« Ferai un vers de pur néant »

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Guillaume IX de Poitiers « Ferai un vers de pur néant »

traduit par Jean de Poitiers.

Ferai un vers de pur néant :
Non point sur moi ni d’autres gens,
Non plus d’amour, ni de serment,
Ni dicts féaux ;
je l’ai composé en dormant
Sur un chevau.

Sous quelle étoile suis-je né :
Je ne suis gai ni attristé
Ni revêche ni familier,
je n’en puis au ;
Une fée de nuit m’a doué,
Sur un puy haut.

Ne sais si je suis endormi
Ou si je veille et où je suis.
Peu s’en faut mon cœur soit parti :
Dolent étau,
Ne le prise plus que souris
Par Saint-Marceau.

Malade suis et crois mourir,
Mais ne puis que le pressentir :
Un médecin j’irai quérir,
Par monts et vaux ;
Bon certes s’il me peut guérir,
Mauvais s’il fault.

J’ai une amie qui je ne sais
Car ne la vis ma foi jamais ;
D’elle je n’eus bien ni méfait,
Il ne m’en chaut ;
Oncques n’eus normand ou français
Dans mon ostau.

Jamais ne la vis, l’aime fort,
Jamais ne m’a fait droit ni tort ;
Quand ne la vois, bien m’en déport,
Ne vaut moineau.
Je sais minois bien plus accor,
Et qui mieux vaut.

Mon vers est fait de tout ceci ;
Je vais le donner à celui
Qui le transmettra par autrui
Là vers l’Anjou,
Et m’enverra de son étui
La Contraclau.