William Shakespeare - I - IV.6

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PREMIÈRE PARTIE
Livre IV
Shakespeare l’Ancien

VI
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La disparition d’Eschyle ! étendez hypothétiquement cette catastrophe à quelques autres noms encore, et il semble que vous sentiez le vide se faire dans l’esprit humain.

L’œuvre d’Eschyle était, par l’étendue, la plus vaste, à coup sûr, de toute l’antiquité. Par les sept pièces qui nous restent, on peut juger de ce qu’était cet univers.

Ce que c’est qu’Eschyle perdu, indiquons-le.

Quatorze trilogies : les Prométhées, dont faisait partie Prométhée enchaîné ; les Sept Chefs devant Thèbes, dont il nous reste une pièce ; la Danaïde, qui comprenait les Suppliantes, écrites en Sicile et ayant trace du « sicélisme » d’Eschyle ; Laïus, qui comprenait Œdipe ; Athamas, qui se terminait par les Isthmiastes ; Persée, dont le nœud était les Phorcydes ; Etna, qui avait pour prologue les Femmes Etnéennes ; Iphigénie, qui se dénouait par la tragédie des Prêtresses ; l’Éthiopide, dont les titres ne se retrouvent nulle part ; Penthée, où étaient les Hydrophores ; Teucer, qui s’ouvrait par le Jugement des armes ; Niobé, qui commençait par les Nourrices et s’achevait par les Gens du cortège ; une trilogie en l’honneur d’Achille, l’Iliade tragique, composée des Myrmidons, des Néréides et des Phrygiens ; une en l’honneur de Bacchus, la Lycurgie, composée des Édons, des Bassarides et des Jeunes hommes.

Ces quatorze trilogies à elles seules donnent un total de cinquante-six pièces, si l’on réfléchit que toutes à peu près étaient des tétralogies, c’est-à-dire des drames quadruples, et se terminaient par une satyride. Ainsi l’Orestie avait pour satyride finale Protée, et les Sept Chefs devant Thèbes avaient le Sphinx.

Ajoutez à ces cinquante-six pièces une trilogie probable des Labdacides ; ajoutez des tragédies, les Égyptiens, le Rachat d’Hector, Memnon, rattachées sans doute à des trilogies ; ajoutez toutes ces satyrides, Sisyphe transfuge, les Hérauts, le Lion, les Argiens, Amymone, Circé, Cercyon, Glaucus Marin, comédies où était le rire de ce génie farouche.

Voilà ce qui vous manque.

Évergète et Omar vous ont pris tout cela.

Il est difficile de préciser rigoureusement le nombre total des pièces d’Eschyle. Le chiffre varie. Le biographe anonyme dit soixante-quinze, Suidas quatre-vingt-dix, Jean Deslyons quatre-vingt-dix-sept, Meursius cent.

Meursius enregistre plus de cent titres, mais quelques-uns font probablement double emploi.

Le docteur de Sorbonne Jean Deslyons, théologal de Senlis, auteur du Discours ecclésiastique contre le paganisme du Roi boit, a publié au dix-septième siècle un écrit contre la coutume de superposer les cercueils dans les cimetières, écrit appuyé sur le vingt-cinquième canon du concile d’Auxerre : Non licet mortuum super mortuum mitti. Deslyons, dans une note de cet écrit, devenu très-rare et que possédait, si notre mémoire est bonne, Charles Nodier, cite un passage du grand antiquaire numismate de Venloo, Hubert Goltzius, où, à propos des embaumements, Goltzius mentionne les Égyptiens d’Eschyle, et l’Apothéose d’Orphée, titre omis dans Pénumération de Meursius. Goltzius ajoute que l’Apothéose d’Orphée était récitée aux mystères des Lycomides.

Ce titre, l’Apothéose d’Orphée, fait rêver. Eschyle parlant d’Orphée, le titan mesurant l’hécatonchire, le dieu interprétant le dieu, quoi de plus splendide, et quelle soif on aurait de lire cette œuvre ! Dante parlant de Virgile, et l’appelant son maître, ne comble pas cette lacune, parce que Virgile, noble poëte, mais sans invention, est moindre que Dante ; c’est entre égaux, et de génie à génie, de souverain à souverain, que ces hommages sont magnifiques. Eschyle élève à Orphée un temple dont il pourrait lui-même occuper l’autel, c’est grand.






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