fût de première noblesse, et huit jours après, le 19 février, une lettre de cachet le lit enfermera Vincennes. Beaumarchais cependant n’était pas resté’ libre. M. de la Vrillière, connaissant les menaces de M. de Chaulne. lui avait signifié d’avoir à garderies arrêts. Us furent levés par la si utence de- maréchaux, et Beaumarchais, pour savoir si liberté entière lui était ainsi rendue, alla s’en enquérir chez M. de la Vrillière qu’il ne trouva pas. puis chez M. de S dont la réponse affirmative fut malheureusement peu de jours après démentie par l’autre. Blessé de ce que les maréchaux avaient levé des arrêts imposés par lui « au nom du roi, » M. delà Vrillière fit de nouveau mettre la main sur Beaumarchais. Ildonna pour prétexte qu’il était sorti trop tôt, et avant d’être sûr que M. de Chaulne fût déjà à Vincennes. Celte fuis ce n’est pas chez lui. niais au For-1’Évêque qu’il le fit garder[80].

Ce caprice d’un ministre, disposant au gré de ses susceptibilités de la liberté d’un homme, eut pour Beaumarchais qui en était victime les plus graves conséquences. Déjà l’éclat, le scandale de l’affaire avaient empêché la première représentation de son Barbier de Séville, qui approuvé le 13 février par la censure, comme on le voit sur un des manuscrits du Théâtre-Français, devait être joué le lendemain, mais ne put l’être, l’auteur se trouvant séquestré depuis la veille, et la police ayant retiré son autorisation[81].

Pour son procès, dont le dénouement en appel était proche et qui par suite de tout ce bruit peu favorable à sa considération menaçait de mal tourner, sa mise au For-1’Évêque ne lui porta pas un coup moins fatal. Comment, n’étant plus libre, pourra-t-il le suivre ? Comment pourra-t-il voir ses juges ? De là pressantes sollicitations de sa part au duc de la Vrillière, avec l’appui de M. de Sartine : « Permettez-moi seulement, écrit-il au duc, d’aller pendant quelques jours instruire mes juges au palais, dans la plus importante affaire pour ma fortune et mon honneur[82]. »

M. de la Vrillière cède. Le 22 mars, après un mois moins deux jours de séquestre absolu, Beaumarchais put sortir du For-1’Évêque, mais sans être libre encore. L’agent Santerre le suivra partout et il ne devra prendre ses repas et coucher que dans sa prison. Peu lui importe, le meilleur est obtenu : il peut s’occuper lui-même de son procès qui à ce moment est en délibéré, avec le conseiller Goëzman pour rapporteur.

C’est un ancien juge au conseil souverain d’Alsace[83], qu’en 1771 le chancelier Maupeou ;i mis de son parlement lorsqu’il l’a constitué, et qui n’est pas t’ait, il s’en faut, pour le rendre recommandable. Il ajouterait plutôt à sa déconsidération, qui depuis le premier jour n’a cessé de grandir et est alors au comble. Juge de fort mince scrupule, M. Goëzman ne tient sa porte hermétiquement close que pour la faire mieux forcer par l’argent des plaideurs; besoigneux pour son propre compte, car nous verrons qu’il court les bonnes fortunes, et pour le compte aussi de sa seconde femme qui, jeune encore et assez jolie, est d’une coquetterie fort coûteuse, il laisse sa justice pourvoir à ses dépenses.

Beaumarchais sait tout cela par une de ses sœurs, madame Lépine, l’horlogère, chez qui va souvent un certain Bertrand d’Airolles, ami du libraire Lejay, dont madame Goëzman fréquente la boutique. Pour deux cents louis l’on aura, lui dit-on, les bonnes grâces de madame, et par elle on obtiendra ce qui serait si nécessaire, quelques audiences de monsieur. Beaumarchais, alors assez mal en argent comptant, emprunte cent louis à son ami la Châteigneraie, et par l’entremise de Bertrand d’Airolles les fait donner à madame Goëzman pour avoir une première audience. Il l’obtient. Le lendemain même du marché, à neuf heures du soir, escorté de son garde du For-l’Évêque et de Falconnet son avocat, il voit M. Goëzman clans son cabinet, quai Saint-Paul, mais sans pouvoir presque lui rien dire, et surtout sans en rien tirer. Une seconde audience est indispensable ; ou ne l’aura qu’avec les cent autres louis demandés d’abord. Beaumarchais ne sait où les trouver et offre à la place une montre en brillants, dont madame Goëzman se contente, en ajoutant toutefois que quinze louis ne seraient pas inutiles comme gratification pour le secrétaire. Beaumarchais les donne, ne voyant là qu’une bagatelle. Ce ne sera pas moins tout, à l’heure, onle verra, quela chose la plus importante. Il attend alors l’audience promise et payée. L’heure en est lixée au dimanche soir, 4 avril, avant-veille du jour où l’arrêt doit être rendu, Il ne l’obtient pas. M. Goëzman n’a jamais été plus inaccessible. Sa femme fait dire qu’il n’y a pas de sa faute, que l’audience manquée le dimanche sera accordée le lundi, et que, du reste, dans le cas contraire elle s’empressera de rendre ce qu’elle a reçu. Beaumarchais augure fort mal de tout cela pour son affaire. L’offre de la restitution par madame Goëzman lui est surtout d’un très-mauvais présage : « Pourquoi, dit-il dans son Mémoire à consulter, s’engageait-elle à rendre l’argent ? je ne l’avais pas exigé. » Il pressent que l’audience ne lui sera pas plus accordée le lundi que le dimanche, et il y voit la preuve que Goëzman se cache pour ne pas lui laisser deviner qu’il est déjà condamné.

Il ne se trompe ni sur un point ni sur l’autre : l’audience, en effet, ne vient pas, et le lendemain, sur le rapport de Goëzman, arrêt est rendu qui réforme celui de la chambre des enquêtes, et enlève à Beaumarchais tout ce qu’il y avait gagné. Il se voit à la mer, perdu corps et biens, d’autant plus que M. de la Blache, dont il devient le débiteur, au lieu de rester son créancier, sera impitoyable. La saisie-arrêt qu’il t’ait mettre, sans désemparer, sur tout ce qu’il possède ne tarde pas à le lui prouver. Libre, il pourrait peut-être parer au désastre, mais M. de la Vrillière le tient toujours sous clé : « Mon crédit est tombé, mes affaires dépérissent, » écrit-il à M. de Sartine, et, pour bien faire voir plus longue captivité l’achèvera, il ajoute : « Il est prouvé que mon emprisonnement me coûte cent mille francs. Le fond, la forme, tout fait frémir dans cet inique arrêt, et puis m’en relever tant qu’on me retiendra dans une horrible prison. » La lièvre l’y a pris, et il y mourra. M. de Sartine, après cette lettre, intercède près de M. delà Vrillière, qui se laisse enfin toucher.

Le 8 mai la prison s’ouvre. Vite Beaumarchais revient à son jugement, et d’abord à son juge. Le soir même de la sentence, madame Goëzman avait fait rendre à madame Lépine, par Bertrand d’Airolles, les cent louis et la montre en brillants. Restaient les quinze louis demandés pour le secrétaire, mais que Beaumarchais, sûr de l’honnêteté de ce jeune homme, à qui, dan? le commencement de l’affaire, il avait à grand’peine fait acce] léger cadeau, pensait bien qu’elle avait gardés pour elle. Il voulut s’en éclaircir, se renseigna près du secrétaire, et apprit qu’en effet pas un de? quinze louis n’était arrivé jusqu’à lui. Il les réclama abc- à madame Goëzman dans une lettre assez verte, où, après avoir rappelé le rapport où M. le conseiller l’avait fort mal traité, il lui donnait nettement à entendre que la femme ne devait pas se faire payer des injures du mari.

Elle s’indigna, cria bien haut ; Beaumarchais fit de même et Goëzman alors vint : il porta plainte à M. de la Vrillière et à M. de Sartine. Beaumarchais, qu’il croyait effrayer, ne lâcha point prise. Il lui semblait voir se lever sa vengeance. Montrer que son rapporteur a laissé sa femme recevoir de lui de l’argent, c’est presque prouver que à 1 i i- porteur lui-même en a pu recevoir de l’adverse partie, M. le comte de la Blache, et que l’arrêt qui l’a condamné n’ayant pas eu d’autre mobile doit par conséquent être c ne dément donc rien île ce que ’. ëzman, dans -a plainte, a dit île ses récrimination : -a femme. Il insinue même adroitement, dans une lettre qu’il adresse à un très-haut per et qu’il l’ait courir, que Goëzman aurait tort de s’en tenir là. et qu’il doit le poursuivre. L’imprudent, mal instruit peut-être de tout ce qu’a fait sa femme, ou trop sûr de -a force contre un ennemi déjà par terre. saisit le défi au bond. Il attaque Beaumarchais en calomnie.

Alors commence cette lutte étrange, engagée pour quinze misérables louis, et dont l’incalculable résultat ne sera pas moins que le coup le plus terrible, le plus mortel porté lu parlement Maupeou ; ce combat étonnant de toute une magistrature, qui soutient un des - contre un seul homme que personne au contraire n’appuie, dont pas un avocat ne vi il prendre la défense[84], qui même, nous l’avons vu, a contre lui l’opinion publique tout entière ; mais qui. ir- la première passe, a déjà fait si vaillamment figure, que l’opinion s’est retournée pour lui revenir. Il a mis tout le inonde du côté de son esprit.

Il est vrai que cet esprit a toutes les ressources : que plaidoirie, satire, drame, comédie, il sait tout manier, tout faire agir pour -a cause[85] ; et qu’une l’ois revei l’opinion ne demande qu’a le suivre dans sa voie, dan- sou attaque contre une magistrature exécrée et tombée dans un tel mépris, que le grand conseil, dont M. de Maupeou avait tiré surtout ce parlement, n’était plus appelé que « la chambre de l’Égout[86]. » Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/33 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/34 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/35 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/36 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/37 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/38 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/39 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/40 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/41 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/42 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/43 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/44 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/45 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/46 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/47 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/48 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/49 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/50 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/51 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/52 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/53 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/54 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/55 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/56 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/57 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/58 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/59 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/60 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/61 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/62 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/63 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/64 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/65 Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/66 VIE DE BEAUMARCHAIS. i, ne tarda pas à l’en mettre dehors. Il ne l’habita guère tranquillement., comme le remarque Arnanlt ’, que pendant les quelques années où, après qu’il y fut revenu mourir, sa cendre y dormit dans un coin du jardin, sous une urne rempli d’immortelles d’or 2 . L’émeute trop voisine, mais surtout beaucoup trop attirée par ce que celle maison avait d’apparence, et par les bruits répandus contre son propriétaire, la menaça presque’ aussi vite et presque autant que la Bastille 3 . Ce fut miracle que, celle-ci tombée, elle-même resta debout au milieu des clameurs, qui la dénonçaient comme un repaire d’accaparement, où chaque chambre servait de magasin à blé ! Plus tard on y voudra trouver des armes, maintenant ce sont des sacs de blé qu’on y veut venir prendre. Beaumarchais se gare du danger par une charité habile. Il donne douze mille livres pour les pauvres de Sainte-Marguerite, pa- roisse du faubourg 4 , et, cette part du feu ainsi faite, il s’efface. A peine le voit-un quelques jours àl’Hôtel de ville, dans la réunion des électeurs, qui constitue la première municipa- lité. Il s’est trop mêlé de tout sous l’autre régime, pour se mêler de quoi que ce soit dans la bagarre de celui qui commence. Il revient au théâtre, au drame — l’époque y prête — et pour en être plus cpie jamais, en même temps qu’il se refait auteur, il se fait directeur. La liberté des théâtres a permis d’en ouvrir un rue Culture-Sainte-Catherine, assez près de sa maison; il s’y intéresse, y met des fonds, et, ce qui vaut mieux, il promet une pièce. La dernière de sa trilogie de Figaro, la Mère coupable, est prête. Elle sera pour ce théâtre du Marais, comme on l’appelle, et où il est réellement maître. Dès le mois de décembre 1791, il a dit nettement aux comédiens du Théâtre-Français qu’elle ne serait pas pour eux 3 , et en effet le 20 juin suivant il la fait jouer au Marais. Le succès n’en fut pas d’un grand éclat. Ou ne s’en occupa guère que pour trouver, avec le critique Geoffroy , dan- cette conclusion de la Folle Journée une nou- velle preuve «que la suite des folies est toujours triste; » et pour blâmer Beaumarchais d’avoir, en faisant de son ancien ennemi Bergasse le Bégearss odieux de sa pièce, poussé trop loin la rancune des personnalités. Elle passa du reste, comme je l’ai dit, assez ina- perçue. Pouvait-il en être autrement entre le 20 juin et le 10 août? Le drame était par les rues, on ne le cherchait plus ailleurs. Beaumarchais ne faillit que trop en avoir la preuve. Peu s’en fallut qu’une des boucheries de cette tragédie permanente ne l’eût pour victime. Il n’avait pu tenir à l’envie d’une entreprise nouvelle. Croyant faire du patriotisme, comme à l’époque de ses affaires avec les États-Unis il taisait de l’indépendance, «il s’était exposé, ditGudin, au danger d’être utile à son pays 6 . » Il avait acheté soixante mille fusils portés à Tervère, en Hollande, après le désarmement de la Belgique par l’Au- triche, et sur un ordre du ministre de la guerre, qui lui avait avancé’ 500,000 francs en assignats, d’une valeur de 300,000 au plus, garantis par le dépôt qu’il avait fait lui-même de 745,000 francs en valeurs plus sérieuses, il s’était engagé’ à les faire venir en France, où il est inutile de dire que l’on pouvait en avoir grand besoin. L’arrivée s’en fit tout d’abord attendre, sans que le peuple, averti de l’affaire par ses jour- naux, voulût croire à ce retard. Beaumarchais, disait-il, les avait reçus et les gardait pour la réaction, dont ses anciens rapports avec la cour indiquaient trop qu’il pouvait être l’agent. Accapareur de blé en 1789 pour affamer le peuple, il était accapareur de fusils enl792 pour le combattre ! Le lendemain du 10 août, ce bruit, activé par une dénonciation de l’ex-capucin Chabot, qui se vengeait ainsi d’un triolet-épigramme où il l’avait fustige en compagnie de Bazire et de Merlin, était devenu si violent, que le peuple se porta en masse à sa maison et l’envahit. Après une perquisition menaçante, dont on lira les détails dans une lettre de Beaumarchais à sa fille, qu’il avait par prudence fait partir pour le Havre avec sa mère, la foule se retira. Elle n’avait, nous l’avons dit plus haut, trouvé qu’un immense emmagasinement de son Voltaire à vendre.

. Souvenirs d’un sexagénaire, t. IV, p. 2C0. 4. Moniteur du 5 aoùl 1 7 80. . Lady Morgan, la France, t. 11, p. 64. 5. V. sa lettre au Moniteur du 9 décembre 1791.

. Correspondance secrète médite, t. II, p. 350. 6. Loinénie, t. Il, p. 450.

La maison sauvée, on s’en prit au propriétaire, qui heureusement se sauva de même. Il fut arrêté le 23 août, et conduit à l’Abbaye[87], mais là, il sut si bien se démener dans sa geôle, réclamer, écrire[88], etc., que le procureur de la commune, Manuel, gagné par une femme de leurs amies, le fit mettre en liberté. Il sortit le 30 août. Trois jours après, les massacres commençaient dans les prisons ! « S’il est pendu, la corde cassera, » avait-on dit dans le temps de ses équipées les plus périlleuses. En échappant à l’effroyable danger de septembre, il donnait sérieusement raison à cette prophétie pour rire.

Bientôt, les fusils tardant toujours, il dut, sur l’ordre du ministre, partir pour la Hollande. Il passa par Londres, où un ami lui prêta l’argent qui lui manquait, 10,000 livres sterling environ ; et vers la fin de novembre il fut à la Haye. Il n’y arriva que pour apprendre qu’on l’avait dénoncé à la Convention. Qui ? le député Lecointre, chargé de l’examen de son marché, et qui tout d’abord n’avait voulu voir en lui que le dernier des misérables : « Un homme qui a réduit l’immoralité en principe et la scélératesse en système ! »

Il n’y a sous ces grosses phrases qu’un coup de spéculation : on croit l’affaire bonne, et l’on veut la lui reprendre, en l’écrasant. On le poursuivra, s’il faut, jusqu’à la Haye, où même, apprend-il encore, des gens seraient partis pour le faire disparaître ! Il ne les attend pas, il revient à Londres, et de là s’apprête à repartir en France pour se justifier à tous risques, lorsque l’ami qui lui a prêté les 10,000 livres sterling, ne se croyant plus assez sûr d’un créancier retombé aux griffes de la Convention, le retient. Il le fait précieusement enfermer dans la prison du ban de la Reine[89], par amitié, tant il a peur pour sa tête, et par prudence, tant il craint pour sa dette.

Pendant ce temps, on a séquestré la famille de Beaumarchais, et mis les scellés sur tout ce qu’il possède. Il écrit à Gudin pour avoir la somme qui pourra le libérer, et à la Convention pour qu’on ne le condamne pas sans l’entendre. Gudin lui envoie l’argent, la Convention lui accorde un sursis de deux mois[90]. Il paye, et part. À Paris, il fait imprimer son mémoire, les Six Époques, écrit dans sa prison, il le distribue partout, et voit bientôt son affaire prendre un tour meilleur. Il se trouve qu’on a réellement alors besoin chez nous de ses fusils. On veut à tout prix les avoir. Là dessus, ordre nouveau, nouvelle avance : 600,000 francs d’assignats qui ne valent pas alors 200,000 ; et, sans désemparer, nouveau départ pour Londres, où l’ami qui l’a si singulièrement obligé en l’emprisonnant s’est fait, pour tout sauvegarder, acquéreur fictif de la cargaison. Les Anglais la guettent, et pour l’avoir veulent tenir Beaumarchais à l’écart. Signification lui est donc faite par le ministre Bundas pour qu’il ait à partir sous trois jours, « l’Angleterre n’ayant pas d’asile pour lui. » Il répond que le lendemain matin il sera loin. Il part en effet, croyant qu’on ne persécute en lui que l’ancien ami de cette Amérique qu’il a tant aimée, et dont il a tant à se plaindre : « Les ressentiments politiques, écrit-il à un ami, poursuivent un homme après quinze ans ; et la reconnaissance de ceux que j’ai si bien servis n’a pas duré quinze semaines[91] ! »

Il va revenir en France, lorsqu’il apprend que, là aussi, il n’est plus qu’un proscrit. On y oublie si vite depuis que la Révolution et son drame multiplient les changements à vue ; l’administration du jour connaît si peu ce qu’a décidé l’administration de la veille, qu’il se trouve tout à coup exilé par l’une, après que l’autre l’a pris pour agent à l’étranger ! Son absence par ordre, dont on ne sait plus le motif, lui est comptée comme émigration !

S’autorisant de ses anciens emplois à la cour, on l’a sérieusement porté sur la liste des émigrés, on a mis la main sur tout ce qu’il possède, et l’on a enfermé sa femme, sa fille et sa sœur à Port-Libre !

Lecointre est d’ailleurs revenu à la charge avec sa fameuse affaire des fusils, et pour y faire un tel bruit, que l’Angleterre veut en finir. La cargaison est d’urgence transférée de Tervère à Plymouth, où l’ami de Beaumarchais, qui s’en est fait le possesseur fictif, est obligé de la vendre presque à vil prix en juin 1795.

Beaumarchais cependant vit à Hambourg, triste de son exil et de la captivité des siens, sans ressource, presque misérable, d’autant plus mélancolique et solitaire que l’infirmité dont, nous l’avons dit, il a souffert de si bonne heure ne fait que croître : elle « le rend sourd, dit-il, comme une urne sépulcrale. »

Il ne put revenir qu’au mois de juillet 1796. Alors il maria sa fille avec un ancien aide de camp de La Fayette, M. André Delarue ; il rentra dans sa maison, qu’on finit par lui rendre, et se remit à la tâche de sa grande créance sur les États-Unis, sans oublier celle de 245,000 francs qu’il avait à réclamer de notre gouvernement. Les 745,000 déposés par lui en 1791, sur lesquels il n’avait, en deux fois, reçu, nous l’avons dit, que 500,000 francs de la Convention, en étaient le gage et la preuve. Il se débattit, entre ces deux dettes républicaines aussi réfractaires, aussi insaisissables l’une que l’autre, et s’y épuisa.

Le matin du 18 mai 1799 il fut trouvé mort dans son lit, tué par l’apoplexie.

C’est dans cette mort silencieuse et calme que s’endormit cet homme de tous les bruits et de toutes les agitations, pour la tombe duquel il semble qu’ait été faite la célèbre épitaphe : Quiescit tandem.

Édouard Fournier.
25 octobre 1875.




  1. Sarrasin dans son Ode à Henri IV.
  2. Deux ans après ce premier mariage, et déjà veuf, comme nous le verrons, le 18 août 1758, il signait : « Caron de Beaumarchais » l’acte de mort de sa mère.
  3. Loménie, Beaumarchais et son temps, 1re édit., t. 1, p. 116. Nous aurons bien souvent à citer cet excellent livre.
  4. Mercure de France, décembre 1753, p. 172.
  5. Nous voulons parler de sa lettre sur Voltaire et Jésus-Christ, qui n’a été reproduite que dans l’édition de Gudin, t. VII. Il l’avait adressée au Journal de Paris, le 23 germinal an VII (12 août 1799), et s’était porté malheur par cette impiété, la première vraiment grave qu’il eût commise : il mourait six semaines après.
  6. V. pour une discussion qu’il eut à ce sujet avec un certain M. Tavernier de Boullongne, le Recueil 5345, in-4°, de la bibliothèque de l’Arsenal, t. X, n° 1.
  7. Loménie, t. 1. p. 24. Il était pour l’horlogerie et la bijouterie en relation de fournisseur avec plusieurs grandes dames d’Espagne, notamment la comtesse de Fuen Clara (Id., p. 28). C’est sans doute ce qui détermina le mari de sa fille aînée à passer dans ce pays avec sa femme et une de ses belles-sœurs, dont nous reparlerons.
  8. Loménie, t. 1, p. 60.
  9. En voici le titre complet : L’existence réfléchie ou coup d’œil moral sur le prix de la vie. De l’imprimerie de la société littéraire typographique, et se trouve à Paris, 1784, in-12. Nous avons une lettre de Julie, de l’année précédente, demandant à son frère douze ou quinze louis pour l’impression d’un livre qu’elle vient de faire : c’est celui dont nous parlons sans nul doute, que Beaumarchais aura mieux aimé imprimer à Kehl, où s’imprimait son Voltaire, que d’en faire autre part les frais d’impression.
  10. Loménie, t. I, p. 355.
  11. Cité par M. de Marescot, dans sa curieuse notice sur Beaumarchais, en tête de son Théâtre, 1875, gr. in-8, p. 6, note.
  12. Lui-même, dans sa première lettre au Mercure, se donne comme ayant été « instruit dès l’âge de treize ans par son père, dans l’art de l’horlogerie. » Mercure, décembre 1753, p. 172.
  13. A. Jal, Dictionnaire critique, au mot Beaumarchais.
  14. V. la lettre de Gudin, à la fin de son édition des Œuvres de son ami, t. VII, p. 261.
  15. V. une très-curieuse lettre de ses dernières années, citée par M. de Loménie. t. II, p. 43.
  16. Fragment de sa notice inédite, citée par M. de Loménie, t. I, p. 66.
  17. Fragment de sa notice inédite, citée par M. de Loménie, t. II, p. 377.
  18. Id., t. I, p. 71.
  19. Lettre au Mercure, dans le vol. de juill. 1755, p. 177.
  20. Cité par M. de Loménie, t. I, p. 454.
  21. Id., t. II. p. 548.
  22. Mémoires secrets, t. XXIII, p. 60, et Correspondance secrète, t. XV, p. 32.
  23. Loménie, t. I, p. 73.
  24. On ne sait rien sur la mère de Beaumarchais, sinon, comme on le voit ici, qu’elle était pour lui toute indulgence et tendresse ; et, ainsi que Jal nous l’a appris dans son Dict. critique, qu’elle mourut à cinquante-six ans, le 18 août 1758. D’après un bruit dont Rivarol se fit l’écho dans sa violente satire contre Beaumarchais, où il parle de « sa comique origine, » elle aurait commencé par être danseuse à l’Opéra de Bordeaux.
  25. Il en parut une, datée du 16 novembre 1753, dans le volume du mois suivant, p. 170-172 ; une autre du 24 janvier 1754. dans le volume de février, p. 214-215 : et enfin une troisième, qui n’est plus relative à cette contestation, mais où Pierre-Augustin ne s’occupe encore que de ses inventions d’horlogerie, dans le Mercure de juillet 1755, p. 177-183. Elle est datée du 16 juin précédent.
  26. Cours de littérature, 1800, in-8, t. XI, 2e part.
  27. Loménie t. I, p. 83.
  28. Id., ibid.
  29. Il signa, comme témoin à son premier mariage, A. Jal, Dict. critique, art. Beaumarchais).
  30. Loménie, t. I, p. 75.
  31. Id., p. 95.
  32. Cours de littérature, t. XI, ’."’ partie, p. 595.
  33. Vie privée de Beaumarchais, 1802, in-12, p. 4.
  34. Arnault, Souvenirs d’un sexagénaire, t. IV, p. 249.
  35. Notice inédite par Gudin, citée par Loménie, t. I, p. 83.
  36. Mémoires secrets, t. XXXV, p. 468.
  37. Journal, nouv. édit., t. III, p. 123.
  38. Loménie, t. I, p. 105.
  39. Lettre de Beaumarchais à son père, citée par Loménie, t. 1, p. 141.
  40. Vie privée de Beaumarchais, p. 214.
  41. A. Jal., Dict. critique, au mot Beaumarchais.
  42. Mémoires secrets, t. XVII, p. 120.
  43. V. aux Œuvres, le troisième mémoire pour le procès Kornman.
  44. A. Jal, Dict. critique, p. 91.
  45. Cité par Loménie, t. II, p. 48.
  46. Mémoires secrets, t. XVII, p. 121.
  47. V. à ce sujet un acte de police très-curieux, trouvé aux Archives par M. de Marescot, et cité in extenso dans sa notice, p. 7.
  48. V. Œuvres, plus loin, Supplément du mémoire à consulter.
  49. V. encore le Supplément du mémoire à consulter.
  50. Voltaire a écrit dans une de ses lettres, au moment des fameux Mémoires du procès Goëzman : « Ce Beaumarchais est trop drôle pour être un empoisonneur. »
  51. V. sur lui et la différence de son caractère avec celui de Beaumarchais, Arnault, Souvenirs d’un sexagénaire, t. I, 130-131 ; IV, 410.
  52. Vie privée de Beaumarchais, p. 147.
  53. Loménie, I, 107.
  54. Les lettres qui forment le dossier de cette curieuse affaire, dont M. de Loménie n’a pas parlé, se trouvent dans les papiers de Beaumarchais achetés à Londres, en 1863, pour la Comédie française.
  55. Catalogue des autogr. vendus le 3 janvier 1854 , n° 75.
  56. Goncourt, Portraits intimes du xviiie siècle, 1re série in-18, p. 49-56.
  57. Journal de M. de Sartine, p. 178.
  58. Catalogue des autogr. vendus le 31 janvier 1854, n° 76.
  59. Journal de M. de Sartine, p. 78.
  60. V. aux Œuvres inédites, plus loin, le mémoire de Beaumarchais sur les affaires d’Espagne.
  61. Goncourt, Maîtresses de Louis XV, t. I, p. 275-276.
  62. Cité par M. de Loménie, t. I, p. 121.
  63. V. plus loin, Œuvres, Réponse ingénue.
  64. Voir une de ses lettres de Madrid, citée par M. de Loménie, I. p. 139.
  65. Id., p. 142.
  66. Édition des Œuvres, t. VII, p. 224.
  67. Mémoires secrets, t. III, p. 140.
  68. Gudin, Mânes de Louis XV. 1777, in-8, p. 127.
  69. Extrait de sa lettre, citée par M. de Loménie t. I, p. 205.
  70. Collé, Journal, nouvelle édition, t. III, p. 125.
  71. Id., 138.
  72. Une lettre de Beaumarchais du 27 nov. 1769, aux comédiens, publiée par l’Amateur d’autographes, 1er juillet 1808, p. 173-174, nous apprend qu’ils lui avaient promis la représentation pour le 10 janvier. On voit, ce qui est tout à l’honneur de l’exactitude du temps, que leur promesse fut exactement tenue, à trois jours près.
  73. T. I, p. 225.
  74. Mémoires secrets, t. IV, p. 14.
  75. Mémoires secrets, t. VI, p. 328.
  76. Mémoires secrets, t. VI, p. 344.
  77. T. VII, p. 563. Une aventure qu’elle eut plus tard avec un négociant de Marseille donne assez raison à La Harpe (Corresp. secrète, t. X, p. 352-354).
  78. Sur Gudin, sur la manière dont Beaumarchais, son aîné, l’avait connu dans l’horlogerie, et sur l’amitié de l’un et le dévouement absolu de l’autre, V. Y Espion anglais, t. V, p. 33-35. Nous parlons plus loin, dans une note, p. 733, de sa part de collaboration très-probable dans les Œuvres de son ami. Il avait un frère qui fut caissier de Beaumarchais.
  79. V. la déposition de Gudin sur cette affaire dans le t. I, p. 258-260, de M. de Loménie.
  80. Mémoires secrets, t. VI, p. 344.
  81. Mémoires secrets, t. VI, p. 342-343.
  82. M. de Loménie, t. I, p. 289, a publié cette lettre.
  83. Paul Huot, Goëzman et sa famille, 1863, in-8.
  84. Loménie, t. I, p. 320.
  85. La Harpe, Cours de littérature, t. VII, p. 567.
  86. Correspondance secrète, t. I, p. 119.
  87. Catalogue des autogr. vendus le 12 mars 1872, n° 15.
  88. M. Duplessis possédait un Mémoire de lui du 28 août, daté de sa prison, qui dut par l’énergie de ses protestations contribuer beaucoup à le faire relâcher. V. Catalogue d’autographes, 1859, in-8, n° 76.
  89. V. l’extrait d’une lettre de lui a madame Panckoucke du 25 janvier 1792, dans le Catalogue des autographes de M. Gauthier-Lachapelle, n° 107.
  90. Réimpression du Moniteur, t. XV, p. 412.
  91. Catalogue d’autographes du 16 février 1859, p. 8.
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