« À pas lents et tardifs tout seul je me promène »

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Philippe Desportes Sonnets

« À pas lents et tardifs tout seul je me promène »


XLV

À pas lens et tardifs tout seul je me promaine
Et mesure en rêvant les plus sauvages lieux ;
Et pour n'estre apperçeu, je choisis de mes yeux
Les endroits non frayéz d'aucune trace humaine.

Je n'ay que ce rempart pour deffendre ma peine,
Et cacher mon désir aux esprits curieux
Qui, voyans par dehors mes soupirs furieux,
Jugent combien dedans ma flamme est inhumaine.


Il n'y a désormais ny riviere ny bois,
Plaine, mont ou rocher, qui n'ait sçeu par ma voix,
La trempe de ma vie à toute autre célée.


Mais j'ai beau me cacher je ne puis me sauver
En désert si sauvage ou si basse vallée
Qu'amour ne me découvre et me vienne trouver.