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Mon premier soin, en mettant pied à terre, fut de me rendre chez l’excellent M. Montalant, qui déjà connaissait par la rumeur publique l’entrée du Mathurin en rade. Il me questionna avec empressement sur la reine de Bombetoc, que l’accomplissement de notre mission devait dépopulariser à l’île de France, et il s’amusa beaucoup de la différence qui existait entre la réalité et les suppositions auxquelles on s’était livré jusqu’à ce jour sur le compte de ce mystérieux personnage.
Nous causâmes des mœurs malgaches, lorsqu’un nègre entra dans le salon et annonça à M. Montalant le capitaine Maleroux.
— Parbleu ! mon cher Louis, me dit mon hôte, vous jouez de bonheur ! Le capitaine Maleroux se trouve en tête de ces intrépides corsaires dont les exploits atteignent les limites de l’impossible… C’est en outre le meilleur homme que je connaisse !… Il arme en ce moment un petit trois mâts et se prépare à une expédition importante, peut-être bien pourrez-vous vous entendre avec lui.
Mon hôte achevait à peine de prononcer ces paroles lorsque le capitaine Maleroux se présenta. Agé de près de quarante ans, il était d’une taille moyenne et d’une corpulence vigoureuse. Sa carnation basanée s’harmonisait admirablement bien avec ses yeux d’un noir de jais. Ses traits, empreints, malgré leur caractère plein de vigueur, d’une bonhomie remarquable, présentaient une grande régularité ; seulement son front était un peu proéminent.
M. Montalant m’ayant présenté à lui comme le favori du capitaine l’Hermite et comme l’un des survivants de la Preneuse, Maleroux me serra cordialement la main.
— Mon cher ami, me dit-il, je suis heureux de vous rencontrer, car il est probable que je pourrai vous être utile… J’ai déjà engagé plusieurs de vos amis de la Preneuse ; votre ancien chef de timonerie, Huguet, en qualité de lieutenant, et votre contremaître, Legoff, comme mon maître d’équipage… sans compter plusieurs matelots. Voulez-vous être mon second chef de timonerie ? C’est la seule place qui puisse vous convenir, dont il me soit encore permis de disposer. Nous partons dans huit jours.
— Ma foi, volontiers, capitaine, lui répondis-je, jusqu’à présent j’ai assisté à beaucoup de combats, mais je n’ai touché que fort peu de parts de prise. Sans parler de l’honneur de servir sous vos ordres, je ne serais pas fâché de rétablir un peu l’équilibre dans mes finances…
— Eh bien alors, c’est entendu ! Venez me voir demain, vers les dix heures, au grand café de la Grande-Rue, et je vous présenterai à mon état-major.
Le lendemain, fidèle au rendez-vous de mon nouveau capitaine, j’arrivai à l’heure qu’il m’avait désignée, et je le trouvai sur le point de se mettre à table : il me plaça à ses côtés, car parmi les corsaires la hiérarchie des grades est peu observée, et il me fit faire connaissance d’abord avec son second, un nommé Duverger, Normand pur sang, qui je l’avoue, ne me plut que fort médiocrement ; ensuite avec son chef de timonerie, appelé Lamorthe. Quant à son lieutenant, Huguet, et à son maître d’équipage, Legoff, j’avais déjà, je l’ai dit, fait avec eux la fameuse croisière de la Preneuse. Nous nous revîmes avec un sincère plaisir.
Le capitaine Maleroux, que tout le monde connaissait et estimait à l’île de France, était, ainsi que le fameux Deschiens, dont la réputation ne périra jamais dans les mers de l’Inde, et qui, pendant la guerre de 1777, opéra, par ses exploits fabuleux et par les désastres qu’il occasionna aux Anglais, une diversion extrêmement favorable à Suffren, le capitaine Maleroux, dis-je, était, ainsi que Deschiens, Le Même, Surcouf et Dutertre, un enfant de la Bretagne.
D’une intrépidité et d’un sang-froid inouïs, excellent marin, d’un esprit vif, déterminé, plein d’à-propos, Maleroux n’était cependant presque jamais heureux dans ses courses ; il pouvait compter chacun de ses combats, et Dieu sait s’ils étaient nombreux, par une grave blessure ; il avait même remarqué que, par une fatalité qui montrait à quel point la chance se tournait toujours contre lui, c’était le dernier coup de feu ou le dernier coup de hache qui l’atteignait. Aussi devait-il à cette idée qu’un mauvais génie s’acharnait à sa destinée, un caractère triste et taciturne. Presque jamais on ne le voyait sourire. Toutefois, malgré sa tristesse, ses préoccupations et ses souffrances, rarement il adressait la parole à un homme de son équipage sans l’appeler son ami ; personne ne se rappelait l’avoir vu se livrer une seule fois à un mouvement d’humeur. C’était la bonté personnifiée, la bienveillance poussée jusqu’à l’abnégation chrétienne.
Son second, le Normand Duverger, présentait avec lui un contraste frappant : autant Maleroux était désintéressé et obligeant, autant ce dernier se montrait rapace, avare et égoïste. Au demeurant, marin capable et intelligent, il occupait à juste titre son grade de second.
Quant à l’équipage de l’Amphitrite, c’était le nom du navire que commandait le capitaine Maleroux, il se composait de cent trente frères la Côte.
Enfin, l’Amphitrite était un petit trois-mâts armé de seize canons. On voit que les éléments de succès ne nous manquaient pas ; et nos parts de prise futures se fussent cotées à fort bon prix, si la réputation de malheur que possédait Maleroux ne les eût un peu dépréciées.
Ce fut vers la fin de 1799 que nous partîmes de l’île de France. Notre navigation fut assez heureuse en ce sens que nous jouîmes d’un beau temps, car personne parmi nous, excepté toutefois le second, ne savait au juste quelles étaient les intentions du capitaine.
Après avoir atteint les abords de la mer Rouge, nous venions de passer le détroit de Badel-Mandeb, lorsque nos vigies signalèrent un trois-mâts montant vingt-quatre canons en batterie et six sur son gaillard.
Maleroux, qui se trouvait alors sur le pont, saisit avec empressement sa longue-vue et la dirigea aussitôt sur le navire en vue.
— Ma foi, messieurs, nous dit-il après un rapide examen, je crois, Dieu me pardonne, que cette fois la chance se déclare en ma faveur ! Cependant, cela serait si heureux, que je n’ose encore me vanter. Attendons !
Nous forçâmes de voiles, et la distance qui nous séparait du trois-mâts ne tarda pas à se raccourcir. Il était évident que nous le gagnions de vitesse main sur main.
— Ah ! parbleu ! s’écria Maleroux en souriant, ce qui ne lui arrivait jamais, le doute ne m’est plus possible ! Oui, c’est bien lui ! Mes amis, continua-t-il, ce navire que nous chassons renferme dans ses flancs d’innombrables richesses ; il est chargé d’or, d’argent, de pierres précieuses ! Sa capture doit nous rendre tous riches, à jamais ! Une simple part de prise de matelot sera une fortune.
On conçoit l’effet prodigieux, immense, que ces paroles de Maleroux produisirent sur l’équipage : un grand silence régna sur le pont, et le capitaine, après avoir, tant il lui était difficile de s’habituer à une réussite, examiné de nouveau le trois-mâts, reprit d’un air joyeux :
— Ce navire, mes chers amis, est un navire arabe qui transporte annuellement à la Mecque les riches offrandes des sectaires de Mahomet disséminés sur le territoire de l’Indoustan… Les Anglais, pour se donner de l’importance et du crédit auprès de ces peuples, leur ont conseillé de naviguer sous les couleurs britanniques !… Ce navire, vous le voyez, nous appartient !
Un immense hourra accueillit ces explications du capitaine : notre équipage était fou de joie.
Enfin nous approchâmes le galion, qui en effet arbora le pavillon anglais : son pont est couvert de monde ; il s’empresse de prendre, et nous l’imitons, toutes ses dispositions de combat.
Malgré l’infériorité de nos forces, personne ne songe seulement, à bord de l’Amphitrite, à mettre en doute notre victoire. Ce navire renferme des millions, ce navire doit nous appartenir.
Toutefois, la proie que nous convoitons est si belle, que notre capitaine ne néglige aucune précaution pour l’attaquer avec les meilleures chances possibles de succès : on lui gagne le vent ; mais à peine l’Amphitrite est-elle par son travers, que le navire arabe nous salue d’une bordée générale. Cette décharge, heureusement mal pointée, ne nous causa que de légères avaries.
— Ne tirez pas, mes chers amis, s’écrie Maleroux d’une voix de tonnerre, ne tirez pas ! Fiez-vous à mon expérience ; je connais la tactique des navigateurs arabes des côtes de l’Inde, et je sais quel compte je dois tenir de leur courage… Ne tirez pas encore ! Je veux mettre d’un seul coup ce navire hors de combat !
Le sage et expérimenté Maleroux avait raison : bientôt nous laissons porter sur l’arabe comme si notre intention était de l’aborder, tandis que nos hommes, afin de mieux le confirmer encore dans cette idée, montent sur les bastingages et dans les haubans.
Encore quelques secondes et nous l’accostons à une demi-portée de pistolet ; alors l’équipage du galion, donnant dans le piège que vient de lui tendre si habilement Maleroux, abandonne à la hâte les canons qu’il n’a pas eu le temps de recharger, et se précipite tumultueusement en dehors des murailles et sur les agrès afin de repousser notre abordage, peut-être même aussi pour prendre l’initiative et nous attaquer. Oui : mais au moment où les Osmanlis croient n’avoir plus désormais qu’à envahir notre pont et à nous tailler en pièces, ce qui doit leur paraître chose facile, tant ils nous sont supérieurs en nombre, l’Amphitrite revient du lof et éclate comme un volcan ! Nos caronades, bourrées de mitraille jusqu’à la gueule, et cent espingoles contenant chacune six balles, inondent d’une pluie de fer et de plomb l’équipage du navire arabe à découvert, et couvrent son pont d’un monceau de cadavres !
Dès lors, une horrible confusion règne à son bord. Ses canons, les uns démontés, les autres mal servis, ne peuvent soutenir le feu roulant de notre artillerie ; quant à notre équipage, que la perspective des millions si habilement révélés par Maleroux un peu avant le commencement du combat enflamme d’une ardeur sans pareille, il ne craindrait pas de se mesurer, dans cette heure de délire, contre un vaisseau de 80.
Après avoir subi pendant une heure notre terrible canonnade, le galion, hors d’état de pouvoir résister davantage, substitue au pavillon anglais le pavillon arabe !
— Il est trop tard ! s’écrie Maleroux en s’apercevant de ce changement. Feu toujours, mes amis, feu sans pitié sur les traîtres !… Je ne puis pardonner aux Arabes qui nous ont massacrés sous les couleurs anglaises… Feu sans discontinuer, jusqu’à ce qu’ils amènent leur pavillon.
Trois fois de suite l’Amphitrite vomit une trombe de fumée, de flamme et de fer sur le navire ennemi, qui tressaille à chaque bordée jusque dans ses fondements, et abaisse enfin sa bannière devant les couleurs françaises.
— Monsieur Huguet, s’écrie le capitaine, prenez trente hommes avec vous et aller amariner la prise. La frayeur de ces gens est telle que cette force vous sera suffisante !
En effet, notre embarcation aborde le vaisseau arabe, qui se nommait la Perle, et en prend possession sans éprouver la moindre résistance.
Nous employâmes le reste de la journée à réparer les légères avaries que nous avait causées le feu mal dirigé de l’ennemi, puis ensuite à transborder nos prisonniers arabes sur quelques caboteurs de la côte, qui n’osèrent nous refuser de se charger d’eux. Enfin, profitant du beau temps des jours suivants, nous entassâmes à bord de l’Amphitrite sans qu’aucun accident n’entravât cette opération, et en ayant soin de les enregistrer et de les inscrire au fur et à mesure qu’on les apportait, l’or, l’argent, les pierreries et les objets précieux que renfermait la Perle.
Cinquante magnifiques chevaux arabes qui se trouvaient à bord de notre prise furent la seule capture que nous laissâmes à son bord.
À présent, il me serait tout à fait impossible de décrire l’espèce d’enivrement qui s’était emparé de notre équipage à la vue des prodigieuses richesses que nous venions de conquérir. Chaque homme supputait, selon son ambition et selon ses désirs, la part qui lui revenait, et tous, les plus ambitieux comme les plus modestes, trouvaient que leurs calculs atteignaient à une limite qui ne leur laissait rien de plus à désirer. Notre second, le Normand Duverger, ne pouvait surtout contenir sa joie. Ses lèvres minces étaient continuellement entrouvertes par un sourire perpétuel qui lui donnait presque l’air bonhomme ; armé d’un crayon et d’un carnet, il alignait, pendant toute la journée, depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, colonnes de chiffres sur colonnes, et lorsque la nuit le surprenait dans cette douce occupation, il semblait sortir d’un rêve : le jour ne lui avait pas semblé durer plus d’un quart d’heure.
Un homme, cependant, qui éprouvait de notre capture une joie plus vive encore que celle du Normand, était notre brave capitaine ; non pas qu’il fût cupide, loin de là ; mais il voyait dans notre prodigieux et éclatant succès la fin de cette fatalité tenace qui jusqu’alors avait si lourdement pesé sur lui. Son bonheur était même si profond, que, par moments, il se refusait à y croire. « Il est impossible que cela se passe ainsi, disait-il, vous verrez qu’il nous arrivera quelque malheur inattendu. »
Comme la mer était belle, les vents favorables et nos cœurs ivres de joie, nous n’attachions aucune importance à ces tristes prophéties, nous nous figurions dans notre joyeux délire que le monde entier nous appartenait. Hélas ! un horrible et épouvantable coup de tonnerre devait bientôt nous arracher à nos beaux songes.
Le cinquième jour qui suivit notre triomphe éclairait à peine l’horizon, lorsque nous aperçûmes, au premier rayon du soleil levant, deux navires de différentes grosseurs naviguant dans nos eaux. En une seconde tous les yeux de l’équipage se fixèrent sur eux avec une curiosité pleine d’anxiété ; mais ils se trouvaient à trop grande distance de nous pour qu’il nous fût possible de reconnaître leur nature et leur nationalité.
Vers les huit heures, nous acquîmes la certitude qu’ils nous chassaient, et nous devinâmes, à l’incontestable supériorité de leur marche, quels adversaires nous allions avoir à combattre. Le premier de ces deux navires qui concentra d’abord notre attention, était un fort trois-mâts portant vingt-deux bouches à feu en batterie, plus deux canons sur son gaillard d’arrière ; le second, une goélette, qui nous parut lui servir de mouche, était armé de quatre canons et de deux obusiers.
— Vous voyez, mes amis, nous dit le capitaine Maleroux d’un air résigné et mélancolique, que je n’avais pas tort de compter sur ma mauvaise chance ! Au total, cela ne fait rien… Il ne s’ensuit pas que, de ce qu’il va y avoir un peu de besogne, nous devions nous considérer déjà comme perdus !… Cent trente frères la Côte, commandés par un capitaine comme moi, c’est-à-dire par un bon garçon, qui connaît son métier, je puis avouer sans orgueil, c’est connu… cent trente frères la Côte, donc, tous riches comme des négociants et des propriétaires, et portant leur fortune avec eux, ne sont pas si faciles à avaler qu’un œuf à la coque ou un verre de vin !… Donc, avec ou sans votre permission, je compte donner une telle brossée à cet Anglais incivil et gourmand qui veut nous happer au passage, qu’il s’en ressouviendra longtemps !
— Vive Maleroux ! vive le capitaine ! s’écria notre équipage plein d’ardeur.
Notre brave Breton, après cette belle harangue, ordonne sur-le-champ à la Perle d’engager la goélette en temps opportun, tandis que l’Amphitrite prêtera côté à la corvette.
Ces dispositions bien arrêtées, Maleroux, qui à l’heure du combat oublie toujours sa tristesse habituelle et devient l’homme le plus actif et le plus animé de son bord, Maleroux se mêle de nouveau à l’équipage, qu’il enflamme par ses exhortations et par ses récits.
En effet, rien ne répugne davantage ordinairement aux corsaires que d’en venir aux mains avec les navires de guerre ; ils éprouvent pour ces combats stériles où leur valeur n’est pas récompensée par l’État et où leur liberté court de si grands dangers, une aversion presque insurmontable ! Seulement, cette fois, il s’agit de sauver de telles richesses, que pas un matelot ne faiblit ! Tous jurent de succomber plutôt dans la lutte qui va avoir lieu, que de céder, dans quelque position critique qu’ils puissent se trouver, à l’ennemi qui ose les attaquer.
Notre second, le Normand Duverger, est blême de fureur : il parle peu, mais on devine facilement à l’éclat fébrile de son regard, à ses narines gonflées, à ses lèvres minces, crispées par la colère, qu’au lieu de craindre l’heure du combat il l’appelle de tous ses vœux, et qu’elle le trouvera implacable et sans pitié !
En attendant, la chasse continue ; mais la Perle, que nous ne voulons pas abandonner et qui marche moins bien que nous, nous force de diminuer notre vitesse, et les vaisseaux ennemis nous gagnent main sur main. Encore une heure, et les voilà à portée de mousquet de nous ! Aussitôt, une vive canonnade s’engage, nous tirant en retraite et l’ennemi en chasse.
Le sort en était jeté ; le combat devenait inévitable.
À midi, la corvette anglaise – car elle avait arboré ses couleurs nationales – ayant gagné le vent, le feu s’engagea avec fureur entre elle et nous aussitôt que nous pûmes croiser efficacement nos boulets.
J’ai assisté à bien des combats sur mer, mais jamais je n’ai vu, je puis le dire, un acharnement semblable à celui que déploya notre équipage dans cette circonstance. L’enthousiasme, la rage, la cupidité agissant tout ensemble sur nos matelots, centuplaient leurs forces et entretenaient leur ardeur. Beaucoup d’hommes atteints soit par des éclats de bois, soit par la mitraille, continuaient leur service comme si de rien n’était ; quant aux morts, ils tombaient sans pousser une plainte, et leur dernier soupir s’exhalait avec une imprécation ou une parole de défi.
Ainsi se passa la journée, sans qu’aucun avantage marqué parût vouloir faire pencher la victoire d’un côté ou de l’autre.
La corvette anglaise the Trinquemaley, c’était son nom, portait bien, il est vrai, dix canons de plus que nous, mais nous avions sur elle deux grands avantages : le premier, et le plus précieux de tous, était d’abord l’énergie de notre désespoir ; le second, c’est que le navire ennemi ayant une batterie couverte, et, par conséquent, sa coque se trouvant de beaucoup plus élevée sur l’eau que la nôtre, nos boulets portaient sur lui presque à tout coup, tandis que les siens frappaient bien plus rarement l’Amphitrite.
Cependant, aux dernières lueurs du crépuscule, et aux premiers souffles d’une brise qui verdissait l’horizon, le hasard des batailles parut enfin se déclarer pour nous. Le mât d’artimon du Trinquemaley tomba tout à coup sur son avant et masqua de son fardage une partie des canons qui nous foudroyaient ; nous accueillîmes cet événement par un hurlement de triomphe.
— La victoire est à nous, mes amis ! s’écria Maleroux, qui, pendant toute la durée du combat, n’avait cessé de diriger l’action avec une habileté, un à-propos et un sang-froid que bien peu de marins ont possédés à un degré aussi éminent que lui ; courage ! nous reverrons l’île-de-France et nous garderons notre or.
Notre brave capitaine, après avoir prononcé ces paroles qui trouvèrent un écho dans le cœur de chaque matelot, s’empressa de profiter de la confusion que la chute de son grand mât avait jetée à bord du Trinquemaley pour opérer notre retraite à la faveur de l’obscurité.
Malédiction ! au moment où l’Amphitrite laisse arriver pour prendre chasse, au moment où, semblable à un oiseau qui étend ses ailes pour s’élancer dans l’espace, elle déploie ses trois perroquets à la fois, un horrible craquement, suivi cette fois de cris lamentables, arrête subitement la joie de notre équipage et le plonge dans la stupeur. C’est notre mât de misaine qui, percé de plusieurs boulets au-dessous des jattereaux, vient de tomber à la mer avec tous ses agrès et en entraînant quelques hommes occupés à larguer les voiles !
Un cri de rage et de défi a dominé le bruit produit par cette chute : c’est Maleroux qui se révolte contre la fatalité et la provoque.
Cloués à notre place et réduits à l’inaction, nous devons forcément recommencer le combat.
Quelques mots à présent nous sont indispensables pour connaître la position de notre prise la Perle, commandée par le lieutenant Huguet, mon ancien chef direct à bord de la Preneuse.
Notre prise avait bravement ouvert le feu sur la mouche du Trinquemaley, à l’instant même où nous en venions aux mains avec cette corvette ; seulement, la Perle était montée par un faible équipage, qui ne pouvait manœuvrer que lentement ce lourd navire, tandis que la mouche du Trinquemaley, profitant de la force numérique de ses hommes et de la prestesse de ses évolutions, l’accablait de projectiles sans courir de grands dangers.
La mouche, dont l’équipage, je le répète, était plus que triple de celui de notre prise, cherchait en outre l’abordage, que notre pauvre Perle en était réduite à éviter sans cesse. L’issue de cette partie carrée entre les quatre navires restait donc toujours incertaine ; toutefois, à supputer et à peser froidement les chances, il fallait avouer qu’elles étaient du côté des Anglais.
— Une seule chose me console dans nos désastres, dit le capitaine Maleroux en s’adressant à son second, c’est que si nous succombons, nous tomberons sans laisser traîner l’honneur français dans la honte… Remarquez, Duverger, l’ardeur de notre équipage… On dirait qu’il augmente encore à mesure que croît le danger. Pauvres et chers enfants ! ils se battent comme des anges !
Maleroux, après avoir dit ces paroles, passa sa main sur ses yeux comme s’il eût voulu chasser une pensée importune qui l’obsédait, puis il reprit douloureusement et en baissant la voix :
— Et penser, pourtant, que c’est peut-être à ma seule présence sur l’Amphitrite que ces pauvres gens doivent d’essuyer tous ces désagréments ! Oh ! si j’étais sûr de cela !…
Maleroux n’acheva pas sa phrase ; mais le regard désespéré qu’il jeta sur l’abîme de l’Océan la compléta aussi clairement que s’il l’eût prononcée. Nos ennemis, malgré l’obscurité qui les enveloppait, continuaient leur tir avec une grande précision : vers minuit, le grand mât de hune de la corvette se rompit, tomba sur son avant et masqua encore une fois sa batterie.
Maleroux voulant profiter de cette avarie pour faire vent arrière et abandonner le champ de bataille, on brassa immédiatement en ralingue les voiles de l’arrière, on mit en action les avirons ; mais l’absence de toutes voiles d’avant occasionnée par la chute de notre mât de misaine, rendit l’abattée impossible, et l’Amphitrite, malgré tous nos efforts, n’en continua pas moins de présenter son travers au vent et à l’ennemi.
De son côté, le Trinquemaley, ayant perdu ses mâts de l’arrière, cherche en vain à prêter le côté au vent pour pouvoir nous canonner ; bientôt il est emporté en dérive, et abattant, malgré lui, vent arrière sur nous, il nous aborde de long en long.
Quant à nous, qui ne voyons notre salut que dans l’anéantissement complet de notre ennemi, nous saluons par des cris frénétiques de joie cet événement imprévu et heureux qui nous permet enfin d’en venir à l’arme blanche.
Sous le feu qui, loin de se ralentir, augmente plutôt de vivacité, les restes des vergues mutilées des deux navires se joignent et s’enlacent ; les flancs de l’Amphitrite et du Trinquemaley, bord à bord, tremblent et semblent au moment de s’ouvrir sous la commotion violente des bordées qu’ils déchargent à bout portant.
Les grenades pleuvent sur notre pont, notre artillerie, refoulée du dehors en dedans par le choc de la formidable préceinte de la corvette, recule à longueur de bragues ; mais qu’importe ! elle nous devient inutile, l’heure de l’abordage a sonné !
Chaque frère la Côte s’arme d’une espingole, d’une hache et d’un poignard. En avant ! Vingt de nos plus robustes matelots, munis de longues lances, tiennent à distance et neutralisent l’effet des piques et des baïonnettes anglaises. Enfin, sous le feu d’une mousqueterie meurtrière, nous montons à l’assaut ! L’intrépide Maleroux se multiplie avec une incroyable activité ; il nous excite par sa parole et par son exemple, mais notre courage n’a pas besoin, on le croira, d’être stimulé.
Enivrés par le combat, par l’odeur de la poudre, par notre haine pour l’Anglais, nous avons perdu le sentiment du danger et de la souffrance ; tout nous semble possible, les obstacles n’existent plus pour nous.
On commence par s’égorger à travers les sabords, puis la lutte s’engage sur le gaillard d’avant du Trinquemaley.
Les Anglais sont deux fois plus nombreux que nous ; ils se battent bravement, c’est vrai : ils défendent avec courage, pouce par pouce, l’espace que nous avons envahi ; mais que peuvent-ils contre la fureur sans nom qui nous anime ? Nos espingoles et nos piques creusent leurs rangs et élargissent le théâtre du carnage de toute la longueur du passavant !
Au milieu de cet affreux et sanglant pêle-mêle, de ce chaos hideux et sublime tout à la fois, on entend la voix retentissante de Maleroux, qui domine les cris des blessés et des mourants. L’intrépide Breton a retroussé les manches de sa chemise jusqu’au coude, et chaque fois que sa terrible hache s’abat, un Anglais tombe pour ne plus se relever.
Quoique fort occupé moi-même, je ne puis m’empêcher de remarquer notre second, Duverger, qui me coudoie en passant : jamais je n’oublierai l’impression que me causa la vue de ses lèvres violettes, de ses yeux de tigre, de son effroyable sang-froid ; pour toute arme, il n’a qu’un large coutelas à la main et un poignard entre les dents, mais ce coutelas, qui dégoutte de sang, a dû être fatal à bien des Anglais ! Cet homme pense à sa magnifique part de prise. Malheur à l’ennemi qui se trouve sur son passage.
Au reste, au dire des frères la Côte, dont se compose notre équipage, et qui tous ont déjà bravé tant de dangers, jamais un abordage n’a présenté un caractère de férocité, d’acharnement et de fureur semblable à notre lutte avec le Trinquemaley !
Il n’y a donc pas lieu de s’étonner qu’après quelques minutes de cette gigantesque boucherie, l’équipage de la corvette soit culbuté, débusqué de tout point et refoulé jusqu’au gaillard d’arrière ! Une fois acculés dans cet étroit espace, les Anglais, ne pouvant plus résister, se précipitent, pour éviter la mort qui les menace, les uns à la mer, les autres dans la batterie, et nous laissent maîtres enfin de leur pont couvert de sang et de cadavres.
Notre second, Duverger, veut, implacable et sans pitié, que l’on égorge les Anglais entassés sur le gaillard d’arrière ; Maleroux s’oppose à cet acte de cruauté et, ne doutant plus de la victoire, les laisse se réfugier dans la batterie.
— Vous avez tort, capitaine, lui répond froidement le Normand, quand on porte avec soi des richesses pareilles à celles qui sont entassées à bord de l’Amphitrite, on ne saurait jamais prendre trop de précautions pour les conserver.
Cet affreux conseil, qu’une cupidité effrénée pouvait seule donner, était cependant, comme nous l’apprîmes bientôt à nos dépens, bon à suivre.
En effet, au moment où nous nous y attendons le moins, les Anglais réfugiés dans la batterie nous envoient des coups de fusil à travers les écoutilles, et, rechargeant leurs canons, recommencent leur feu contre l’Amphitrite. Une partie de nos matelots se précipite alors aux pièces, et la canonnade continue comme avant l’abordage.
Cependant, nous sommes toujours maîtres du pont de la corvette et nous y avons arboré les couleurs françaises.
Passé le premier moment de stupeur que nous a causé cet acte de folie, presque de trahison, nous nous empressons d’abattre les mantelets de sabords et nous claquemurons ainsi les Anglais dans leur propre batterie ; mais quel n’est pas notre étonnement lorsque nous voyons que l’équipage de la corvette n’interrompt pas pour cela son feu, et qu’il tire à travers les mantelets des sabords baissés, au risque presque certain d’incendier en même temps le Trinquemaley et l’Amphitrite !
— Malédiction ! s’écrie Maleroux. Je crois que j’aurais bien fait, Duverger, d’exécuter le massacre que vous m’avez proposé tout à l’heure ! Comment expliquer cette stupide et inconcevable conduite des Anglais ? Qui peut la produire ? L’ivresse, la folie, le désespoir ? C’est à n’y rien comprendre ! Quoi ! nous faisons grâce de la vie à plus de trente d’entre eux, nous sauvons ceux qui se noient, leur pavillon, arraché de sa place d’honneur, gît à nos pieds, et ils osent nous attaquer d’une façon si déloyale ?.. Il faut pourtant en finir avec eux !…
Nos frères la Côte, à qui cette stupide agression a rendu toute la fureur, se préparent à entrer dans la batterie et à y massacrer tous les Anglais qui s’y trouvent, lorsque des cris affreux qui s’y font entendre les arrêtent dans leur élan.
Bientôt une clarté qui se projette au large par toutes les ouvertures de la corvette succède à ces cris. Le feu est à bord du Trinquemaley.
— Capitaine, retournons sur l’Amphitrite, et tâchons de nous éloigner de ce navire avant qu’il saute, dit le second, Duverger.
— Sans sauver ces malheureux qui brûlent tout vivants sous nos pieds ! s’écrie Maleroux ; cela est impossible !…
Au moment même où notre capitaine prend si généreusement la défense et le parti de nos ennemis, de nouveaux coups de fusil nous sont adressés par eux à travers les écoutilles : il faut que ces gens soient en proie au délire.
À présent voudrait-on les sauver qu’il serait trop tard ! L’incendie augmente d’intensité avec une rapidité effrayante ; nous nous élançons, épouvantés pour la première fois depuis le commencement de ce combat, à bord de l’Amphitrite !
Nous sommes à peine rendus sur notre navire, quand une explosion terrible, sans nom, dont on ne peut se faire une idée, éclate, semblable à un volcan, le long de l’Amphitrite, et nous enveloppe d’un nuage de feu, de cendres et de fumée. Bientôt, des débris humains, sanglants et noircis, retombent sur notre pont et autour de nous : ce sont les restes du Trinquemaley et de son équipage !
Après cette effroyable catastrophe, qui nous enleva nos deux mâts de hune de l’arrière, nous éprouvâmes une telle stupeur, suite inévitable de la terrible commotion que nous avions ressentie, que nous restâmes un moment sans pouvoir nous rendre compte de notre position. Nous ne comprîmes pas comment nous nous retrouvions encore vivants sur notre navire en ruine.
Cependant, jamais nous n’avions eu besoin de plus d’énergie que dans ce moment solennel. L’Amphitrite flottait encore, contre toute vraisemblance, mais tellement disjointe dans toutes ses parties, qu’à peine pouvait-on espérer qu’elle surnagerait encore quelques minutes avant de s’enfoncer dans l’Océan.
Il n’y avait pas une minute à perdre : on se précipite aux pompes, que l’on fait jouer avec fureur ; on bouche à la hâte les déchirures de nos embarcations criblées de mitraille ; puis, à force de bras, on les met à la mer.
Alors a lieu un spectacle déchirant et que je demanderai la permission d’indiquer sans développements : on voit les blessés se hisser sur les parois de l’Amphitrite, que la mer emplit déjà en bouillonnant. Les malheureux ! Mais qu’ils ne craignent rien ; leur sauvetage est la seule pensée de Maleroux ; lui-même, avec un calme et une présence d’esprit qui rendent ce travail facile, dirige leur embarquement dans nos canots.
Aussitôt nos embarcations pleines, elles se dirigent vers la Perle qui s’avance sur nous. La Perle et la mouche du Trinquemaley ont toutes les deux, d’un accord commun et spontané, suspendu leur feu après la catastrophe de la corvette. L’un et l’autre de ces navires nous envoient chacun deux canots. Le sauvetage général opéré, nous plaçons dans la chaloupe les victimes les plus maltraitées ; bientôt l’Amphitrite s’enfonce avec une vitesse si effrayante que nous sommes obligés de l’abandonner en laissant derrière nous quelques moribonds que la mer, qui déborde sur le tillac et par les écoutilles, va sauver d’une douloureuse agonie : nous poussons au large, mais, hélas ! de tous les malheurs que depuis la veille nous avons éprouvés, il nous reste encore le plus épouvantable à subir !
À peine la chaloupe qui porte Maleroux est-elle éloignée de quelques brasses du bord, que notre pauvre capitaine, se rappelant qu’il a oublié d’emporter ses lettres d’expédition, ordonne que l’on rebrousse chemin.
Le danger est grand, mais comment ne pas obéir ! L’embarcation accoste bientôt sur l’arrière des grands porte-haubans de l’Amphitrite presque submergée, et Maleroux, avec une audace qu’un bonheur inouï justifie, saute dans la chambre presque déjà remplie d’eau, s’empare de ses expéditions et remonte sur le pont.
Malheur ! au moment de mettre le pied dans la chaloupe, notre infortuné capitaine sent un obstacle peser sur sa tête : c’est le filet de casse-tête du gaillard d’arrière ; Maleroux, sans perdre en rien son sang-froid, essaie en vain de se dégager, sans pouvoir y parvenir. On se précipite à son secours, mais efforts impuissants ! L’Amphitrite s’enfonce au même moment, en emportant dans sa tombe humide et son digne commandant et la chaloupe dont l’équipage s’est dévoué pour essayer de le sauver.
Quelques matelots valides qui montent cette embarcation se jettent à la mer ; la plupart sont entraînés par la violence du gouffre que vient de creuser la submersion de notre pauvre Amphitrite, et ceux-là ne reparaissent plus ! D’autres enfin, plus heureux, s’emparent de vive force du canot de la mouche-goélette anglaise, qui leur sert à atteindre celui que la Perle envoie à leur secours.
Lorsque les débris de notre équipage furent réunis sur la Perle, le second, Duverger, prit immédiatement le commandement de ce navire.
— Mes amis, nous dit-il, à plus tard les plaintes ! À présent, il s’agit de faire notre devoir et de nous venger. Monsieur, continua-t-il en s’adressant au chirurgien de l’Amphitrite, charmant jeune homme nommé Forgemolle, avec qui j’avais déjà navigué à bord de la Forte, où il remplissait les fonctions d’aide-major, préparez vos trousses et tenez-vous prêt : nous allons recommencer le combat.
En effet, dix minutes s’étaient à peine écoulées que nous ouvrions notre feu sur la mouche de l’ex-Trinquemaley.
— Je crois, Garneray, me dit M. Forgemolle, avec qui j’étais très lié, que je n’aurai plus guère d’opérations à faire aujourd’hui.
— Pourquoi cela ? auriez-vous donc le pressentiment de votre mort ?
— Oh ! nullement ! seulement je crois que la goélette se soucie peu de recommencer la danse… Tenez, voyez… elle ne répond pas à notre canonnade et elle force de voiles… Bon voyage !
Le pauvre Forgemolle parlait encore quand je le vis rouler à mes pieds.
— Qu’avez-vous donc ? m’écriai-je en me précipitant vers lui pour l’aider à se relever.
— Rien ! me dit-il, quelque manœuvre qui s’est détachée du gréement et est tombée sur moi.
Hélas ! c’était un boulet perdu, le dernier que la corvette nous adressait en tirant en retraite, qui lui avait emporté les deux jambes ! M. Forgemolle mourut une heure après : ce fut la dernière victime de ce combat qui durait depuis plus de vingt heures.
Une fois que nous eûmes perdu de vue la goélette anglaise, nous nous occupâmes avec plus de soin de nos blessés : leur nombre était considérable, et presque tous l’étaient dangereusement. Quelle tristesse profonde régnait alors à bord de la Perle ! Les désastres terribles que nous avions éprouvés, la mort de Maleroux, la perte plus sensible encore de notre fortune, car, dans l’humanité, l’égoïsme l’emporte toujours, hélas ! sur la sensibilité, nous avaient plongés dans un morne désespoir.
Notre second, Duverger, dont la douleur concentrée devait être terrible, ne pouvait surtout dominer le désespoir qui l’oppressait. Morne, taciturne, le regard sombre et baissé, il ne prononça pas, jusqu’à la fin du jour, une seule parole qui ne fût strictement nécessaire au service.
Ce ne fut qu’à la nuit, au moment de se retirer dans sa cabine, qu’il nous laissa entrevoir, en peu de mots, l’état de son esprit :
— Ah ! messieurs, nous dit-il, quand je pense que pendant cinq jours j’ai été riche, ce que l’on appelle riche, riche à tout jamais, riche pour le reste de mes jours !… C’est à se brûler la cervelle !… Aussi, que je parvienne à jamais obtenir un commandement, et qu’un navire anglais me tombe entre les mains… Oh ! alors !…
Notre second n’acheva pas sa phrase, mais secouant alors vivement sa tête, comme pour en chasser une idée importune, il termina l’entretien par ces paroles, qui me frappèrent en ce qu’elles me parurent résumer admirablement bien son caractère :
— Après tout, il nous reste cinquante chevaux arabes à bord !… J’ai calculé que le prix de leur vente nous rapportera encore un honnête bénéfice ! Ah ! Messieurs, puisque Maleroux devait mourir, pourquoi n’a-t-il pas succombé dès le commencement du combat !… Que Dieu lui pardonne sa faiblesse !
Après un mois et demi d’une traversée ordinaire, et qu’aucun événement ne vint accidenter, la Perle, en deuil du brave et infortuné Maleroux, la Perle, dernier débris de tant de richesses perdues, du plus terrible combat de mer et de la plus épouvantable catastrophe qui aient peut-être jamais eu lieu, rentrait au port N.-O. de l’île-de-France, au milieu de la consternation et du silence de la population.
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