A M. le comte Gaspard de Pons
- Voici ce qu'ont dit les prophètes,
- Aux jours où ces hommes pieux
- Voyaient en songe sur leurs têtes
- L'Esprit-Saint descendre des cieux :
- "Dès qu'un siècle, éteint pour le monde,
- Redescend dans la nuit profonde,
- De gloire ou de honte chargé,
- Il va répondre et comparaître
- Devant le Dieu qui le fit naître,
- Seul juge qui n'est pas jugé."
- Or écoutez, fils de la terre,
- Vil peuple à la tombe appelé,
- Ce qu'en un rêve solitaire
- La vision m'a révélé. –
- C'était dans la cité flottante,
- De joie et de gloire éclatante,
- Où le jour n'a pas de soleil,
- D'où sortit la première aurore,
- Et d'où résonneront encore
- Les clairons du dernier réveil.
- Adorant l'essence inconnue,
- Les saints, les martyrs glorieux
- Contemplaient, sous l'ardente nue,
- Le triangle mystérieux.
- Près du trône où dort le tonnerre
- Parut un spectre centenaire
- Par l'ange des français conduit ;
- Et l'ange, vêtu d'un long voile,
- Etait pareil à l'humble étoile
- Qui mène au ciel la sombre nuit.
- Dans les cieux et dans les abîmes
- Une voix alors s'entendit,
- Qui, jusque parmi ses victimes,
- Fit trembler l'archange maudit.
- Le char des séraphins fidèles,
- Semé d'yeux, brillant d'étincelles
- S'arrêta sur son triple essieu ;
- Et la roue, aux flammes bruyantes,
- Et les quatre ailes tournoyantes
- Se turent au souffle de Dieu.
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- LA VOIX
- LA VOIX
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- "Déjà du livre séculaire
- La page a dix-sept fois tourné ;
- Le gouffre attend que ma colère
- Te pardonne ou t'ait condamné.
- Approche : - je tiens la balance ;
- Te voilà nu dans ma présence,
- Siècle innocent ou criminel.
- Faut-il que ton souvenir meure ?
- Réponds : un siècle est comme une heure
- Devant mon regard éternel."
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- LE SIECLE
- LE SIECLE
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- "J'ai, dans mes pensers magnanimes,
- Tout divisé, tout réuni ;
- J'ai soumis à mes lois sublimes
- Et l'immuable et l'infini ;
- J'ai pesé tes volontés mêmes…"
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- LA VOIX
- LA VOIX
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- "Fantôme, arrête ! tes blasphèmes
- Troublent mes saints d'un juste effroi ;
- Sors de ton orgueilleuse ivresse ;
- Doute aujourd'hui de ta sagesse ;
- Car tu ne peux douter de moi.
- "Fier de tes aveugles sciences,
- N'as-tu pas ri, dans tes clameurs,
- Et de mon être et des croyances
- Qui gardent les lois et les mœurs ?
- De la mort souillant le mystère,
- N'as-tu pas effrayé la terre
- D'un crime aux humains inconnu ?
- Des rois, avant les temps céleste,
- N'as-tu pas réveillé les restes ?"
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- LE SIECLE
- LE SIECLE
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- "O Dieu ! votre jour est venu !"
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- LA VOIX
- LA VOIX
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- "Pleure, ô siècle ! D'abord timide,
- L'erreur grandit comme un géant ;
- L'athée invite au régicide ;
- Le chaos est fils du néant.
- J'aimais une terre lointaine ;
- Un roi bon, une belle reine,
- Conduisaient son peuple joyeux,
- Je bénissais leurs jours augustes ;
- Réponds, qu'as-tu fait de ces justes ?"
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- LE SIECLE
- LE SIECLE
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- "Seigneur, je les vois dans vos cieux."
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- LA VOIX
- LA VOIX
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- "Oui, l'épouvante enfin t'éclaire !
- C'est moi qui marque leur séjour
- Aux réprouvés de ma colère,
- Comme aux élus de mon amour.
- Qu'un rayon tombe de ma face,
- Soudain tout s'anime ou s'efface
- Tout naît ou retourne au tombeau.
- Mon souffle, propice ou terrible,
- Allume l'incendie horrible,
- Comme il éteint le pur flambeau !
- Que l'oubli muet te dévore !"
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- LE SIECLE
- LE SIECLE
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- "Eh bien donc ! l'âge qui va naître
- Absoudra les forfaits plus odieux !"
- Ici gémit l'humble Espérance,
- Et le bel ange de la France
- De son aile voila ses yeux.
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- LA VOIX
- LA VOIX
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- "Va, ma main t'ouvre les abîmes ;
- Un siècle nouveau prend l'essor,
- Mais, loin de t'absoudre, ses crimes,
- Maudit ! t'accuseront encor."
- Et, comme l'ouragan qui gronde
- Chasse à grand bruit jusque sur l'onde
- Le flocon vers les mers jeté,
- Longtemps la voix inexorable
- Poursuit le siècle coupable,
- Qui tombait dans l'éternité.
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- 1821