Voici le printemps

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Aux éditions Rieder, 1939 (pp. 165-168).
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LE PRINTEMPS


Vous avez beau dire et faire

Voici le Printemps !

Vous pouvez dans l’atmosphère

Mordre à pleines dents.


« Le printemps — tu vas me dire —

À quoi le sens-tu ? »

À quoi ? Voyons, tu veux rire,

Ô fleur de vertu !


Mais… à l’air que l’on respire…

À je ne sais quoi

Qui vous turbule et chavire,

Vous tient sous sa loi ;


Agite jusques aux arbres

Enfin ravivés

Et fait palpiter les marbres,

Aussi les pavés ;


À cette haleine subtile

Qui souffle à la fois

Sur la campagne et la ville,

Les monts et les bois…


Aux roses qui se souviennent

De leur introït,

Aux oiseaux qui nous reviennent

Et qui font : pi ouitt…


À l’eau qui court moins frigide…

Aux sveltes jets d’eau

Dardant leurs pistils rigides

Qui faisaient dodo.


Voire, même à cette pluie

Qui point ne dépleut,

À ce vilain temps de truie

Vraiment scandaleux…


Après tout, tant mieux qu’il pleuve,

La pluie en Avril

Précipite comme un fleuve

Le vin en baril.


Je vois le Printemps encore

Aux agissements

De la plus humble pécore,

Aux cœurs plus cléments…


Mignonne, sois équitable :

Te semble-t-il pas

Que le monde est plus affable ?

Et qu’à chaque pas


Malgré ces jours prosaïques,

Tu culbutes sur

Des êtres plus héroïques ?

C’est le Printemps, sûr !


Déjà le poète muse

Prêt à nous raser

Sur sa guitare, et sa Muse

Lui donne un baiser.


Toi, ma petite folie,

Pourquoi le nier ?

Tu es cent fois plus jolie

Que l’hiver dernier.


Quant à moi, poire tapée,

Je le dis tout bas,

C’est mon oreille coupée,

Ne la vois-tu pas


Qui non seulement repousse

Mais — grâce au Printemps —

Grandir chaque jour d’un pouce :

C’est inquiétant !…
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